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LA RÉVOCATION DE LEDIT DE NANTES

^ 0 Depuis 1679, Lojiô XIV subissait l'influence de Mme de Maintenon, toute préoccupée de « sauver l'âme et l'honneur du roi • et de le ramener à la vie chrétienne. Après la mort de la reine Marie-Thérèse (20 juillet 1683), Louis XIV épousa Mme de Maintenon. Dès lors sa dévotion, son zèle orthodoxe ne cessèrent de croître ; il se résolut à en finir avec l'hérésie et à révoquer l'édit de Nantes. Chaque jour lui apportant d'ailleurs d'interminables listes de conversions, il pouvait croire sincèrement qu'il ne restait plus en France que quelques centaines « d'obstinés ".

Le 18 octobre 1683 le roi signa l'édit de révocation. Tous les temples devaient être démolis. Les pasteurs devaient quitter le royaume sous quinze jours, à peine des galères. Les protestants non encore convertis ne seraient inquiétés en aucune façon; mais ils encourraient la peine des galères s'ils essayaient d'émigrer, et leurs enfants seraient élevés dans la religion catholique.

La révocation fut accueillie avec enthousiasme par la presque unanimité de la nation ; par le clergé, qui depuis longtemps s'élevait contre « la malheureuse liberté de conscience " ; par les esprits les plus élevés, par Bossuet, Racine, La Bruyère, La Fontaine. Devant cette odieuse et lamentable histoire, Mme de Sévigné écrivait : « C'est la plus grande et la plus belle chose qui ait jamais été imaginée et exécutée. " Deux hommes seuls, Vauban et Saint-Simon, blâmèrent ce crime contre la conscience et comprirent quelles en seraient les néfastes conséquences : » Les rois sont bien maîtres des vies et des biens de leurs sujets,

LOUIS XIV

écrivit Vauban, mais jamais de leurs opinions, parct que les sentiments intérieurs sont hors de leur puissance. » Louis XIV put s'en apercevoir dès le lendemain de la révocation.

L'ÉMIGRATION PROTESTANTE, a a Li plupart des protestants n'avaient abjuré que pour échapper aux dragons, avec le secret espoir que l'orage passerait et que le temps reviendrait de la liberté religieuse. Quand la révocation eut ruiné cette espérance, un grand nombre retrouvèrent leur courage, qui fut admirable. Ils renièrent leur conversion. Alors la persécution devint sauvage. « Sa Majesté voulut qu on fît sentir les dernières rigueurs à ceux qui ne voudraient pas se faire de sa religion. " Les dragonnades reprirent. Les protestants qui, malades, refusaient les sacrements étaient après guérison envoyés aux galères. La mort attendait les pasteurs qui rentraient en France et les fidèles qui prenaient part à des assemblées.

La vie était intolérable ; il ne restait d'autres ressources que la fuite à l'étranger.

Mais tenter de passer à l'étranger était un crime puni d'abord des galères, puis à partir de 1687 puni de mort. Rien n'arrêta les protestants ; malgré la surveillance étroite aux frontières et sur les côtes, ils partirent par milliers. Deux cent mille probablement, peut-être davantage, renoncèrent à tout, fortune.

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NOUVELLE HISTOIREDE FRANCE

PRÊCHE AU DÉSERT (Bibl. Nat.). ^ Pui/sase Jes Cévrnnei : les prolalanli dont

le culte a été interdit par la révocation de l'Édit de Nantes, se réunissent dans des endroits

déserts, montagnes ou forets, tiom y entendre ta parole de leurs ministres.

foyer, patrie, risquèrent leur liberté, leur vie pour sauver leur foi. Des hommes capables de pareils sacrifices et de pareille énergie étaient une élite dont la disparition affaiblit singulièrement la France. Ils furent un élément de force et de prospérité pour les pays qui leur donnèrent asile, l'Angleterre, la Hollande, le Brandebourg surtout, où plus de vingt mille vinrent s'établir : Berlin, sa capitale, la future capitale du royaume de Prusse, fut comme recréée par les réfugiés français.

En revanche, certaines régions de la France, la Touraine, le Lyonnais, surtout la Saintonge et le Poitou, furent momentanément ruinées et beaucoup d'industries furent gravement atteintes. Aux conséquences économiques s'ajoutèrent des conséquences politiques non moins désastreuses. La révocation excita en Europe la haine de tous les Etats protestants contre la France. Elle fut pour beaucoup dans la formation de la redoutable coalition qu'eut à combattre Louis XIV, la Ligue d'Augsbourg.

LES CAMISARDS. /â Û Malgré toutes les persécutions, le protestantisme ne disparut pas du royaume. Il subsista dans les Alpes et surtout dans les Cévennes. Là, en 1 703, au début de la guerre de succession d'Espagne, les paysans calvinistes se soulevèrent On les appela les Camisards, parce que, pour se reconnaître, ils portaient une chemise blanche par-dessus leurs vêtements.

