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LES CARDINAUX-MINISTRES RICHELIEU ET MAZARIN

Louis XIII et Richelieu.

L RÉGENCE, a m La mort soudaine d'Henri IV provoqua un désarroi général et fut le point de départ d'une nouvelle période de troubles qui allait durer près de quatorze ans. Le fils aîné d'Henri IV, Louis Xlll, n'avait pas neuf ans ; il était mineur, il fallait donc organiser une régence. La reine mère, Marie de Médicis, s'adre'ssa en hâte au Parlement, suprême autorité judiciaire du royaume, qui la déclara régente « avec toute puissance et autorité». La France, selon l'expression de Sully, « tombait en d'étranges mains ». La régente, une femme superstitieuse et d'esprit borné, donna toute sa confiance à un couple d'aventuriers italiens, Léonora Galigaï et son mari Concini. Concini fut fait marquis d'Ancre, maréchal, et sous le nom de Marie de Médicis, ce fut lui qui gouverna la France.

GOUVERNEMENT DE CONCINI. a a Concini était un incapable. Les grands seigneurs, qui avaient à leur tête le prince de Condé, premier prince du sang, pensèrent que l'occasion était excellente pour reprendre un peu de l'indépendance perdue sous Henri IV.

D'abord, ils se firent payer de grosses pensions, et le trésor qu'avait constitué Sully à force d'économiei

fut mis au pillage. Puis quand la régente commença à se montrer moins généreuse, en 1614, ils prirent les armes et réclamèrent la convocation des Etats Généraux. Au heu de marcher sur les rebelles, Concini traita avec eux, leur versa des sommes importantes et leur donna des gouvernements. Les États Généraux furent réunis cette même année 1614, mais ils n'aboutirent à rien, par suite des querelles entre les députés du Tiers qui réclamaient la suppression des pensions payées aux nobles et les députés de la Noblesse qui demandaient l'abolition de l'hérédité des offices. Un matin, la régente fit fermer la salle des séances, et l'on renvoya les députés chez eux. Les États Généraux ne devaient plus être convoqués jusqu'à 1 789.

Bien que Louis XIII eût été déclaré majeur, Concini continua à gouverner. 11 y eut une nouvelle prise d'armes de Condé et des Grands, auxquels se joignirent les protestants du Midi qu'inquiétait le mariage du roi avec l'infante Anne d'Autriche, fille du roi d'E!spagne. Condé et ses complices obtinrent encore de l'argent, quelques millions.

GOUVERNEMENT DE LUYNES. 0 ^ En 1617

le jeune roi Louis XIII, qui était tenu à l'écart, presque

isolé de tout et de tous, voulut montrer qu'il

était le maître. 11 fit tuer Concini, brûler la Galigaï

.. comme sorcière, et donna le pouvoir à un de ses

MARIE DE MÉDICIS. par Rubens (Musée du Prado). 0 En robe noire ornée d'une grande collerette ft de poignets blancs, checelure grisonnante, la reine mère a une cinquantaine d'années. Les boucles d'oreilles, le collier de perles indiquent quelle est restée coquette. Les traits sont encore assez fins, mais emtjàlés par l'âge et sans expression. (cL. LAURENT.)

entra cependant dans les ordres en 1606. A vingtdeux ans, il fut nommé évêque de Luçon, en Vendée. Son évêché était, à son dire, " le plus pauvre et le plus crotté de France ». Il y resta jusqu'en 1614. Député cette année-là aux Etats Généraux, il y joua un rôle important. Marie de Médicis le prit alors pour aumônier et Concini, en 1616, le fit secrétaire d'Etat de la guerre. Après la mort de Concini, Richelieu suivit la reine mère dans son exil et contribua à la réconcilier avec Louis XIII : il reçut en récompense, en 1622, le chapeau de cardinal. Il avait trente-neuf ans quand il devint ministre. On le savait insatiable de pouvoir et le roi lui-même le craignait. Mais une fois entré au Conseil, il s'imposa par la supériorité de son génie. Bien qu'il eût jusqu'alors fait preuve de beaucoup de souplesse et d'habileté, Richelieu était de caractère violent, brutal, autoritaire, dur de cœur et incapable de pitié. 11 avait la plus haute idée de la nature de la puissance royale. Pour lui les rois étaient « la vivante image de la Divinité ; la Majesté royale était la seconde après la divine ». Aussi considérait-il que, dans le royaume, tous, sans exception, devaient l'obéissance au roi : " Les fils, frères et autres parents du roi sont sujets aux lois comme les autres, écrivait-il, et principalement quand il est question du crime de lese-majesté. » En revanche, il avait également la plus

