GOUVERNEMENT DU CARDINAL FLEURY
^ ^ En 1726, le duc de Bourbon, d'ailleurs très impopulaire, fut soudainement exilé et remplacé par Fleury, devenu cardinal presque en même temps que ministre, à l'âge de soixante-douze ans.
Par sa douceur et sa bonhomie, Fleury avait su prendre une grande influence sur son élève ; il fut une des rares personnes pour qui Louis XV éprouva une sincère affection. Aussi demeura-t-il ministre, et ministre tout-puissant, jusqu'à sa mort (1743).
Fleury, prudent et pacifique par nature, rendu par son âge avancé plus prudent et plus pacifique encore, ne voulait pas « que son ministère fut un ministère historique ». Il pratiqua une politique d'économie, et avec le concours du financier Orry, il travailla à remettre l'ordre dans les finances. Il y parvint un moment en 1738. Cette année-là on vit le budget en équilibre, fait qui ne s'était point produit depuis 1672 et Colbert, et qui ne devait plus se reproduire jusqu'au dix-neuvième siècle et à Napoléon I®''. Pendant le ministère de Fleury et quoiqu'elle ait été engagée dans la guerre de succession de Pologne, la France épuisée put reprendre haleine. Cela lui suffit, selon la frappante expression de Chateaubriand pour « se rétablir d'elle-même à l'aide de son tempérament robuste ».
Cependant, malgré tous les efforts de Heury, l'opinion publique restait agitée et frondeuse. La qufstion religieuse provoqua à plusieurs reprises des troubles assez vifs. Bien que le pape eût définitivement*, condamné la doctrine janséniste par la <' Constitution Unigenitm », les jansénistes restaient nombreux en France, surtout dans la bourgeoisie parisienne, demeurée très gallicane, hostile à l'influence des Jésuites et de la cour de Rome ; la foule était de leur côté par goût d'opposition, sans rien connaître à la doctrine. Dans les années 1730 et 1731, la surexcitation des esprits atteignit son paroxysme. Le bruit se répandit dans le peuple que, sur la tombe d'un diacre janséniste Paris, il se produisait des miracles ; l'exaltation mystique entraîna une telle effervescence que la police dut fermer le cimetière de Saint-Médard aux « Convulsionnaires ». D'autre part le Parlement de Paris, presque tout entier janséniste, faisait opposition à toutes les mesures prises par Fleury pour faire accepter la « Constitution » par le clergé de France. La querelle s'envenima au point que les Parlementaires
PORTRAIT DE MARIE LECZINSKA. REINE DE FRANCE (1703-1768). par La Tour (Mu«^ du Louvre), a Rien d^aristoeratùiae Jam ce ciaagt piein, court et coloré. Sur les cheveux poudréa, une fanehon de tulle noir^ Ce portrait fanilier est caractéristique d'un siècle oii les souverains sont las de la représentation officiette et de la pompe.
décidèrent de suspendre le cours de la justice et firent grève, puis, quatre conseillers ayant été mis en prison, ils donnèrent leur démission en masse (1732). Le gouvernement les exila, les rappela deux mois après, et l'apaisement se fit sans qu'on eût cédé de part et d'autre.
LOUIS XV. à 0 Lorsque Fleury mourut en i 743, beaucoup pensaient que Louis XV allait enfin gouverner lui-même. Il avait trente-trois ans. Il était beau ; au dire d'un de ses ministres, d'Argenson, « lors de son sacre il ressemblait à l'Amour ». Ses sujets lui étaient passionnément attachés. En 1745, le roi étant tombé malade à Metz, par toute la France le peuple se précipita dans les églises. A Paris, à la seule sacristie de Notre-Dame, il fut payé six mille messes pour sa guérison. Ce fut alors qu'on le surnomma Louis le Bien-Aimé.
