LES GUERRES
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BUSTE DE CHARLES VIII (Mu.i. du Bargello, Florent.), a Ce bmlt, conKrw
au Musée du Bargello de Florence, montre un visage maigre avec une barbe rare, de
gros yeux sailtartts, un long nez busqué, une lèvre inférieure firoéminente. La fixité du
regard et un léger rictus comtilètent une physionomie ingrate.
des Anciens, les lettres et les arts, même les idées et les mœurs, se transformèrent ; il y eut comme une résurrection de l'esprit antique ; c'est ce qu'on a appelé « la Renaissance ". A la fin du quinzième siècle, la Renaissance italienne atteignait son apogée ; innombrables étaient les grands artistes et les écrivains ; au-dessus de tous brillait alors l'incomparable Léonard de Vinci (1452-1319), génie universel, peintre, sculpteur, architecte, physicien, ingénieur et mathématicien.
Par ses richesses et l'éclat de sa civilisation, l'Italie excitait les convoitises étrangères. C'était une proie tentante, d'autant plus qu'elle était divisée en plusieurs petits Etats qui se jalousaient et étaient toujours disposés à se nuire les uns aux autres. Les principaux étaient le duché de Savoie, le duché de Milan, les Etats du Pape, le royaume de Naples, les républiques de Gênes, de Florence et de Venise. Ces États n'avaient pas d'armées nationales ; les Italiens méprisaient le métier des armes et s'en remettaient du soin de combattre pour eux à des " condottieri », véritables entrepreneurs de guerre qui avaient chacun leur bande de soldats et leur matériel de combat. Hommes et matériel étaient au service de qui les payait le mieux.
Cependant les Italiens détestaient les étrangers qu'ils considéraient comme des barbares, et ils étaient passés maîtres en diplomatie.
CAUSES DES GUERRES D'ITALIE, a a Trois ambitions allaient se rencontrer et se heurter en Italie, ambition française, ambition autrichienne, ambition espagnole.
LES GUERRES D'ITALIE
La cause première des guerres d'Italie fut le» prétentions de Charles VIII, héritier de la maison d'Anjou, sur la couronne de Naples qui avait appartenu jadis à des princes angevins. Au rebours de son père Louis XI, Charles Vlll avait l'esprit romanesque et rêvait de grandes aventures ; Naples conquise, il projetait de reprendre Constantinople et Jérusalem aux Turcs et de restaurer l'Empire d'Orient. A ces prétentions sur Naples s'ajoutèrent, quand Louis XII succéda à Charles Vlll (1498), les prétentions sur le Milanais : Louis XI 1 était en effet petit-fils de Valentme Visconti, fille de Jean Galéas, premier duc de Milan. De la famille des Visconti le duché avait passé aux mains des Sforza ; il était gouverné depuis 1 489 par Ludovic le Maure.
Si les rois de France n'avaient trouvé devant eux que le roi de Naples et le duc de Milan, les guerres eussent été bien vite terminées. Mais à propos du royaume de Naples ils se heurtèrent au roi d'Aragon, Ferdinand le Catholique, qui possédait déjà la Sicile et à qui Naples paraissait bonne à prendre. A propos de Milan ils se heurtèrent à l'empereur Maximilien d'Autriche qui prétendait disposer du duché en qualité de suzerain. Enfin, l'établissement en Italie d'un souverain aussi puissant que le roi de France inquiétait pour leur indépendance les États italiens, Venise, Florence, les Papes. De là des alliances, des ligues promptement constituées, promptement dissoutes, sans cesse renouvelées et dont la multiplicité rend très confuse l'histoire des guerres d'Italie.
CHARLES Vlll A NAPLES. a 0 Dès qu'il se fut émancipé de la tutelle des Beaujeu, Charles VIII prépara l'expédition d'Italie. Il l'entreprit en septembre 1494.
Ce ne fut d'abord qu'une promenade militaire. A Milan, à Florence, à Rome, le roi de France fut reçu en ami. A peine y eut-il une escarmouche à la frontière du royaume de Naples. Cinq mois après le début de la campagne, le 22 février 1495, Charles VIII fit à Naples une entrée solennelle sur un char traîné de quatre chevaux blancs, la couronne impériale en tête, le sceptre et le globe en mains, tandis que les soldats et le peuple l'acclamaient empereur de Constantinople et roi de Jérusalem.
Au bout de trois mois, la situation était entièrement changée. Charles VIII dut quitter la ville pour ne pas y être bloqué. En effet les Vénitiens, Ludovic Sforza, le pape Alexandre Borgia, l'empereur Maximilien, Ferdinand d'Aragon s'étaient ligués contre lui. L'armée des coalisés essaya de couper la retraite à Charles VIII au débouché des défilés de l'Apennin, à Fornoue. Mais les charges de la gendar-
merie — la furie française, disaient les Italiens — ouvrirent le passage au roi (5 juillet). Charles VIII rentra en France un an après en être parti.
Peu de temps après, le roi mourut d'un accident (1498). La branche des Valois directe finit avec lui. Il eut pour successeur son cousin le duc Louis d'Orléans.
LOUISXII. 0 0 Louis XII régnade 1498 à 1515. Simple et bonhomme, sans grand prestige, il fut populaire parce qu'il sut administrer le royaume avec sagesse et gouverner d'une façon presque paternelle. Il se montra très économe de l'argent de son peuple. Surtout il s'efforça de faire rendre une justice exacte, de maintenir l'ordre, d'assurer aux paysans la tranquillité, d'empêcher les pilleries des gens de guerre. Il y réussit, au témoignage des contemporains : « Les gens d'armes, écrivait l'un d'eux, Claude Seyssel, n'oseraient avoir- pris un œuf d'un paysan sans le payer. » L'on raillait bien un peu l'esprit d'économie du roi, on le mettait même sur la scène en le taxant d'avarice. Le roi laissait dire et répondait à ceux qui l'engageaient à sévir « qu'il aimait mieux voir les courtisans rire de son avarice que les peuples pleurer de ses dépenses ». La simplicité et la sagesse de Louis XII allèrent au cœur de ses sujets, si bien qu'il lui donnèrent, en 1506, le beau surnom de Père du Peuple.
