VERCINGÉTORIX. LA GUERRE NATIONALE
j:P £> he soulèvement du Nord était à peine dompté
LA GAULE ROMAINE
BUSTE DE JULES CÉSAR (48 av. J.C.) (Collection Stroganof, Rome).
Buste en marbre grandeur naturelle, exécuté pendant le séjour de César en ÉgrjUte. quatre ans environ après la campagne d' Alésia. Par sa victoire «rr Poit0ét, le conçaérant aa Gaules était devenu le maître du monde romain ; il avait alors cinquante-trois ans. Le masque est impérieux, dominateur, mais toarmenté, viàlli avant I ôfe, miomte at riaa
profondes.
qu'une insurrection nouvelle éclata. Cette fois la Gaule entière se levait. Les Gaulois étaient fatigués de fournir aux vainqueurs des vivres, des soldats, de l'argent et de subir les exactions des financiers de Rome, les publicains. Le désir de s'affranchir fit taire toutes les querelles et César fut frappé « du merveilleux accord des volontés pour ressaisir la liberté ».
Le héros de l'indépendance fut Vercingétorix. C'était un Arverne, chef du parti populaire, patriote ardent, qui eut le sentiment de la Patrie gauloise et qui, au dire même de César, « ne s arma jamais pour son intérêt personnel, mais pour la liberté de tous. » 11 comprit que pour vaincre il fallait l'effort concerté de tous les peuples gaulois et contrai-
SIÈGE D'ALÉSIA. 00 Vercingétorix fut contraint de se retirer à Alésia (Alise-Sainte-Reine Côle-d'Or) où César le suivit et le bloqua. Alors commença ce siège mémorable qui mit fin à la guerre des Gaules. César entoura la ville d'un retranchement de quinze kilomètres. Puis, craignant d'être attaqué par une armée de secours, il se fortifia par un autre retranchement de vingt et un kilomètres. Toutes les ressources de l'art des sièges, terrassements, tours et machines, furent employées. « Tout cela, dit Michelet, fut accompli en moins de cinq semâmes par moins de soixante mille hommes. La Gaule entière s'y brisa. Les efforts désespérés des assiégés, réduits à une horrible famine, ceux de deux cent cinquante mille
LES TRAVAUX DE SIÈGE DES ROMAINS DEVANT ALÉSIA (Reconstitution au mu»ée de Saint-GeriMin). a Son» /o direclicn Je César. Ut toIJal, rcmains com/fio-
sirent autour d'Alésia des retranchements formidables, destinés non seulement à arrêter les sorties des assiégés mais aussi à briser les assauts des armées de secours. De gauche à
droite, on aperçoit un rempart palissade et garni de tours en bois ; deux fossés profonds ; trois lignes de ■ chevaux de frise » ou branches d'arbres aiguisées, plusieurs lignes de * trous
de loups ", garnis de pieux pointus. Il y eut trente-sept kilomètres de travaux faits en cinq semaines.
gnit par la terreur tous les hésitants à le suivre. Vercingétorix voulait affamer l'armée romaine en faisant le vide devant elle et en détruisant toutes les villes où elle pouvait s'approvisionner. Il eut le tort de céder aux prières des habitants d'Avaricum (Bourges) et d'épargner leur ville. Elle tomba aux mains de César qui y trouva de quoi faire vivre son armée. Mais César échoua complètement quand il mit le siège devant Gergovie, capitale des Arvernes et centre de la résistance. 11 était donc dans une position très critique et commençait à se replier vers la Province, quand près de Dijon Vercingétorix essaya de lui barrer la route. Les cavaliers germains que César avait enrôlés en grand nombre lui donnèrent la victoire.
Gaulois qui attaquèrent les Romains par l'extérieur, échouèrent également. Les assiégés virent avec désespoir leurs alliés, tournés par la cavalerie de César, s'enfuir et se disperser. Vercingétorix, conservant seul une âme ferme au milieu du désespoir des siens, se désigna et se livra comme l'auteur de la guerre. Il monta sur son cheval de bataille, revêtit sa plus riche armure, et, après avoir tourné en cercle autour du tribunal de César, il jeta son épée, son javelot et son casque aux pieds du Romain, sans dire un mot » (52). César garda son prisonnier pendant cinq ans et le fit tuer le jour de son triomphe. La prise d'Alésia marqua la fin de la guerre. Les révoltés se soumirent les uns après les autres. Seule la ville d'Uxe'lodunum (le Puy d'Issolu) résista quelques mois : elle fut prise à
LA GAULE ROMAINE
MONNAIE A L'EFFIGIE DE VERCINGÉTORIX (Bibliothèque Nationale,
Cabinet des Médailles), û Monnaie d'or, Vercingéiorïx s'était fait proclamer roi
des Aroernes. Les monnaies frappées à son nom portent l'effigie du héros gaulois. Elles
sont d'une exécution malheureusement assez grossière.
son tour et ses défenseurs eurent les mams coupées (51). La Gaule était définitivement conquise.