Jamais souverain ne fut plus indigne d'un pareil dévouement. Louis XV avait été élevé de façon déplorable ; roi à cinq ans, il n'avait vu autour de lui que des courtisans empressés à lui plaire : « Sire, tout ce peuple est à vous », lui avait dit un jour son gouverneur, le maréchal de Villeroy, en lui montrant, du haut d'un balcon, les Parisiens accourus par milliers pour le voir. Personne n'avait eu l'autorité nécessaire pour
PORTRAIT DE LOUIS XV (1710-1774). par La Tour (Musée de St-Quen-
tîn). 0 Le roi a ici environ trenfe^cinq ans; c'est le moment où son peuple venait àe
le surnommer le Bien'Aimé. Yeux bruns, teint blanc et rose, bouche sensuelle, le visage
ne manque pas de beauté mais commence à se flétrir prématurément.
tenter de redresser ses mauvais instincts. Il était naturellement méchant. A douze ans il essayait de tuer pour le plaisir une biche apprivoisée ; la pauvre bête blessée vint lui lécher la main : il l'acheva. Il resta toute sa vie dur et sarcastique. Un de ses ministres, Choiseul, le définissait plus tard, « un homme sans âme et sans esprit, aimant le mal comme les enfants aiment à faire souffrir les animaux, ayant tous les défauts de l'âme la plus vile et la moins éclairée. »
Il était intelligent, mais paresseux, abandonnant le soin du gouvernement à ses ministres, qui eux-mêmes dépendaient des favorites. Rarement il présidait le conseil. Ses occupations, c'était la chasse, ses favorites, la co nfection du café dans l'appartement de ses filles, la ta pisserie, la lecture des rapports de basse police et des correspondances privées qu'il faisait intercepter; ce roi de France eut des procédés de gouvernement difficiles à qualifier.
Aussi sa popularité ne dura pas. Le peuple n'eut bientôt plus pour lui que mépris et haine. Dès 1750, au cours de violentes émeutes, les Parisiens parlaient de marcher sur Versailles et d'aller brûler le château. Louis XV voyait clairement la gravité de la situation et sentait une catastrophe prochaine. Peu lui importait : « La machme, la bonne machine, disait-il, durera bien autant que nous ! »
LA MARQUISE DE POMPADOUR. a a De 1 743 à 1 774, pendant trente et un ans, au lieu de gouvernement du roi, on eut le gouvernement des favorites. Les ministres furent généralement leurs créatures et leurs instruments. La plus célèbre de ces favorites et celle dont l'influence se maintint le plus longtemps fut la marquise de Pompadour. Son nom de famille était Jeanne Poisson : c'était une bourgeoise intelligente et jolie, artiste et lettrée. Ayant gagné par sa grâce et son esprit la faveur du roi, elle sut la conserver en inventant sans cesse pour lui de nouveaux plaisirs, de nouvelles fêtes, et en s'ingéniant à distraire son perpétuel ennui.
Officiellement présentée à la G)ur, ayant son appartement au château de Versailles, faite marquise de Pompadour, la favorite fut jusqu'à sa mort, pendant près de vingt ans, de 1 745 à 1 764, la vraie souveraine. Elle fit et défît les mmistres, qui prenaient ses ordres ; elle donna et retira les commandements d'armées. Elle décida entre autres mesures importantes, à l'intérieur, l'abolition de la Corrpegnie de Jésus en France. Au dehors elle poussa le roi à s'allier avec l'Autriche contre Frédéric II, et par là jeta la France dans la néfaste guerre de Sept Ans.
La marquise s'intéressait d'ailleurs aux lettres et aux arts ; Voltaire, Diderot et les Encyclopédistes furent un temps ses protégés. Elle acquit de la sorte une certaine popularité parmi les écrivains. Mais le peuple lui imputait avec raison le gaspillage des finances
PORTRAIT DU DUC DE CHOISEUL. par Van Loo (Musée de Versailles).
0 Visage un peu vulgaire avec son nex trop arrondi et sa bouche trop charnue, mais
qui respire l'intelligence. Choiseul fut sinon un grand ministre, du moins un ministre
actif et un habile diplomate.
LA FRANCE SOUS LOUIS XV
et les conséquences désastreuses de la politique extérieure, et il la détestait.
