IMPORTANCE DE LA VÉNALITÉ DES OF
FICES. ;^ ^ La mise en vente des fonctions publiques, la vénalité des offices, er.t des conséquences politiques et économiques fort graves. Elle permit aux bourgeois de s'élever et fit tomber peu à peu le gouvernement en leurs mains. Mais elle les porta à dédaigner les carrières productrices, agriculture, industrie, commerce, et créa un préjugé vivace en faveur des professions dites libérales. La vénalité dura jusqu'à la Révolution, parce que les finances furent constamment en mauvais état. Elle fut étendue à presque toutes les fonctions, même aux fonctions militaires, et 1 on vendit les grades de capitaine et de colonel comme on vendait les offices de juges.
La vénalité des offices de juges fut du reste celle qui eut les conséquences les plus graves. Les juges ou conseillers du Parlement, propriétaires de leur office, purent sans trop de péril se montrer indépendants en face des rois. Ils osèrent à diverses reprises leur tenir tête, et l'on verra que, pendant la minorité de Louis XIV, ils furent les derniers à essayer de résister à l'absolutisme royal. D'autre part, propriétaires de leur office
payé argent comptant, ils s'efforcèrent de le transmettre comme une partie de leur succession à leurs enfants : de la vénalité des charges l'on passa à l'hérédité des charges. La transformation s'acheva au temps d'Henri IV. Comme l'exercice de certaines charges comportait l'anoblissement, la charge devenant héréditaire, la noblesse le devint aussi. En sorte que de la vénalité des offices sortit par la suite une noblesse nouvelle, d'origine bourgeoise, qu'on appela la noblesse de robe, pour la distinguer de la noblesse ancienne d'origine guerrière, la noblesse d'épée.
La Renaissance.
ORIGINES DE LA RENAISSANCE FRAN- ÇAISE. 0 0 0,^ qui fait surtout l'éclat et la gloire du règne de François l*^'', c'est l'épanouissement de la Renaissance française. La Renaissance fut en France un des résultats principaux des guerres d'Italie. Charles VllI, Louis XII, François I'^'' surtout, pénétrant en Italie, subirent, avec la séduction de son ciel et de sa lumière, le charme de monuments qui joignaient à l'attrait de leur beauté l'attrait de leur nouveauté. Rentrés en France, ils voulurent y retrouver leurs visions d'Italie. Charles VIII avait acheté à Florence pour un demi-million d'objets d'art et recruté une mission de vingt-deux artistes. François I*' tira d'Italie une collection de marbres antiques ; il acheta et commanda des tableaux à Raphaël, à Léonard de Vinci, à André del Sarto; il attira les deux derniers en France, comme il voulut y attirer Titien, comme il y attira une colonie d'artistes de moindre valeur. le Primatice, Rosso et Benvenuto Cellini. Les sujets partagèrent l'enthousiasme de leurs rois : l'admiration exclusive de l'Italie et de l'Antiquité fut une véritable
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MISE AU TOMBEAU, par Liifier Richler (Saint-Mihiel. Église St-ttienne). Û On ne donne ici que la fiorlie centrale du monument, l'un des plus beaux et le plus consi'
dèrable de ta Renaissance française Les statues du premier plan mesurent plus de deux mètres. Au forul, la Vierge à demi évanouie, soutenue par iaini Jean à droite et une Jemme à
gauctie. L'ange au pied delà croix passe pour être le portrait de Liilier Richier. A gauche, sainte Madeleine agenouillée: le costume avec les manches a crevés est le costume du
X\f siècle ; de même, te costume de l'homme agenouillé qui soutient les jambes du Christ. (cL. MONUMENTS HISTORIQUES.)
mode. A leur tour les artistes et les écrivains français se passionnèrent pour les modèles antiques et italiens et s'efforcèrent de rivaliser avec eux.
L'HUMANISME, a a h l'origine de la Renaissance française comme de la Renaissance italienne, il faut noter aussi les travaux des humanistes, c'est-à-dire des lettrés qui pratiquaient l'étude des lettres anciennes.
