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PRESTIGE DE LA ROYAUTÉ FRANÇAISE

0 0 \ja. bonté du roi, l'inépuisable charité de son cœur « transpercé de pitié pour les misérables », selon le mot de son confesseur, son renom de justice,

1 éclat de sa sainteté contribuèrent plus que des actes politiques à grandir l'autorité royale. L'homme inspirait un respect universel. Henri III se disait fier d'être son vassal « à cause de sa prééminence en chevalerie ». Un historien anglais, Mathieu Paris, l'appelait « le roi des rois de la terre». Tous, grands et humbles, avaient foi dans son équité, hors de France comme dans son royaume. L'empereur Frédéric II, le roi d'Angleterre le prenaient comme arbitre dans leurs luttes, l'un contre le pape, l'autre contre ses barons.

Quand le roi fut mort, les sentiments des humbles furent ainsi traduits par un poète anonyme :

/e àh que Droit est mort et Loyauté éteinte. Quand le bon roi est mort, la créature sainte. Vers qui pourront dès lors les pauvres gens crier. Quand le bon roi est mort, qui tant les sut aimer ?

Philippe le BeL

PHILIPPE III LE HARDI. /H a U fils de saint Louis, Philippe III, était un prince honnête et pieux, mais sans énergie. Le seul fait important de son règne (1270-1285) fut l'annexion du comté de Toulouse au domaine royal, par Héritage. Philippe en détacha le pays voisin d'Avignon ou Comtat-Venaissin dont il fit don au pape. Il se laissa entraîner par son oncle Charles d'Anjou dans une guerre contre 1 Aragon, ne subit que des échecs et mourut au retour de l'expédition (1285).

LES ROIS CAPETIENS

PHILIPPE III LE HARDI (Statue tombale. Basilique de St-Denis) 0 FiU très effacé d'un glorieux père, Philippe 111 était un homme vigoureux, au visage carré, sans barbe, avec un air placide, qui contraste avec son surnom, si l'on en juge d'après la statue de marbre exécutée sur son tombeau à Saint-Denis par Pierre de Chelles et Jean d'Arraa.

PHILIPPE LE BEL. a a Le règne de son successeur Philippe IV le Bel est au contraire un des plus importants de l'histoire de France. Mais sur ce roi, figure énigmatique, on n'a, par les contemporains, que des renseignements peu nombreux et contradictoires. Les uns vantent son affabilité ; un autre dit de lui : « C'est le plus bel homme du monde, mais il ne sait que regarder fixement les gens, sans parler. Ce n'est ni un homme ni une bête, c'est une statue. » Il était, semble-t-il, d'une grande piété; pourtant sa politique fut le plus souvent malhonnête et hypocrite, et il a commis ou laissé commettre des crimes comme le procès et le supplice des Templiers. Le bruit populaire était qu'il avait le caractère faible et se laissait dominer par son entourage.

LES LEGISTES. ^ el Ce qui est certain, c'est que Phili ppe le Bel eut pour principaux conseillers des légistes. On appelait ainsi ceux qui s'étaient voués à 1 étude des lois. En même temps que les coutumes féodales, compliquées, confuses, variant d'un fief à l'autre, les légistes étudiaient le droit romain qui leur apparaissait comme un modèle d'ordre et de logique dont il fallait s'inspirer et se rapprocher : ils l'appelait « la raison écrite ». Or la loi romaine, rédigée au temps des empereurs souverains absolus, proclamait que la volonté du souverain est la loi, qu'il est lui-même « la loi vivante ». Dans le régime féodal au contraire.

la volonté du souverain était limitée strictement p>ar les contrats entre suzerain et vassal. Aussi les légistes, imbus des idées romaines, travaillèrent-ils de tout leur pouvoir à remplacer la monarchie féodale par une monarchie absolue, à la romaine.

Déjà sous saint Louis il y avait eu des légistes au Conseil du roi. Sous Philippe le Bel leur influence devint prépondérante. Les plus importants de ces conseillers légistes furent Pierre Flote, Enguerrand de Marigny, et Guillaume de Nogaret, docteur et professeur es lois, qui avait commencé par être juge royal à Beaucaire.

AGRANDISSEMENTS TERRITORIAUX, a a Comme Philippe Auguste, Philippe le Bel chercha par tous les moyens à agrandir le domaine royal aux dépens des grands fiefs. Il avait acquis le comté de Champagne par son mariage avec l'héritière du comté. Mais cela ne suffisait pas à son ambition : il entreprit d'annexer au sud la Guyenne, fief du roi d'Angleterre, au nord le riche comté de Flandre.

Philippe n'avait pas les scrupules de saint Louis. Il saisit le premier prétexte pour faire prononcer par ses juges la confiscation de la Guyenne (1294). Comme le roi d'Angleterre Edouard I^'' s'était allié au comte de Flandre, il occupa aussi la Flandre (1297).