LES MINISTRES. 0 0 Parmi les nombreux ministres qui furent au pouvoir dans cette période, il y eut quelques hommes de valeur, Machault, Choiseul, Maupeou, mais leurs efforts furent en général impuissants, leur bonne volonté paralysée par l'insouciance du roi et les caprices des favorites.
Machault d'Arnouville, successivement contrôleur général des finances, garde des sceaux, secrétaire d'Etat delà marine, le tout en onze ans (1745-1757), eut en matière de finances des idées originales et sages. Il essaya d'assurer l'amortissement, c'est-à-dire le remboursement de la dette, à l'aide d'un impôt spécial, le vingtième, qui devait en principe être payé par tous les sujets du roi sans exception ; mais, en raison de l'opposition acharnée des privilégiés, cet impôt finit par retomber sur le Tiers-État seul. En 1757 l'attentat de Damiens entraîna sa disgrâce.
Un soir de janvier 1 757, à Versailles, le roi se disposant à monter en carrosse, un malheureux exalté, le valet de chambre Damiens, le frappa, sans intention de le tuer, pour « le rappeler à ses devoirs », de la pointe d'un canif. Damiens fut condamné à l'écartèlement et paya d'une heure et quart d'effroyables tortures l'écorchure faite au flanc du roi. Dans l'émoi qui avait suivi l'attentat, Machault avait tenté de faire renvoyer Mme de Pompadour. Elle se vengea en obtenant de Louis XV le renvoi de Machault.
Par la suite, le duc de Choiseul, arrivé au pouvoir par la protection de la marquise, fut une sorte de ministre dirigeant. D'abord aux affaires étrangères, il prit ensuite les portefeuilles de la guerre et de la marine. Choiseul fut, sinon un grand homme d'État, du moins un ministre actif et un habile diplomate. Il ne parvint pas à arrêter les revers de la France pendant
INTERROGATOIRE DE DAMIENS (Bibliolhiouc Nationale), g Damirm aval
trafitié le roi d'un coutj Je canif t pour te rappeler à sa devoirs ». Le malheureux fut
condamné à l'écartèlement, aprèsun interrogatoire accompagné de torture au court duquel
il Tie put qu'expliquer ses intentions moralisatrices
SOUPER OFFERT AU ROI PAR MAD/\.\IE DU B,\RRY A LOL\tClL.N.NES.
par J. M. Moreau le Jeune (Musée du Louvre), a Lmùs XV avmt fait com-
bruire pour Mme du Barry le pavillon de Louvedcnnes ; la favorite y tint ww afiéa ie
cour et y donnait des fêta a-.a^nifi^ua auxquelles nedédàgnait pas d'amsterU rai.
la guerre de Sept ans, mais il travailla énergiquement à préparer la revanche, en reconstituant une bonne armée et une flotte. Il annexa deux importants territoires, la Lorraine en 1 766, et la Corse, achetée à la République de Gênes en 1768. En 1770, une nouvelle favorite, la du Barry, le fit disgracier.
Toute l'influence passa à Maupeou, chancelier depuis 1768. Avec l'abbé Terray et le duc d'Aiguillon il forma le ministère connu sous le nom de Triumvirat. Maupeou était un homme énergique et d'esprit hardi. II tenta en 1771 une révolution dans l'organisation judiciaire en abolissant le Parlement de Paris et la vénalité des charges de judicature. Mais la mort de Louis XV entraîna sa chute et l'échec de sa réforme.
