CHAISE ET TABLE A COIFFER DE MARIE-ANTOINETTE AU TEMPLE
(Musée Carnavalet). Û La reine Je France avait, dans sa prison, le mobilier d'une de ces modestes bourgeoises que Chardin peignait quarante ans auparavant. L'élégance sobre des lignes relève ce mobilier si simple et lui enlève toute banalité, (CL. HACHETTE )
par les fédérés de province venus à Paris malgré le veto du roi. Parmi ces fédérés, un hataillon de Marseillais joua un rôle particulièrement actif. Il était entré à Paris en chantant l'hymne guerrier qu'un jeune officier. Rouget de l'Isle, venait de composer à Strasbourg pour l'armée du Rhin. Cet hymne, qui allait devenir l'hymne national, s'appela dès lors « la Marseillaise ».
Dans la nuit du 9 au 10 août une Commune insurrectionnelle dont Danton fut le véritable chef prit possession de l'Hôtel de Ville et fit sonner le tocsin à tous les clochers. Au matin les forces insurgées, Marseillais, gardes nationaux, ouvriers des faubourgs, se portèrent sur les Tuileries. Il y avait là pour défendre le roi 2 500 hommes environ, gardes nationaux et gardes suisses ; mais les Suisses — 900 hommes — étaient les seuls sur lesquels on pût compter. Aussi fit-on comprendre au roi, non sans peine, qu'il était prudent, pour éviter une catastrophe, de demander asile à l'Assemblée qui siégeait à l'extrémité des jardins. Vers dix heures la famille royale escortée de gardes nationaux et de Suisses entrait à l'Assemblée.
Presque aussitôt la bataille commençait aux Tuileries. Les Marseillais ayant envahi la cour du Carrousel étaient arrivés jusqu'au vestibule du château. Il semblait que les Suisses fussent disposés à ne pas résister quand, brusquement, sur l'ordre de leurs officiers, ils ouvrirent le feu. Tout d'abord il y eut débandade des Marseillais ; puis, renforcés par les insurgés du faubourg Saint- Antoine, ils revinrent à la charge avec des canons. La lutte dura plus de deux heures. Le château était déjà forcé quand parvint aux Suisses, presque à bout de munitions, un ordre de Louis XVI
leur enjoignant de cesser le feu. Ils furent pourchassés dans le château et dans les jardins par les insurgés qui en tuèrent 600 sur 900. Les insurgés eux-mêmes avaient, non point, comme on l'a dit longtemps, plus de 4 000 hommes hors de combat, mais, comme l'établit la liste nominative des victimes récemment découverte, 376 hommes atteints, dont moins de 1 00 tués, presque tous des fédérés marseillais ou bretons. Le château fut mis à sac, mais on exécuta sur place quiconque fut pris à voler.
LA COMMUNE DE PARIS, a a Le 10 août marque la fin de la monarchie constitutionnelle. L'Assemblée, sous la pression de l'insurrection victorieuse dut voter la suspension du roi. Pour statuer définitivement sur son sort et « assurer le règne de la liberté et de l'égalité ", elle décréta la convocation d'une Convention nationale, élue au suffrage universel, sans distinction de citoyens actifs ou passifs. Provisoirement, le Gouvernement était confié à un Conseil exécutif dont les membres furent élus par l'Assemblée : le plus influent des nouveaux ministres fut Danton qui avait été un des principaux organisateurs de l'insurrection.
En fait, au milieu de l'agitation qui suivit le 10 août, les pouvoirs réguliers. Assemblée et Conseil exécutif, durent sans cesse composer avec le pouvoir insurrectionnel, la Commune de Paris. Appuyée sur les clubs
KELLERMANN (1735-1820), par Ansiaux (Mujm de Versailles), .fl i* Slros^ourgeois Kellermann, le vainqueur de Valmy, était un vieux soldat de la guerre de Sept ans. Poudré selon la mode de l'ancien régime, Kellermann porte le sobre et très seyant uniforme des généraux de la Révolution, (cl, hachette.)