GUERRES POUR MILAN ET NAPLES. 0 0 Mais la politique extérieure de Louis XII fut aussi aventureuse, maladroite et stérile que celle de Charles Vlll. Aux prétentions de celui-ci sur Naples
PORTRAIT DE LUEtOVIC IX MORE (Pw BoIttWfio. Coll. Tinubia). 0
Le dttc Je Milan, Ludovic Sforsa. dit te More, à couse de ton IcéRf hmmti m J'mt
mûrier jiguré dans ses armes. Visage séduisant : profit dont rempStmuK
aux lignes leur finesse aristoerati^ae. (CL. ANDOSON.)
MÉDAILLE AUX EFFIGIES DE LOUIS XII ET ANNE DE BRETAGNE (Bibl. N.t). a Fondue m 1499 pour aimmimortr imIrU du m cl de h rant à Lvon.
celle médailU, oeuvre de Michel Colombe, parle d'an côté l'effigie de Louis XII ; de l'aulre, celle d'Anne dt Brelafne. Le roi norle au cou le collier àt l'ordre de Hainl-Michel;
autml que tes prédéceixun, Charles Vlll et Louis XI. Lous XII mnntuaiY tolalemenl de pralige phusiiue ; le profil esl laid, avec le grand nez au boul lombanl. La ràne a la léle
couverte d'an ooite ijui lus retombe sur les épaules; visage amusant de petite Brelorme avec le front bombé largement découvert et le nez pointu.
11 joignit ses prétentions personnelles sur le duché de Milan.
A peine roi, il entreprit la conquête du Milanais qui fut achevée en sept mois (1499); Ludovic Sforza, livré par ses mercenaires suisses, mourut prisonnier en France. Louis XII voulut ensuite reprendre le royaume de Naples. Il s'en empara en 1500, de concert avec Ferdinand d'Aragon, avec lequel il avait signé un traité de partage.
Mais alors Ferdinand, le prince le plus perfide de son temps, se mit en devoir de chasser les Français, et de conquérir le royaume pour lui seul. En 1504, grâce à un habile général, Gonzalve de Cordoue, il était arrivé à ses fins, et Louis XII par une trêve lui abandonna Naples.
AGNADEL ET LA SAINTE LIGUE, a a L^ guerres d'Italie pouvaient finir là. Elles furent rallumées par le pape Jules 11. Pape politique et soldat, — une des plus puissantes figures du seizième siècle — , Jules II rêvait d'établir sa suprématie sur tous les Etats italiens. Pour cela il fallait d'abord runier la principale puissance italienne, Venise ; puis il fallait chasser d'Italie « les Barbares », Français et Espagnols.
Contre Venise, une ligue fut organisée sans peine dès 1508, à Cambrai ; tout le monde jalousait les Vénitiens, « lions affamés, dit un contemporain, insatiables de seigneuries et de richesses ». Louis XII, Maximilien, Ferdinand, Florence se joignirent au
pape. L'armée française, prête la première, battit les Vénitiens à Agnadel (mai 1509).
PORTRAIT DE L'EMPEREUR MAXIMILIEN i?a Albert Durer. Vienne, Galerie des Portraits), a Une des belles toiles du grand peintre allemand Durer ffu Musée de Vienne. Figure tourmentée, long nez, regard oblique, l'empereur est dlu d'une cape et porte sur la lite un grand chaperon de velours. De la main gauche, il tient une grenade enlr'ouverte, symbole de la résurrection. (cL. HAïffSTAE.NGL.)
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ENTRÉE DU CHATEAU DE BLOIS (Porte Loui» XII).
Cette partie Ju château fut construile par ordre de Louis XII à partir de 1500; elle a été restaurée au XIX* uèch. Le mitr ttt m brûtaes ouverture*. La diuanhlance de forme et d'ornementation du jaiétru (ta plus belle e$t à droite, au premier étase), ratUition du portillon, m h
de la grande porte. Au'deuut dt la veûte, $tatue equatre de Loua Xil en grûndair natureUe (cl. HACHIlTt),
Mmte de Piem mÊmr m ritmwmiiÊ maiaatm
Les Vénitiens se hâtèrent de demander la paix à Jules II. Dès lors le pape s'employa à retourner contre le roi de France la coalition formée contre Venise. Il y parvint en 151 1 ; la ligue de Cambrai devint la Sainte Ligue, à laquelle adhérèrent les Suisses, puis le roi d'Angleterre, Henri VIII, qui voulait reprendre la Guyenne.
VICTOIRES ET MORT DE GASTON DE FOIX ^ ^ La guerre fut d'abord favorable à Louis XII, dont le neveu, Gaston de Foix, se révéla un grand homme de guerre à vingt-deux ans. Sa carrière militaire ne devait malheureuse ment pas durer plus de trois mois ; mais dans ce court espace de temps, il se montra un incomparable manœuvrier, en avance de plus d'un siècle sur son temps, le précurseur des plus grands stratèges, Turenne et Napoléon. A une époque où les armées ne se mouvaient qu'avec une extrême lenteur, Gaston stupéfia ses adversaires par la rapidité de ses marches et l'audace de son offensive.
Louis XII lui avait confié la défense du Milanais à l'heure du plus grand péril, au moment où Jules II menaçait le duché avec les Espagnols et les Vénitiens. Seul en face de trois adversaires, Gaston de Foix fît front partout. Au mois de février 1512, en quatorze jours, il fit faire à ses troupes plus de 200 kilomètres par la neige et des chemins défoncés, et gagna trois
PORTRAIT DE JULES 11 (Par Raphaël, Florence, Musée des Offices). 0 PoinI de douceur dans cetle physionomie de vieillard à barte Hanche- mais de ta lénadU dans la bouche aux lèores minces et serrées, et, dans le tefard, une tension d'esprit qui dénote des préoccupations politiques d'où la religion était totalement exclue, (cl. anderson).