Le goût des lettres anciennes s'était manifesté en France dès le milieu du quinzième siècle. L'un des premiers livres sortis de la première imprimerie parisienne fut une Rhétorique du recteur Guillaume Fichet, écrite, disait-il, pour enseigner « l'art de bien dire » puisé « à la source féconde du génie grec et du génie latin ». Erudits et philologues, les humanistes français ne se bornèrent pas seulement à inaugurer la critique des textes en vue de reconstituer dans leur pureté les textes anciens qui, tant de fois recopiés et souvent par des ignorants, avaient subi de nombreuses altérations ; certains d'entre eux s'appliquèrent aussi à recueillir dans les ouvrages des Anciens les renseignements sur l'histoire, les mœurs, les usages, les lois, et tentèrent de composer, à l'aide de ces éléments, des tableaux de la vie grecque ou romaine. Le type
de ces humanistes érudits fut Guillaume Budé (1467- 1540), qui donna dans une étude sur la monnaie romaine, l'As et ses divisions, un intéressant essai de reconstitution de la vie antique. Dans la seconde moitié du seizième siècle, Guillaume Budé fut de beaucoup surpassé par Henri Estienne (1528-1598), fils, petitfils, neveu et frère d'imprimeurs. Henri Estienne fut surtout un admirable helléniste, et la science française s honore encore aujourd hui de son Trésor Je la langue grecque.
LE COLLÈGE DE FRANCE, a a Le fait essentiel de l'histoire de l'humanisme en France fut la création du Collège des trois langues, illustre sous le nom de Collège de France. Cette création prépara en effet la transformation de l'enseignement. L Université par routine était hostile aux études nouvelles, surtout à l'enseignement du grec et de l'hébreu. Guillaume Budé sut persuader à François I^'' d'organiser cet enseignement. En 1530, le roi créa trois chaires, où trois « lecteurs royaux » professèrent le latin, le grec et l'hébreu ; de là le nom de Collège des trois langues. L'institution se développa si bien qu à la mort de François I'"' le Collège comptait douze
LA RENAISSANCE ET LA REFORME
chaires, et qu'il était devenu une petite Université où l'on enseignait non seulement les langues anciennes, mais aussi la philosophie, les mathématiques, la géographie et la médecine.
LA RENAISSANCE LITTÉRAIRE, a 0 L'humanisme engendra une brillante Renaissance littéraire. La seconde moitié du qumzième siècle n'avait donné à la France que deux écrivains notables, contemporains de Louis XI, François Villon, un malandrin qui fut un vrai poète, et Philippe de Commynes, un diplomate qui dans ses Mémoires montra des qualités degrand historien. Mais, au contactdes anciens, la littérature fut comme vivifiée. Il y eut au seizième siècle abondance d'écrivains de tous genres : François V'' eut pour valet de chambre le gracieux poète Clément Marot ; de 1533 à 1352 parut en plusieurs livres le roman de Rabelais, la Vie inestimable du grand Gargantua et celle de son fils le géant Pantagruel, œuvre grossièrement satirique et bouffonne, mais débordante de vie, toute pénétrée d'humanisme et d'amour de la science. L,' Institution chrétienne de Calvin (1541) qui renferme l'exposé de sa doctrine religieuse est aussi un des premiers chefs-d'œuvre de la prose française. Dans la période suivante, les écrivains français, plus passionnés encore pour les œuvres grecques et latines, entreprirent de faire revivre les genres littéraires des anciens, poèmes épiques, odes, épîtres, tragédies et comédies : c'est à cette tâche que se voua le groupe des poètes de la « Pléiade », dont le plus illustre fut Ronsard (1524-1385) qui jouit d'une réputation universelle et fut considéré par ses contemporains comme l'émule de Virgile, le prince des poètes.
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LE LOUVRE D'HENRI IL a Façade de Pierre Lescot mr la cour carrée,au ad du
Pavillon de l'Horloge. Commencé en I546t>ar l'architecte oui dirigea la eonstractian
jusqu'en 1 578,cecorfK de bâtiment a été depuis à t*eine modifié. C'e^tle type de l'archi'
lecture de la Renaissance française avec influence antique. (CL. lUCHrm.)
Enfin le dernier venu des grands écrivains de la Renaissance est Michel de Montaigne (1533-1592) dont les Essais publiés en 1580 sont une des œuvres les plus originales et les plus françaises de notre littérature.
LA RENAISSANCE ARTISTIQUE, j^ 0 Dans
PIERRE DE RONSARD (Musée de Biois). a U
" Prince des Poètes ". Figure fine, pensiVe. anxieuse,
même, oit Von devine une mélancolie gui séduira, trois
fiècle» plus tard, le* adeptes du Romantisme.
FRANÇOIS RABELAIS (Bibl. de Genève), a
Pht/sionomie ouverte et franche: houche faite pour U
gros rire. Visage où se reflètent U goût épicurien du plaùiT
et l'ironie qui raille la mawmse fortune
MICHEL DE MONTAIGNE (Bibl. NmJ. 0 On m gneiçat peine 6 ntrouver dans cette fymn nsrMr, totile cremie et mlleimée de hdex, U ttàUmd H prwémd matemr des " £tMM " tmmmr «ihUi «f mlmtinê mmrimt.