LA CHUTE DE L'ANCIEN RÉGIME
et les sections populaires, celle-ci exerça une véritable dictature. Malgré l'Assemblée, qui avait décrété l'internement de Louis XVI et de la famille royale au palais du Luxembourg, elle les fit enfermer dans la tour du Temple. Bientôt des milliers de « suspects " furent emprisonnés.
MASSACRES DE SEPTEMBRE. 0 0 Les mesures prises par la Commune, l'affolement provoqué par les nouvelles de la guerre et l'approche des Prussiens déterminèrent alors les plus déplorables excès, les massacres de septembre.
Dans les derniers jours d'août, on apprit coup sur coup que La Fayette, après avoir essayé d'entraîner son armée sur Paris, désertait ; que les Prussien ?étaieni entrés en Lorraine, avaient pris Longwy (23 août) et investi Verdun. Cette place, la dernière qui couvrît Paris, ne pouvait, on le savait, tenir plus de deux jours. Le 2 septembre, à la nouvelle de l'investissement de Verdun, la Commune fit sonner le tocsin, tirer le canon d'alarme, battre la générale, elle déploya sur la façade de l'Hôtel de Ville un immense drapeau
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LE PREMIER DÉCRET DE LA CONVENTION (Archiv« Nationale.), e « La ^onofnlion nationale décrète à iunanimité que la royauté est abolie en France ■. Signe au président Pétion, des secrétaires Brissot et La Source, le décret est contrengné par ^^Onge, ministre de la Marine, et par Danton, ministre de la Justice. (cL. HACHETTE.)
DUMOURIEZ (I739-I823).par Rouillard (Muim <le Vrruillo). g Le premier da
grand* généraux de la Révolution^ qui prépara le succès de Valmy et gagna la ixctoire
de Jemmapes, avait fourni déjà une longue carrière sous t'anâen régime. Moitié soldai
moitié diplomate, il avait eu un peu la oie d'un aotntttrier (CL. HACHll II.)
noir avec cette inscription : « La Patrie est en danger », et elle invita les Parisiens à former une armée de 60 000 hommes. Cependant un journaliste haineux et sanguinaire, Marat, le rédacteur deVAmi Ju Peuple. ne cessait d'inciter les patriotes à égorger les traîtres avant de marcher à l'ennemi. La populace, déchaînée, surexcitée par cette mise en scène tragique, se porta, sur les prisons où étaient enfermés les suspects. Pendant quatre jours et quatre nuits, jusqu'au 6 septembre, des bandes d'égorgeurs poursuivirent méthodiquement la hideuse besogne dans toutes les prisons, à l'Abbaye, à la Force, au Châtelet, à la Conciergerie, etc. 11 y eut près de I 200 victimes, parmi lesquelles des vieillards, des prêtres, des femmes, une amie de la reine, la princesse de Lamballe.
L'Assemblée avait blâmé les massacres sans pouvoir les empêcher. Plus tard seulement les Girondins flétrirent les « septembriseurs » et se séparèrent du reste des Jacobins.
Le 20 septembre, l'Assemblée Législative cédait la place à la Convention et le même jour l'invasion prussienne était arrêtée à Vaimy.
VALMY. e^^ Nommé, après le 10 août, commandant de l'armée du Nord, Dumouriez avait formé le projet d'arrêter l'ennemi devant les défilés de l'Argonne, longues et hautes collines couvertesd'épaisses forêts qui couvrent la plaine de Champagne comme une
muraille. Mais le 13 septembre les Prussiens surprenaient le défilé de la Croix-aux-Bois et pénétraient en Champagne. Ils étaient à moins de 200 kilomètres, à sept jours de marche de Paris.
Une audacieuse manœuvre de Dumouriez sauva la France. Remontant le long de l'Aisne, il vin. s'établir sur une ligne de collines dénudées que dominait le moulin de Valmy. Ainsi placé, il menaçait de couper les communications de l'armée ennemie si elle osait poursuivre sa marche sur Paris. Les Prussiens revmrent en arrière pour attaquer Dumouriez.