GASTON DE FOIX (Milan, Musée archéolosique). tl Buste de la belle statue funéraire que sculpta le Milanais Bambaja. La tête, lamée, repose sur un coussin : couronne gagnée à Raoerme où le jeune héros périt, en pleine victoire, percé de dix-huit blessures, reçues toutes par devant. Sur la cuirasse, le collier de l'ordredeSaint-Michel, créé par Louis XL (CL. alinaRI.)
victoires : le 5, il débloquait Bologne qu'assiégeait le pape ; le 16, il battait les Vénitiens au nord de Mantoue ; le 20, il enlevait Brescia d'assaut. Deux mois plus tard, le 1 1 avril, jour de Pâques, il remportait, devant Ravenne, son plus éclatant triomphe. La bataille avait été furieuse. « Jamais gens, dit un témoin, ne firent plus de défense que les Espagnols qui, encore que n'ayant plus ni bras ni jambe entière, mordaient leurs ennemis. » Seize mille hommes étaient tués. L'action était terminée, quand, apercevant un parti de fantassins espagnols qui se retirait fièrement par une étroite chaussée entre un canal et un marais, Gaston presque seul se jeta sur eux à la charge. 11 fut enveloppé ; son cheval s'abattit les jarrets coupes. Lui-même, renversé d'une arquebusade, fut achevé à coups de piques. Il avait reçu dix-huit blessures. '< Depuis le menton jusques au front en avait quatorze ou quinze, dit le chroniqueur, et par là montrait bien le gentil prince qu'il n'avait pas tourné le dos. '> Dès lors Louis XII n'éprouva plus que des revers. Les Suisses écrasèrent son armée à Novare (1513) ; le Milanais fut perdu. La France même fut envahie, au nord par les Anglais, à l'est par les Suisses qui pénétrèrent jusqu'à Dijon. Louis XII parvint cependant à prix d'argent à arrêter les envahisseurs et à signer des trêves avec ses' ennemis. Presque aussitôt après, il mourut (l^"" janvier 1515).
FRANÇOIS I*"". Af a Louis XII n'avait eu d'autre enfant qu'une fille, Claude de France, qu'il avait mariée à son cousin François d'Angoulême, l'héritier du trône. Celui-ci devint, à vingt ans, le roi François I^''. Tout au contraire du chétif et malingre Louis XII, c'était un prince élégant et majestueux, « d'aspect tout à fait royal, écrivait un ambassadeur.
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FRANÇOIS I" (Musée Gjndé, Chantilly), a Porirail peinl avant l'aoènemcnl. François l*^' alors comte tTAngouléme, était un jeune homme de vingt oni. comme l'indiquent la moustache et la barbe naissante ; il porte un vêtement noir à crevés blancs, décolleté à la mode du temfts, et sur la tête un chaperon foncé cachant le front et faisant saillir le grand nez légendaire.
en sorte que, sans avoir jamais vu sa figure ni son portrait, à le regarder seulement, on dirait aussitôt : c est le Roi ! » Il avait la physionomie vive et rieuse et il aimait en effet par-dessus tout la gaîté, la vie facile et le plaisir. II est resté célèbre par sa bravoure et sa magnificence. Admirable au combat, il mérite le surnom qu'on lui a donné de « roi chevalier ». Le goût de la magnificence, en même temps qu'une inclination naturelle pour les belles choses, fit de lui le protecteur, des lettrés et des artistes, le roi de la Renaissance. Mais d'autre part, il était d'une prodigalité effrénée : sa facilité à dépenser l'argent faisait dire à certains de ses sujets qu'il avait « les mains percées », et vraiment le successeur du parcimonieux Louis XII fut l'un des plus dépensiers de nos rois. Enfin, s'il avait l'intelligence vive, il était mobile et changeant, d'une prodigieuse mconstance, incapable d'application aux affaires : de là, après les brillants succès du début du règne, les terribles revers qu'il subit par la suite.
MARI GN AN. a 0 Dès qu'il fut roi. François K' réunit une armée pour reconquérir le Milanais ; il s'était assuré l'alliance des Vénitiens.
Les Suisses, alliés du duc de Milan, gardaient les débouchés des deux seules bonnes routes qui existaient alors au travers des Alpes, celles du Mont-Ceni» et du Mont-Genèvre. Il fallait donc chercher un autre passage. On trouva plus au sud, au col de l'Argentière — aujourd'hui le col de Larche — un sentier à peine praticable pour des chevriers. Trois mille sapeurs y ouvrirent un chemin où, du 4 au 9 août 1515, passèrent trente-huit mille fantassins, dix mille cavaliers et soixante-douze gros canons. La stupeur fut telle chez les ennemis qu'un de leurs chefs, surpris et enlevé par Bayard et ses coureurs, demanda « si les Français avaient volé par-dessus les Alpes ».