LE DÉSORDRE DES RNANCES. 0 0 L'échec de toutes les tentatives de réforme, la politique de bon plaisir, les favorites, les constructions, les fêtes, les pensions aux couitisans, s'ajoutant à trois grandes guerres, amenèrent la totale désorganisation des finances. Jamais le trésor ne fut plus misérablement gaspillé. La Maison du roi absorbait chaque année la meilleure part des revenus de l'État, de 68 à 70 millions, alors que les revenus nets montaient à peine à 147 millions. « Quand on parle à Sa Majesté d'économie et de retranchement des dépenses de Cour, écrivait d'Argenson, il tourne le dos au ministre qui lui en parle. — La Cour,
SALLE A MANGER DE LOUIS XV AU CHATEAUTDE VERSAILLES, g Piiu
privée du rot qui y prenait souvent ses repas soit avec ses filles, soit avec Mme de Pom-
padom. La décoration des boiseries est d*une élégante simplicité. Les tableaux accrochés
aux parmeaax tant d'me étictjue ultérieure. (cL. hachette.)
ajoutait-il, est le tombeau de la nation. » Mme de Pompadour reçut trente-six millions en dix-neuf ans ; une autre favorite dix-huit millions en trois ans. Tel prince du sang touchait cinq cent mille livres de pension par an, et d'un coup quinze cent mille livres pour ses dettes. On dépensait deux millions pour un feu d'artifice en 1751.
En revanche, en pleine paix, l'on n'avait pas d'argent pour payer les troupes. Même les domestiques du roi attendaient parfois leurs gages depuis trois ans. Le
ne manquaient pas. Les principaux furent les affaires religieuses et le gaspillage des finances.
JANSÉNISTES ET JÉSUITES, af a Lu querelle du Jansénisme s'était rallumée avec une grande violence en 1 749, l'archevêque de Paris ayant ordonné aux prêtres de son diocèse de refuser les sacrements à quiconque, fût-ce un mourant, ne présenterait pas un billet de confession certifiant son entière soumission à la Bulle Unigenitus. Or c'était alors l'usage que la sépulture en terre chrétienne, c'est-à-dire au cimetière, fût refusée à quiconque était mort sans avoir par sa faute reçu les sacrements. Cette circonstance fournit au Parlement un prétexte pour intervenir. En mars 1 752, les sacrements ayant été refusés à un mourant par le curé de Saint-Étienne du Mont, le Parlement ordonna son arrestation et prononça la confiscation de ses biens. Un nouvel arrêt ordonna peu après la saisie du temporel de l'archevêque. Le roi cassa les arrêts du Parlement pour qui la majorité des Parisiens prit aussitôt parti. Le conflit dura quatre ans, marqué de mille incidents, le Parlement multipliant les arrêts et les remontrances, le roi exilant tour à tour le Parlement et l'archevêque. La crise ne prit fin qu'en 1757, après l'attentat de Damiens qui effraya les Parlementaires et les rendit pour un temps plus dociles.
Quelques années plus tard, leurs rancunes trouvèrent enfin l'occasion de se satisfaire. Les Jésuites étaient considérés par eux comme les inspirateurs de toute la
déficit était constant. Cependant on « anticipait », on
« mangeait » par avance les recettes futures : en novembre guerre au Jansénisme. En 1762, à propos d'un procès
1753, l'on mangeait les impôts à percevoir deux ans auquel était mêlée la Compagnie de Jésus, le Parlement
plus tard, en janvier 1755. A la fin du règne l'abbé jg p^^j^ déclara ses Constitutions « contraires aux lois
Terray, chargé des finances en 1 770 et bientôt surnommé Vide-Gousset, faisait main-basse jusque sur l'argent déposé par des particuliers dans les caisses de l'Etat. Comme on lui reprochait ces procédés qui frisaient le vol : « Le roi est le maître, répondait-il. La nécessité justifie tout. >' Au roi lui-même, il résumait cyniquement la situation financière en ces mois : « Le seul moyen de payer les dettes est de faire banqueroute »
L'OPPOSITION PARLEMENTAIRE, a /a Le détestable gouvernement de Louis XV provoqua, ce que l'on n'avait jamais vu sous Louis XIV, une sérieuse opposition et même à partir de 1750 d'énergiques tentatives de résistance à la volonté royale. L'opposition, comme un siècle plus tôt au temps de Mazarin, eut pour centre le monde des Parlementaires. Les Parlements, réduits sous Louis XIV à l'obéissance passive, n'avaient rien abandonné cependant de leurs prétentions politiques. Sous Louis XV, ils revendiquèrent de nouveau le droit de surveiller et de contrôler les actes du gouvernement. Les prétextes d'opposition
du royaume » et ordonna la suppression de l'ordre en France. Sous l'influence de Mme de Pompadour et de Choiseul, qui étaient hostiles aux Jésuites, Louis XV,
LE PETIT TRIANON. a Charmant petit palais construit pour Louis .VI' par Ca briel de 1 762 à 1 76Sdans une partie reculée du parc de Versailles. Il témoigne du goût de la vie intime pur lequel le dix-huitième siècle s'oppose au dix-septième. (CL. HACHETTE.)
