LE CHATEAU DE VERSAILLES
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LES IMPOTS SOUS LOUIS XIV (Bibliothèque Nationale). <» Us contribuables
arricent en foule devant les guichets du Trésor, les femmes tout particulièrement. Cra-
vitre tendancieuse qui semble destinéeà rïmntrer l'empressement que mettent — ou doivent
mettre — les administrés à remplir leur devoir fi:cal.
de leur œuvre dans un ordre qui la rendît satisfaisante pour la raison, en même temps qu'agréable aux yeux ; le goût, le sens de l'élégance et de la grandeur. Il y a un air de parenté certain entre une tragédie de Racine, la façade du château de Versailles, les fresques qui décorent sa grande galerie et aussi le personnage même de Louis XIV.
INFLUENCE DE LOUIS XIV. a a L'influence de Louis XIV sur les artistes fut du reste immédiate et des plus puissantes. On ne travailla guère que pour lui à partir de 1660, et il fit travailler constamment jusqu'à sa mort, tour à tour occupé du Louvre, des Invalides, de Versailles, de Trianon, de Marly, etc. Les artistes travaillèrent presque sous sa direction ; leurs plans et leurs projets devaient tous lui être soumis. Il fallait donc travailler selon son goût, et son goût allait à l'ordre, à la régularité, au solennel, au majestueux.
LES MONUMENTS. VERSAILLES, a a Parmi les artistes français du dix-septième siècle, il y eut de grands peintres comme Poussin, Le Lorrain, Le Sueur, Philippe de Champaigne et Le Brun qui fut « premier peintre du roi » et présida à tous les travaux
de décoration de Versailles. Il y eut quelques grands sculpteurs, Girardon, Coysevox et surtout Pierre Puget. Mais les œuvres les plus remarquables sont des monuments. Ce sont les monuments surtout qui fondèrent la réputation de L'art français et que l'Europe imita. Trois sont particulièrement célèbres, la colonnade du Louvre, l'Hôtel des Invalides et le château de Versailles.
Le château de Versailles est l'œuvre principale de l'architecte Mansart (1645-1708). Commencé en 1664, il ne fut achevé qu'en 1695, bien que Louis XIV y résidât depuis 1682. Les travaux avaient occupé, certaines années, jusqu'à trente mille hommes, coûté environ soixante-quatre millions de livres, et des milliers de vies humaines. Le château avec ses dépendances pouvait recevoir près de dix mille personnes. 11 s'élevait à l'entrée d'un parc de plus de huit mille hectares, coupé de quarante-quatre kilomètres de routes.
Sur une immense terrasse où l'on accède par deux escaliers hauts de cent trois marches, larges de vingt mètres, s'allonge la façade, longue d'un demi-kilomètre. Le rez-de-chaussée, soubassement solide, mais sans lourdeur, construit en larges assises régulières, est percé de baies arrondies très rapprochées. Les fenêtres du premier étage, très élevé, sont séparées par des pilastres ou des colonnes. Au-dessus un second étage très bas est couronné par une balustrade qui masque le toit en terrasse. La décoration est très sobre, élégante, et de haut style. L'ensemble laisse une impression de surprenante et monotone grandeur. Les immenses perspectives du parc, dessiné par un jardinier de génie. Le Nôtre, les tapis verts déroulés à travers bois, le long canal fuyant jusqu'à l'horizon, les bassins aux eaux jaillissantes, au peuple de statues, une profusion de marbres et de bronzes achèvent de faire de ce palais la plus grandiose demeure royale qui soit au monde.
Le déficit et la misère-
LES CHARGES FINANCIÈRES, a 0 Mais voici l'envers de la médaille. Le tableau du Grand Siècle ne serait ni complet ni exact si l'on n'y faisait pas figurer les charges fiscales et la misère publique. La politique de Louis XIV, les guerres constantes, les bâtiments de magnificence, Versailles, Trianon, Marly, déjouèrent tous les calculs de Colbert qui s'était flatté d'enrichir le royaume. Rarement les impôts accablèrent plus les contribuables, rarement la France connut plus de misère que pendant le règne de Louis XIV, surtout dans la dernière période, de 1688 à 1715.