Le jeudi 13 septembre, François I*"" était à quinze kilomètres de Milan, au bourg de Marignan — aujourd'hui Melegnano, — ' au milieu d'une plaine coupée de canaux et de fossés et où les chaussées sont seules praticables pour la cavalerie. Vers cinq heures aprèsmidi les Suisses parurent, venant de Milan. Le roi, qui, prévenu de leur approche, s était porté au-devant d'eux, avait placé son artillerie et sa cavalerie sur les chaussées, son infanterie, en trois corps, dans les champs à droite et à gauche. Les Suisses attaquèrent avec fureur. Ce fut une mêlée confuse qui se prolongea.
liATAILLE UE MARIGNAN (BiUl.) a Au centre de la mêlée <f AomiBM. dt ihevaux et d'armes, on vcit François l''* gui charge le» StÊÏun; il ttt nmti ma IR iheval blanc et vêtu d'un harnais de guerre • merMtNnMnMl iim fmt d mtd* Il porte sur son armure une casaque de drap «for et, sm mm imt. Ml ffwrf Li'wiff. Je »hna UancAn. (eu MSTHAUD.)
au milieu d'une poussière étouffante, tant qu il fit clair. Il y eut, pour arrêter les Suisses, « une trentaine de belles charges » que François I^'' mena lui-même. Malgré tout, écrivait le roi à sa mère. Louise de Savoie « les Suisses se logèrent bien près de nous, si près qu'il n'y avait qu'un fossé entre deux. Toute la nuit, demeurâmes le cul sur la selle, la lance au poing, l'armet à la tête et nos lansquenets en ordre pour combattre. Nous avons été vingt-huit heures à cheval sans boire ni manger. »
Le vendredi 1 4 au matin, l'armée française recula sur Marignan et se déploya en avant du bourg, le centre avec le roi sur la chaussée principale. Les Suisses reprirent l'attaque au jour naissant. Arrêtés au centre par l'artillerie, ils opposèrent canons à canons, et portèrent tous leurs efforts sur les ailes où commandaient le connétable de Bourbon et le duc d'Alençon, beau-frère du roi. Le roi supporta huit heures le feu de l'artillerie suisse, « laquelle, je vous assure, a fait baisser beaucoup de têtes ». Aux ailes, Bourbon et d'Alençon « ne s'épargnaient non plus que sangliers échauffés ». Vers onze heures, l'arrivée d'un corps de cavalerie vénitienne détermina la retraite des Suisses ; ils laissaient quatorze mille des leurs sur le champ de bataille. Les Français avaient perdu deux mille hommes.
PUISSANCE DE FRANÇOIS I«^ a û \^^ vietoire de Marignan fit grande impression en Italie et en Europe. Non seulement elle rendit François I®' maître du duché de Milan, mais elle détermina tous ses adversaires à traiter. Le pape Léon X signa la paix le premier : ce fut le Concordat de 1516. Puis les Suisses signèrent à F'ribourg laPaix Perpétuelle ( 1516). Ils s'engageaient à ne jamais fournir de troupes aux ennemis du roi de France. Par contre, moyennant le paiement d'une certaine somme chaque année, le roi de France avait le droit de recruter dans les cantons suisses autant d'hommes qu'il lui plaisait. Le traité fut de part et d'autre scrupuleusement respecté jusqu'à la Révolution de 1 789. Enfin l'empereur et le roi d'Espagne reconnurent à François I®'', par le traité deNoyon, la possession du Milanais. En revanche, François I^"" abandonnait le royaume de Naples au roi d'Espagne.
Les guerres d'Italie ainsi terminées, en 15 18 l'Europe occidentale était en paix, et le vainqueur de Marignan apparaissait comme le plus puissant de tous les souverains.
LES ARMÉES. tS 0 Les guerres d'Italie présentent un grand mtérêt militaire. Elles font en effet la transition entre les méthodes de guerre du Moyen
Age et les méthodes de guerre modernes. On y voit côte à côte les vieilles armures d'acier enveloppant homme et cheval de la tête aux pieds et les armes nouvelles, canons et arquebuses. De même si la cavalerie, la force principale des armées du Moyen Age, joue encore un rôle brillant en Italie, on voit à côté d'elle grandir l'importance de l'infanterie, la force principale des armées modernes, « la reine des batailles », dira Napoléon.
Pour les armes à feu, les canons seuls commencent à devenir redoutables. On les a beaucoup perfectionnés : le danger d'éclatement a disparu parce qu'on les coule en bronze ; ils sont munis de tourillons qui permettent de les faire basculer et facilitent le pointage ; ils sont placés sur des affûts à roues, analogues aux affûts modernes. Mais les dimensions sont énormes, plus de trois mètres de long pour la grande couleuvrine, qui pèse 3 200 kilogrammes et qu'il faut atteler à dixsept chevaux disposés en file. Aussi l'artillerie n'a-t-elle aucune mobilité : elle reste pendant toute la bataille là où on l'a placée au début de l'action ; elle est perdue SI on est vaincu. Quant aux armes à main, les arquebuses, il faut trois minutes pour les charger, deux minutes pour tirer, soit un coup de feu par cinq minutes, et la portée n'est pas de cent cinquante mètres. L arc et l'arbalète ont une portée supérieure : aussi continue-t-on de les employer comme au Moyen Age,
ARMURE DE BAYARD (Musée d'Artillerie), a Beau ttédmen iTane ttnTtuie
au commencement du XVI* siicie heaume, cuirasse, cpaulières, brassards, nantelets,
cuissards, genouillères et grives, te tout en plaques rrrétalUquei, articaUes comme les
piica d'une carapace, (cL. hachette.)
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Jond, JantaSiins accoutaitl. A droite, ies Sûmes diamenl^ tur t/ttalre ran«; derrière eux. q-uitre canats: au sscoid oian. trt batatUon de pKfokrt Quavits <i aiQuebusieri. jy. Colonne Jranj aise a la bataille de Cenwles: ùigmers et arquebusiers eKortent deux i
-ii tiULL
L'ARMÉE DES GUERRES D'ITALIE (Bas-reliefs de Pierre Bonlemps. Basilique de Saint-Denis).
rmmr^mMm dt U iOÊ^tmt frmicmm, tk atmf
Pierre Bonlemps sculpta vers 1552, pour !e tomheau de François l", de très beaux bas-reliefs qw comptent partm les (ruvres les plus rwmw^mMm Jt tê aussi de précieux documents historiques, par la précision et l'exactitude avec lesquelles l'artiste a reproduit tous Us détails de V arrrtanent fi «M CMfMW. Vtiti, d'une vie surprenante, toute l'armée française des guerres d'Italie, depuis les gendarme» à cheval lutquaux vieux rouiierSt aux
PojàAtJiCfut ûcj L' EMPIRE DE Erninrey m
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et, comme au Moyen Age, c'est toujours le corps à corps qui décide de la victoire.
