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LE RENVERSEMENT DES ALLIANCES

La paix d'Aix-la-Chapelle ne fut en réalité qu'une simple trêve. Deux puissances voulaient la guerre : l'Autriche, pour reprendre la Silésie qu'un odieux abus de la force lui avait ravie ; l'Angleterre, pour ruiner la concurrence commerciale et coloniale de la France. Deux guerres étaient donc imminentes : une guerre allemande, d'une part ; une guerre maritime et coloniale, de l'autre. Le malheur voulut que la France, au lieu de se donner tout entière à la seconde, se laissa en même temps entraîner dans la guerre continentale où elle n'avait que faire. Elle perdit à ce double jeu toutes ses colonies et le reste de son prestige. Ce fut l'habileté de Marie-Thérèse de vaincre toutes les préventions de la diplomatie française et de substituer, à une politique de lutte constante vieille de deux siècles, l'union intime de la France et de l'Autriche. Louis XV résista longtemps, car il prétendait demeurer l'allié de la Prusse. Mais en janvier 1756, Frédéric II s'allia avec le roi d'Angleterre Georges II, qui était en même temps électeur de Hanovre. Louis XV répondit à cette défection en signant un traité d'alliance avec l'Autriche. Le renversement des alliances était accompli. Presque aussitôt la guerre commençait.

LA GUERRE DE SEPT ANS. 0 0 C'était non seulement le renversement des alliances, mais le renversement de la situation de 1740. Cette fois la coalition cernait Frédéric II, et en face de l'Autriche, de la France, de la Russie, des princes allemands et de

la Suède, le petit royaume de Prusse semblait perdu.

Frédéric II fut sauvé par son génie, sa ténacité, la supériorité de l'armée prussienne et la médiocrité de ses adversaires. Pour ne pas être écrasé, il prit l'offensive et força d'abord l'armée saxonne à capituler à Pirna (octobre 1756), puis il envahit la Bohême, battit les Autrichiens et investit Prague. Mais les coalisés se ressaisirent : tandis que, dans l'Allemagne de l'ouest, les Français occupaient le Hanovre et acculaient l'armée anglaise à la capitulation de Closterseven, Daun, le meilleur général autrichien, battit Frédéric II à Kollin (juillet 1757) et le chassa de la Bohême.

C'est alors que; réduit à la situation la plus critique, pris entre une armée autrichienne et une armée francoallemande, Frédéric II fit la célèbre campagne de l'automne de 1 757, qui consacra sa réputation militaire. L'armée franco-allemande fut surprise et écrasée à Rossbach en Saxe (5 novembre 1 757). L'armée autrichienne fut complètement battue un mois plus tard à Leuthen ou Lissa en Silésie (5 décembre 1 757). La Prusse était dégagée de l'invasion.

ROSSBACH. 0 0 l^& victoire de Frédéric II à Rossbach eut un grand retentissement parce qu'elle fut gagnée sur l'armée française, alors la plus réputée de l'Europe.

Dans les premiers jours de novembre 1757, une armée franco-allemande débouchait en Saxe et marchait sur Leipzig. Elle comptait environ cinquante mille hommes, vingt-quatre mille Français d'assez bonnes troupes, et trente mille .'Mlemands, une masse incohérente formée des contingents de trente ou quarante princes de l'Empire. Le commandement en chef appartenait à un Allemand, le prince de Hildburghausen. Il avait sous ses ordres le général français, un protégé de Mme de Pompadour, le prince de Soubise dont Napoléon a dit qu'il représentait « le maximum de l'ineptie et de l'incapacité ".

Frédéric, arrivant de l'Est avec une armée forte de vingt-deux mille hommes, trouva le 4 novembre les alliés fortement retranchés au nord-ouest du village de Rossbach. Se sentant hors d'état de les déloger, il se retira le soir derrière une ligne de marais qui s'étend de Rossbach à Braunsdorf, un petit village au nord.

Cette apparente timidité donna aux alliés, dans la nuit, l'idée de tourner l'armée prussienne par sa gauche et de la couper de la route de Weissenfels, puis de la route de Mersebourg, c'est-à-dire de ses lignes de retraite.

L'armée franco-allemande quitta son camp le 5 au matin, vers dix heures et formée en trois lourdes

LES GUERRES CONTINENTALES ET COLONIALES

et traînantes colonnes, une de cavalerie, deux d'infanterie et d'artillerie, sans éclaireurs, sans flanc-gardes, elle commença, à découvert, une marche en demi-cercle au sud de Rossbach. Vers deux heures le mouvement étant nettement dessiné et nul doute ne pouvant subsister sur les intentions des alliés, Frédéric s'ébranlait à son tour. Il laissa une partie de ses forces vers Rossbach ; puis, portant la masse principale en arrière de sa position de la veille, il entreprit au nord de Rossbach une marche symétrique à celle de l'ennemi. Seulement, tandis que l'ennemi avançait à découvert, le roi eut soin de dissimuler les mouvements de son infanterie. Elle défila et se forma derrière le Janusberg, une colline à pentes modérées qui domine d'une centaine de mètres les fonds de Rossbach, et sur laquelle Frédéric mettait en position cinquante-trois canons. Le gros de sa cavalerie, suivie des batteries à cheval, une invention récente de Frédéric, était jetée en avant, poussait au sud-ouest, toujours à l'abri des collines et débordait ainsi les colonnes franco-allemandes.

