CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX
tl /â \\ restait alors quatre cent mille francs dans les caisses de l'État. Il fallait céder ou faire banqueroute. Brienne, le 8 août, annonça la convocation des Etats Généraux pour le l'^'' mai 1789. Comme d'ici là il fallait trouver de l'argent et que Brienne était universellement déconsidéré, on le renvoya et on rappela Necker. Les banquiers consentirent immédiatement à avancer de l'argent à l'Etat.
La convocation des Etats Généraux était une première satisfaction accordée au peuple. Il se passionna aussitôt pour deux questions : combien de députés aurait le Tiers état? comment voterait-on aux Etats Généraux ?
Le Parlement consulté demanda que les Etats Généraux fussent organisés comme en 1614. Or.en 1614 les trois ordres avaient délibéré et voté séparément.
Dans ces conditions, le Tiers État qui représentait les quatre-vingt-dix-huit centièmes de la nation n'aurait qu'une voix contre les deux voix de la noblesse et du clergé. Aucune réforme ne serait donc possible. Il fallait, pour que les Etats généraux ne fussent pas une vaine comédie, que le Tiers Etat eût une double représentation, c'est-à-dire autant de députés à lui seul que les deux autres ordres réunis. Il fallait ensuite que les délibérations eussent lieu en commun et que les votes fussent comptés par tête et non par ordre. Necker n'osa pas trancher toutes ces questions ; il se borna à faire décider par le roi, le 27 décembre 1 788, que le Tiers Etat aurait une double représentation. Du jour de cette décision, la ruine de l'ancien régime était certaine, la Révolution était commencée.
Le Gouvernement et la Société en 1789.
ABSOLUTISME ET ARBITRAIRE, jn a ha Révolution qui va éclater et d où la France devait sortir complètement transformée a eu pour causes profondes les vices de l'ancienne organisation politique et sociale.
Politiquement le régime n'avait pas changé depuis Louis XIV. C'était la monarchie absolue, de droit divin. Le roi de France prétendait ne tenir sa couronne que de Dieu ; selon la déclaration faite par Louis XVI au Parlement de Paris (octobre 1787), il «n'était comptable qu'à Dieu de l'exercice du pouvoir suprême". La volonté du roi, et cette volonté seule, était la -loi. Louis XVI, disant au duc d'Orléans : « C'est légal, parce que je le veux », résumait fidèlement la doctrine de la monarchie française. Par suite, le roi dépensait comme il le voulait les revenus de l'Etat, déclarait la guerre, faisait la paix, contractait des alliances quand et comme il lui plaisait.
Cette monarchie absolue était arbitraire. Le roi prétendait commander jusqu'à la penaée de ses sujets ; il pouvait à son gré disposer de leurs biens et de leur liberté. Nul livre, nul journal ne devait paraître sans l'autorisation de la censure. Le roi pouvait s'emparer des biens par la confiscation. Par un ordre appelé lettre de cachet, sans qu'il y ait eu jugement rendu, sans autre motif que « son bon plaisir », il pouvait faire emprisonner dans un de ses « châteaux » — à Paris, la Bastille; à Lyon, Pierre-Ancise ; dans les Alpes, Pignerol — qui bon lui semblait, aussi longtemps qu'il le voulait. Louis XIV avait ainsi tenu un de ses courtisans, le duc de Lauzun, enfermé dans une salle basse du château de Pignerol, sans communication aucune avec le dehors, pendant dix ans. L'on ne vit point sous
LOUIS XVI. - LES PRÉLIMINAIRES DE LA REVOLUTION
Louis XVI d'emprisonnement arbitraire aussi prolongé ; mais les lettres de cachet subsistaient, et il n'en fut pas signé moins d'un millier de 1774 à 1788.
PARASITISME. 0 0 Bien que la capitale du royaume fût Paris, Louis XVI comme Louis XIV vivait au château de Versailles, entouré d'une Cour brillante et nombreuse, dix-sept ou dix-huit mille personnes, dont seize mille environ attachées à son service personnel ou au service de sa famille et mille à deux mille courtisans sans fonctions définies.
La Cour était devenue de plus en plus odieuse à la nation parce qu'elle consommait en fêtes et en parades inutiles une bonne part des revenus du royaume. Les écuries du roi — qui contenaient près de 1900 chevaux avec plus de 200 voitures — coûtaient chaque année environ huit millions de livres : c'était plus que ne coûtaient les neuf mille hommes de la Maison militaire. Le gaspillage était formidable ; les premières femmes de chambre se faisaient chacune annuellement 50 000 livres de revenu, uniquement en revendant les bouts de bougies allumées dans la journée au Palais. En outre il y avait les cadeaux, les pensions accordées aux courtisans, aux amis de la reine, à des familles de proie comme celle des Polignac dont les « rapines " révoltaient jusqu'aux ambassadeurs étrangers. Neckcr calculait que de 1774 à 1789 le roi avait donné à sa famille ou à ses courtisans 228 millions de livres — qu'il faudrait estimer aujourd'hui à plusieurs milliards.
Toujours entouré par cette foule de parasites, de