Les cavaliers, les gendarmes dont les escadrons ou compagnies sont en France réguliers, permanents et nationaux, ont conservé l'équipement des chevaliers, l'armure métallique, la longue et lourde lance, l'épée, la hache et la masse d'arme.
Les fantassins groupés par bandes sont des mercenaires. On les recrute en partie en France, parmi les Bretons, les Gascons et les Picards. Mais les plus gros contingents viennent d'Allemagne et de Suisse. Allemands et Suisses sont confondus sous le nom de lansquenets. Les Suisses ont allégé l'armement du fantassin : ils ont encore la tunique de mailles et la demicuirasse, mais ils n'ont plus ni cuissards, ni genouillères, ni bouclier. Les armes offensives sont, outre l'épée ordinaire, tantôt l'épée à deux mains, tantôt la hallebarde, la pertuisane, ou la pique longue de près de six mètres. En bataille, les Suisses se présentent en bataillon serré, analogue à l'antique phalange macédonienne, les hommes sur six ou douze rangs de profondeur ; les piques abaissées forment au-devant du premier rang une herse de six ou sept étages de pointes ; on dirait un énorme hérisson. En arrière, avec les fifres et les tambours, sont placés hallebardiers et pertuisaniers. Ils interviennent avec leurs armes plus courtes et propres au corps à corps, lorsque les piquiers ont fait brèche dans la masse de l'ennemi et que le bataillon s'y est enfoncé comme un coin, ou quand au contraire la cavalerie adverse a rompu les rangs de la phalange.
BAYARD. £} 0 Deux hommes personnifient les
deux aspects des guerres d'Italie : Bayard et Gaston de Foix. Si Gaston de Foix fut le premier des généraux modernes, Bayard fut le dernier et le plus glorieux des chevaliers.
Bayard était né près de Grenoble en 1476. Il est peint tout entier dans son surnom : « Le chevalier sans peur et sans reproche >', et par ces deux phrases de son secrétaire : « Il avait le cœur net comme la perle » ; « il désirait être toujours près des coups ». Bon, généreux, pitoyable au vaincu, il était d'une bravoure épique. 11 assista à toutes les grandes rencontres des guerres d'Italie, depuis Fornoue jusqu'à Marignan, où François I*'' voulut être armé chevalier de sa main. Pendant les guerres contre Charles -Quint il défendit et sauva Mézières. Il mourut en 1524, à Romagnano, les reins brisés par une balle tandis qu'il couvrait la retraite le dernier à l'arrière-garde. Il était coutumier de semblables exploits ; pendant la seconde expédition de Naples, un jour au bord du Garigliano, il défendit seul pendant toute une demi-heure l'entrée d un pont que deux cents Espagnols voulaient forcer. Bien qu'il ait commandé à plusieurs reprises des corps d armée, Bayard était toujours prêt à payer de sa personne : comme l'eût pu faire un chevalier de Philippe Auguste, il acceptait des défis de chefs ennemis. Il se battit trois fois en duel avec un officier espagnol ; il prit part au combat des onze, vrai tournoi où onze chevaliers français et onze chevaliers espagnols se rencontrèrent à jour fixe, en champ clos, devant dix mille spectateurs. Ces inutiles aventures, par lesquelles il est un homme du Moyen Age, lui avaient valu une réputation européenne. Le pape Jules II, l'empereur Maximilien, le roi d'Angleterre Henri VIII cherchèrent à se l'attacher et lui firent les offres les plus brillantes. Mais Bayard avait la religion du devoir, et, raconte son biographe, « toujours disait qu'il mourrait pour soutenir le bien public de son pays ».
Rivalité de François I®' et de Charles- Quint
L'EMPIRE DE CHARLES-QUINT, a a l.^ paix péniblement acquise en 1518 ne dura pas deux ans. En 1520 la guerre recommençait. Cette fois il s'agissait, non plus seulement de la possession de Naples ou du Milanais, mais de la constitution d'un formidable Empire qui mettait en péril l'existence même de la France.
La formation de la puissance de Charles-Quint fut le résultat d'une série de mariages et de successions. Il était en effet, par son père Philippe le Beau, le petit-fils de Marie de Bourgogne et de Maximilien
LES GUERRES D'ITALIE
PORTRAIT DE CHARLES-QUINT (Par le Titien. Pinacothèque de Munich), a Exéctilé par U Titien en 1548, ce portrait représente l'Empereur à quarante-huit ans. Vêtement aobre et scoère à l'Espagnole. La mâchoire proéminente, ta lèvre inférieure qui avance * en bénitier " est un trait caractéristique des familles de Bourgogne et de Habsbourg, (ci., hanfstaengl.)
d'Autriche, par sa mère Jeanne la Folle le petit-fils de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle de Castille.
De ses grands-parents paternels il avait hérité : les Pays-Bas, l'Artois, la Flandre, la Franche-Comté, débris des États de Charles le Téméraire ; — l'archiduché d'Autriche, et ses dépendances, domames de la maison de Habsbourg.
De ses grands-parents maternels il avait hérité : le royaume d'Aragon, avec la Sardaigne, la Sicile et Naples ; le royaume de Castille, avec les colonies d'Amérique récemment découvertes.
A toutes ces couronnes héréditaires vint s ajouter au mois de juin 1519, la couronne impériale d'Allemagne. Maximilien étant mort, les sept Princes Electeurs eurent à choisir entre deux candidats : François I®'' et Charles d'Autriche. Malgré les sommes énormes que François F"" dépensa pour acheter leurs votes, c'est Charles qui fut élu. On l'appela dès lors Charles- Quint, c'est-à-dire Charles V. Charles-Quint avait dix-neuf ans.