LA FRANCE SOUS LOUIS XV
après deux ans d'hésitation, ratifia l'arrêt du Parlement : les Jésuites furent obligés de quitter le royaume (1764).
SUPPRESSION DES PARLEMENTS, a 0 Les Parlements d'autre part n'avaient pas cessé de protester contre le déplorable gaspillage des finances. A plusieurs reprises ils refusèrent d'enregistrer les édits de finances et firent entendre au roi de courageuses remontrances. Louis XV passa outre en tenant selon l'usage des « lits de justice » où il faisait, lui présent, transcrire les édits sur les registres du Parlement. Pour protester contre les lits de justice, les Parlementaires reprirent les nouveaux procédés de combat dont ils avaient usé au temps de Fleury : ils firent grève, refusèrent de rendre la justice ou bien démissionnèrent en masse. Le fait se produisit à cinq reprises, de 1750 à 1770. Le roi riposta d'abord en exilant les démissionnaires. Puis chaque fois, au bout d'un certain temps, cédant au mécontentement public, il rappela les exilés.
Mais en 1771 un nouveau et dernier conflit eut une tout autre solution. Ce conflit eut pour origine une ardente rivalité personnelle entre d'Aiguillon, alors gouverneur de la Bretagne et Li Chalotais, procureur
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Notoire : Les Nymphes ofirant des fleurs à Psyché sur le seuil du Palais de
l'Amour, Il est place dans le salon oivle (aujcLrd'hui * Musée des Archives').
COIN DE HUE A PAKiS AU XVI 11" SIÈCLE (Biblioiheque Quelques types de la rue croqués au petit bonheur : un dragon, wabre scu fleurette à une marchande qui porte un éventaire chargé de fnsils; (/'.
Ugumei reçoit l'argent d'une cliente; au fond, dts badauds, devisant.
général au Parlement de Rennes. Le Parlement de Paris s'était solidarisé avec le Parlement de Rennes. A la suite d'un édit interdisant aux Parlements de suspendre le cours delà justice, les magistrats de Paris firent grève. Alors dans la nuit du 19 au 20 janvier 1771, des mousquetaires portèrent à chacun d'eux la sommation de répondre « par simple déclaration de oui ou de non » s'il était prêt à rentrer en fonction. Le refus fut à peu près unanime. La nuit suivante un ordre d'exil était remis à chacun des réfractaires. Au Parlement ainsi dispersé, Maupeou substitua six conseils supérieurs dont les membres nommés par le roi n'étaient plus propriétaires de leurs charges. La réforme était bonne en son principe et fut étendue à plusieurs Parlements de province. Mais, faite par un gouvernement détesté, elle parut détestable et l'opinion soutint énergiquement les Parlementaires qui avaient osé tenir tête au roi.
MORT DE LOUIS XV. a a Us colères contre le roi et les triumvirs allaient grandissant. Le peuple à Paris frémissait et déjà l'on avait pu lire au lendemain du renvoi de Choiseul le menaçant placard r « Pain à deux sols, chancelier pendu, ou révolte à Paris >'. Le règne se termina au milieu d'une agitation profonde, entretenue par d'innombrables pamphlets et libelles. Quand Louis XV mourut, on n'osa même pas faire passer son cercueil par Paris pour le conduire à Saint- Denis. On le transporta de nuit, en contournant l'enceinte, et tandis que le carrosse funèbre traversait au grand trot le Bois de Boulogne, sur les côtés de la route des spectateurs criaient : « Taïaut ! Taïaut ! », le cri du chasseur poussant les chiens à la curée.