JEAN GOUJON : DIANE, a Jean Goujon. t)ui a IraduU en has-relieh de marbre
les souplesses àe la Peinture italienne, les a données à la sut>erte Diane du château d'Anet :
à une gracieuse aisance elle joint l'attitude olympienne qid convient admirablement au
cadre à remplir. (CL. hachettï.)
les arts, la Renaissance française fut surtout architecturale. On ne compte guère qu'un seul peintre notable, François Clouet, fin portraitiste, mais qui ne saurait cependant être comparé aux grands maîtres italiens.
La France avait depuis le Moyen Age son art original et personnel, l'architecture ogivale, qui avait produit et qui produisait encore des chefs-d'œuvre. L'influence antique ne commença à se faire sentir que tout à la fin du quinzième siècle et fut longtemps en concurrence avec la tradition nationale. Les formes de l'art national finirent par disparaître et firent place aux formes dérivées de l'art gréco-romain, mais le génie français garda ses qualités propres de clarté, de simplicité et d'élégance.
Les architectes de la Renaissance construisirent surtout des châteaux, élégantes habitations de plaisance, vastes palais où purent se dérouler des fêtes somptueuses. Les plus célèbres sont les châteaux dits de la Loire, construits dans cette Touraine si riante qu'on l'a surnommée le Jardin de la France : Chambord construit par Pierre Nepveu ; Blois, auquel firent travailler Louis XI 1 et François I^"^ ; Amboise, le château de Charles VI II ; Chenonceaux, sur un pont du Cher ; Azay-le-Rideau. Du grand architecte Philibert de l'Orme (1515-1570), il ne subsiste que les fragments du château d'Anet, près de Pans. A Pans même la Renaissance est représentée par l'admirable Louvre de Pierre Lescot (1510-1578), c'est-àdire les bâtiments commencés sur l'ordre de François I®"^ qui forment l'angle sud-ouest de la cour carrée ; enfin le long de la Seine la gracieuse et magnifique Galerie du bord de l'eau, commencée par ordre de Catherine de Médicis.
AZAY-LE-RIDEAU ET LE LOUVRE, a a
Le château d'Azay-Ie-Rideau, le château de Chambord et le Louvre montrent bien les divers aspects de l'architecture française au seizième siècle.
Azay-le-Rideau a encore tout l'extérieur du château fort du quatorzième et du quinzième siècle : les fossés, les tours d'angles avec les hourds, les créneaux, les toitures en poivrières. Seulement les murs sont percés de larges baies carrées, coupées en quatre par des meneaux, c est-à-dire un montant et une traverse de pierre. Les hourds deviennent des sortes de balcons et les créneaux sont transformés en fenêtres ; ce qui était moyen de défense devient motif d'ornementation. A Chambord la transformation est encore plus marquée : les tours subsistent ; mais hourds et créneaux ont complètement disparu.
Le Louvre, de Pierre Lescot, construit pour remplacer la vieille citadelle de Philippe Auguste et de Charles V, et sur l'emplacement de cette citadelle, n'a plus rien d'un château fort. C'est une construction régulière, comportant un pavillon central et deux ailes symétriques ayant même décoration, même nombre et même disposition de fenêtres. Ce souci de la régularité et de la symétrie est caractéristique de la Renaissance. Au rez-de-chaussée les fenêtres sont des arcades romaines en plein cintre, séparées par des colonnes et des pilastres grecs, cannelés, avec des chapiteaux corinthiens. Au premier étage les fenêtres sont surmontées d'un fronton triangulaire grec. Au-dessus sont sculptées des guirlandes de fleurs et de fruits portées par des Amours ; des Renommées encadrent les lucarnes rondes. L'ensemble est harmonieux -et d'une élégance simple qui n'a jamais été égalée depuis. Mais plus rien ne rappelle l'art français du Moyen Age.
LES SCULPTEURS, a a Comme les architectes, les sculpteurs se partagent en deux groupes. Les uns sont demeurés dans la tradition française, les autres ont subi l'influence antique et italienne.
A la tradition française, tradition réaliste, appartiennent Michel Colombe, Pierre Bontemps et Ligier Richier. Dans les bas-reliefs de batailles que Pierre Bontemps sculpta pour le tombeau de François 1^'', il a représenté avec une scrupuleuse exactitude des soldats de son temps, chevaliers bardés de fer, Suisses aux larges bérets, lansquenets, piques, hallebardes, canons, arquebuses, tonneaux de poudre. De même ce sont des costumes du seizième siècle, de la Touraine, de la Lorraine, que portent les personnages de Michel Colombe dans son admirable tombeau du duc de Bretagne à Nantes, les personnages de Ligier Richier dans son émouvante Mise au tombeau de l'église de Saint-Mihiel.
LA RENAISSANCE ET LA RÉFORME -