LA DOMINATION ROMAINE EN GAULE. £)£> Les Gaulois vaincus acceptèrent aisément la domination romaine. Ils ne firent jamais aucune tentative sérieuse pour reconquérir leur indépendance. Moins de cent ans après la conquête., la soumission était si complète que les Romains avaient pu réduire leurs garnisons pour toute la Gaule à trois mille hommes.
C'est que les Romains pratiquèrent en Gaule une politique infiniment sage. Ils laissèrent subsister les diverses nations gauloises ; ils respectèrent les mœurs et les usages des vaincus ; ils donnèrent satisfaction à leurs passions guerrières en leur ouvrant les rangs de l'armée romaine ; ils accordèrent des privilèges aux peuples qui les servaient le mieux, inspirant de la sorte aux autres le désir de bien servir pour mériter les mêmes avantages ; enfin ils assurèrent à tous la paix. Dès le temps de César, des Gaulois avaient été admis au nombre des citoyens romains ; on en trouvait jusque dans le Sénat. L'historien romain Tacite disait aux Gaulois à la fin du premier siècle : « Vous partagez l'empire avec nous ; c'est souvent vous qui commandez nos légions, vous qui administrez nos provinces ; entre vous et nous il n'y a aucune distance, aucune barrière. » A partir du troisième siècle tous furent citoyens romains, c'est-à-dire les égaux du vainqueur. D'autre part, les Gaulois surent reconnaître les bienfaits de la domination romaine. Cette domination, qui dura plus de cinq siècles, transforma complètement la Gaule.
TRANSFORMATIONS MATÉRIELLES. LES ROUTES, ^jl/ Pour tenir la Gaule, il fallait pouvoir y faire circuler rapidement des troupes : les Romains éventrèrent les forêts, desséchèrent et comblèrent les marais, jetèrent des ponts, construisirent des routes. Ces routes jouaient alors le rôle de nos chemins de fer. Lyon (ut le nœud des grandes routes.
De là partaient cinq chaussées, solidement maçonnées, et jalonnées de mille en mille de bornes monumentales ; elles aboutissaient à Mayence sur le Rhin ; à Boulogne sur la Manche ; à Brest et à Bordeaux sur l'Atlantique ; à Marseille sur la Méditerranée. Des voies secondaires s'embranchaient sur ces grandes chaussées ; il n'est guère de vieille ville de France aux alentours de laquelle on ne signale encore quelques vestiges de voie romaine.
VILLES ET MONUMENTS, ma Comme l'établissement des routes facilitait les échanges, des commerçants, des colons romains vinrent s'établir en Gaule. Ils apportèrent avec eux les habitudes et les façons de vivre de l'Italie. Sous leur influence et parce que le pays s'enrichissait, la Gaule, où la population vivait auparavant surtout aux champs, commença à se couvrir de villes. Les misérables bourgades, où l'on ne trouvait pas un seul monument, firent place à des villes à la romaine, bien alignées, construites en pierre, avec des maisons décorées de mosaïques, de colonnes, d'objets d'art, avec de beaux édifices publics, qui n'ont pas tous entièrement disparu. C'est sous l'influence romaine, mais par les Gaulois et à leurs frais, que furent construits les aqueducs, comme le pont du Gard ; les arènes comme celles de Nîmes, d'Arles, de Paris ; les temples, comme la Maison Carrée
CAVALIER GAULOIS (Restitution de Frémiet au Musée deSaint-Germain).*
Ce guerrier gaulois, de fiire allure, a attaché à la queue de son cheval, en sitrts de
mépris, unécusaon aux initiales du Sénat et du Peuple romains, S. P.Q. R-
o Bourg«s Ancienne viUe.
(Avaricum) qauLoiàe,
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de Nîmes, le temple de Vienne; des théâtres, comme ceux d'Arles et d'Orange ; des thermes, comme ceux de Paris ; des arcs de triomphe, comme ceux d'Orange, de Reims, de Saint-Rémy.
En même temps que se transformèrent les anciennes villes, de nouvelles se créèrent. La principale de ces fondations fut, en 43 avant J.-C, celle de Lyon, qui devint une sorte de capitale de la Gaule.
