OBJETS D'ART ET MEUBLES DE LA RENAISSANCE
Qu'on examine une cott/ie ou un plal de celte éftoque ; un morion ou une garde d'e'pce ; un coffre de mariast oo o" oaffet, cf Qm fraope aoonl Itmtt c es* « nci tation. Tout est prétexte à " sujet "; chaque panneau devient un cadre à ciselure ou bas-relefs. Au reste, le moii/f Itû^tnéme est ai n '~ ' "~
l'esthétique et la décoration semble ici de la sculpture faite à même la muraille.
et Ci
Rien de semblable avec Jean Goujon et Germain Pilon qui appartiennent à l'école « classique ». Leurs personnages, nymphes, cariatides, vertus théologales, sont nus ou vêtus d'amples draperies à la grecque. Les trophées d'armes sculptés par Jean Goujon à la façade du Louvre semblent empruntés à des arcs de triomphe romains. Les sujets même sont empruntés à la mythologie antique, tels la Diane sculptée par Jean Goujon pour le château d'Anet, et ses Nymphes de la Fontaine des Innocents dont on a dit qu'elles étaient le chefd'œuvre du bas-relief.
LES ARTS MINEURS. 0 0 Les arts mineurs n'eurent pas moins d'éclat en France qu'en Italie. Pour le mobilier on adopta des formes nouvelles, où plus rien ne rappela le style ogival : on eut le style Henri II caractérisé par ses formes géométriques, les colonnettes et les pilastres, surmontés de chapiteaux grecs. Bernard de Palissy modela d'originales faïences, ornées en relief de figures d'animaux, poissons, lézards, écrevisses, couleuvres, coquillages. Les Pénicaud et les Limosin peignirent des émaux qui plus d'une fois furent de délicats petits tableaux aux couleurs transparentes et vives.
La Réforme.
CAUSES GÉNÉRALES DE LA RÉFORME. 0 0 Au règne de François 1^'' correspond également l'expansion de la Réforme en France. La Réforme, cette révolution religieuse, eut des causes multiples. Parmi
VA FONTAINE DES INNOCENTS. i/Cej bm-rdUfs, à Oropoj eesçuth Diderot disait Que " le marbre Im-même semblait couler ", sont tout inspirés de l'antique. On alxrçoit ici deux des huit nymphes des eaux que Goujon sculpta, avant 1 549, pour une fontaine édifiée, à l'occasion de l'entrée d'Henri II à Paris, par Pierre Lescot, contre l'église des Innocents. Transportée, en 1787, au milieu d'un marché, transjormé depuis en square, elle a été maladroitement surhaussée en 1850. (cL. HACHETTE.)
les plus générales, deux sont particulièrement importantes : d'abord l'état même de l'Église au début du seizième siècle ; ensuite, grâce à l'imprimerie, la diffusion de la Bible.
Les mêmes vices qui cinq cents ans auparavant, au onzième siècle, avaient rendu nécessaire la réforme du pape Grégoire VII, la simonie, l'avarice, la corruption des mœurs, s'étaient de nouveau glissés dans le clergé. Toutefois la situation était plus grave au seizième siècle qu'au onzième, parce que la source du mal était à Rome même, les papes, tels que Jules II, Léon X ou Clément VII, paraissant plus occupés de politique- ou de beaux-arts que des intérêts spirituels de la chrétienté.
La France " fille aînée de l'Église » était sans doute I un des pays où le clergé, dans sa généralité, remplissait le mieux ses fonctions. Toutefois, il s'y trouvait de sérieux abus qui devaient incliner beaucoup d'esprits aux idées de réforme. Abandonnant à des subordonnés la direction spirituelle des fidèles, beaucoup de prélats vivaient auprès du roi, courtisans, diplomates, hommes d'Etat, quelques-uns même hommes de guerre. Louis XII entrant à Milan en 1506 comptait dans son état-major trois cardinaux, deux archevêques, cinq évêques. A partir de 1516, ces abus furent singulièrement aggravés par l'application du Concordat et l'on devait en venir, avec Henri 111, au scandale d'évêchés attribués par le roi à des enfants dequinzeans, donnés en dot, comme l'évêché de Quimper, à une jeune fille, ou bien servant à payer les services d un favori, comme l'évêché d'Amiens vendu 40 000 livres à un gentilhomme.