favoris, de Luynes, son dresseur d'oiseaux de chasse. Mais Luynes, avec un peu plus d'esprit politique que Concini, était comme lui avide surtout d'honneurs et d'argent. Les désordres continuèrent, provoqués d'abord par la reine mère, qui avait été écartée des affaires, puis par les protestants, ceux-ci d'autant plus redoutables qu'ils avaient reconstitué leur organisation du temps des guerres de religion. De Luynes leur fit la guerre , échoua devant Montauban et mourut peu après (1621). L'année s uivante, Louis XIII en personne fut arrêté devant Montpellier et se résigna à traiter avec les protestants qui conservèrent leurs libertés et privilèges (1622).

RICHELIEU MINISTRE, a 0 Luynes mort, il y eut trois années pleines d'intrigues, au cours desquelles Marie de Médicis reprit une certaine influence sur Louis XIII. En 1624 elle réussit à faire entrer au Conseil du roi celui qu'elle considérait comme son homme de confiance, le cardinal de Richelieu : trois mois après il était le maître du gouvernement et le demeura jusqu'à sa mort (1642). Louis XIII lui donna en 1629 le titre officiel de « principal ministre d'Etat ».

Armand du Plessis de Richelieu était né à Paris en 1585. Destiné d'abord à la carrière militaire, il

ASSASSINAT DE CONCINI. MARÉCHAL D'ANCRE (Bibl. Nat.). a Au moment oit Concini entre dans la cour du Louvre, te capitaine des gardes étend la main pour l'arrêter. Concini veut tirer son épée, mais il est abattu aussitôt à coups de pistolet. A une fenêtre du fond le desùnateur a place le roi, qui voit l'assassinai.

RICHELIEU ET MAZARIN

LE CARDINAL DE RICHELIEU, par Philippe de C.iampaiRne (Musée du Louvre).

Le cardinal doit avoir ici de cinquante à cinquante-cinq ans. Physionomie frcide et hautaine: le front bien décottVert a une mcgnifiçne amptear; hi «mx anf gnméi, fleur de tête ; le nez esl long, fort, carré du hout, indice d'audace et de volonté pttissanle. La moustache rtfroassée, h comte iorAtcAe, le rtfarj haréi et ferme femà

soldat plus qu'à un digrùlatre de l'Eglise. (CL. mCHETTE.)

$tmn à me

SIÈGE DE LA ROCHELLE (Musée de Vers.i:ies1. a La vilU al Uoquct Ja côli

de la terre par une ligne de retranchements et de forts ;ducôté de la mer par tHngt'Six

navires de guerre, La fameuse digue de Mélezeau et Thiriot harre l'entrée du port.

(eu HACIIETIE.)

haute idée des devoirs de la royauté : " Les intérêts publics, écrivait-il encore, doivent être l'unique fin du prince et de ses conseillers. »

PROGRAMME DE RICHELIEU, a û Richelieu avait en outre l'intelligence claire et la vue très nette de l'état intérieur du royaume et de sa situation au dehors au moment où il prenait le pouvoir. Il les résumait plus tard en ces termes : « Les huguenots partageaient l'Etat avec le Roi ; les grands se conduisaient comme s'ils n'eussent pas été ses sujets, et les plus puissants gouverneurs de province, comme s'ils eussent été souverains en leurs charges. Les alliances étrangères étaient méprisées, les intérêts particuliers préférés aux publics ; en un mot, la dignité de la majesté royale était tellement ravalée et si différente de ce qu'elle devait être, qu'il était presque impossible de la reconnaître. »

Cette situation constatée, Richelieu présenta au roi le programme suivant : « Ruiner le parti huguenot ; rabaisser l'orgueil des grands ; réduire tous les sujets en leur devoir et relever le nom du roi dans les nations étrangères au point où il devait être. » Les trois points de ce programme : ruine du parti protestant, — abais-

sement et soumission de la noblesse, — • rétablissement de la puissance extérieure de la France, devaient être successivement réalisés.

