ADMINISTRATION DE PHILIPPE AUGUSTE
0 0 Philippe Auguste avait fondé solidement la puissance territoriale des Capétiens. Ce fut aussi un
LES ROIS CAPÉTIENS
COSTUMES MILITAIRES DU XIII' SIÈCIX (Portail nord de la Cath^rJ» de Reîins).^CM trois chevaliers, Jils'UsGuerriersde Reims », portent lacotte tUmaillea d'acier ou « haubert ■, qui les enveloppe ptus ou rrîoins complètement. Le guerrier de droite a le haubert complet qui va delà tête aux pieds: le visage seul est découvert. Le guerrier du milieu porte une turùque sur sa cotte. Tous les trois ont à la main la lourde ipée; le guerrier de gauche tient en outre l'écu ou bouclier. (cL. HACHETTE.)
habile administrateur, qui eut « l'instinct de l'ordre et du progrès ». Il sut organiser fortement l'autorité royale dans le domaine agrandi, et même la faire respecter dans tout le royaume.
Sous les premiers Capétiens l'administration du domaine était extrêmement simple : elle était confiée à des prévôts qui étaient à la fois régisseurs des propriétés royales et officiers du roi, chargés de rendre la justice, de faire exécuter les ordonnances royales, d'organiser et de diriger en cas de besoin la défense. Mais l'importance et le nombre des prévôts ayant augmenté avec les conquêtes de Philippe Auguste, le roi ne put plus les surveiller directement lui-même. Il plaça donc au-dessus d'eux de nouveaux officiers, les baillis , révocables à sa volonté. Les baillis centralisaient les recettes des prévôts, rendaient la justice en appel et venaient quatre fois par an rendre compte au roi de leur administration. Fidèles agents du roi, les baillis furent les pires ennemis des seigneurs dont ils s'appliquèrent inlassablement à réduire la puissance.
Dans tout le royaume, Philippe Auguste se fit très habilement le protecteur du clergé et des villes contre la noblesse : ce lui fut un moyen d'intervenir partout. Les hauts barons eux-mêmes, les comtes et les ducs, durent se soumettre aux décisions du roi : leur vassalité, jadis toute nominale, devint effective.
L'ENCEINTE DE PHILIPPE AUGUSTE (Fraement d'un plan de 1615 Bibl. Hist. de la Ville de Paris). 0 Philippe Auguste fit construire, fwur orotéger sa capitale, une puissante enceinte fortifiée, haute de 6 mètres, épaisse de 2 mètres et demi à 3 mètres, et flannuée de plus de soixante tours. On voit ici, sur un plan qui date de 1615, la partie occidentale de l'enceinte de la vive gauche; elle se termine sur ta Seine par la Tour de Nesles. A droite, l'ahlxtye de Saint-Germain-des-Prés.
PARIS. ^ ,0 L.e développement de la capitale, Paris, est le signe manifeste de la grandeur royale.Philippe entoura la ville d'un mur d'enceinte dont il subsiste quelques fragments. Il fit paver les deux plus grandes rues, celles qui coupaient la ville du nord au sud et de l'est à l'ouest et formaient ce que l'on appelait la « croisée " de la ville. II éleva sur la rive droite de la Seine, un peu en dehors de l'enceinte, un château fort, le Louvre. La tour centrale, vrai donjon, n'avait pas moins de trente-deux mètres de haut et de cinquante mètres de circonférence ; il y enferma ses trésors et ses archives.
En toutes circonstances, le roi protégea ses bourgeois de Paris : quand il partit à la Croisade, il confia à six d'entre eux la garde du trésor et du sceau royal. Ainsi commence sous ce règne l'alliance de la royauté et de la bourgeoisie.
LES ALBIGEOIS. ^ 0 Le domaine royal agrandi au nord et à l'ouest par la lutte contre les Plantagenets s'étendit au sud, non par l'action directe du roi, mais par la Croisade des Albigeois.
La France du Midi était alors profondément différente de la France du Nord. Les deux peuples étaient presque étrangers l'un à l'autre. Ils n'avaient pas les mêmes mœurs, ils ne parlaient pas la même langue. Les Français du Nord parlaient la langue d'oïl ; ceux du Sud la langue d'oc. Les Français du Nord étaient demeurés de mœurs plus rudes. Au Midi, dans un climat plus doux et qui fait la vie plus facile, il s'était formé un peuple actif, d'esprit alerte, d'humeur légère et gaie. Les relations suivies avec l'Orient lui avaient valu richesse, esprit d'indépendance et civilisation.