Aussi, dès le début du seizième siècle, tous les hommes d'une sincère piété et tout d'abord un grand nombre de membres du clergé, désiraient avec ardeur (jue l'Église mît elle-même fin à ces scandales et procédât sans plus tarder à d'indispensables réformes.
DIFFUSION DE LA BIBLE. 0 0 Une autre cause du mouvement de la Réforme, ce fut, après la découverte de l'imprimerie, la diffusion de la Bible et la mise à la portée de tous des Évangiles, source même de la doctrine chrétienne. Depuis 1457 jusqu'à 1517, plus de quatre cents éditions de la Bible furent publiées. C'est qu'il y avait à l'aube des Temps Modernes un universel besoin de s'instruire : « Tout le monde, si pauvre qu'il soit, apprend à lire et à écrire ", écrivait un ambassadeur vénitien en France.
La Bible pénétrant partout, c'était la parole même du Christ qui était rendue aux chrétiens. Or cette parole prêchait le renoncement aux biens de ce monde, la pauvreté, l'humilité ; elle faisait donc paraître plus scandaleux encore l'orgueil et le luxe des princes
- LA RENAISSANCE ET LA RÉFORME
ecclésiastiques ; elle devait rendre plus vif encore le désir d'une réforme qui, selon le langage du temps, ramènerait l'Église à la simplicité primitive.
La connaissance des Evangiles eut une autre conséquence, la plus grave de toutes. L'organisation de l'Église catholique, ses dogmes, c'est-à-dire l'ensemble des croyances professées par ses fidèles, reposaient avant tout sur les Évangiles, puis sur la tradition, les interprétations et les définitions des papes et des conciles. Certains au seizième siècle, par respect étroit des Livres Saints, pensèrent que, puisqu on avait dans les Évangiles la parole même de Dieu, il fallait s'en tenir à cette parole : la tradition et les interprétations, œuvres des hommes seuls, à leurs yeux étaient sans valeur. Tout au moins les interprétations des papes et des conciles n'avaient pas plus de valeur que l'interprétation d'un fidèle quelconque, et chacun pouvait interpréter l'Écriture sainte selon sa conscience. Ce fut la théorie deLuther, puisdeCalvin.etc estcette théorie qui entraina la rupture de l'unité chrétienne.
DÉBUTS DE LA INFORME EN FRANCE. 0 a Deux ans après l'avènement de François I*'', en 1517, le moine saxon Luther donnait en Allemagne le signal de la révolution religieuse. D'Allemagne, le mouvement gagna bientôt la France.
Il y avait d'ailleurs en France, dès avant Luther, un parti de réforme qui se recrutait surtout parmi les humanistes, mais se défendait de vouloir rompre avec l'Église officielle. Un mathématicien célèbre, Lefèvre d'Etaples, se tournant vers les études religieuses, prêchait dès 1511 la nécessité de lire les saintes Ecritures, et de « ramener la religion à sa pureté primitive ». Presque au moment où Luther publiait sa traduction allemande de la Bible, Lefèvre d'Etaples faisait imprimer une traduction française des Evangiles (1523).
Les conditions étaient donc assez favorables à la diffusion des doctrines luthériennes en France. Elles se répandirent d'abord surtout parmi les humbles, ceux qu'on appelait les gens mécaniques, c'est-à-dire les gens de métier, « savetiers, cordonniers, menuisiers, cordiers, peigneurs de laine, merciers et portepaniers, gens, dit un contemporain, qui allaient rôdant de ville en ville et de province à autre et dont quelques-uns avaient demeuré en Allemagne. »
Tout d'abord on ne les poursuivit pas. Jusqu'à 1534, peut-être par politique, et parce qu'il escomptait l'appui des Luthériens en Allemagne contre Charles- Quint, peut-être par inclinaison naturelle à la tolérance et parce qu'il espérait une réconciliation des dissidents avec l'Eglise, François I'^'' se montra presque favorable aux Réformés. Sa sœur, Marguerite d'An-
LE GRAND CIIATELET DE PARIS (Mu«c Carnavalei). a Silui un la net
droite de la Seine, en face du Palais de Justice, sur l'emplacement aciael de la place
du Châtelet, il fut ta brinciftale et la t>lus malsaine des priions oit l'on enferma les
Réformés pendant les guerres de religion.
