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LE GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE

^ 0 L'exécution de Louis XVI accrut redoutablement les périls où la France était engagée. Elle provoqua une coalition générale de toutes les grandes puissances. En France même, cent mille paysans vendéens se soulevèrent. Aux armées Dumouriez se déclara contre la Convention et prépara un coup d Etat dont le patriotisme des troupes empêcha heureusement l'exécution (mars).

Pour parer à tant de dangers, la Convention organisa un gouvernement dictatorial. Elle créa successivement un Comité de Sûreté générale, pour rechercher les suspects ; pour les punir, un Tribunal révolutionnaire, qui jugeait sans appel ; enfin le 6 avril, un Comité de Salut public qui disposa souverainement des moyens de défense intérieure et extérieure et qui, concentrant tous les pouvoirs, devint promptement

un dictateur à plusieurs têtes. 11 était composé de neuf membres élus par la Convention. Dans les dépa,rtements et aux armées, la Convention délégua plusieurs de ses membres, avec pleins pouvoirs : on les appela Représentants en mission.

La Convention vota d'autre part, en juin 1793, une Constitution nouvelle pour remplacer la Constitution de 1791. La Constitution de 1793 était très démocratique : elle établissait le suffrage universel et soumettait les lois à la ratification du peuple. Mais on ajourna sa mise en vigueur en raison de la crise que traversait la République et la Convention décréta que le gouvernement de la France serait « révolutionnaire jusqu'à la paix. »

CHUTE DES GIRONDINS. 0 0 Cependant la lutte était devenue de plus en plus âpre entre la Gironde et la Montagne. Comme les Girondins avaient proposé, lors du procès du roi, la ratification de la sentence par le peuple, les Montagnards les accusèrent d'avoir voulu sauver le roi ; ils les accusaient

LA CONVENTION

KOliLSriURI^ (1739-1794) (Peinture anonyme. Musée Carnavalet).

Dans cette figure t>âle, à la mâchoire carrée, aux lèvres ierréfs.lf s ufttx ont une'cht duretfioid, te masçue a quelgm cAoi» d'émtmati^me. CAmmi khnJt fiwmdiù. ftakiS juu-L-

à rayures marron, gilet chamois à rayures vertes et blanches, ample et haute cratHite t>lissêc, nouée avec ioin et fmiœtt /«ief . fftéiif'iin a* pi%mmt Jr Mire /kjmtiil /OfZ

avoir fait guillotiner Girondins. Hébertistes et Dantonistes le dictateur succomba à son tour, dans les iùmnk» fr«fl'««a 4t Titumèàî. (CL. RACHKmJ

CAMILLE DESMOULINS (1760-1794) (Par Suvée, Collection Jules Clarelle) a

Le 0tus brillant des journalistes de la Rét^lulion, [lolérrtisle redouté pour son éloquence et

pour sa veri^e mordante. Cette belle tête tomba attec celle de Danton et des principaux

« Indulgents » en avril 1794- (CL HACHETTE.)

aussi de vouloir une République fédérative. Par contre, la Gironde accusait Marat et Robespierre d'aspirer à la dictature. Elle fit envoyer Marat devant le Tribunal révolutionnaire qui l'acquitta. Elle essaya de briser la Commune et fit arrêter un de ses principaux membres, Hébert, rédacteur du Père Duchêne, journal démagogique et d'une verve grossière. A la fin de mai, la Commune de Paris et les Jacobins résolurent d'en finir avec les Girondins.

Le dimanche 2 juin, la Commune fit cerner les Tuileries par 80 000 hommes avec 60 canons. La Convention essaya de résister. Conduite par son président Hérault de Séchclles, elle tenta de sortir en corps. Hanriot l'arrêta. « Que demande le peuple? dit Hérault. La Convention n'est occupée que de lui et de son bonheur. » — « Hérault, répartit Hanriot, le peuple ne s'est pas levé pour écouter des phrases, mais pour donner des ordres. Il veut qu'on lui livre 34 coupables. » Et comme les députés faisaient mine d'avancer : « Canonniers, à vos pièces ! » commanda Hanriot se tournant vers les sectionnaires. La Convention céda. Regagnant la salle des séances, elle décréta l'exclusion de 29 de ses membres ; ils devaient être tenus en surveillance à leurs domiciles. Les Montagnards étaient désormais maîtres de l'Assemblée.