SIÈGE DE LA ROCHELLE, sa 0 Richelieu

s'attaqua d'abord aux protestants parce qu'ils constituaient à ses yeux la faction politique la plus dangereuse pour l'Etat. « Tant que les huguenots auront le pied en France, écrivait-il en 1625, le roi ne sera jamais le maître au dedans ni ne pourra entreprendre aucune action glorieuse au dehors ".

Le centre de la résistance protestante était le port de la Rochelle. Richelieu bloqua la place une première fois en 1625, mais ne se sentant pas assez fort pour en finir, il signa une trêve. En 1627, la lutte recommença. Les Rochellois avaient cette fois des alliés, les Anglais. La place était forte et la défense était dirigée par un homme d'une farouche énergie, le maire Guiton. " Pourvu qu'il reste un homme pour fermer les portes, c'est assez », disait-il, et il avait juré de poignarder quiconque parlerait de se rendre. Le siège dura quatorze mois. Richelieu dirigeait lui-même les opérations, casque en tête et cuirasse au dos, en qualité de lieutenant général. Du côté de la terre il enveloppa la ville d'un retranchement de 12 kilomètres. Du côté de la mer, pour fermer le port et empêcher l'entrée de tout secours anglais, il fit construire en six mois une digue de pierres, longue de 1 5C0 mètres et large de 8 mètres au sommet. Deux flottes anglaises qui tentèrent de troubler les travaux et de ravitailler la place, furent repoussées. La faim contraignit les défenseurs à capituler : 15 000 avaient péri, il en restait 154 valides.

LA GRACE D'ALAIS. a a \^s. guerre continua encore quelque temps dans le Vivarais et le Languedoc, où les villes prises furent affreusement mises à sac par l'armée royale.

Enfin, le 28 juin 1629, tous les rebelles ayant fait leur soumission, Richelieu publia la grâce d'Alais. Le titre était significatif ; Richelieu n'admet pas qu'un roi puisse traiter avec des sujets rebelles ; il leur impose ses conditions et lei r accorde des grâces.

D'ailleurs la grâce d'Alais n'était d'aucune façon un acte d'intolérance : Richelieu se bornait à faire rentrer les protestants dans le droit commun. Il leur enlevait tous ceux des privilèges concédés par ledit de Nantes qui leur avaient permis de constituer un parti politique, places de sûreté, droit de tenir des assemblées générales, etc. En revanche la liberté du culte et l'égalité absolue avec les catholiques leur étaient garanties.

Richelieu observa scrupuleusement la grâce d'Alais. Il s'opposa à toute violence et força les catholiques

RICHELIEU ET MAZARIN

LOUIS XIII, par Simon Guiilaln (Musée du Louvre). ^ Le roi tst reprcsenlc en général avec l'armure complète, les boites remplaçant les jambières d'aàer. A la main, le sceftlre {auquel manquent les lus); sur le manteau double d'hermine, collier de l'ordre du Saint -Esf>rit. La physionomie est un peu froide; l'allure est d'un ;, fier soldat.

(cl. hachette.)

intolérants à respecter la liberté de conscience de leurs compatriotes protestants.

LES COMPLOTS. i!> iî> La lutte contre les grands fut plus longue : elle dura jusqu'à 1642, c'est-àdire jusqu'à la veille de la mort de Richelieu. Il eut à faire face à des complots dirigés contre lui et à des révoltes à main armée. Le centre de toutes les intrigues fut le duc Gaston d'Orléans, frère du roi. Ce personnage, par sa lâcfieté l'un des plus méprisables du dix-septième siècle, dut son importance à ce qu'il fut, jusqu'à 1638, l'héritier présomptif de la couronne : Louis XI II en effet n'eut pas d'enfant jusqu'à cette date. Aussi tous les mécontents, tous les adversaires de Richelieu et de sa politique se groupaient-ils autour de Gaston. A côté de lui, la reine Anne d'Autriche, et la reine mère Marie de Médicis, brouillée avec Richelieu parce qu'il ne voulait pas être le serviteur de ses caprices, furent aussi des ennemies du cardinal.

Complots et révoltes furent réprimés sans pitié. En 1626, un complot pour empêcher le mariage de

Gaston avec Mlle de Montpensicr, mariage voulu par Richelieu, aboutit à l'arrestation des frères naturels du roi, les deux Vendôme, à la condamnation à mort et à l'exécution du comte de Chalais.