goulême, reine de Navarre, en son château de Nérac, donnait asile volontiers aux suspects. François I*'' lui-même à plusieurs reprises empêcha le Parlement de poursuivre les hérétiques. Mais ceux-ci brisaient les statues de la Vierge et des saints, aux angles des rues, aux façades des églises. Ces actes de vandalisme exaspéraient les catholiques comme des sacrilèges. D autre part, en octobre 1 534, des <' placards », renfermant de grossières et violentes attaques contre l'Eucharistie et les croyances catholiques, furent affichés le même jour dans plusieurs grandes villes et jusqu'à la porte de la chambre du roi. Il parut que c'était l'effet d'un complot et le roi décida de sévir. En quelques mois une quarantaine de malheureux furent condamnés à mort et brûlés vifs à Paris.
CALVIN. 0 £l C'est pour échapper à la persécution que Calvin s'enfuit alors en Suisse où il devait prêcher une nouvelle doctrine réformée, plus radicale encore que celle de Luther.
Jean Calvin était né à Noyon en Picardie en 1509. Fils d'un procureur de l'évêque de Noyon, il était destiné à l'Église. Mais au cours de ses études à l'Université d'Orléans et à l'Université de Bourge?, il connut les doctrines de Luther et y adhéra. Aussi renonça-t-il à se faire ordonner prêtre. En 1534. comme François I"" commençait à persécuter les réformés, il s'enfuit de Paris et se réfugia en Suisse, à Bàle.
Là il résuma sa doctrine dans un livre qu'il publia en 1535, en le dédiant à François \". l'Institution chrétienne '. Calvin, comme Luther avant lui, n'admettait en matière religieuse qu'une autorité, la Bible :
(1) L'Institution {ut publite d'abord en ktin. CJvin k nxluùit en (raK*u six ans plus tard (IMI).
il fallait « lire la seule Ecriture », « ne recevoir aucune doctrine que celle qui nous est enseignée par la parole de Dieu ». Comme Luther encore, Calvin professait l'inutilité des œuvres pour le salut de l'homme, que la foi seule assure, mais il ajoutait que la foi est « un don spécial », réservé par Dieu aux élus « prédestinés devant la création du monde à l'héritage du salut, sans aucun égard de leur dignité, ni vertu ». C'est la rigoureuse doctrine de la « Prédestination », que d'ailleurs la plupart des disciples de Calvin devaient rejeter dans les siècles suivants. Calvin n'admettait que deux sacrements : le Baptême et la Communion, — celle-ci un simple acte commémoratif du dernier repas pris par le Christ avec ses disciples. — Il réduisait le culte à la prière, la prédication, le chant des psaumes. Toute cérémonie était supprimée. Dans l'église — le Temple
— nul ornement, point d'autel, point d'images, pas même un Crucifix. Nulle hiérarchie parmi les prêtres
— il disait les pasteurs ou les ministres — choisis par les plus importants des fidèles pour réciter les prières et prêcher.
Appelé à Genève, ville libre réformée, pour y enseigner la théologie, Calvin parvint à faire adopter sa doctrine et organisa l'Eglise calviniste. De 1541 jusqu'à sa mort en 1 564, il gouverna Genève en maître absolu
PORTRAIT DE CALVIN (Bibl. de Genive). a Osseux, anguleux, l'œil fixe el
froid, le nez long, mince et comme coupant, le visage austère comme son œuvre, Calvin
est représenté ici à un âge déjà avancé ; il porte une robe noire bordée de fourrure : sa
main gauche tient un livre. (CL. FRED BOISSONNAS.)
et d'une sévérité implacable. Sous sa direction, Genève, où de nombreux émigrés français venaient chercher asile, devint comme la Rome du protestantisme. L'Académie que Calvin y créa fut le grand séminaire d où partirent des missionnaires de la religion nouvelle, animés de la foi la plus ardente. La doctrine et le culte calvinistes se répandirent rapidement dans toute l'Europe, surtout en France, en Ecosse, aux Pays-Bas, jusqu'en Hongrie.
MASSACRE DES VAUDOIS. a a Cependant la persécution redoublait de rigueur en France. Intermittente sous François I^'^,elle fut marquée cependant à la fin du règne par une affreuse tragédie, le massacre des Vaudois.