SALLET)ES GENS D'ARMES DE PHIUPPE LE^EL. a Siluie i Taule imi-H

dtt Palais de Jttsiict, cette salle^ ai^ec ses (u'/iVrs traSim et tes voûta itétantes, estmiKà'

rablemenl conservée. Sorn le nom de Patois de la Cité, les eanstrvctians da Paihà ^i»

Jusltc&ervtrent longtemps de résidence aux rois. (CL. BEXTIIXON J

JOINVILLliOFKRKSONHISlOIRE bt SAIM LOUI^ A L(JLI.b l^.tlL UN

(Bibl. Nationale), û Suioanl une coutume qui traveTsera les âges, Vécrivam sollicite la

protection ou tout cm moins les lionnes grâces des puissants du jour Le chroniqueur

septuagénaire s'adresse ici à l'arrière-petit-fih de son héros, (cL. bERthaud.)

Ces conquêtes ne furent pas durables. Les Flamands, jaloux de leurs libertés, se révoltèrent contre le gouverneur français, et leurs milices écrasèrent la chevalerie française à la sanglante bataille de Courtrai (1302). Philippe qui au même moment était engagé dans un terrible conflit avec le pape, rendit la Guyenne au roi Edouard (1303). Libre de ce côté, il marcha contre les Flamands et, à Mons en Pevèle (1304), les obligea à battre en retraite. Mais il ne parvint pas à les écraser ni à soumettre toute la Flandre. Il dut se contenter de tenir Lille, Douai et Béthune qui furent réunis au domaine.

Philippe le Bel s'efforça aussi d'étendre son influence à l'est, dans cette région vague de l'ancienne Lotharingie qui depuis le traité de Verdun flottait entre l'Allemagne et la France. Théoriquement ces pays relevaient de l'Empire germanique qu'Otton le Grand avait fondé au dixième siècle. Mais l'autorité des empereurs y était précaire ou nulle. Le comte de Bar dans la région de la Meuse, Lyon et Viviers dans la région du Rhône reconnurent la souveraineté du roi de France. Lyon devint définitivement ville royale en 1310.

PHILIPPE LE BEL ET BONIFACE VIII. a a L'événement capital du règne de Philippe le Bel fut sa lutte contre le pape Boniface Vlll. Depuis le onzième siècle, la papauté visait à exercer sur tous les princes chrétiens une véritable suprématie. Ces prétentions avaient entraîné les papes dans de terribles luttes contre les empereurs germaniques. Ils avaient vaincu les empereurs. Mais comme ils tenaient à l'alliance française contre leurs ennemis d'Allemagne et d'Italie, ils avaient jusqu'alors ménagé les rois de France. Ceux-ci, tout en protégeant le clergé, s'étaient toujours montrés fort jaloux de leur autorité sur l'Église de France.

Brusquement le conflit qui éclata en I30I entre Philippe le Bel et le pape, conflit provoqué par l'arrestation de l'évêque de Pamiers, Bernard de Saisset, prit un caractère de violence inouïe. C'est que le pape était alors Boniface VIII, vieillard d'humeur intransigeante et impérieuse, et que les légistes qui conseillaient le roi, Flote et Nogaret, étaient d'une audace impudente et sans scrupules.

Boniface ordonna au roi de délivrer l'évêque, lui adressa de sévères réprimandes, et convoqua à Rome les évêques français pour aviser « à la réformation du royaume et à la correction du roi ». Mais, pour soulever contre le pape les passions populaires, le roi fit alors publier une bulle — ou lettre — du pape, falsifiée, brève et injurieuse. Indigné de la falsification de la bulle, le pape déclara « qu'il aurait le chagrin de déposer le roi comme un mauvais garçon, s'il ne se repentait pas. » Au mois d'avril 1303 il le menaça de l'excommunier et le 15 août il déliait ses sujets du serment de fidélité. A cette date Boniface VIII était à la veille d'une catastrophe.

Ses adversaires préparaient un coup de force depuis plusieurs mois. Guillaume de Nogaret avait imaginé d'accuser le pape de toutes sortes de crimes imagi' naires. Boniface, disait-il, se faisait élever des statues pour se faire adorer ; il avait un diable pour conseiller ; il avait fait tuer son prédécesseur ; il avait dit qu'il aimerait mieux être chien que Français, et que, pour abaisser le roi et les Français, il ruinerait, s'il le fallait, le monde, l'Eglise et lui-même. Nogaret demandait donc que le pape, dans l'intérêt de l'Eglise, fût mis

ARMURE DE PHILIPPE LE BEL (Musé» de Chartres), a Cotte de maille, anec gorgerin, heaume, gambison (tunique placée sous la cotte) . Cette armure, portée par le roi à la bataille qu'il livra aux Flcmxands à Mons~en-Pevèle, fat déposée ensuite en ex-voto à la cathédrale de Chartres; elle est aujourd'hui au Musée de la Vile,