Sous la direction d'un jeune ouvrier boulanger, Jean Cavalier, l'insurrection dura deux ans : elle immobilisa de nombreuses troupes et le maréchal de Villars, un des rares bons généraux qu'eijt alors Louis XIV.

LES JANSÉNISTES. 0 0 Parmi les catholiques eux-mêmes, tous ceux qui s'écartaient de la stricte orthodoxie, étaient pareillement considérés comme suspects et exposés à des mesures de persécution. Tel fut le cas des Jansénistes.

Aux premiers temps de la minorité de Louis XIV, des hommes, pour la plupart avocats ou anciens conseillers au Parlement, éminents par leur savoir et leurs qualités morales, s'étaient réunis pour vivre en commun dans un couvent de la vallée de Chevreuse, près de Paris, à Port-Royal des Champs. Ces solitaires, comme on les appelait, vivaient dans la prière et le travail, labourant, écrivant, enseignant ; ils eurent parmi leurs élèves le grand poète Racine. La dignité et la pureté de leur existence leur avaient gagné de nombreuses sympathies, en particulier parmi les Parlementaires, et devaient forcer jusqu'à l'admiration de leurs ennemis.

On les appelait Jansénistes parce qu'ils suivaient la doctrine exposée, dans un livre sur saint Augustm, par un évêque d'Ypres, Jansen. Cette doctrine concerne principalement la question du salut. Jansen disait que l'homme, dégradé par le péché originel, est par luimême totalement impuissant à se racheter ; que par suite il ne peut obtenir son salut que s'il possède la grâce efficace, c'est-à-dire si la grâce divine s'impose à lui d'une façon irrésistible. A ceux qui n'ont pas cette grâce, la pratique du vrai bien est impossible et, puisque tous ne la reçoivent pas, Jésus-Christ n'est pas mort pour tous les hommes. Les Jésuites soutenaient que cette doctrine ressemblait à celle de Calvin ; ils la qualifiaient de « calvinisme rebouilli ».

D'autre part, les Jansénistes étaient gallicans, c'est-à-dire que d'après eux les clergés des divers pays et spécialement le clergé de France, l'Église gallicane, devaient garder une large autonomie en face du pape. Tout en protestant de leur respect pour « la dignité suprême du siège apostolique », ils professaient que ses jugements, en matière de foi, n'étaient pas sans appel et que les conciles universels lui étaient supérieurs. C'était la doctrine traditionnelle du clergé français qui en partie la professait encore. Mais elle avait été condamnée au seizième siècle par le Concile de Trente.

PERSÉCUTION DES JANSÉNISTES. 0 0 Aussi les Jansénistes eurent-ils pour adversaires implacables les Jésuites, défenseurs nés de la suprématie pontificale. Ceux-ci dénoncèrent au pape la doctrine janséniste sur la grâce : le pape la condamna en 1653. Une violente polémique éclata alors : les Jansénistes eurent pour défenseur l'un des esprits les plus puissants du dix-septième siècle. Biaise Pascal.

LOUIS XIV

PORTRAIT DE GLAISE PASCAL par Quesntl (Au

marquis Doria). Û Fiaine douloureuse et maladive, reflet d'une âme profondément mystique, qui souffre jusqu'à en mourir du mal de l'infini.

MÈRE ANGÉLIQUE ARNAULD. pw-Ph. de Cham

paiffne /A M. Gazter). tf L'ahbesse du monastère de

Port-Royal, une maîtresse femme, de grand savoir et de

grande Isiété

LE GRAND ARNAULD. pu J.-B. de Chunpdr»

(A M. Gazier). ^ Le frère de la mère AngeJtque,

Antoine A maud, U lyluâ vigoaraix et le piia militant da

Ihéologitns fantémstes

Ses Petites lettres à un Provincial, plus connues sous le nom de Provinciale'', merveilleux pamphlets et premiers modèles achevés de notre prose, tournèrent l'opinion contre les Jésuites (1656-1657).

Mais sur ces entrefaites, les Jansénistes commirent la faute d'entrer en relation avec quelques-uns des anciens Frondeurs, en particulier avec le cardmal de Retz, exilé à Rome. Dès lors les Jansénistes furent

suspects au roi. En 1660, les ProDincia/es étaient, après jugement, brûlées par la mam du bourreau Les solitaires durent se disperser. Dans la suite, plusieurs furent emprisonnés ou contraints de s'exiler, entre autres le plus célèbre des Jansénistes, Arnauld, surnommé le grand Arnauld

Malgré la persécution, le Jansénisme subsista, et en 1702, les Jésuites recommencèrent la lutte. Une

PORT-ROYAL DES CHAMPS (Gravure de M. Bocquel). a Porl-Roval est un anmnl dt rtHtieatei Bernardin» /on* m XIIl' B^ dm k vallée de Chevreuse. Au moment oit son histoire va intéresser le tunsénisme.il comprend trois maisom: Port-Roval dt» Champs, que rtùrùent* la et la ferme des Grandes, située sur la hauteur, au-devuts de ht taillée du Rhodon. Dans celte terme s'étaient retirés quelques chrétiens — »rftres «t

une vie pieuse, faite de méditation et de travail mctrmel. On les aln>elait les Soliljira.