CHARLES-QUINT, a a Physiquement et moralement, Charles-Quint offrait un contraste complet
avec son rival François I®*". II avait une figure grave, froide, avec quelque chose de sec et surtout une expression de ténacité rendue plus forte par la proéminence de la lèvre inférieure et le menton très saillant « en galoche ».
Il était, en effet, de volonté tenace, réfléchi, profond calculateur, étonnamment maître de lui. Quand il apprit la victoire inespérée de Pavie, à peine laissa-t-il voir un peu d'émotion, et comme on le félicitait de ce triomphe : '< Les Chrétiens, dit-il, ne doivent »e réjouir que des avantages qu'ils remportent sur le» Infidèles. » Il était d'une piété sincère, entendait plusieurs messes par jour et s'enfermait pour méditer et prier longuement dans une chambre tendue de noir.
Sous des dehors modestes et simples, il cachait une ambition démesurée. L'immensité de ses possessions ne lui suffisait pas, et sa devise était : « Toujours plus oultre. » Arrière-petit-fils du Téméraire, il prétendait se faire restituer la Picardie et la Bourgogne que Louis XI avait confisquées. Chef du Saint- Empire, il prétendait faire rentrer sous sa suzeraineté tous les pays qui avaient antérieurement relevé de l'Empire, l'Italie et la vallée du Rhône, Dauphiné et Provence. On l'accusait d'aspirer à la monarchie universelle.
i^^te^-'-^l:
ENTREVUE DU CAMP DU DRAP D'OR (B«-relief de l'Hôtel BouniKcro«Ue.
Rouen), a En haut, le cortège J'Henri Mil. Au mi/iVo. U cortège et Fr^çeà» /'*.
En bas, la rentontrt des Jeux rois. L'entrevue eut lieu entre Ardret et Gaimm: U* Jrmx
roi» y dépiovèrenl un lurt inool. (CL. RIGOO'Dn'.)
CHARLES-QUINT ET LA FRANCE. 0 0 Redoutable pour tous, Charles-Quint l'était plus particulièrement pour la France. En face de l'empire de Charles-Qumt, elle était comme une citadelle investie : les Etats de l'Empereur l'enserraient par toutes ses frontières. Le péril était surtout pressant au nord et à l'est, où la France était beaucoup moins étendue qu'aujourd'hui. Paris, la capitale, n'était pas à cent cinquante kilomètres de l'ennemi. Au danger résultant du tracé des frontières s'ajoutait le danger provenant des ambitions précises de Charles-Quint,
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PORTRAIT pu CONNÉTABLE DE BOURBON (École d. Clouet. Bibl.
Nat.) a L'affaire du Connétable Je Bourbon est plus qu'un épisode tragique de l'histoire
de François l" ; c'est comme le dernier épisode de la longue lutte entre les sotwerains de
France et leurs grands vassaux.
de ses vues sur la Picardie et la Bourgogne, sur le Dauphiné et la Provence.
La lutte contre Charles-Quint était donc une nécessité pour la France. A partir de 1520 les guerres que soutinrent François I*^"", puis Henri II, ne furent plus, comme celles de Charles VIII et de Louis XII, des guerres « de magnificence », guerres d'ambition et de conquête ; ce furent des guerres de salut national ; l'intégrité même de la France était en jeu.
La lutte commencée en 1520 dura trente-neuf ans, jusqu'à 1559. Charles-Quint et François I*^"', qui la commencèrent, n'en virent pas la fin. Elle se poursuivit et se termina sous leurs fils, Philippe II d'Espagne et Henri II. Elle ne fut point un simple duel entre deux souverains comme avait été la guerre de Cent Ans.
Charles-Quint et Philippe II, François I®"" et Henri II cherchèrent et trouvèrent des alliés. En sorte que l'on vit, mêlés à la lutte des maisons de France et d'Autriche, le roi d'Angleterre, les princes allemands, les Etats italiens, un roi de Suède, les papes et jusqu'aux Turcs : ces guerres françaises furent en même temps des guerres européennes.
LA PREMIÈRE GUERRE. PAVIE. 0 0 Lu première guerre, de 1520 à 1526, fut la plus dramatique et la plus désastreuse.
Les deux rivaux se disputèrent d'abord l'alliance du roi d'Angleterre Henri VIII. François I*'' eut une entrevue avec lui et le reçut, pour l'éblouir, dans un camp dont les tentes étaient de drap et de toile d'or : il dépensa dans cette parade dix années des revenus du royaume. Mais c'est à Charles-Quint, venu en Angleterre en petit équipage, comme pour solliciter la bienveillance d'un puissant roi, qu'Henri VIII donna son alliance.
Les premières opérations eurent lieu à la frontière du Nord. La Champagne fut envahie et Mézières assiégée. Bayard sauva la place (1521). Peu après, le plus grand seigneur du royaume, le connétable de Bourbon, mécontent d'une sentence du Parlement qui lui enlevait une partie de ses domaines, trahit et passa dans le camp de Charles-Quint (1523). A la suite de combats malheureux, le Milanais fut perdu, et Bourbon, pénétrant en Provence, poussa jusqu'à Marseille. Mais Marseille tint bon comme Mézières (1524). François 1", prenant l'offensive à son tour, passa en Italie et reconquit le Milanais.
Tous les avantages obtenus furent perdus en une journée, et la bravoure imprudente du roi de France amena un désastre à Pavie (vendredi 24 février 1 525). Pavie, à quinze kilomètres au sud de Milan, était restée aux mains des Espagnols. François I®'' la tenait bloquée depuis quatre mois et la place était à l'extrémité, quand apparut une armée de secours. Le roi voulut lui barrer le passage. L'artillerie française commençait à rompre les rangs de l'infanterie espagnole et faisait « voler têtes et bras ». Quand il vit l'ennemi ébranlé, François I'"' fut comme son ancêtre Philippe de Valois à Crécy devant les Anglais : « Le sang lui bouillit dans les veines ». Il chargea, masquant ses canons qui durent cesser le feu. Les Espagnols se ressaisirent. François I" enveloppé eut son cheval tué sous lui ; comme Jean le Bon à Poitiers, il se défendit longtemps l'épée au poing. Mais blessé deux fois il fut enfin contraint de se rendre.