C'est d'Orient sans doute que vint l'hérésie dite des Albigeois ; à la fin du douzième siècle, tolérée
sinon favorisée par le plus puissant seigneur du Midi, le comte de Toulouse, elle avait fait de rapides progrès. Les Albigeois rejetaient tous les sacrements de l'Eglise : ils croyaient à l'existence de deux dieux, un dieu du mal et un dieu du bien dont le Christ était l'envoyé. Leur doctrine, tout à fait contraire aux enseignements de l'Église, fut combattue énergiquement par celle-ci. En 1208, un légat du pape ayant été assassiné par un écuyer de Raymond de Toulouse, le pape excommunia le comte et fit prêcher la croisade contre les Albigeois.
CROISADE DES ALBIGEOIS, a 0 Philippe Auguste, alors en lutte avec Jean Sans Terre, refusa de prendre part à l'expédition ; mais du nord de la France et même d'Allemagne, les seigneurs accoururent en grand nombre, tentés par les richesses du Midi. Le principal chef de la Croisade fut un petit seigneur de l'Ile de France, Simon de Montfort, catholique fanatique et vigoureux homme de guerre.
La guerre fut sauvage. Elle débuta par une boucherie à Béziers (1209). La ville fut enlevée d'assaut ; les croisés exterminèrent la population : dans une seule église ils égorgèrent sept mille personnes, des femmes, des vieillards, des enfants. Après quoi Béziers, mis à sac, fut totalement détruit par l'incendie. De semblables
SIMON DE MONTFORT (Recueil de Gaienières. Bibl. Nationale). O Portrait
équestre du chef de la Croisade contre tes Albigeois, d'après une aquarelle de Gaignières
reproduisant un vitrail de ta cathédrale de Chartres, aujourd'hui détruit. Le Comte
tient sa lance levée et son écu à ses armes. (cL. BERTHAUD.)
horreurs furent commises et de sang-froid, dix ans plus tard, à Marmande.« On tua, dit un contemporain, tous les bourgeois avec les femmes et les petits enfants."
LES ROIS CAPÉTIENS
TETE PRÉSUMÉE DE SAINT LOUIS (Chapelle de Saint-Germain-en-Laye). a II était, dit son biographe JoinvilUt granà, teau, « à face d'ange^, avec une physionomie ouverte, l'air à la fois affable et sérieux. Cette sculpture de la chapelle du château de Saint-Germain-en-Lave a été faite entre 1235 et 1240. Saint Louis avait alors de vingt à vingt- cinq ans
La résistance du Midi n'en fut que plus acharnée et dura dix-huit ans. Simon de Montfort réussit à se rendre maître d'une bonne partie du comté et de Toulouse même (1215). Mais peu après Toulouse se souleva et Simon, en essayant de reprendre la ville, fut tué d'une pierre qui lui broya la tête (1218). Son fils Amaury, incapable de garder ses conquêtes, vendit ses droits au roi Louis VIH, fils de Philippe Auguste. Le Midi était à bout de forces. En une expédition, Louis VIII conquit tout le Languedoc. Le domaine royal touchait désormais à la Méditerranée.
Saint Louis.
RÉGENCE DE BLANCHE DE CASTILLE. m a Le fils de Philippe Auguste, Louis VIII, paraissait destiné à achever l'œuvre de son père. Devenu roi en 1223, il reprit la guerre contre le fils de Jean sans Terre, Henri III, et lui enleva l'Aunis, la Saintonge, le Limousin et le Périgord. Peu après, appelé par le pape contre les Albigeois, il conquit le Languedoc. Mais au retour de l'expédition, il fut atteint de la dysenterie et mourut (1226). La couronne revint à son fils, Louis IX, un enfant de douze ans ; le pouvoir fut exercé par sa veuve. Blanche de Castille.
La mort de Louis VIII fut le signal d'une réaction féodale. Les seigneurs étaient inquiets du rapide développement de la puissance de la royauté. Ils pensèrent que le gouvernement d'une femme offrait une occeision favorable pour ruiner cette puissance récente.
Heureusement pour la royauté, la reine Blanche était une femme énergique et habile. Elle déjoua les intrigues et vainquit les coalitions féodales, malgré l'appui que leur prêtait Henri III. Elle fit mieux que de garder les conquêtes de Philippe Auguste et de Louis VIII ; elle en prépara de nouvelles par d'heureuses négociations. En 1229 le comte de Toulouse qui s'était révolté fut obligé de traiter et de promettre sa fille unique au frère du roi, Alphonse. Le comte Thibaut de Champagne dut céder au roi la suzeraineté directe des comtés de Blois et de Chartres. Enfin le mariage du roi avec Marguerite, fille du comte de Provence, étendit l'influence capétienne au delà du Rhône dans les pays d'Empire.