LE GRAND SIÈCLE
DISTRIBUTION DE PAIN AU LOUVRE (1693) (Bibliothèque Nationale).
a La famine sévit en 1693 et le rot fil faire du pain au Louvre ; on le remettait sur la
présentation de bons gratuits. La distribution ne va pas sans lutte ni bousculades. Dans
un coin, un exempt fait une rude police. Derrière la barrière, les affamés.
LES IMPOTS NOUVEAUX. /S £) Le trésor
avait été d'abord alimenté par les seuls impôts que la royauté du Moyen Age eût légués à la monarchie moderne : un impôt direct, la taille dont étaient exemptés les nobles, le clergé et les officiers royaux, c'est-à-dire les propriétaires de fonctions publiques ; les impôts indirects, parmi lesquels la gabelle ou monopole de la vente du sel, les aides prélevées surtout sur les boissons, les traites ou droits de douane.
Le revenu des tailles, de la gabelle et des aides suffit jusque vers 1672 au paiement des dépenses annuelles. Mais à partir de 1672 et de la guerre de Hollande, il fallut chercher des ressources supplémentaires. Louis XIV emprunta. Après la mort de Colbert, quand vint la guerre de la Ligue d'Augsbourg, le roi, de plus en plus pressé d'argent, se résolut à établir un nouvel impôt direct, dont personne, sauf lui, ne serait exempt. Ce fut la capitation. Les sujets étaient partagés en vingt-deux classes d'après leur condition et payaient une somme proportionnelle à leur rang. Le dauphin figurait en tête de la première classe et payait deux mille livres. En fait et malgré les apparences, les privilégiés s'en tirèrent généralement à bon compte et le nouvel impôt retomba de tout son poids sur le peuple. La capitation, supprimée
à la paix, fut presque immédiatement rétablie, dès le début de la guerre de succession d'Elspagne (1701).
Au cours de cette guerre un troisième impôt direct fut appliqué, l'impôt du dixième, prélevé sur le» revenus de toute espace. Comme son établissement nécessitait une enquête sur les ressources de chacun, son caractère inquisitorial amena une résistance acharnée des contribuables. On avait escompté un rendement de quatre-vingts millions ; on en tira difficilement vingt-cinq.
Cette multiplication des impôts fit doubler les recettes : mais les dépenses avaient triplé. Dans les dernières années du règne de Louis XIV les recettes furent chaque année inférieures aux dépenses de soixante-dix à quatre-vingts millions de livres. Pour combler ce déficit on eut recours, comme sous Mazarin, aux affaires extraordinaires, c'est-à-dire à la vente par milliers d'offices inutiles et ridicules et surtout aux emprunts. Quand Louis XIV mourut en 1715, la situation financière était plus lamentable encore qu'à son avènement. Lai^dette montait à près de trois milliards de livres ; les caisses de l'Etat étaient vides ; le pays était épuisé, la France paraissait acculée à la banqueroute.
