GUERRE DE LA SUCCESSION D'AUTRICHE
0 0 Les débuts de la guerre furent lamentables pour Marie-Thérèse. A la fin de 1741 sa ruine paraissait certaine. Frédéric II avait battu à Molwitz la première armée envoyée pour le déloger de la Silésie. Les Bavarois, renforcés de 40 000 Français, s'emparaient de la Bohême : une audacieuse escalade, dont les héros furent le colonel Chevert et Maurice de Saxe, mit la place forte de Prague aux mains des coalisés. L'électeur de Bavière, proclamé roi de Bohême, fut élu empereur à Francfort sous le nom de Charles VII (janvier 1642).
Mais Marie-Thérèse, bien qu'âgée de vingt-trois ans, ne se découragea pas. Elle fît preuve d'énergie et d'habileté. Elle sut exalter le loyalisme de ses sujets, acquérir des alliances, mener vigoureusement la campagne contre les coalisés, enfin dissoudre la coalition Les Hongrois, émus par les malheurs de leur reine, lui votèrent un secours de cent mille hommes. L'Angleterre et la Hollande s'allièrent avec elle. Marie- Thérèse désarma Frédéric II en lui cédant la Silésie par le traité de Breslau (1742). Elle put alors tourner toutes ses forces contre l'électeur de Bavière. Le corps français de Bohême.menacé d'être cerné dans Prague, fut obligé de battre en retraite en plein hiver, retraite d'ailleurs admirablement conduite par Belle-Isle et qui passe pour une des plus belles manœuvres de
1 époque. Les armées autrichiennes envahirent ensuite
la Bavière, occupèrent Munich, avancèrent jusqu'au Rhin, menacèrent même l'Alsace.
Ces rapides succès amenèrent Frédéric II à signer a\ec Louis XV une nouvelle alliance et à rentrer en campagne. En même temps, Louis XV, qui jusqu'alors avait agi seulement comme auxiliaire de l'électeur, déclara la guerre pour son propre compte à Marie- Thérèse, à l'Angleterre et à la Hollande (mars-avril 1744).
La mort de l'électeur de Bavière, survenue peu de temps après, en 1 745, mit fin à la guerre de succession proprement dite, et l'on ne se battit plus que pour la Silésie, les Pays-Bas autrichiens et l'Italie.
La question de Silésie fut réglée la première. Frédéric II, par deux brillantes victoires à Friedberg et Kesselsdorf, imposa à Marie-Thérèse le traité de Dresde qui confirmait le traité de Breslau (1745). Aux Pays-Bas, Louis XV eut à combattre non pas des armées autrichiennes, mais les armées anglo-hollandaises. Les Français, commandés par un bon capitaine, le maréchal de Saxe, conquirent les Pays-Bas en trois étapes par les trois grandes batailles de Fontenoy (1745), Raucoux (1746) et Lawfeld (1747).
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PORTRAIT DE MAURICE DE SAXE (1696-1750), par La Tour (Collection de M. Lauth-Sand). à Le maréchal a dnquanie et un ans, deux ans après Fontenoy. Sous les cheveux poudrés, le visage apparaît énergique mais sans dureté. Sur la cmrasse, le cordon bleu du Saint-Esprit et Vécharpe blanche du général en chef (cl. hachette.)
VICTOIRE DE FONTENOY. ^ ^ De ces victoires la plus brillante fut Fontenoy, la dernière grande victoire de la monarchie.
A la fin d'avril 1 745, le maréchal de Saxe était venu mettre le siège devant Tournai quand il connut I approche d'une forte armée anglo-hollandaise — 51 000 hommes — que commandait le duc de Cumberland, fils du roi Georges II. Sans lever le siège Maurice de Saxe, avec près de 50 000 hommes, se porta au-devant de Cumberland et s'établit en position défensive autour du village de Fontenoy dont il avait fait le centre et comme l'articulation de ses lignes. A la nouvelle d'une prochaine rencontre, Louis XV accourut de Versailles à l'armée.
La bataille s'engagea le II mai 1 745, dès cinq heures du matin. L'attaque décisive fut menée vers dix heures par le gros de l'infanterie anglaise, près de 16 000 hommes, marchant en trois colonnes déployées. Un ressaut de terrain masquait les infanteries adverses 1 une à l'autre. Les Anglais en le franchissant virent soudain 9 cinquante pas devant eux la brigade des gardes. Ils s'arrêtèrent. Un de leurs officiers, se détachant, salua les officiers français qui, chapeau bas, se portèrent au-devant de lui : « Messieurs, dit-il, faites
tirer vos gens ». — «A vous l'honneur », fut-il répondu. Ce n'était pas vaine chevalerie, mais l'application stricte d'une prescription donnée par Maurice luimême : le chargement du fusil se faisant l'arme au pied et prenant près d'une minute, une troupe près d'être abordée devait réserver son feu, pour ne pas se trouver à la merci de l'attaque brusque à l'arme blanche. La salve anglaise coucha sur le sel plus de 900 hommes : les gardes se débandèrent. Par la brèche ouverte ainsi, les Anglais passèrent et se trouvèrent en face des lignes de cavalerie. Alors, sous l'action des feux de Fontenoy qui faisaient plier les ailes des colonnes, en même temps pour pouvoir résister aux retours offensifs de l'infanteriefrançaise, les Anglais se formèrent en une sorte de carré long, ouvert en arrière.
Sur ce carré les escadrons français chargèrent. Les charges, renouvelées sans trêve — certains escadrons chargèrent huit fois — mais décousues, ne purent l'entamer. Elles retardèrent cependant sa marche, si bien que les Anglais en deux heures n'avaient pas franchi 500 mètres. Pourtant, vers une heure, ils avaient débordé Fontenoy, et dans l'entourage de Louis XV on parlait de retraite. L'énergie de Maurice, secondé par le sang-froid du roi, sauva tout. Malade, — il venait d'être opéré d'une hydropisie — , porté jusque-là dans un léger panier, le maréchal de Saxe monta à cheval, et donna ses ordres pour une offensive simultanée de toutes les forces disponibles. Puis il prit lui-même le commandement des réserves de cavalerie et les conduisit à la charge. Quatre canons tirant sur un angle de la colonne anglaise y ouvrirent une trouée, pendant que la cavalerie l'enfonçait d'autre part. A deux heures et demie, le carré rompu battait en retraite ; mais ses débris cependant firent jusqu'à la fin fière contenance. Les pertes des Anglais montaient à 9 000 hommes tués ou blessés, 2 000 prisonniers — on en ramassa encore 3 000 le lendemain — , 40 canons. Les Français avaient 6 000 hommes hors de combat.
PAIX D'AIX-LA-CHAPELLE, a 0 L'invasion de la Hollande, puis la prise de Maëstricht (1748) déterminèrent Marie-Thérèse et ses alliés à demander la paix.
Maîtresse des Pays Bas, la France se trouvait pour négocier dans la situation la plus favorable. La paix conclue à Aix la-Chapelle fut cependant la plus stupide qu'elle ait jamais signée. Louis XV rendait toutes ses conquêtes et jusqu'au matériel de guerre pris dans les places conquises. Par contre, la possession de la Silésie était garantie à Frédéric II. et un prince espagnol reçut le duché de Parme. La France avait travaillé « pour le roi de Prusse » et pour les Bourbons d'Espagne. Il y eut une violente explosion de colère
LES GUERRES CONTINENTALES ET COLONIALES
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à Pans quand on connut les clauses du traité. Les femmes de la halle se jetaient à la tête comme suprême injure : " Tu es bête comme la paix! •"