Depuis le treizième siècle, il existait dans les montagnes de Vaucluse une secte hérétique, les Vaudois, dont la doctrine se rapprochait des nouvelles doctrines réformées. On ne les avait jamais inquiétés. Mais en 1 540 le Parlement d'Aix porta contre une vingtaine d'entre eux une sentence capitale pour crime d'hérésie. Pendant quatre ans l'archevêque de Paris, du Bellay, l'évêque de Carpentras, Sadolet, parvinrent à empêcher l'exécution de la sentence. « Je suis le pasteur de ces peuples, écrivait Sadolet. Ce n'est pas la terreur ou le supplice, c'est la vérité, c'est surtout la douceur qui leur fera reconnaître leurs erreurs. » Mais en avril 1545, le président d'Aix, d'Oppède, s'abattit sur le pays. Trois petites villes et vingt-deux villages furent incendiés, trois mille personnes égorgées, des centaines envoyées aux galères, des enfants même vendus aux Turcs comme esclaves.
LA PERSÉCUTION SOUS HENRI II. a û Ces horreurs n'étaient point pour révolter ceux des laïcs très nombreux qui reprochaient aux évêques " d'être trop lents et retenus » dans la poursuite des hérétiques. Henri II était de ceux-là. Très dur, il ne connut jamais en face des Réformés les hésitations de son père, d'autant plus qu'il tenait les Protestants pour des ennemis de l'autorité royale, presque des rebelles. De 1547 à 1550, en moins de trois ans, une chambre du Parlement de Pans, dite la Chambre ardente, prononça près de cinq cents condamnations dont soixante à mort.
Les peines infligées étaient soit « l'amende honorable », c'est-à-dire un aveu de repentir fait publiquement, un cierge en main, à genoux devant la porte d'une église, et suivi du paiement d'une amende et d'un certain temps de prison ; soit « l'emmurement ». c'est-à-dire la prison perpétuelle dans un étroit cachot qu'une grille fermait à jamais ; soit enfin la mort par le feu. En ce cas, le condamné était suspendu par une
LA RENAISSANCE ET LA RÉFORME
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SUPPLICE D'ANNE DU BOURG, CONSEILLER AU PARLEMENT (BIbl. N«l.). f La pavmt rtpiiimU U muplice iTAnnt Ja Bourg. conitHler au Pcriantnl it
Paris, qui, en présence du roi Henri II, dans une séance solennelle du Parlement, avait eu le courage de blâmer les ttersécutions et les exécutions des réformés. Le condamne est
fiupendu à unt potence au-dessus du bâcher. A droite, le bourreau tire la corde. A gauche, un valet attise le jeu. Des dames aux fenêtres contemplent et hideux spectacle.
chaîne à une potence au-dessus d'un bûcher. Par faveur il pouvait être préalablement étranglé s'il s'engageait à ne pas essayer de parler au peuple. Sinon le bourreau lui coupait la langue, puis le brûlait vif. Ce n'était point là d'ailleurs des supplices d'exception, mais ceux qu'on appliquait communément aux criminels.
Ces exécutions eurent le résultat qu'ont toujours les persécutions : elles affermirent les persécutés dans leurs croyances, et déterminèrent de nouvelles conver-
sions aux doctrines condamnées. En 1555, les Calvinistes étaient assez nombreux pour se grouper et s'organiser en églises sur le modèle de l'église de Genève. En 1559 ces diverses églises, jusqu'alors isolées, songèrent à se lier les unes aux autres et, dans ce dessein, un synode, véritable concile calviniste, fut tenu à Paris. Il y avait alors en France soixantedouze églises réformées. Deux ans plus tard, on en comptait plus de deux mille.
RINCEAU. XVI SIÈCLE (S.int-Michel de BorJMux).
UNE SÉANCE DES ÉTATS GÉNÉRAUX (Bibl. Nat.). Û A chacune des crises graves que traverse la France sous l'ancien régime, la nation esiaye de faire entendre M
voix et Vimportance des États Généraux grandit. Il en es! ainsi pendant la crise des guerres de religion. Les Étals Généraux furent réunis à pluâeurs reprises, à Orléans en 1560,
à Blois en 1576-1577. de nouveau à Blois en 1588. enfin à Paris en 1593. On peut se représenter d'aprèt la gravure une séance des Etats au xvi^ âècle. Au fond, le ni sur
une estrade entouré des prirtces et des grands dignitaires: au premier plan, les députés. Un orateur du clergé (au rmlieul a la parole.