GRANDEUR DE L'ŒUVRE DE COLBERT
£> 0 Finances, industrie, commerce, marine, tout cela ne représente qu'une portion du domaine immense où s'exerça l'activité de Colbert. Il remania toute la législation. .Afin « de rendre l'expédition des affaires plus prompte par le retranchement de plusieurs délais et actes inutiles », il publia une série d'ordonnances : ordonnance civile (1667), ordonnance criminelle (1670), ordonnance du commerce (1673), qui transformèrent les diverses procédures et qui furent un acheminement à l'unité de législation, l'un des projets chers à Colbert. Une ordonnance de la marine (1681), une ordonnance des colonies (1685) ou code noir, furent jugées si parfaites que l'Angleterre les fit siennes dans leurs dispositions principales.
Colbert s'intéressa aux lettres, aux sciences, aux arts. A côté de l'Académie française, créée par Richelieu, il fit fonder l'Académie des inscriptions (1663), l'Académie des sciences (1666). Puis ce furent l'Académie de musique, celle de peinture et de sculpture, celle d'architecture, l'École de Rome où de jeunes artistes, désignés par les Académies de peinture et d'achitecture, allèrent compléter leur éducation devant
royale, notre Bibliothèque nationale, créa le Cabinet des Médailles. Il n'est guère de grandes institutions scientifiques, littéraires, artistiques, où l'on ne trouve trace de l'action de Colbert.
L'œuvre accomplie qui fut immense fut cependant moindre que l'œuvre rêvée. Entre l'effort et le résultat, la disproportion fut souvent très grande, et les échecs ont été nombreux. Il n'en reste pas moins que Colbert fut de tous les ministres de la monarchie celui dont le ginie fut le plus original et le plus complet, celui dont 1 action eut les conséquences les plus durables. Plus qu'aucun autre il fut l'artisan de la gloire de Louis XIV.
Cependant à la fin de sa vie il avait perdu son influence sur le roi. Il avait pu, et il avait osé à certaines heures, lui faire entendre de courageuses p>aroles, lui signaler le danger de ses " dépenses exorbitantes ", de sa tendance à préférer ses plaisirs à toute autre chose. Mais assez promptement Louis XIV, gonflé d'orgueil par ses triomphes et comme enivré de gloire, en vint' à ne plus vouloir entendre aucun conseil de modération ni de prudence. Colbert, épuisé de travail, attristé par le désordre grandissant des finances, par les fastueuses prodigalités du roi, par la faveur croissante de Louvois, mourut désespéré (1683).
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les chefs-d'œuvre de l'Italie. Il fonda le Journal des LOUIS xiv A lacauc-Mil ut -
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Savants, accrut les collections de la Bibliothèque
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Les Affaires religieuses.
LOUIS XIV ET LES PROTESTANTS. 0 a Depuis la grâce d'Alais, les Protestants n'avaient cessé de se conduire en loyaux sujets du roi. Ils ne prirent aucune part aux troubles de la Fronde et Mazarin rendit publiquement justice à leur fidélité. « Si le petit troupeau broute de la mauvaise herbe, disait-il, du moins il ne s'écarte pas. » Groupés surtout dans l'ouest et le midi de la France, au nombre d'environ 1 200 000, ils formaient une population honnête, laborieuse, où l'on comptait maintenant beaucoup plus de paysans et de bourgeois que de nobles. En effet, la plus grande partie des seigneurs huguenots, pour gagner la faveur du roi, étaient revenus au catholicisme.
La mort de Mazarin mit fin à cette période de paix religieuse. L'esprit de Louis XIV était entièrement fermé aux idées de tolérance. Comme la plupart des souverains de son temps, il considérait que l'unité de religion était la condition indispensable de l'unité politique, et que, selon le mot d'un protestant, « la différence de religion défigurait un État ». En outre, persuadé qu'il tenait « pour ainsi dire la place de Dieu », qu'il était « participant de sa connaissance » et comme illuminé de l'Esprit Saint, il ne pouvait admettre que certains de ses sujets eussent d'autres croyances que les siennes.
Aussi manifesta-t-il dès le début la ferme volonté d'extirper l'hérésie du royaume. Il pensait y parvenir par la méthode suivante. Point de « rigueurs » ; application stricte de l'édit de Nantes, mais « rien au delà » ; « en renfermer même l'exécution dans les plus étroites limites que la justice et la bienséance pouvaient permettre ». Ce sont les paroles mêmes de Louis XIV. Quant aux grâces, aux faveurs « qui dépendaient du roi seul », aucune.
DÉMOLITION DU TEMPLE DE CHARENTON (Bibl. Nat.). g Gravure wm-
bolique ou du moins tendancieuse ovi mcnire l'empressement avec lequel les ouvriers démolirent les temples protestants aprts la révocation de l'Èdit de Nantes. Etes exempts, une pique à la maint surveillent la travaux.
LA PERSÉCUTION. 0 a L'application de cette méthode aboutit à une persécution de vingt-cinq ans. Sous prétexte de renfermer l'exécution de l'édit « dans les plus étroites limites que la justice pouvait permettre », on interdit aux protestants tout ce que l'édit ne leur garantissait pas en termes exprès. L'édit de Nantes ne disait pas que les protestants pourraient enterrer leurs morts quand et comme ils le voudraient ; assister aux mariages et aux baptêmes en tel nombre qu il leur plairait ; entrer comme apprentis dans toute corporation, etc. Des ordonnances royales défendirent donc qu'aucun enterrement protestant eût lieu après six heures du matin ou avant six heures du soir, que le cortège comptât plus de trentj personnes ; que pour un baptême ou un mariage plus de douze protestants fussent réunis. On démolit les temples élevés postérieurement à la publication de l'édit ; on ne dut enseigner dans les écoles protestantes que la lecture et l'écriture.
Puis vinrent des mesures plus graves. Les enfants protestants furent autorisés à se convertir au catholicisme, malgré leurs parents, dès l'âge de sept ans, " âge auquel ils sont capables de raison et de choix », disait l'édit (1681). Ces nouveaux convertis étaient libres de quitter leurs familles s'ils le voulaient, en exigeant de leurs parents une pension. Successivement on interdit aux protestants toutes les fonctions publiques, puis toutes les professions libérales ; ils ne purent acheter aucun office ; ils ne purent être ni avocats ni médecins. A peine leur laissait-on l'industrie et le commerce ; ils s'y jetèrent en foule et y prospérèrent.
A côté des mesures de rigueur on essaya de la corruption. On créa une caisse de conversions : quelques centaines de pauvres gens abjurèrent pour six francs par tête. On accorda exemption d'impôts aux nouveaux convertis ; le succès fut un peu plus grand. Mais toujours la masse des protestants restait fermement attachée à ses croyances.
LES DRAGONNADES, û 0 Pour hâter les conversions, en 1680, un intendant du Poitou, Marillac, imagina de recourir aux « missionnaires bottés » : il appela les dragons et les logea chez les protestants. L'armée se recrutait alors en majeure partie dans la lie de la population. Les dragons se conduisirent comme en pays conquis, saccageant les maisons, torturant les habitants qui, pour échapper à leurs bourreaux, se hâtèrent d'abjurer. Le système des dragonnades fut alors appliqué par ordre de Louvois, secrétaire d'Etat à la guerre, à toutes les provinces protestantes. La terreur inspirée par les troupes était telle que, à la seule nouvelle de leur mise en route, les vil-
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lages, les villes mêmes se convertissaient en masse et presque sur l'heure. En Guyenne, en deux semaines, il y eut soixante mille abjurations.