En 1630, le 10 novembre, Marie de Médicis essaya d'arracher à Louis XIII le renvoi de Richelieu : elle crut avoir réussi. Mais le soir même Louis XIII appelait le cardinal auprès de lui. Ce fut ce que l'on appela la Journée des Dupes. Le lendemain les amis de Marie de Médicis étaient en prison ou exilés. Elle-même fut exilée quelques mois après. Elle s'enfuit à l'étranger : elle y mourut dans la gêne, douze ans plus tard.

En 1632, le duc de Montmorency, gouverneur du Languedoc, essaya de soulever sa province, de concert avec Gaston d'Orléans, allié aux E!spagnols. Fait prisonnier au combat de Castelnaudary, le duc de Montmorency " premier chrétien et premier baron du royaume ", filleul d'Henri IV, fut condamné à mort et décapité à Toulouse. Ce terrible exemple valut à Richelieu à peu près dix années de paix.

Enfin en 1642, quelques mois avant la mort de Richelieu, tandis que l'armée française assiégeait Perpignan, alors place espagnole, le favori de Louis XIII, Cinq- Mars, un ambitieux de vingt-deux ans, complota de renverser le cardinal, sisjna un traité secret avec l'Es-

GASTON D'ORLÊA.NS (BiA. Nal.). * Ftèit amçuc Ju ni. Jil Vnitmft. — H k

filas po/(ron Jes amspirainn. Le carJiiiol <U Reli a iil il td ' mH Mil, à

Vexcefition do exmrag«, tant <e 9m est nictstalre à an km^m6t kmimm *.

LA GALERIE DU PALAIS (Bibl. Nat.). a Renàa-vam àa • S'nliUhommes' el

des ■ sentilUs aames * qui viennent en se promenant prendre connaissance des nouveautés

t>arues en librairie, faire des emplettes de dentelles et de linge brodé. Corneille en a fait le

théâtre d'une de ses comédies.

pagne, c'est-à-dire avec l'ennemi. Richelieu eut copie de ce traité. Cinq-Mars et son ami de Thou, qui avait été initié au complot, l'avait blâmé mais ne l 'avait pas révélé, furent décapités à Lyon.

Richelieu poursuivit avec la msme rigueur impitoyable les désobéissances à la volonté royale et toute velléité d'opposition. En 1626, il fit décapiter le comte de Montmorency-Bouteville et un de ses amis, coupables d'avoir pris part à un due! en plein midi, au lendemain d'un édit qui interdisait le duel sous peine de mort. Le maréchal de Marillac fut décapité sous prétexte de concussions, en réalité parce qu'il était du parti de la reine mère. Trois autres maréchaux furent mis à la B::stille : l'un d'eux y mourut, les autres n en sortirent qu'à la mort de Richelieu. Beaucoup étaient emprisonnés sans jugement. D'autres étaient enlevés aux tribunaux réguliers, livrés à des commissions extraordinaires, composées de créatures du cardinal et parfois même siégeant sous ses yeux, dans sa maison. C'était le règne du bon plaisir et du despotisme, au nom du salut de l'Etat, et l'on comprend qu'un contemporain, le cardinal de Retz, ait pu dire que « l'âpre et redoutable Richelieu avait foudroyé plutôt que gouverné les hommes ».

GOUVERNEURS ET INTENDANTS, /if d Dans les provinces, Richelieu tint les gouverneurs en bride, les déplaçant, les révoquant à sa guise. Dans une querelle née d'une question de préséance, le duc d'Epernon, gouverneur de Guyenne, ayant « donné du poing » — « trois fois à l'estomac et par deux fois sur les lèvres et le nez » — à l'archevêque de Bordeaux, Richelieu le contraignit à demander pardon à genoux, publiquement et solennellement.

Les agents préférés de Richelieu furent les intendants. C'était le nom qu'on donnait maintenant aux commissaires départis, secrétaires du Conseil envoyés dans les provinces en tournées d'inspection. Richelieu employa les intendants plus qu'on ne l'avait fait avant lui et leur donna les pouvoirs les plus étendus, les autorisant à décider, ordonner et exécuter » tout ce qu'ils verront bon être ", spécialement en matière de police, de justice et de finances. De là plus tard leur titre d intendants de police, justice et finances. A plusieurs reprises on vit les intendants de Richelieu juger et condamner eux-mêmes, sans aucune intervention des tribunaux réguliers, ceux qu'ils estimaient coupables. Leurs pouvoirs dictatoriaux parurent intolérables et soulevèrent de vives protestations, en particulier de la part des Parlements.