« Madame, écrivit-il à sa mère le lendemain, de toutes choses ne m'est demeuré que l'honneur et la vie qui est sauve. »
LES GUERRES D'ITALIE
TRAITÉ DE MADRID. 0 0 François Y\ prisonnier, s'attendait à être traité en roi par un roi, c'està-dire en frère. Charles-Quint, au grand scandale des Espagnols, le traita comme un prisonnier vulgaire ; il refusa de le voir et le tint enfermé près de six mois, dans une tour de l'enceinte de Madrid, au fond d une grande et triste chambre qu'éclairait une seule fenêtre, garnie de gros barreaux de fer. Le vainqueur ne se relâcha pas de cette rigueur tant que le vaincu n eut pas accepté les dures conditions de paix qu'on lui faisait. Par le traité de Madrid (14 janvier 1526) François I®"" dut renoncer à toute prétention sur Naples et le Milanais, à toute suzeraineté sur l'Artois et la Flandre, et promettre de rendre la Bourgogne au roi d'Espagne.
Un pareil traité ne pouvait être même une trêve, parce qu'il était trop désastreux pour le vaincu. Avant même de signer, François I^'' avait secrètement protesté qu'il n'exécuterait pas une convention imposée par la violence. A peine libre il renouvela solennellement sa protestation et refusa de livrer la Bourgogne. Tout le reste de sa vie fut employé à tenter de réparer le désastre de Pavie.
Mais il se sentait maintenant trop faible pour lutter seul contre Charles-Quint. Déjà pendant qu'il était captif, sa mère, Louise de Savoie, régente du royaume, avait entamé diverses négociations et cherché des alliés à François I^''. Il en trouva, parce que la puissance de l'Empereur inquiétait tous les États. Ces alliés furent, dès le lendemain de Pavie, le sultan Soliman le Magnifique ; puis, après le traité de Madrid, le roi d'Angleterre Henri VIII et le pape Clément VII ; plus tard les prmces protestants d'Allemagne.
L'ALLIANCE TURQUE. iZ/ ^jr De ces diverses alliances, la plus profitable et la plus constante fut l'alliance turque. Les Turcs, après avoir conquis morceau par morceau presque tout l'empire grec, s'étaient emparés de Constantinople en 1453. Au seizième siècle, sous Soliman le Magnifique (1520- 1566), l'empire turc était à son apogée. Le Grand Seigneur disposait d'armées de plus de 200 000 hommes, s'emparait de Budapest, menaçait Vienne à plusieurs reprises.
L'alliance de François I*'', roi très chrétien, fils aîné de l'Église, avec les musulmans ennemis de la chrétienté, scandalisa, il est vrai, l'Europe entière. François I*'' en rougissait lui-même et essayait de s'en cacher. Cependant elle contribua à coup sûr au salut de la France. Elle est aussi un des faits les plus significatifs de l'histoire du seizième siècle. Elle montre que les préoccupations religieuses commençaient à passer à l'arrière-plan. C'est de la France, pays qui
avait pris l'initiative des croisades, que vint le premier exemple de l'indifférence religieuse en matière de politique extérieure. L'alliance turque eut pour la France d'autres conséquences importantes. Un traité de commerce signé en 1535, les Capitulations, assura aux navires français, et à eux seuls, la liberté de commercer sur toutes les côtes de l'empire turc : pendant plus d'un siècle, les navires des autres pays ne purent pénétrer dans les ports ottomans qu'en arborant le pavillon français. Les Capitulations nous donnaient d'autre part le protectorat des Lieux Saints à Jérusalem, et par là le protectorat de tous les catholiques établis en Turquie quelle que fût leur nationalité. Ce privilège fut longtemps le plus puissant de nos moyens d'influence dans toute la Méditerranée orientale, aussi bien dans la Turquie d'Europe qu'en Egypte et dans la Turquie d'Asie. La prééminence politique et commerciale de la France dans le Levant est un résultat inattendu, mais direct, de la lutte de François I"'' et de Charles-Quint.
SECONDE, TROISIÈME ET QUATRIÈME GUERRES, a 0\y^ \bTl \ 1547, il y eut trois guerres entre François I'"' et Charles-Quint, toutes trois sans résultats décisifs.
Dans la deuxième guerre (1527-1529), le pape étant l'allié de François I'"', Rome fut mise à sac par les
UN JANISSAIRE (D'après un dessin d> BeUini n'aide). 0 Nm tBUt In
Turc». Les Janmaires foTmaient l'ilitt dt Vin/anttjie tni^m, la tmrii Jm mjtmt îb
poTtaient, aixc la longue lunitue et ta ctintare où la ajma» mnt paaaêm, i» ioÊmd Je
feutre réglementaire, très haut et ti peintu ^ae fa
Impériaux. Mais les Turcs vinrent assiéger Vienne, et Charles-Quint, par le traité de Cambrai, dut renoncer à réclamer la Bourgogne.
La troisième guerre (1536-1537) fut plus profitable. François I^"^ s'empara des Etats du duc de Savoie, allié de l'Empereur. Celui-ci envahit la Provence, mais dut l'évacuer après une retraite désastreuse qui lui coûta 20 000 hommes sans combat.
Dans la quatrième guerre (1542-1544), François I*' eut à lutter contre les Anglais et les Impériaux alliés. Le duc d'Enghien remporta dans le Piémont la brillante victoire de Cérisoles (1544). Mais Charles-Quinl envahit et ravagea la Champagne, poussant jusqu'à Meaux, à 50 kilomètres de Paris, et Henri VIII prit Boulogne. La paix de Crépy ne modifia pas la situation acquise. François I""" mourut peu après (1547).
