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FORMATION DE LA LANGUE CLASSIQUE

0 S) Au milieu de l'anarchie de la fin du seizième

siècle, la langue avait souffert autant que le royaume. Elle avait subi l'invasion des mots grecs et latins, introduits de force, sous prétexte de l'enrichir, par Ronsard et les écrivains de la Renaissance ; l'invasion des mots provinciaux et des patois picards, normands, langruedociens, gascons, venus en compagnie des gens de guerre, soldats d'Henri III et d'Henri IV ; l'invasion même des mots étrangers, italiens, espagnols, allemands, apportés par les mercenaires.

Au début du dix-septième siècle, la langue eut comme le royaume son Henri IV : le poète Malherbe (1555- 1628). Il entreprit l'épuration de la langue, dans le même temps que le roi poursuivait la réfection du royaume. Il la voulut sobre, précise, claire, homogène surtout et nationale. Il voulait qu'on la tirât du peuple même, « des crocheteurs du Port au Foin », disait-il.

Dans cette œuvre d'épuration Mïlherbe fut secondé par l'influence de la marquise de Rambouillet. Mme de Rambouillet était fille d'un amb2issadeur de France

PORTRAIT DE MALHERBE, par Finsonlus (Bi-

bliothèque Nationale). ^ Physionorrie arislocratique et

un peu dédaigncuie. Le poète, ccnUmporain à^ Henri ÎV,

porte encore la fraise du X\l* siècle.

PORTRAIT DE DESCARTES, par Frans Hais

(Musée du Louvre). ^ Rien de mcins tarai que ce

visage maigre de philosophe aux traits forts et comme

tailles à coups de hcche.

FCRTRAIT DE CORNEILLE (Gravure anonyme

Bibliothèque Nationale), tf Cecisage, ou dessin ferme,

pcurrait être d'un homme d'action, d'un vieux soldat ;

mais l'œil ardent eit d'un pcéte.

auprès du pape. Elevée à Rome au milieu d'une cour ecclésiastique élégante et polie, elle pensait retrouver à Paris cette politesse. Dans les dernières années du règne d'Henri IV, elle ne trouva qu'une Cour, où, pour avoir bataillé sans trêve pendant trente années, les hommes conservaient encore des façons de corps de garde. Elle la quitta pour n'y plus revenir, et se fit elle-même son cercle. Elle n'admit chez elle, dans son hôtel, qu'une société peu nombreuse, soigneusement choisie, « civile, spirituelle et galante ». On causait sur un ton modéré, en se préoccupant « de penser d'une manière aisée et naturelle » et de parler « facilement et en termes propres sans affectation ». Ce fut à l'hôtel de Rambouillet que commença de se former la poli-

MADAME DE RAMBOUILLET ET SA FILLE JULIE D'ANGENNES (Miniature sur vélin, vers 1645, Coll. Ed. de Rothschild), a En costume allégorique. Ica deux femmes, qui se sont partagé l'admiration intellectuelle et mondaine d'une génération, se partagent également une couronne portant l'inscription : « A la divine Julie ».

tesse française, politesse d'esprit et de manières, qui devait être portée à sa perfection au dix-huilième siècle, faite de respect envers les femmes, de déférence et de courtoisie envers autrui, d'aisance et de simplicité dans les manières, de mesure et de distinction, d'élégance et de naturel dans la pensée et dans l'expression de la pensée.

L'œuvre commencée par Malherbe et la marquise de Rambouillet fut continuée par l'Académie française. Au temps de Richelieu, un jeune lettré, Conrart, réunissait chez lui un petit groupe d'amateurs de belleslettres et d'écrivains. En 1635 Richelieu qui s'intéressait à la littérature invita Conrart et ses amis à constituer une société officielle qui s'occuperait « d'épurer la langue et d'en fixer le bon usage ». Ainsi fut créée l'Académie française à qui Richelieu donna pour tâche essentielle la composition d'un Dictionnaire, qui devait être un catalogue de tous les mots admis par les bons écrivains avec leur signification précise. Par ce dictionnaire, qu'elle mit soixante ans à établir, l'Académie devait « achever et consacrer l'unité du langage ».