A quatre heures et demie, hussards, dragons et cuirassiers prussiens débouchaient à l'irhproviste, au galop, sabre au poing sur le flanc droit des alliés. La colonne de cavalerie abordée la première plia sous le choc avant même d'avoir pu prendre ses formations de combat et ses débris commencèrent de jeter le désordre dans les colonnes d'infanterie. Celles-ci, au même moment, étaient assaillies en tête et sur leur flanc gauche par le feu inopiné de l'infanterie prussienne, qui venait de se démasquer à moins de deux

FANTASSIN PRUSSIEN (D'après KnSwl). a Éouitiemenl Irit complique: «k Je

cuir, musette de toile, hache, cartouchière, sabre et fusit. L'imiforme trêt collant du

haut en bas, avec le dolman et les grandes guêtre» boutonnées, est dit 'ficelé» ou « à

la prussienne*, invention du roi-sergent qui /ut imitée dans toute l'Europe.

PORTRAIT DE FRÉDÉRIC LE GRAND (1712-1786). pv AntoJ». Pe« (Mui^ de Berlin).^ Le roi à vingt-huit ans. Visage plan, teinl frais et net, itml tornl différent du Frédéric traditionnel au visage angulesix et dur. Son manteau Jt OflMVI rouge doublé d'herrrtine n'a rien de commun non plus avec les oétemtnts ripé» éœi i s'habillait ordinairement. (CL. HANnTACNCL.)

cents mètres et qu'appuyait la batterie de cinquante pièces du Janusberg. Les Allemands lâchèrent pied à la première décharge, « fuyant comme des moutons », au dire de leur chef lui-même. Les Français tinrent jusqu'à la nuit tombée ; presque tous leurs officiers étaient tués ou blessés. A six heures, dans l'obscurité grandissante d'un ciel couvert, une dernière charge de cavalerie acheva de les rompre. Frédéric ramassa sept mille prisonniers, soixante-trois canons, vingtsept drapeaux. Il n'avait pas neuf cents hommes hors de combat. Les Français laissaient trois mille hommes sur le terrain.

FIN DE LA GUERRE, a a Quatre années durant, Frédéric dut renouveler le tour de force qu'il venait d'accomplir en 1757, mais chaque fois avec plus de difficulté, les ressources de la Prusse s'épuisant graduellement. Sans cesse il voyait surgir contre lui de nouvelles armées, autrichiennes au sud, russes à l'est. Du moins n'eut-il plus à combattre les armées françaises qui se bornèrent à lutter dans l'Allemagne de l'ouest pour la possession du Hanovre. Elles avaient dû l'évacuer dès le début de l'année 1758 ; elles essayèrent d'en forcer de nouveau l'entrée soit par Cassel, soit par Minden. Ces deux places furent prises et reprises plusieurs fois par le maréchal de Broglie pour Louis XV, par Ferdinand de Bruns-

devaient leur commandement à la faveur seule, « ineptes et incapables » comme Soublse, pillards comme Richelieu qui du produit de ses rapmes construisait à Paris un élégante hôtel, le « Pavillon de Hanovre », toute discipline avait disparu, et la maraude ruinait les troupes, autant que les pays mis au pillage. Les rivalités d'ambition, les jalousies, les inimitiés personnelles entre les généraux, les cabales qui en résultèrent, n'eurent pas une moins funeste influence sur la conduite de la guerre. Ambitions et inimitiés montèrent dans certains cas au point de faire perdre, à ceux-là même squi travaillaient le plus énergiquement à la rétablir, le sens de la discipline, le sens même du devoir et de l'honneur. Tel le comte de Saint-Germain, bon général, qui placé sous les ordres du maréchal de Broglie, un autre général expérimenté, disait à ses officiers, montrant du doigt le camp de son chef : « Voilà l'ennemi ».