LES LÉGIONS PROVINCIALES. 0 0 Ces opérations de guerre sont d'intérêt médiocre parce qu'elles furent généralement conduites sans esprit de suite, sans plan d'ensemble et comme au hasard des circonstances. Pourtant il y eut d'importantes nouveautés dans l'organisation militaire en France, et les transformations commencées au temps des guerres d'Italie dans la composition des armées et dans l'armement se poursuivirent dans cette période. Partout on vit croître le nombre des fantassins et diminuer les effectifs de cavalerie. En France, une intéressante tentative fut fîiite pour organiser une infanterie nationale. En 1534, François I*'' ordonna la formation de sept Légions provinciales ainsi nommées parce que chacune d'elles devait être recrutée dans une province différente. La légion, recrutée par engagements volontaires, devait être à l'effectif de 6 000 hommes dont 1 700 arquebusiers. François I®' pensait avoir ainsi 42 000 fantassins qui lui permettraient de ne plus recourir aux Suisses, dont les services coûtaient très cher et qui dans leurs bataillons ne comptaient pas un assez grand nombre d'hommes munis d'armes à feu. En effet, l'usage des armes à feu portatives, arquebuses ou pistolets, se répandait de plus en plus. Cela avait commencé chez les Espagnols et Charles-Quint prétendait « que le succès de ses guerres avait été décidé par les mèches de ses arquebusiers ». François I®'', en 1520, disposait à peine de quelques centaines d'arquebusiers, il en avait douze mille vers 1 540. Sous Henri 1 1 , apparurent les arquebusiers à cheval et la cavalerie légère armée du pistolet. Les légions se transformèrent alors en régiments permanents, les premiers de l'armée française.
HENRI II. L'ALLIANCE PROTESTANTE. 0 0 Grand et robuste, le nouveau roi Henri II (1547-1559) tenait de son père le goût des exercices violents.
PORTRAIT DE HENRI II (Par François Clouet. Musée Condi. Chantilly), a
Profil régulitr mais ieme, et çtâ dorme hii^n l'impressiop du pertonnage effacé
iiu était le roi : âme lècbe et froide, esfirtt médiocre, humeur sombre. Le costume est
d'une rare élégance. (cL. GIRAUDON.)
tels que la chasse, le jeu de paume, la joute à cheval. Mais il n'avait pas les brillantes qualités de François I^"" : il était froid, taciturne, d'humeur morose, ne s'intéressait ni aux lettres ni aux arts. Peutêtre sut-il mieux discerner cependant les véritables intérêts du royaume. Quand, en 1 552, la guerre reprit pour la cinquième fois contre Charles-Quint, l'effort principal porta, non plus en Italie, mais à la frontière du Nord et de l'Est. L'alliance essentielle fut alors non plus l'alliance turque, mais l'alliance avec les princes protestants d'Allemagne.
Ceux-ci, en lutte avec Charles-Quint depuis plusieurs années, signèrent avec Henri II le traité de Friedwald en Hesse, par lequel, en échange d'un secours en argent, ils lui reconnaissaient le droit d'occuper les trois évêchés de Lorraine, Metz, Toul, et Verdun. La clause essentielle du traité était la suivante :" 11 a été trouvé équitable que leroi de France,
LES GUERRES D'ITALIE
le plus promptement possible, prenne possession des villes qui de tout temps ont appartenu à l'Ennpire, bien que la langue allemande n'y soit pas en usage, c'est-à-dire de Toul en Lorraine, de Metz et de Verdun ». Ainsi ce sont les Allemands, eux-mêmes qui ont proclamé en 1552 que Metz, comme Toul et Verdun, était non pas ville allemande mais ville française. C'est du libre consentement des Allemands, sans contrainte, que Metz, française par la langue, devint politiquement française.
ÉCHEC ET ABDICATION DE CHARLES- QUINT. 0 0 Vainement Charles-Quint essaya de reprendre Metz. Il l'assiégea deux mois et demi avec 60 000 hommes. La place n'avait pas 1 0 000 hommes de garnison, mais commandés par un chef énergique, le duc François de Guise. Sa prévoyance ne permit pas aux ennemis même une tentative d'assaut. D'autre part le froid,' des inondations rendirent intenable leur camp ; la maladie se mit dans leurs rangs. Le 1"'' janvier 1553, Charles-Quint dut se retirer, abandonnant, avec la plus grande partie de son matériel, ses blessés et ses malades, et ne ramenant pas avec lui 20 000 hommes.
Attristé par cet échec, épuisé par les maladies et par l'extraordinaire activité qu'il lui avait fallu déployer pour gouverner et défendre son immense empire, Charles-Quint prit la résolution d'abdiquer.
Il céda l'Autriche et la couronne impériale à son frère Ferdinand, déjà roi de Bohême et de Hongrie. Tout le reste de ses domaines, Pays-Bas, Franche- Comté, Naples et Milan, Espagne et Amérique, revint à son fils Philippe II. S'étant ainsi dépouillé de toutes ses dignités, il se retira dans un palais près du monastère de Saint- Just, en Espagne (1556). Il y mourut deux ans plus tard (1558).
Ce partage était pour la France une véritable victoire. La maison d'Autriche était désormais coupée en deux : les Habsbourg d'Autriche, les Habsbourg d'Espagne. Sans doute les uns et les autres étaient hostiles à la France, et leurs ressources demeuraient au total les mêmes que celles de Charles-Quint ; mais du moins ces ressources n'étaient plus désormais à la disposition d'une seule volonté.
SIXIÈME GUERRE. PRISE DE CALAIS, es a La guerre recommença dès 1557 sur l'initiative imprudente d'Henri II. Philippe II était en effet devenu très redoutable par son mariage avec la fille d'Henri VIII, Marie Tudor, reine d'Angleterre.
Les Français, commandés par le connétable de Montmorency, subirent un terrible désastre à Saint- Quentin. Mais les Espagnols ne surent pas profiter