LE F
ŒLÈVEMENT DE LA
ROYAUTÉ — CHARLES VII ET LOUIS XI
GOUVERNEMENT DE CHARLES Wn.aa Après la mort de Jeanne d'Arc, le caractère de Charles VII s'était transformé. Jusque-là, sous l'influence de favoris et de conseillers indignes, il s'était montré mdolent, surtout occupé de ses plaisirs, presque mdifîérent aux affaires de son royaume. Les anciens compagnons de guerre de Jeanne, et en particulier le connétable de Richemond, arrachèrent le roi à son néfaste entourage. L'un des favoris, Giac, fut, par ordre de Richemond, cousu dans un sac et jeté à 1 eau ; un autre eut la tête fendue d'un coup de hache sous les yeux mêmes du roi. Pareilles violences paraissaient en ce temps-là très naturelles.
Charles fit dès lors son métier de roi. Il chercha à la fois à remédier aux maux du royaume et à achever de jeter les Anglais hors de France. Son œuvre principale fut la réorganisation militaire d'où sortit l'institution des " Compagnies d'ordonnance ", première armée permanente et régulière, qui devait être pour la royauté française un nouvel élément de force.
LES COMPAGNIES D'ORDONNANCE, a a La France, et particulièrement la France du Nord, se trouvait de nouveau, après 1 430, en proie aux désordres et aux brigandages des gens de guerre. Les « Ecorcheurs » — c'était le nom qu'on leur donnait — recommençaient les pilleries des Grandes Compagnies. Charles VII, pour en délivrer le royaume, employa
PORTRAIT DE CHARi ; ici par le peintre JeanFom..
orné de hroderies d'or, une r^ .
coaasin de bncttrt. La
LES DÉBUTS DE L'ARTILLERIE (Musée d'Artillerie), a Trois bomkardes et un canon. Us premières plus spécialement destinées à tancer les projectiles de pierre. En haut, à fauche : bomharde itaVenne avec son affût, reconstituée diaprés Vnlturi ; à droite : bombarde française avec affût, d'après une miniature d'un manuscrit de la Bibliothèque Nationale : en bas. à gauche : bombarde à queue avec son affût, reconstituée d'après une miniature d un manuscii! de la Bibliothèque Nationale ; à droite : canon avec son affût, reconstitué d'après les pièces de l'artillerie de Charles leTéméraire prise par les Suisses à la bataille de Cranson (mars 1476) et conservées à l'arsenal de Neuveville (canton de Berne).
le même procédé que Charles V. Quand, en 1444, une trêve eut été signée avec les Anglais, son fils Louis fut chargé de mener trente mille Ecorcheurs guerroyer en Suisse pour le compte de l'empereur d'Allemagne.
Ceux qui restaient en France, le roi les prit à son service : il les enrégimenta dans des compagnies créées en 1 445 par ordonnance royale. De là le nom de Compagnies d'ordonnance.
Chaque compagnie devait se composer de cent lances garnies. Chaque lance j^arnie comprenait six hommes : un homme d'armes ou gendarme portant l'armure complète, montant un cheval bardé de fer ; trois archers ; un coutillier ; un page servant d'ordonnance au groupe. Tous étaient à cheval ; les archers formèrent une sorte de cavalerie légère. L'effectif de la compagnie devait être de six cents hommes.
Chaque compagnie était en garnison dans une ville ou casernée dans un château du roi, c'est-à-dire dans un fort. Les hommes touchaient une solde, d'abord en nature, vin, viande, pain, puis payée en argent. La solde étant versée régulièrement, les hommes recevant de quoi vivre, il n'y avait plus d'excuses aux pilleries ; elles furent dès lors rigoureusement punies.