MISÈRE DES PAYSANS, a a Aussi, pendant
LOUIS XIV EN 1706. par Antoine Benoit! tLirr. ' roi' h soi xante-fuiit ans. Le portrait Jmm am tmU la teinte un peu faune de la peau, les ride» OT< ^afte tCox cendré, en vrais cheveux. La courit dmmxmi inimw pha fotte^ la phim^^norte pins froide et extr
tout le règne de Louis XIV, la misère du peuple, et particulièrement des paysans, fait-elle contraste avec la splendeur de la Cour. La Bruyère a tracé du paysan son contemporain un portrait demeuré justement célèbre :
" L'on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides, et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible. Ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine, et en effet ils sont des hommes. Ils se retirent la nuit dans des tanières, où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines. Ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé. »
Sans doute ce portrait ne s'applique pas à la lettre à tous les paysans. Même à cette époque, il y eut des paysans qui vivaient dans une certaine aisance, mais ils constituaient une minorité. Tous les témoignages s'accordent pour constater la misère souvent affreuse du plus grand nombre. En 1675, l'intendant du Berry déclarait que « les laboureurs y étaient plus malheureux que les esclaves de Turquie ». « La plus grande partie des habitants n'ont vécu, pendant l'hiver, que de pain, de glands et de racines, écrivait, la même année, le gouverneur du Dauphiné, et présentement on les voit manger l'herbe des prés et l'écorce des arbres. » « Je ne vois que des gens qui n'ont pas de I>ain, qui couchent sur la paille et qui pleurent », racontait, en 1680, Mme de Sévigné. « La France entière n'est plus qu'un grand hôpital désolé et sans provisions », disait Fénelon, en 1 692. Vauban qui avait parcouru la France en tous sens, estimait, en 1 707, à deux millions — un dixième de la population — le nombre des mendiants que « la faim et la nudité chassaient de chez eux ». « Il y a tel pain, écrivait-il,
qu on peut lever par les pailles d'avoine dont il est mêlé. Le commun du peuple ne mange pas trois fois de la viande en un an. Les trois quarts ne sont vêtus, hiver et été, que de toile à demi pourrie et déchirée et chaussés de sabots dans lesquels ils ont le pied nu toute l'année. »
LA FIN DU RÈGNE. ^ iZ/ A la fin du règne, par suite de la guerre de succession d'Espagne, la misère devint à peu près générale et atteignit la plus grande partie de la nation. Selon le mot de Saint-Simon, on avait recherché l'argent « jusque dans les os des sujets». En 1709, on eut faim même à Versailles et l'on vit, aux grilles du château, les laquais du roi mendier. La population tomba de dix-neuf millions à dix-sept ; une grande partie du royaume restait en friche. « On ne peut plus faire le service qu'en escroquant de tous côtés, écrivait Fénelon ; c'est une vie de bohèmes et non pas de gens qui gouvernent. Il paraît une banqueroute universelle de la nation. »
De cette banqueroute et de la misère de son peuple, Louis XIV, à la fin de sa vie, eut le sentiment qu'il était responsable, et il en eut le tardif repentir. La veille de sa mort, après avoir demandé pardon à ses courtisans « des mauvais exemples qu'il leur avait donnés » et leur avoir adressé ses adieux, il se fit amener celui qui allait être son successeur, le futur Louis XV, son arrière-petit-fils, un enfant de cinq ans : « Mon enfant, lui dit-il, vous allez être un grand roi ; ne m'imitez pas dans le goût que j'ai eu pour les bâtiments, ni dans celui que j'ai eu pour la guerre. Tâchez de soulager vos peuples, ce que je suis assez malheureux pour n'avoir pu faire. » Il expira le I'''' septembre I7I5, âgé de soixante-dix-sept ans en ayant régné soixante-douze.
Quand ils connurent la mort de Louis XIV, ses peuples « tressaillirent de joie », et, dit Saint-Simon, rendirent « grâces à Dieu d'une délivrance » ardemment désirée.
LA DEVISE DU ROI : NEC PLURIBUS IMPAR, 1663 (Bibl. Nat., Médailles).
LA RUE QUINCAMPOIX (Bibliothèque Nationalf). Û De prodigieuses Jorlunes furent faites ou défaites en quelques jours dans cette rue qui tenait lieu Je Bomae aoet m$
maisons envahies par les agioteurs depuis les caves jusqu'aux toits. Une foule énorme y afflue, qui appartient à toutes les classes de la société. On s'y coudde, on s'y botaatte, on y
crie, sans autre souci que gagner de l'argent, le plus possible, et dans le moins de temps posàble.