Jk fUmU, peii i, la U mxmtak itPmri,

L'ASSEMBLÉE DU CLERGÉ DE 1682 (Bibliothèque Nationale), a Dans un

décOT de fantaisie se tiennent de part et d'autre les 67 ecclésiastiques membres de l'As-

ssmblée. Au fond, l'arcbevéque de Harlay président; à droite des marches qui mrélèvent

le fauteuil présidentiel, un orateur debout prononce un discours.

nouvelle condamnation fut prononcée par le pape. Vingt-deux vieilles religieuses — ■ la plus jeune avait plus de soixante-cina ans — établies à Port-Royal des Champs, en furent expulsées par le lieutenant général de police, assisté de trois cents soldats (1709). L'année suivante, le couvent lui-même fut rasé et l'on alla jusqu'à détruire le cimetière devenu un lieu de pèlerinage pour les Jansénistes. En 1713, le pape ayant par la bulle Unigenitus. condamné une fois de plus le Jansénisme, Louis XIV, qui avait un Jésuite pour confesseur, mit un véritable acharnement à imposer la décision du pape à tous ses sujets : plus de deux mille personnes étaient emprisonnées pour cause de Jansénisme quand le roi mourut (1715).

LOUIS XIV ET LA PAPAUTÉ, a a Louis XIV, si prompt dans ses dernières années à imposer à ses sujets la soumission aux décrets du pape, était cependant à diverses reprises entré en conflit avecla papauté. Le plus important de ces conflits se produisit entre 1677 et 1682 à propos du droit de régale.

On appelait ainsi le droit qu'avait le roi, quand un évêché devenait vacant, d'en toucher les revenus

jusqu'à l'installation du nouvel évêque. Le droit de régale n'existait pas dans les évêchés du Midi. En 1673, Louis XIV voulut faire disparaître cette exception et décida qu'il exercerait à l'avenir le droit de régale dans tous les diocèses du royaume. La décision du roi fut blâmée par le pape : ce fut l'occasion du conflit.

En 1682, le Saint-Siège persistant dans son intransigeance, Louis XIV invita le clergé de France à affirmer les « libertés de l'Eglise gallicane ". L'assemblée du Clergé adopta, non sans beaucoup d'hésitation, un exposé de principes rédigé par Bossuet et devenu célèbre sous le nom de Déclaration des Quatre Articles (1682).

Le premier article disait que les papes n'ont reçu puissance de Dieu que sur les choses spirituelles et qui concernent le salut ", et que les rois « ne leur sont soumis en rien dans les choses temporelles. »

Le second article portait qu'en matière spirituelle les conciles universels étaient supérieurs aux papes ; le troisième que l'exercice du pouvoir apostolique doit être tempéré en France par " les règles, coutumes et constitutions » admises dans l'Eglise gallicane.

Enfin le quatrième article déclarait qu'en matière de foi les décrets du pape, valables pour toutes les églises, ne sont cependant « irréformables " qu'avec le consentement de l'Eglise.

La déclaration des Quatre Articles ne fit qu'envenimer le conflit qui se prolongea pendant onze ans. Quand il eut à nommer des évêques, Louis XIV les choisit toujours parmi les prêtres qui avaient acquiescé à la Déclaration : le pape refusa toujours de les instituer. Enfin en 1693 on se résigna de part et d autre à un compromis : Louis XIV informa le pape que la déclaration ne serait plus enseignée; en échange le pape reconnut l'extension du droit de régale à tout le royaume.

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Couirrcr le, dignitrj A Bcnclic*i tji-ap reicvoir te (Vmifnt Je* F.vcijuc, ; S( le dcliviTi' le, Res?*.Cf -

LE DROIT DE RÉGALE (Gravure de Lepautre ; Bibl. N.t).

LE DUC D'ANJOU PRCCLAMÉ ROI D'ESPAGNE (Bibliothèque Nationale). P La scène groupe plus ou muirn arbfhatrement la pcrwanateM ont aisiité à la prcdantation. A gaurhe est arsis Louis XIV dam un fauteuil qui semble un trône. En face de lui, le duc d An/ou, la main sur la poitrine. Dertièrt h noutiem l'cmtaitcdivT d'Bifaine, Caslell^ostius. Derrière la table, de gauche à droite, le Grand Dauftljn, le duc de Bourgogne, le duc de Berry et autres memhrts de la fmmlle

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