Charles VII eut dans les compagnies d'ordonnance une cavalerie bien entraînée, composée de gens rompus au métier des armes, nobles pour la plupart, mais auxquels on put imposer cependant une stricte discipline. Cette cavalerie régulière et permanente remplaça définitivement la chevalerie. Elle triompha des Anglais
à Formigny et à Castillon, et assura le succès final de la France dans la guerre de Cent Ans. Elle resta pen-
HOMME D'ARMES DES|C0MPAGN1ES C)'ORIX)NNANCES (Musée d'Artillerie). ^ Cette armure authentique est celle d'an '^gendarme » des Compagnies de Charles Vil. L'armure « de plates' emprisonne complètement l'hcmme et le protège contre les nouvelles armes offensives, plus pénétrantes, ^e cheval est lui-même cuirassé de bout en bout. (cL. HACHETTE.)
CHARLES VII ET LOUIS XI
dant plus de cent ans, jusqu'à la fin du seizième siècle, sous le nom de gendarmerie, la principale force des armées françaises.
LES FRANCS- ARCHERS, û û Charles VII essaya d'organiser aussi, à l'exemple des Anglais, une infanterie nationale. En vertu d'une ordonnance de 1448, chaque groupe de cinquante maisons dut fournir au roi un archer ou un arbalétrier. L'homme devait être exempt de la taille : de là son nom de franc-archer. On devait le choisir vigoureux et adroit ; il devait s'exercer au tir tous les jours ■ fériés, et rejoindre l'armée royale au premier appel. Charles VII eut ainsi de huit à dix mille fantassins qui jouèrent un rôle utile dans la dernière partie de la lutte contre les Anglais, parce que, en raison de l'état de guerre perpétuel, les habitants des villes et des villages avaient pris des habitudes militaires. Mais quand la paix fut rétablie, les francsarchers qui vivaient isolés, chacun chez eux, perdirent toute qualité guerrière et Louis XI les supprima en 1480.
L'ARTILLERIE. 0 0 C'est également à partir de Charles VU que les rois de France disposèrent d'une bonne artillerie, bientôt réputée la meilleure de l'Eu-
î^if nr»rt\ir ♦1M rOiifK<
SOLDATS DE CHARLES Vil (Musie d'Anillcrli-). a Tom Jeux lont casçucs Jt la salade sam visière et portent ta colle de mailles plus ou moins brolégée Je plaques métalliques. L'un est armé d'une sorte J'arquebuse, la poire à poujre au côté; l'autic, de l'arbalète à rouet avec rapière au flanc.
ATTAQUE DE LA BASTILLE DEDIEPPE(l442)(BibL N.t.). a EpàoJe Je la
fin de la guerre de Cent ans. Ccnduits par le Dauphin Louis fie futur Loaù XI), les
Français assiègent une bastille de bois construite par le général anglais Talbot an la
colline qui domine Dieppe. On voit un canon au prerrùer pian. (CL. VESTHAUD.)
rope. L'organisation de l'artillerie royale fut l'œuvre des frères Gaspard et Jean Bureau.
L'emploi de la poudre détonante pour le lancement des projectiles, pratiqué dès le treizième siècle par les musulmans d'Espagne, avait commencé à se répandre en Europe au siècle suivant. Les premiers canons ou « bombardes » étaient de grossières machines, aussi dangereuses pour celui qui les servait que pour l'ennemi, tant elles éclataient facilement. Pour tirer, on les suspendait près de terre entre deux poutres. ou bien on les plaçait dans un bâti de bois en forme de caisse allongée. On ne pouvait donc les transporter aisément ; aussi, au quatorzième siècle, ne les employait-on pas dans les batailles, mais seulement dans l'attaque ou la défense des places. Les boulets de pierre ou de plomb étaient le plus souvent de plus petit calibre que le canon, et la poudre était encore mal préparée. Par suite la portée était très faible, inférieure même à celle des vieilles machines de jet héritées des Romains, trébuchets, batistes et catapultes. Aussi, jusque dans la première moitié du quinzième siècle, au temps de Jeanne d'Arc, par exemple au siège d'Orléans en 1429, Anglais
PORTRAIT DE JACQUES CŒUR (Mairie de Bourges), a Physionomie fine el inleUigente, la bouche bien dessinée et légèrement souriante, le fameux argentier de Charles VII, son lanquier autant Que son ministre, porte ici rotte rouge garnie de jourrure au col, et chaperon avec longue queue retombant sur le côté. (cL. RENAUD.)
et Français employaient-ils simultanément l'ancienne artillerie et la nouvelle, la bombarde et le trébuchet.