LES PREMIERS CHEFS-D'ŒUVRE at û Une

année à peine après la constitution de l'Acadérnie française, paraissait le premier chef-d'œuvre de la poésie dramatique en France, une tragédie, le. Cid (1636). L'auteur était un jeune avocat de Rouen, Pierre Corneille. La beauté des vers, les sentiments sublimes des héros de son drame soulevèrent l'enthousiasme des Parisiens et lui valurent en une soirée la gloire. Au Cid succédèrent trois tragédies non moins admirables :

LE GRAND SIÈCLE

PORTRAIT DE MADAME DE SÉVIGNÉ, par Nanteuil (Coll. de M'"*"I?com-

tesse de Laubespin). 0 Ce délicieux visage est d'un grand charme sous sa coiffure i\

la «hurluberlu»; les frails sont un peu forts, mais réguliers, spirituels et d'une grâce

plus séduisante encore que la beauté.

Horace, Cinna (1640), Polyeucte (1643). En 1643 Corneille faisait jouer la première bonne comédie de notre théâtre, le Menteur.

Le premiei; chef- d'œuvre de la prose française parut presque en même temps que le Cid, en 1637. C est le Discours de la méthode four bien conduire sa raison et chercher la vérité dans la science, œuvre du philosophe et du savant Descartes (1596-1650). Son influence fut immense sur tous les esprits réfléchis, en particulier sur les grands écrivains du règne de Louis XIV, qui, lui durent en grande partie les habitudes d'ordre méthodique, de clarté, de précision, de bon sens, caractéristiques de leur génie. Elle s'étendit d'ailleurs bien au delà du dix-septième siècle et s'exerça sur les savants autant que sur les littérateurs.

La prose française atteignit au plus haut degré de perfection avec Pascal (1623-1662). Ce merveilleux génie s'était d'abord adonné aux sciences, aux^guelles il fit faire des progrès décisifs. Puis brusquement, en 1654, il renonça aux études scientifiques et se retira à Port-Royal. On sait comment il entreprit la défense des Jansénistes contre les Jésuites et quel fut le succès de ses Lettres à un Provincial (1657). Il se proposait d'écrire une apologie de la religion chrétienne ; la maladie et la mort l'empêchèrent de terminer son

œuvre, mais les fragments en furent publiés sous le litre Pensées, « pages limpides et ardentes, a-t-on dit, un des plus beaux monuments d'éloquence que possède non seulement la France, mais l'humanité •.

LOUIS XIV ET LES ÉCRIVAINS, a a Louis XIV s'intéressait aux lettres et manifesta de la bienveillance aux écrivains. A partir de 1664, sur les conseils de Colbert, il accorda des pensions aux principaux écrivains et savants du royaume, et même à des écrivains et à des savants étrangers. Ces pensions furent d'ailleurs payées très irrégulièrement faute d'argent à partir de la guerre de Hollande.

Plus importants que les pensions furent les témoignages de haute estime personnelle que le roi donna à certains écrivains. Beaucoup furent reçus à la Cour au même titre que les nobles les plus titrés ; quelquesuns furent admis dans l'intimité du roi. Racine fut gentilhomme de la Chambre. Il fut, avec Boileau, nommé historiographe du roi. La tradition était que Louis XIV avait un jour, devant tous les courtisans, fait asseoir Molière à sa table. Il est certain, en tout cas, qu'il consentit à être le parrain d'un fils de Molière, en 1664, et qu'il intervint pour ordonner la

fORI RAIT DE BOSSU ET. pw H • F icaud (Mutée du Louvn). 0Cttri%ktm>

porltait est digne du modèle, dent raitiite a tcutn exprimer avant f«i,f h nmlmeik

aulorilé etladignilè imposante. Il a néanmoins laiaèam pfitat ctt airete tamttgraream

adoihil h mtijcsté du visage et rend aimahks fet trastt «nr fan a^m é «imd.