Louis IX fut déclaré majeur en 1234, mais la reine mère garda la haute main sur le gouvernement jusqu'à sa mort en 1253.
SAINT LOUIS, a a Louis IX est resté célèbre dans l'histoire sous le nom de saint Louis. II est le roi de France le plus populaire du Moyen Age. II est aussi celui que nous connaissons le mieux, grâce aux
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BLANCHE DE CASTILLE FAISANT INSTRUIRE SON FILS (Miniature Bibl. Nationale). ^ La reine Blanche tarveilla avec autorité l'éducation du jamte Louis. Assise dans sa chaise, elle assùte à la lefon donnée par un moine. A droite, le moine feuillette un in-folio, y cherche un texte, un passage, sur l'injonction de la reine. (cl. BERTHAtJD.)
récits du sire de Joinville qui fut son compagnon d'armes et son ami.
Saint Louis était, dit son biographe, grand, mince, beau « à face d'ange '\ avec une physionomie ouverte, l'air à la fois affable et sérieux. Sous les armes, c'était un superbe soldat dont la bravoure tranquille faisait l'admiration de tous ceux qui combattaient à ses côtés.
Saint Louis fut un chrétien qui s'efforça de pratiquer strictement les enseignements du Christ, et de mettre
SAINT LOUIS SERVANT LUI-^/IÊME LES PAUVRES (Bibl. Nationale), a
Par bonté naturelle autant que par charité chrétienne, Louis IX se fil non seulement te
protecteur des faibles, mais aussi leur ami. Il se plaisait dans leur société et souvent il fit
asseoir à la table royale des pauvres qu'il servait lot-même.
les actes de sa vie politique aussi bien que de sa vie privée d'accord avec ses croyances. Il se mortifiait comme un anachorète. En mémoire des souffrances du Christ, il portait constamment sur la peau une rude ceinture de crin, le cilice, et le vendredi, jour de la Passion, il se faisait fouetter les épaules avec des chaînettes de fer. Par humilité, il se contraignait à des besognes répugnantes, comme de laver les pieds à des mendiants. Il y avait dans une abbaye voisine de Paris un moine lépreux, objet d'horreur pour tous. La lèpre avait rongé les yeux, détruit le nez, fendu les lèvres. Le roi allait souvent visiter ce malheureux, qu'il appelait « son malade «, et ne se mettait pas à table avant de
I avoir servi et de l'avoir lui-même fait boire et manger.
Mais il ne faut pas se représenter saint Louis comme un dévot austère et triste : le pieux roi avait l'humeur enjouée, aimait les libres entretiens ; lui-même parlait bien et avec esprit. Sa bonté d'âme ne dégénérait pas non plus en faiblesse ; il avait le caractère ferme et même plutôt impérieux.
Saint Louis ne chercha pas comme Philippe Auguste à augmenter la puissance royale par tous les moyens : il avait l'âme trop droite et la conscience trop scrupuleuse. Il n'eut pas d'autre but que de maintenir dans le royaume le droit et la justice, de rester en paix avec les princes chrétiens, et de combattre les infidèles.
II fit deux croisades, mais jamais il n'entreprit de guerre de conquête. Cependant par ses vertus, il acquit un tel prestige que la puissance royale en fut singulièrement accrue.
LA PAIX AVEC L'ANGLETERRE, a 0 Une seule fois, au début de son règne, saint Louis fut obligé de prendre les armes pour combattre une nouvelle ligue féodale soutenue par le roi d'Angleterre, Henri III.
La campagne fut vigoureusement menée, les Anglais furent battus sous les murs de Saintes (1242), les barons poitevins et le comte de Toulouse obligés de se soumettre. Les barons ne bougèrent plus de tout le règne. Mais saint Louis désirait une bonne paix, qui fût définitive, avec le roi d'Angleterre. En 1258, revenu de la croisade d'Egypte, il conclut avec Henri III le traité de Paris. Par ce traité, Henri III renonçait à jamais à tous les territoires conquis par Philippe Auguste ; en revanche saint Louis rendait les conquêtes de son père Louis VIII. Il les lui rendait quoique victorieux, spontanément, pour le seul amour de la justice et de la paix, " pour mettre amour, dit-il, entre mes enfants et lés siens ». Le fait est unique dans l'histoire. Aussi le pape Innocent IV donna-t-il à saint Louis le surnom mérité d'Ange de la paix.