Les frères Bureau perfectionnèrent l'arme nouvelle et la rendirent beaucoup plus redoutable. Ils l'allégèrent, fabriquèrent des canons très longs appelés « couleuvrines » et les placèrent sur des chariots, en sorte qu'on put les amener sur les champs de bataille. C'est ce qu'on appela les « engins volants », la première artillerie de campagne : elle acheva de donner aux armées du roi de France une supériorité marquée sur les armées anglaises.
L'IMPOT PERMANENT. aJ 0 L'armée permanente engendra en France l'impôt permanent. La « taille du roi », impôt sur les terres et les personnes, étant consacrée à l'entretien de troupes permanentes, devint perpétuelle. En 1439, elle fut accordée par les Etats une fois pour toutes et fixée à I 200 000 livres. Mais presque dès le début l'usage s'établit que les nobles et le clergé étaient exempts de la taille, et que seuls les bourgeois et les paysans la payaient. Le roi continua aussi à percevoir d'une façon régulière des impôts indirects ou « aides ", consistant en un impôt sur le sel ou « gabelle » et en un impôt sur les ventes.
JACQUES CŒUR. 0 0 On^ dit de Charles VII avec raison qu'il fut Charles « le bien servi ». De
même qu'il eut de bons conseillers, tels que Richemond et les frères Bureau, pour réorganiser son armée, il eut pour administrer ses finances le plus habile homme d'affaires de l'époque, Jacques Cœur.
Jacques Cœur était fils d'un pelletier de Bourges. Il avait fait un voyage en Syrie et en Egypte et avait noué des relations avec les marchands de Damas et d'Alexandrie, alors les deux principaux centres commerciaux du Levant. A son retour en France, il avait créé à Montpellier une importante maison d'importation et d'exportation, transportée plus tard à Marseille. 11 importait en France des étoffes précieuses, soies et velours de l'Orient, et il exportait des draps, des fourrures et des armes. Il finit par avoir trois cents
LE VAISSEAU DE JACQUES CŒUR (Musée de Bourses), a Ainsi nommé des armes du grand argentier qui figurent en poupe sur le bordage. Jacques Cœur, entre autres otyérations financières, fit commerce avec le Levant et possédait en Méditerranée une flotte importante qui transportait marchandises et passagers et faisait aussi ta traite des esclaves.
employés à l'étranger et une flotte de sept navires. En 1440, Charles VII le nomma son « argentier ». Il administra rigoureusement le trésor royal. Quand la guerre recommença contre l'Angleterre (1449), il prêta au roi la plus grosse partie de sa fortune. Les intrigues des jaloux le firent disgracier, malgré tous
CHARLES VII ET LOUIS XI
LE TOURNOI (Bibliothèque Nationale), a Au
premier plan, ôam la lice, les chevaliers se salusnt
avant de commencer le lomlot
COSTUMES DU XV'SIECI tUBiblloihi-quc Naiio-
nale). à Fauconnier ; mmiaens ; bouii;coisçs de qualité.
TRAVAUX UtS PAYSANS (Bibliothèque
Nation;il.'). iS Synllièse amusante qui groupe d'une
jaçuu fanlaistsie bctes et gens au travail
LE CONCERT (Bréviaire du duc de Lorraine. Bibl. Nat.). ^ Trompes, violon, flûtes et harpes; r'csl une aubade dans le vestibule d'un château.
ittit«4.' |i'.....t..i. Il rfi .«.A'fni
HÉRAUTS D'ARMES (Bibliothèque Nationile). a
L'un sonne de la trompelie ; Vautre va lire ta fi'oilama-
lion; au premier filon, auditeurt et badawU,
COSTUMES DU XV« SIÈCLE (Bibliothèque Nationale). ^ Page; fauconnier; damet de ia cour.