UNE REPRÉSENTATION D'ALCESTE (Gravure de Le Pautre, Bibliothèque Nationale), a /.'• Alcate », une sorte de Miel dont Molière Hait l'aalear. lut représenté à Versailles au cours de grandes fêtes que Liuis XIV donna en 1674. La Cour de marbre avait été transformée en théâtre par réléoaiion d'une estrade et la disposition des orangers en caisse; au fond^ la scène aoec les acteurs et, en contrebas, l'orchestre. Au premier plan, les courtisans el les dames, rangés autour du roi et de la reine

Qu'on aperçoit de dos, au centre, assis sur des fauteuils, face aux acteurs. ?

représentation d'une de ses pièces. Tartufe, interdite par le Parlement. La bienveillance royale, publiquement manifestée à mamtes reprises, changea la condition des écrivains, des savants et des penseurs. Médiocrement considérés jusqu'alors, réduits parfois, comme Corneille, à solliciter les présents d'un banquier, ils prirent dans l'estime publique la place que leur doit un pays civilisé et qu'ils ont depuis conservée chez nous : la première.

LES QUATRE POÈTES. XH et Les chefs-d'œuvre se groupent dans cette période en un ensemble harmonieux et vraiment complet, car il n'est presque aucun genre littéraire qui n'y soit représenté. Au premier rang figurent quatre poètes qu on ne saurait séparer, « les quatre amis » comme ils s'appelaient eux-mêmes, car ils étaient liés entre eux par une étroite amitié, Molière, Boileau, Racine et la Fontaine.

Molière eut le génie de la comédie. Fils d'un bourgeois de Paris, il avait été pris par la passion du théâtre et avec une troupe d'acteurs, avait couru la province pendant vingt ans. Sa troupe ramenée à Paris en 1658

devint la Troupe du Roi ; notre, Comédie-Française est son héritière. A la fois directeur, acteur, auteur, Molière écrivit et joua de 1659 à 1673, année de sa mort, près de trente pièces, parmi lesquelles d'immortels chefs-d'œuvre. Tartufe, le Misanthrope, l'Avare, le Bourgeois gentilhomme, les Femmes savantes. Louis XIV demandait un jour à Boileau quel était, à son avis, le plus grand écrivain de son règne : « Sire, c'est Molière », répondit Boileau.

Boileau (1636-1 71 1) eut surtout le mérite de redresser « le mauvais goût « du public et de le guider dans la bonne voie. En 1666, il publia ses premières Satires dirigées contre les œuvres de nombreux et médiocres écrivains, très admirés alors. Puis en 1674 parut y Art Poétique dans lequel Boileau exposait les principes de l'art d'écrire et les règles des divers genres de poésie. Ce poème lui valut le surnom de « législateur du Parnasse ».

Jean Racine (1639-1699) fut le second des grands tragiques français. Il donna en 1677, à vingt-huit ans, son premier chef-d'œuvre, Andromaque, dont le succès rappela le succès du Cid. Dans les dix années qui sui-

LE GRAND SIECLE

PORTRAIT DE MOLIÈRE, par Mignard (Musée Condé. Chantilly), a Visage

irrégulicT, mais d'un charme prenant : les yeux bleu clair et la bouche assez forte ont

une expression de mélancolie et de bonti .

PORTRAIT DE BOILEAU (Gravure de Drevet, d'aprti H. Rigiud. Bibliothèque Nationale), a Figure de lutteur «ta respire l'énergie.mait les yeux sont petit' lants de ma/tce et d'expression sarcastiçue.

LA FONTAINE (Ëm^il. Musée du Louvre), a Physionomie originale avec le ner très long et très fin, et les grands veux dont le regard est à la fois pénétrant et rêvtur.

PORTRAIT DE RACINE, par Suiterre (CoUetiioftd* GJwd-T«wub«). #

Avrc tm grand air de nolleue. les traits sont kemut, mais tm #n eÊmpilé» pm fift-

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