L'action s'engagea le 20 septembre, à l'aube. Le principal effort des Prussiens fut dirigé contre le moulin de Valmy, où commandait Kellermann. Après une longue canonnade, vers onze heures, l'mfanterie prussienne s'ébranla pour enlever le moulin. La vue de cette infanterie, la plus réputée de l'Europe, avançant comme à la parade, déployée en lignes impeccables, l'explosion de quelques caissons d'artillerie atteints par les obus prussiens, troublèrent un moment les Français qui, presque tous volontaires, voyaient le feu pour la première fois. Les rangs flottaient déjà, quand Kellermann, par son sang-froid, raffermit les cœurs et rétablit l'ordre. Tandis que deux batteries vivement amenées devant la ligne de bataille commençaient à mitrailler les Prussiens, Kellermann galopait sur le front, exhortant ses soldats à attendre l'ennemi de pied ferme. Puis, plaçant son chapeau à la pointe de son épée et l'élevant en l'air, il poussa le cri : « Vive la Nation ! » L'armée entière, dans un élan d'enthousiasme, répéta le geste et le en. Etonnée, l'infanterie prussienne s'arrêta à quelque cent mètres, puis recula. La canonnade repiit jusqu'à trois heures. Les Prussiens ébauchèrent alors un second assaut. Mais, comme Kellermann allait faire charger à la baïonnette, ils reculèrent de nouveau sans attendre le corps à corps « et, dit le grand poète allemand Gœthe qui assistait à la rencontre, ce fut comme s'il ne s'était rien passé. »
« La plus grande consternation régnait dans l'armée, raconte Gœthe. Le matin encore on ne parlait que d'embrocher et de manger tous les Français. Main-
tenant chacun paraissait rêveur ; on ne se regardait pas, ou, si cela arrivait, c'était pour jurer ou maudire. A la nuit tombante nous avions par hasard formé un cercle au centre duquel on ne put même allumer un feu comme d'ordinaire. La plupart se taisaient, quelques-uns discouraient. On m'interpella pour me demander ce que je pensais de tout cela. Je répondis : « De ce lieu et de ce jour date une nouvelle époque dans l'histoire du monde, et vous pourrez dire : j'y étais. »
IMPORTANCE DE LA JOURNÉE DE VALMY /!) 0 ï^ bataille de Valmy n'était cependant en ellemême qu'une affaire de médiocre importance : il y avait eu une canonnade et non pas même un combat. Les Français avaient 300 tués, les Prussiens moins de 200. Pourtant, les conséquences morales furent immenses, et Kellermann et les volontaires, à Valmy, sauvèrent réellement la patrie et la liberté. Avoir contraint à s'arrêter une armée réputée invincible exalta le courage de la jeune armée républicaine et la rendit propre aux plus audacieuses entreprises. Quant aux Prussi ns, devant la fière attitude des volontaires, leur stupeur fut d'autant plus vive que les émigrés leur avaient présenté l'armée française comme un méprisable ramassis " de savetiers et de tailleurs », prêts à fuir au premier choc, en sorte que la campagne serait à peine une promenade militaire. « La comédie ne durera pas longtemps, disait aux officiers un ministre prussien, au début des hostilités ; l'armée des avocats sera bientôt anéantie, et nous serons de retour dans nos foyers vers l'automne.» L'armée des avocats n'avait pas plié. Partout les paysans s'armaient et commençaient à harceler l'envahisseur. D'autre part, la pluie tombait sans trêve, jour et nuit, depuis des semaines : la dysenterie décimait les régiments. Sans avoir été vaincus, les Prussiens se comportèrent en vaincus. L'armée, au dire de Gœthe, se transformait en « un hôpital ambulant ». Ils battirent en retraite, laissant, avec la plus grande partie de leurs équipages, des milliers d'hommes sur les routes, et le 22 octobre, un mois après la canonnade de Valmy, ils avaient repassé la frontière.
MÉDAILLE DU 10 AOUT 1793 (BibI Nai.. Médailles).
UN COMITÉ RÉVOLUTIONNAIRE SOUS LA TERREUR (1793-1794) (De»in de Fragonard Bis. Bibl.Nat.). ^ Dam ont ta/Je «ofire. «< d-damU > .
de $a femme et de m fille compamûtent devant dt Jaroucfiei répubUcainM.