GRANDEUR ET MISÈRE DU ROYAUME. j3 a

Richelieu avait l'esprit vaste et s'intéressait à toutes les parties du gouvernement. Il aurait voulu développer le commerce et enrichir le royaume : comme Henri IV il protégea les compagnies de commerce et les entreprises coloniales ; des établissements français furent fondés aux Antilles, au Sénégal, à Madagascar. Il protégea les lettrés et institua en 1635 l'Académie française ; lui-même parlait et écrivait dans une belle langue, claire, sobre et ferme. Mais presque tout son temps et son activité furent absorbés par la politique extérieure et c'est là surtout qu'il fut grand : il poursuivit avec ténacité la lutte contre les Habsbourg d'Autriche et d'Espagne, mit sur pied de fortes armées et créa de toutes pièces une flotte de guerre. A Sa mort les troupes françaises occupaient l'Alsace, le Roussillon et l'Artois : la France était en passe de devenir la première puissance de l'Europe.

Mais ces longues guerres, ces grandes entreprises épuisaient le trésor du royaume. Les impôts devinrent écrasants ; les paysans pressurés, réduits à l'extrême misère, se soulevèrent en plusieurs régions. Aussi Richelieu mourut-il détesté de tous, du peuple aussi bien que des nobles.

RICHELIEU ET LOUIS XIII. a a k côté de Richelieu, son roi, Louis XIII, qu'il fit « un des plus grands monarques du monde », paraît quelque peu effacé. Il était cependant très jaloux de son autorité. « Les quatre pieds carrés du cabinet du roi, disait parfois Richelieu, me sont plus difficiles à conquérir que tous les champs de bataille de l'Europe, i' Rien ne se faisait qu'avec son consentement, et Richelifeu lui présentait sur chaque affaire de longs rapports où il exposait clairement et en détail les raisons de chaque chose, les avantages et les inconvénients de chaque

RICHELIEU ET MAZARIN

ANNE D AU TRICHE (Gravure de Morin d'après Ph. de Champaiene; Bibl. Nat.). Û La reine est représentée telle qu'elle jut pendant l'époque de sa régence, tlle porte un voile noir, et s'enveloppe te buste dans un corsage quasi-conventuel. Le visage a conservé de belUs lignes; cependant on ne redonnait plus guère la princesse pour laquelle soupirèrent tant de beaux seigneurs

LE CARDINAL MAZARIN. par Mijnard (Muk« Condé. ChanliUy). a Mazarin était * grand, de bonne mine, bel horrune, avec une grajuU douceur dans le viaagt *. Cette physionomie fine, mais assez banale, n'a rien du rrutsque énergique et votontatre de Richelieu : la différence de caractère des deux horrtmes se reflète inique dans leurs vûaget (cl. HACHETIE.)

décision. Ce fut ainsi que Richelieu réussit à calmer les méfiances premières de Louis XIII à son égard et à gagner son entière confiance. Pourtant Louis XI H ne l'aima jamais. Mais il le jugea à sa valeur, et l'ayant trouvé seul capable de mener à bien les affaires, il le maintint envers et contre tous. Il le combla de dignités ; il l'autorisa à avoir des gardes ; en sorte que, comme un souverain, Richelieu eut sa maison militaire, plusieurs centaines d'hommes, gendarmes, mousquetaires, chevau-légers.

Quand Richelieu fut mort, le 7 décembre 1642, Louis XIII resta fidèle à la politique de son ministre et il appela dans son conseil celui-là même que Richelieu lui avait désigné pour « conduire son ouvrage à la perfection », le cardinal Mazarin. Sept mois après, le 14 mai 1643, Louis XI 11 mourait à son tour, laissant pour lui succéder un enfant de moins de cinq ans, Louis XIV.

Minorité de Louis XIV.

azarin.

REGENCE D'ANNE D'AUTRICHE. jH 0 Louis XIII par testament avait institué régente sa femme, Anne d'Autriche ; mais comme il se méfiait de sa capacité, il lui avait adjoint un conseil dont elle devait suivre les avis en toutes circonstances. Anne d'Autriche, comme Mar.ede Médicis en 1610, s'adressa au Parlement. Celui-ci annula le testament royal et

déclara la reine mère régente « avec pleine et entière autorité» (16 mai 1643). Le soir même Anne d'Autriche, l'ancienne ennemie de Richelieu, désignait comme chef du Conseil le cardinal Mazarin. Ce fut une stupeur universelle et une amère désillusion pour beaucoup.