Une simple constatation suffit à juger ce règne :
LE SALON DU PRINCE DE CONTI (Musée du Louvtc). a tint ctn toiles les plus bredaaa fiotir l'élude de la société élégante sous Louis XV. Un salon à î'heme du thé; c est la vie mondaine saisit sur le oif. L'assistance urend le thé « à l'anglaise " .* les dames, font assises autour d'une tahie servie, les hommes restent debout. Le prince de Contî, qu'on voit dans l'erribrasare de la fenêtre, a fait cadr imc« attraction ' ; c'est le musicien prodige Mozart, âgé de dix ans. oui joae du clavecin. Pris de lui l'acteur Golyotle, l'homme à la mode
Les loiletfes sont luxueuses le service « irréprochable ". (cL. HACHtTTE.)
Louis XV meurt en 1 774. Quinze ans plus tard, en 1 789, la Révolution commençait.
SIGNES PRÉCURSEURS DE LA RÉVOLU- TION. ^ .^ La ruine de l'ancien régime par la Révolution, telle est en effet la principale conséquence du règne de Louis XV. En faisant éclater aux yeux de tous les vices de la monarchie absolue, il a rendu la Révolution inévitable et prochaine. Il a achevé d'user et de détraquer la « bonne machine ».
Tous les contemporains d'esprit clairvoyant signalent, au cours du règne de Louis XV, les premiers symptômes de la crise. Ils voien l'abîme se creuser entre le peuple et le roi et son entourage : « Le gouvernement n'est plus estimé ni respecté, écrit d'Argenson dès 1 75 1 , et qui pis est, il fait tout ce qu'il faut pour se perdre. Le clergé, le militaire, les Parlements, le peuple haut et bas, tout murmure, se détache du gouvernement et a raison. » — «La Cour et la nation, écrivait-il encore en 1753, sont trop loin de compte pour qu'elles se raccommodent ; chaque jour, chaque démarche augmente l'aliénation de ces deux ennemis. » — « Un miracle seul peut nous tirer du bourbier où nous barbottons, écrivait un ministre, Bernis, à un autre ministre,
Choiseul. Notre système se découd par tous les bouts.
D'autre part le peuple avait pris conscience de sa force. On a vu que dès 1 750 de graves émeutes avaieht éclaté à Paris. Depuis ce temps les émeutes étaient devenues fréquentes et presque habituelles. « Si l'on ne diminue pas le prix du pain, disait-on dans les rues de Paris en 1770, et si l'on ne met ordre aux affaires de l'État, nous saurons bien prendre un parti, nous sommes vingt contre une baïonnette. »
Dès lors il est facile de prévoir la catastrophe finale : « L'opinion chemine, monte, grandit, ce qui pourrait commencer une Révolution nationale », dit d'Argenson. « Tout ce que je vois, écrit Voltaire en 1764, jette les semences d'une révolution qui arrivera immanquablement. Elle éclatera à la première occasion et alors ce sera un beau tapage ». Et Rousseau prophétise, presque au même moment : « Nous approchons de l'état de crise et du siècle des révolutions ».
Les Idées et les Mœurs.
LA VIE MONDAINE, a 0 Le dix-huitième siècle est par excellence le siècle de la vie mondaine. Jamais
LA FRANCE SOUS LOUIS XV
DÉMOLITION DES MAISONS DU PONT NOTRE-DAME, par Hubert Robert (Musée Carnavalet), li L'imt des transformations les ptui imttortantes de Paris au XYHI" siick ht la ntt>pression des maisons qui couvraient les ttonts et en faisaient de véritables rues, sans percée aucune sur la Seine.
celle-ci ne fut plus brillante ni plus raffinée : « Qui n'a pas vécu avant 1789, disait Talleyrand, ne connaît pas la douceur de vivre. » Il semble que la noblesse, condamnée à disparaître, ait voulu se donner auparavant un siècle de divertissements, s'offrir toutes les fêtes des sens et de l'esprit
Parmi les plaisirs à la mode, il y en eut de délicats, comme celui de la conversation. Mais la conversation prenant généralement, selon l'esprit du siècle, le tour libre et frondeur, le centre de cette vie à la fois intellectuelle et mondaine ne fut plus la Cour comme au dix-septième siècle, ce fut les salons parisiens. Là se rencontraient et se rapprochaient grands seigneurs, gens d'église, écrivains, artistes et financiers. C'est dans les salons de Paris que se forma une puissance nouvelle qui n'existait pas au siècle précédent, l'opinion publique.