LFS ROIS CAPETIENS

LE PALAIS DES PAPES A AVIGNON. 0 Commmci m 1336 par des architectes lran(ais, terminé vers 1370. C'est irtoira m palais gu'une forteresse aoec son Junjon haat de 75 mitres, ses tours et ses courtines. Les papa le firent construire après que Clément V eut quitté Rome pom venir résider à Avignon en 1309; il resta résidence pontificale ptndant toute cette période de l histoire de la papauté que les Italiens ont appelée la ■ Captivitéde Babylone " (1309-1378) pour indiquer la dépendance où forent alors les pattes ois-à-ois

des rois de France. (cL. NEURDEIN.))

en jugement devant un concile et que le roi, par précaution, le fît arrêter (12 mars 1303). L'acte d'accusation rédigé par les légistes fut lu publiquement en présence du roi dans le jardin de son palais à Paris (24 juin 1303)

L'ATTENTAT D'ANAGNI. /H a Nogaret avait déjà gagné l'Italie. Là il s'était entendu avec les ennemis du pape, en particulier la famille des Colonna. Il avait réuni une bande de seize cents aventuriers. Le pape était à Anagni, sa ville natale, où il était venu passer l'été. Le 7 septembre, à l'aube, Nogaret entrait par trahison dans la ville. La populace se joignit aux envahisseurs qui commencèrent par piller les maisons des amis du pape. Celui-ci, abandonné de tous, attendit l'ennemi dans son palais, assis sur le trône pontifical.

Ti^T^^

PHILIPPE LE BEL ET SA FAMILLE (Bibl. Nationale), a le roi a à sa droite sa fille Isabelle, reine d'Angleterre^ et ses fils Philippe et Charles; à sa gauche, son fïts Louis et son frire Charles de Valois. Ses trois fils furent successivement rois sous les noms de Louis X, Philippe V et Charles IV ; et après eux régna Philippe VI, fils de Charles de Valois, (cl. BERTHAUD.)

la tiare en tête, les clefs de saint Pierre et la croix en mains. Sous les injures de la soldatesque, ce vieillard de près de quatre-vingts ans demeura impassible. A Sciarra Colonna qui voulait le tuer, il répondit : « Voici mon cou, voici ma tête ». A Nogaret qui le sommait d'abdiquer : « S'il me faut mourir, je mourrai pape ». Alors Nogaret lui déclara qu'il l'arrêtait « en vertu des règles du droit public, pour la défense de la foi et l'intérêt de notre Sainte Mère l'Eglise ». Deux jours après, le peuple d'Anagni, brusquement changé, se soulevait aux cris de : « Vive le pape! mort aux étrangers ! » Nogaret était contraint de s'enfuir ; le pape, délivré, mais brisé par la terrible épreuve qu'il venait de subir, rentrait à Rome pour y mourir un mois plus tard.

Cet incroyable attentat d'Anagni devait avoir jjour la papauté les plus graves conséquences : sa puissance politique n'y survécut pas ; ses prétentions à la suprématie sur tous les souverains furent définitivement ruinées ; elle-même tomba pour un certain temps dans la dépendance des rois de France. En 1305, Philippe le Bel réussit à faire élire pape l'archevêque de Bordeaux, Bertrand de Goth qui prit le nom de Clément V et vint s'établir à Avignon (1309). Pendant soixante-dix ans (1309-1378), les papes, choisis dans le clergé français, résidèrent à Avignon.

Clément V s'abaissa jusqu'à absoudre Nogaret et à déclarer que dans toute cette affaire, Philippe n'avait agi que « par un zèle bon et juste ».

LE GOUVERNEMENT DU ROYAUME, a a Dans le gouvernement du royaume les légistes montrèrent la même audace, la même absence de scrupules.

Par tous les moyens, même les plus malhonnêtes, ils fortifièrent le pouvoir royal aux dépens des seigneurs, des villes et du clergé.

Ils travaillèrent surtout à développer et organiser les finances royales. Pour toutes ses entreprises, ses guerres, sa justice, l'administration du domaine, la royauté avait de gros besoins d'argent. Ses revenus personnels n'y suffisaient plus. Alors le roi chercha de tous côtés des ressources nouvelles. Il leva des « décimes » sur le clergé ; il contracta des emprunts ; il créa des taxes sur les opérations commerciales ou « maltôtes » ; en remplacement du service militaire qu'il était en droit d'exiger de tous ses fidèles, il préleva dans tout le royaume des taxes qui s'appelèrent « subsides » ; ces taxes étaient levées directement par des agents du roi, même hors du domaine, dans les grands fiefs : c'est là le commencement d'une nouveauté fort importante, l'impôt royal.

A côté du Parlement, chargé d'examiner les affaires de justice, fut organisée la « Chambre des Comptes », chargée de contrôler toutes les recettes et toutes les dépenses. Les deux Cours furent établies à demeure dans le Palais royal de la Cité.

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