MAZARIN. /a a Mazarin était un Italien de naissance obscure : ses ennemis l'appelaient le Gredin de Sicile. Il avait fait tous les métiers, étudiant, officier, chanoine, diplomate, et s'était poussé peu à peu dans le monde grâce à une souplesse et à une habileté merveilleuses. Il avait été d'abord au service du pape, puis Richelieu l'ayant apprécié l'avait fait passer au service du roi de France (1636). 11 était entré au Conseil et en 1642 avait reçu le chapeau de cardinal.

Anne d'Autriche, qui eut pour lui un attachement passionné, le soutint contre toutes les cabales de Cour et lui confia entièrement la charge des affaires. De 1643 jusqu'à sa mort (1661), il fut maître absolu, autant et peut-être plus que Richelieu, mais non pas à la façon de Richelieu. Au ministre impérieux, « âpre et redoutable », succédait un Napolitain souple et fourbe, « doux et bénin », qui tirait à chacun son chapeau, craignait d'attirer l'attention sur lui et s'en allait par les rues seul « avec deux petits laquais derrière son carrosse ». D'ailleurs il n'était ni vindicatif ni violent et jamais ne songea à faire mettre à mort ses adversaires. C'était surtout un remarquable diplo-

UN CONSEILLER AU PARLEMENT DE PARIS SOUS LOUIS XIV (BIbl.

Nat.). Û U porte la robe noire, très longue : il faut h retrouner pour marcher et un petit

laquais en porte la traîne. Au fond, un groupe de conseillers avec leurs lattuais, et des

gentilshommes qui portent l'épie et le manteau court.

mate et dans la politique extérieure il continua fort habilement l'œuvre commencée par Richelieu, amenant successivement l'Autriche et l'Espagne à composition, Par contre ce n'était pas un homme d'Etat : il n'entendait rien au gouvernement in térieur, rien aux finances, les siennes exceptées : il était avare, âpre au gain, et ce fut un effronté voleur.

ÉTAT DU ROYAUME. JH JU La succession de Louis XIII et de Richelieu était lourde et toute pleine de difficultés. Les grands, bridés par Richelieu, étaient d'autant plus avides d'indépendance, qu'ils avaient été tenus plus court. Sans tarder, certains d'entre eux, anciens amis de la reine, s'estimant à ce titre les plus dignes du pouvoir, entreprirent de renverser Mazarin, parlèrent même de l'assassiner : ce fut ce qu'on appela la Cabale des Importants. Il suffit, pour la mettre en déroute, d'arrêter son chef, le duc de Beaufort, surnommé, pour ses manières, « le roi des Halles ».

L'état des finances était lamentable : les dépenses étaient en moyenne supérieures aux recettes de cinquante-six millions de livres. Le revenu des impôts

avait été dépensé par anticipation pour quatre ans, jusqu'à 1646. Cependant il fallait poursuivre la guerre entreprise contre l'empereur et le roi d'Espagne ; il fallait entretenir les armées ; il fallait fournir des subsides à la Suède et aux autres alliés de la France.

LE PARLEMENT CONTRE MAZARIN. a a Pour se procurer l'argent dont il avait besoin à tout prix, Mazarin recourut à de multiples expédients, ventes d'offices nouveaux, dont beaucoup ridicules, emprunts forcés, taxes diverses qui frappèrent surtout les Parisiens et les exaspérèrent. Cela dura six ans environ. En 1648, le mécontentement était à son comble et Pans en vint à la révolte ouverte contre la régente et Mazarin.

Li révolte fut provoquée et dirigée par les officiers même du roi, les juges du Parlement de Paris. Le Parlement jouissait d'un grand prestige, parce qu'il était le plus haut tribunal du royaume. En outre, par l'enregistrement des édits et le droit de remontrances, il avait part aux affaires d'Etat et y intervenait sans cesse. C'est lui qui avait conféré la régence à Marie de Médicis, puis à Anne d'Autriche. Depuis 1643 il ovait systématiquement résisté à l'enregistrement des . taxes nouvelles et ne s'était jamais soumis à la volonté de la régente qu'après avoir obtenu pour ses membres 1 exemption de ces taxes.

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