LES SALONS, a 0 Vers le milieu du dix- huitième siècle les salons les plus réputés furent ceux de Mme Geofîrin, de Mme du Defîand et de Mlle de Lespinasse.
Mme Geofîrin était une riche bourgeoise. Spirituelle et bonne — elle avait pris pour devise : « Donner et pardonner » — elle recevait à dîner rue Saint- Honoré deux fois par semaine, le lundi des artistes le mercredi des gens de lettres et des gentilshommes. Son salon, dans tout son éclat pendant la dernière partie du règne de Louis XV, entre 1750 et 1775, fut proprement le quartier général des Philosophes et des Encyclopédistes. Les habitués en renom étaient d'Alembert, Diderot, Marmontel. Morellet. « La bonne Mme Geoffrin », comme on l'appelait, présidait aux réunions avec dignité et aussi avec une sage prudence, arrêtant d'un simple « Voilà qui est bien ! » les conversations trop libres et trop audacieuses.
Aux samedis de la marquise du Deffand, la société
était plus aristocratique et les philosophes n'y eurent accès que pendant un temps. Devenue aveugle à l'âge de quarante ans, elle n'avait d'autre plaisir que la conversation, et la vivacité de son esprit, souvent mordant, l'avait fait appeler « Madame Voltaire " ou « l'aveugle clairvoyante ■ Le marquis et le comte d'Argenson, Choiseul, Montesquieu furent ses hôte» de prédilection. Elle eut pour lectrice, pendant dix ans, Mlle de Lespinasse- Un jour elle découvrit que certains de ses familiers, les Philosophes, goûtaient plus encore que les siens les entretiens de sa lectrice ; elle la renvoya f 1 763).
Les amis de Mlle de Lespinasse lui furent fidèles. Pauvre, ne pouvant donner à dîner, elle "■ donnait à causer » chaque jour de cinq à neuf. Son salon fut, avec celui de Mme Geoffrin, le plus important des salons philosophiques et l'influence qu'il exerça dans le monde des lettres finit par être telle qu'on l'appelait " l'antichambre de l'Académie ».
Tous les étrangers notables qui séjournaient ou étaient de passage à Paris, princes, ambassadeurs, écrivains, tâchaient de se faire admettre dans ces réunions choisies. Grimm, le correspondant attitré de Catherine II, rendait à la tsarine un compte fidèle des soirées de la rue Saint-Honoré. Paris devint alors la capitale intellectuelle et mondaine de toute l'Europe.
PORTRAIT DE MADAME GEOFFRIN (Bibliotbiqu* N>iion>k). 0 • fthmm
de la pfiskaotAie > comme an la nammail, H mtÊti dm tlàhtapIsÊÈ, f«'«tfr fifmta il
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leetntre de èffmim k Ûm actif im Uéa mwtWli.
PARIS. 0 0 Paris devint aussi la ville attirante entre toutes par sa beauté, la multitude de ses plaisirs et sa population hospitalière, près de 600 000 habitants en i 750. De vastes boulevards, les grands boulevards d'aujourd'hui, furent aménagés sur l'emplacement des anciens remparts, depuis la Bastille jusqu à la porte Saint-Honoré. Avec leurs quadruples allées d'arbres, avec leurs pâtisseries, leurs restaurants, leurs théâtres de marionnettes ou d'acrobates, surtout avec leurs luxueux cafés où des orchestres se faisaient entendre, ils fure.nt dès lors la promenade favorite des Parisiens. Les cafés, — nos salons de thé aujourd'hui, on n'y servait ni vin, ni liqueurs — , alors dans leur nouveauté, faisaient fureur au point que, de 1723 à 1788, leur nombre passa de moins de 400 à plus de 1800. A l'extrémité des boulevards, on ouvrit la rue Royale, puis la place Louis XV, la place actuelle de la Concorde, où Gabriel construisit deux grands hôtels à colonnades. Le jardin du Palais Royal, propriété du duc d'Orléans, fut entouré de galeries dont les arcades, bordées de brillantes boutiques, servirent de rendez-vous à la société élégante, tandis qu au centre du jardin le célèbre café de la Rotonde était le quartier général des nouvellistes.