DIFFUSION DU LATIN, a a La plus importante des transformations fut la substitution de la langue latine à la langue gauloise. La substitution se fit sans violence de la part des Romains, sans qu'ils aient aucunement imposé l'étude et l'usage de leur langue. Le latin fut d'abord adopté par les nobles, qui étaient en relations suivies avec les magistrats et les officiers romains et aspiraient à obtenir eux-mêmes le titre de citoyens romains. Puis par la force des choses le latin se répandit dans le peuple qui 1 apprit des soldats, des colons et des commerçants. Mais cette diffusion de la langue latine ne s'opéra que lentement, et c'est seulement à la fin du cinquième siècle que l'usage du gaulois eut à peu près complètement disparu. D'autre part, il se passa en Gaule pour le latin ce qui se passe pour le français dans celles de nos colonies où les indigènes commencent à l'apprendre de nos soldats et de nos immigrants ; ce ne fut pas la langue classique qui se répandit, mais le latin populaire, une sorte d'argot très éloigné de la langue littéraire. De là devait sortir la langue romane, première étape vers le français.
La Gaule devint vite d'ailleurs un pays de culture
littéraire. Les écoles de Marseille, de Bordeaux, de Lyon, de Toulouse, d'Autun étaient célèbres dans l'Empire. Le dernier poète qui compta dans l'histoire de la littérature latine, Ausone, était un professeur de Bordeaux et chanta dans ses vers les paysages de la Gaule.
LE CHRISTIANISME EN GAULE. 00 Les croyances religieuses des Gaulois furent tout d abord peu modifiées par la conquête. Les Romains ne faisaient pas la guerre aux dieux des vaincus. Ils trouvaient plus politique de les assimiler à leurs propres dieux. C'est ainsi qu'ils reconnurent dans Tarann, Jupiter, et dans le dieu du jour. Mercure. Les autres dieux romains envahirent peu à peu les villes gauloises, et, quand le christianisme se fut établi à Rome, il gagna également notre pays.
Dès le second siècle, une Église importante existait à Lyon. En 177, elle fut décimée par une atroce persécution ; quarante-sept de ses membres furent torturés, puis mis à mort dans le cirque avec d'extraordinaires raffinements de cruauté ; une humble servante, Blandine, fit preuve, au milieu des supplices, du plus inlassable et du plus sublime courage ; le vieil évêque Pothin, âgé de quatre-vingt-dix ans, fut lapidé.
Mais ce fut seulement au cours du troisième siècle qu'un grand effort fut fait pour évangéliser la Gaule entière. En 239, sept évêques arrivèrent de Rome. Les villes de Narbonne, Arles, Toulouse, Limoges, Tours, Clermont, Paris, furent les centres de leurs prédications. Deux d'entre eux, saint Saturnin à Toulouse, saint Denis à Paris, subirent le martyre.
Les persécutions eurent en Gaule le même résultat que dans le reste de l'Empire : elles exaltèrent la foi et les conversions se multiplièrent. Les chrétiens étaient assez nombreux en Gaule au commencement du quatrième siècle, pour qu'en 312 Constantin, candidat à l'Empire, estimât qu'il y aurait profit pour lui à s'assurer leur concours et fît alors placer la croix au-dessus de son étendard.
ORGANISATION DE L'ÉGLISE. 00 La victoire de Constantin assura aux chrétiens la liberté de leur culte et la protection officielle. L'Église put dès lors s'organiser. Les chrétiens adoptèrent les cadres de l'administration romaine, la division en provinces et les subdivisions en cités. Chaque province devint une métropole et l'on plaça à sa tête un métropolitain, plus tard l'archevêque. Chaque cité forma un diocèse, administré par un évêque. Les évêques étaient subordonnés au métropolitain.
L'évêque — son nom grec épiscopos signifie le sur-
LA GAULE ROMAINE
NIMES : LES ARÈNES, j» Haa/eur : 2/ mè(r« (cl. monuments historiques.)
VIENNE : TEMPLE D'AUGUSTE ET DE LIVIE. a Shjk corinihicn. (cL. NEURDEIN.)
ARLES : LES ARÈNES (vue intérieure). tJ Long'jeuT 146 m.; 26000 placa.icL.HZVKDEts }
BORDEAUX : RUINES DU PALAIS GAL- LIcN. (cl. terpereau.)
ORANGE ; ARC DE TRIOMPHE, a RemaïquahU par l'é'égance tics formes et la richesse de la décoration.
TFÈVES : LA PORTE NOIRE, a Arzhilecimc miUlarre; 29mctTes de haut. (CL. FBITH El c'' .)
OH.WCii .[E'IWï-A'lRK. a fuid authentique. Gradins 6M\T-Rt\\\ : MAUSOLÉE DES ARLL-^ . ^ i;;.\-KE. a Au fond, d'à.
modernes, (cl. NtURDErN.) JULES, (cl. NEURDELN.) gradins. (CL. NEURDEIN.)