Par contre, ni la bravoure, ni l'esprit de sacrifice ne manquèrent aux officiers non plus qu'aux troupes, « Le soldat français d'alors, a écrit Napoléon I^''valait au moins le soldat qui lui était opposé, ce qui est prouvé par les succès qu'il obtenait dans toutes les affaires de postes ». La tradition d'héroïsme subsistait. DRAGON AUTRICHIEN EN 1768 (Gnivur. de Schmuzer. Bibi. No. ). i» Co».- Lg \(, octobre 1760, jour de victoire pour nos armes,

boitant souvent à 0iea — commt: lei dragons de toutes les armées — ilporte tejusti a m- * i i c i,

fanlerie: la balunnelte très courte repose sur la carloachiire ; pistolets dans les Jontes. g CloSterCamp, près de DuSScldorf, 1 armée du marqUIS CoiSare en mitre, bottes à la hongroise, manteau roulé sut la selle. (cL. HACHETTE).

wick, le meilleur des lieutenants de Frédéric pour les Anglais. Malgré des efforts acharnés, les Français ne réussirent plus à s'emparer de l'Electoral.

Cependant en 1762, le roi de Prusse était à bout de forces quand un événement le sauva : la tsarine Elisabeth mourut et fut remplacée par Pierre IH, fervent admirateur de Frédéric. Le nouveau tsar rappela immédiatement l'armée russe. L'Autriche épuisée se résigna alors à laisser la Silésie entre les main de Frédéric II par le traité d'Hubertsbourg, tandis que la France abandonnait ses colonies à l'Angleterre par le traité de Paris (1763).

ROLE DE LA FRANCE, a a ku jugement d'un dé ceux mêmes qui furent alors aux affaires, l'abbé de Bernis, le rôle de la France « avait été extravagant et honteux ». Non point qu'elle touchât, comme l'écrivait encore Bernis, « au dernier période de la décadence ». Son détestable gouvernement en avait pu tirer assez d'argent pour fournir à l'Autriche seule plus d'un milliard d'aujourd'hui, assez d'hommes pour qu'on estimât à 200.000 le nombre des soldats français tombés sur les champs de bataille d'Allemagne. Mais le lourd sacrifice avait été fait en pure , „ „ , ,. ,

, ,. . ' l L r FANTASSIN ANGLAISEN1745(Daprè3KnSlel).^ Kejlee(Wi(rougej,filr«M

perte parce qu aux soldats avaient manque les chers. gabnsblancs.reoers,p<irementsetculotlesblem,huffleteriesiaur)es.L'épéeelhbmonnette

A, ,, J n Ji.r ' ■■. "1 sont portés sous l'haUl. La coiffure en forme de mitre est presque pareille à celle des

vec des généraux de L-our dont 1 armée savait qu us ^u^,^ allemands et autrichiens.

LES GUERRES CONTINENTALES ET COLONIALES

huit ans plus tôt la guerre de succession de Pologne. Mais l'acquisition définitive de cette province avait une grande importance, parce qu'elle couvrait la Champagne et la Franche-Comté et rattachait solidement au corps français l'Alsace jusqu'alors isolée. Désormais, on put aller directement de Paris à Strasbourg sans passer en pays étranger.

L'annexion de la Corse fut l'œuvre personnelle de Choiseul. L'île appartenait à la République de Gênes. Mais Corses et Génois étaient en perpétuel conflit, et dès le début du dix-huitième siècle la domination génoise en Corse n'était plus que nominale. Les Anglais songeaient à s'y établir. Choiseul les prévint en achetant à Gênes ses droits de suzeraineté sur la Corse (1768), dont les troupes françaises prirent aussitôt possession. La France eut ainsi un poste dans la Méditerranée sur le chemin de l'Italie et de l'Afrique, poste qui lui est devenu plus précieux encore au dix-

Çl neuvième siècle depuis l'occupation de l'Algérie.

Mais la prise de possession de la Corse ne se fit pas sans peine, et l'on dut lutter près d'un an pour réduire les partisans de l'indépendance. La conquête venait d'être achevée quand naquit à Ajaccio Napoléon Bonaparte (3 mai 1769).

PORTRAIT DE CATHERINE II (1729-17%). par van Vilk (Colkcimn de

M. Caze de Caumont). à Latyose tst familière, abanjcnr^e. La tsarine •tafiend

sa lecture, s'af}[}uie sur son livre Itour penser. Les yeux marrons, brillants d'intelligence

pénétrante, regardent au loin. C'est bien le visage masculin de celle que le prince de

Ligne appelait Catherine ■ le Grand ». (cL. HACHETTE.)

de Castries était assaillie avant l'aube par les Anglo- Hanovriens de Ferdinand de Brunswick. A l'extrême pointe d'une des ailes françaises, le régiment d'Auvergne, dans l'obscurité, s'entend crier de cesser le feu, qu'il tire sur des camarades. Un capitaine, le chevalier d'Assas, et le sergent Dubois, se détachent pour reconnaître ceux qui approchent. Ils ont à peine fait quelques pas qu'ils sont entourés, menacés de mort au moindre appel. Et le cri fameux retentit aussitôt jusqu'à la ligne française : « A nous, Auvergne, c'est l'ennemi ! »

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