Bien que le centre de la ville eût conservé encore son aspect ancien — ponts couverts de maisons, rues étroites et sombres au milieu desquels les ruisseaux servaient d'égouts à ciel ouvert — , cependant des progrès s'accomplissaient dans la vie urbaine. Les noms des rues étaient gravés dans la pierre à chacune de leurs extrémités ; les maisons étaient numérotées. Le soir, des lanternes suspendues à des cordes et garnies
LA TOUR, par lui-même (Musée de Saint-Quentin), ti La Tour, le paslellisU
déltdaix êa XVIII* âicle, nota a laissé Je Ita un amusanl portrait : grand nez, grande
bouche, grands yeux au regard vif et pénétrant, mais tout cela franc et sympathique.
Sous te béret la tête est intelligente et fine.
BUSTE DE MADAME HOUDON. pa, 1 louJon (Musée du Louvre), a Dam
cette terre cuite, la parfaite sincérité de l'artiste a rendu avec une vérité saisissante la
bonne humeur rieuse, relevée d'une pointe de nmlice, qu'on devine chei le modèle. C'est
la vie même et l'âme du persormage.
de réflecteurs ou réverbères éclairaient de loin en loin les passants. Moyennant quelques sous, au sortir du théâtre, d'un dîner ou d'un bal, on trouvait pour se faire reconduire des porte-falots. On trouvait "à louer des chaises à porteur, ou des carrosses, les fiacres. Un particulier avait organisé la petite poste, service régulier de distribution des lettres et des paquets, recueillis dans des boîtes qu'il faisait lever trois fois par jour. Nulle ville n'était plus animée, ni plus bruyante. Porteurs d'eau, ramoneurs, fripiers, ambulants, marchands et marchandes au panier annonçant « le hareng qui glace », « les pommes cuites au four », « le plaisir des dames », emplissaient les rues, dit un contemporain, « d'un glapissement perpétuel ». La foule était rieuse et bon enfant et sa politesse causait l'admiration des étrangers.
LES ARTISTES. 0 0 Les goûts et les mœurs du temps trouvèrent dans tous les arts leur fidèle reflet. Sous l'inspiration du Grand Roi, les arts plastiques avaient produit dans le siècle précédent des œuvres majestueuses et un peu froides. Les œuvres françaises du dix-huitième siècle, surtout la peinture et la sculpture, se distinguent par leur libre fantaisie, leur poésie, leur grâce souple et leur élégance.
LA FRANCE SOUS LOUIS XV
LE DÉJEUNER, par Boucher (Musée du Louvre), a Jolie scène d'intériem , tytx d'ameubiements et de décor de style Louit XV* (CL. HACHETTE.)
FÊTES VÉNITIENNES, par Vatteau {Mu.ee d'ÉJimbourv). 0 Où fm ^ voit le ftlta aédmttmt mélange de réalité et Je rive. (CL. HiNFTTACNCL.) I
LA LAITIÈRE, r*r Greuze (Mui^ du Louvre). 0 Jolie filte ntà manque un p«u de* naturel >, laitière d'opérette ou du hameau tk Trianon. (ci. hachette.) .
LE BÉNÉDlCnt. r>r Ck«nlin (Mut^ àw Louvt^. 0 Ifmkmm min, éma enfants, une prière à ÎÈre : seine ekarmante J'intimsté fmmMe. (CL. HACHmc)