‹ Nouvelle histoire de FranceChapitre 29 sur 227 · COALITION CONTRE PHILIPPE AUGUSTE · texte numérisé non relu

COALITION CONTRE PHILIPPE AUGUSTE

jSl 0 Six années plus tard il essaya de prendre sa revanche et organisa contre Philippe Auguste une coalition où entrèrent avec lui des vassaux du roi de France, le comte de Flandre et le comte de Boulogne ; la plupart des seigneurs des régions flamande, belge, lorraine ; enfin l'empereur Otton IV : c'était une coalition européenne, la première. Elle trahissait les inquiétudes que Philippe Auguste causait à ses voisins et par conséquent témoignait avec éclat de la puissance acquise par les Capétiens.

Jean attaqua le premier par l'Anjou. Il fut mis en déroute à la Roche aux Moines, près d'Angers (2 juillet 1214). Quelques jours plus tard, ses alliés subirent le même sort, au pont de Bouvines, non loin de Tournai (27 juillet 1214).

VICTOIRE DE BOUVINES. a a W était midi. L'armée française, au grand soleil de juillet, achevait de traverser sur une ancienne voie romaine un étroit plateau qui borde la rive droite de la Marcq, et avait en grande partie passé le pont de Bouvines. Philippe se reposait sous un frêne, près d'une chapelle, et mangeait du pain trempé dans du vin. L'avant-garde ennemie apparut soudain, bousculant la queue des colonnes françaises. Le roi se hâta de monter à cheval et de rappeler les troupes qui avaient déjà passé le pont.

L'armée française comprenait 25 000 hommes. L'ennemi en avait 80 000. Pour compenser cette infériorité numérique et pour éviter d'être enveloppé, l'évêque de Senlis, Guérin, qui servait à Philippe Auguste de chef d'état-major, espaça les corps, allongea les rangs. Les fronts des deux armées se trouvèrent ainsi égaux et parallèles. Philippe et Otton étaient chacun au centre de leur armée.

Les Français commencèrent l'attaque à droite pour couper la route par où venait l'ennemi, et menèrent le combat avec une grande vigueur. Au centre, 1 infanterie flamande, une masse énorme de 40 000 hommes, parvint jusqu'à Philippe, l'enveloppa. Un fantassin lui porta un coup de pique si violent que le fer traversa les mailles du haubert. Dans un haut-Ie-corps pour se dégager, Philippe perdit l'équilibre et tomba de cheval. La solidité de son armure et la prompte arrivée de quelques chevaliers le sauvèrent.

A son tour, l'empereur manqua deux fois d être pris. La seconde fois, Guillaume des Barres, l'un des plus célèbres chevaliers français, le tenait déjà par la nuque, quand on le désarçonna en tuant son cheval. L'empereur put s'enfuir. On s'empara de son étendard, un aigle en bronze doré porté sur un char. A gauche, le comte de Boulogne, enfermé au centre d'un cercle de piquiers, d'où il faisait des sorties comme d'une citadelle, tint jusqu'au soir tombé. II finit par être pris, ainsi que le comte de Flandre, après un corps-àcorps désespéré.

La victoire de Bouvines fut célébrée comme une victoire nationale. Philippe Auguste rentrant à Paris fut reçu partout en triomphateur. Les façades des maisons étaient décorées de tapisseries et de guirlandes de feuillages. Paysans, nobles, clercs et bourgeois venaient saluer le roi et l'acclamer, et raillaient le comte de Flandre, enchaîné sur un chariot. A Paris, les fêtes durèrent sept jours. « Depuis ce temps, dit un chroniqueur, personne n'osa plus faire la guerre à Philippe et il vécut en grande paix. »

Page 1