LA TERREUR. ^ £l i-t coup de force du 2 juin provoqua dans plusieurs régions, en Normandie, à Bordeaux, à Lyon, à Marseille, des insurrections girondines. Au mois de juillet, en comptant la Vendée royaliste, soixante départements, les trois quarts de la France, étaient en armes centre Paris. Au même moment, toutes les frontières étaient forcées par les armées de la coalition.

La Convention, sans se laisser effrayer par la grandeur du péril, résolut de poursuivre contre tous ses ennemis la lutte à outrance. Elle confia le pouvoir aux Montagnards les plus intransigeants, Robespierre et ses amis, Couthon et Saint- Just : ils remplacèrent au Comité de Salut public Danton discrédité par sa politique de conciliation (juillet 1793). Quant à Marat, il était mort, poignardé par une jeune fille, Charlotte Corday, qui avait voulu venger les Girondins. Carnot, élu aussi membre du Comité, prit la direction de la défense nationale.

Le Comité de Salut public et la Convention voulurent décourager leurs adversaires par l'épouvante et forcer par la peur le pays tout entier à s'armer contre l'étranger : « Il faut, disait Billaud-Varennes, que l'épée de Damoclès plane désormais sur toute la superficie de la France. » Ce fut le régime de la Terreur. Déjà les émigrés et les prêtres réfractaires avaient été mis hors la loi. Le 17 septembre fut votée la loi des suspects qui déclarait prévenus de haute trahison les « partisans de la tyrannie » et les « ennemis de la

MARIE-ANTOINETTE CONDUITE A L'ÉCHAFAUD (16 octobre 1793)

(CZroquis de David. Bibliothèque Nationale), a Ce croquis poignant fut dessiné par

te peintre David,à une fenêtre de ta rue Saint-Honoré. tandis que passait, sur la charrette

qui la conduisait à la guillotine, Marie-Antoinette, prête pour le supplice.

LA CONVENTION

liberté » : définition d'autant plus redoutable qu'elle était plus vague.

Alors, comme après le 10 août, les Comités révolutionnaires procédèrent dans toute la France à des arrestations en masse. Au Tribunal révolutionnaire, l'accusateur public Fouquier-Tinville envoya chaque jour des fournées de condamnés à la guillotine. Parmi les victimes les plus célèbres furent la reine Marie- Antoinette ; Bailly, l'ancien maire de Paris ; le duc d'Orléans, qui, tiéputé à la Convention, avait pris le nom de Philippe-Égalité et voté la mort de son cousin Louis XVI ; Vergniaud et les Girondins arrêtés le 2 juin. Jusqu'à la fin de juillet 1794, 2 596 personnes furent exécutées à Paris. L'ensemble des victimes ayant subi un semblant de jugement fut pour la même période et pour toute la France d'environ douze mille. Dans les régions insurgées on procédait à des exécutions en bloc. D'abominables cruautés furent commises par le représentant Carrier, à Nantes : il fit noyer les prisonniers dans la Loire, sans jugement, par milliers, près de cinq mille en sept mois. Le nombre des cadavres ramenés par la marée à Nantes était tel que l'eau du fleuve en était empoisonnée, et que la municipalité défendit, par arrêté, la vente du poisson.

EXÉCUTION D'HÉBERT ET DE DANTON ^ ^ A la fin de 1793, grâce à l'énergie des organisateurs de la Défense nationale et à la valeur des armées républicaines, le péril extérieur et intérieur était conjuré. Toutes les insurrections étaient vaincues, les armées ennemies repoussées lom de la frontière. Dès lors les Montagnards se divisèrent ; il parut à Danton que le régime de la Terreur n'avait plus aucune raison d'être, qu'il était temps de ramener « le règne des lois et de la justice pour tous ». Son ami, Camille Desmoulins, dans son éloquent journal le Vieux Coritlkr, réclamait la création d'un Comité de clémence. Danton, Desmoulins et un certain nombre de Montagnards formèrent le parti des Indulgents.

D'autres, au contraire, trouvaient Robespierre trop modéré et réclamaient de nouvelles mesures de terreur. Ils avaient pour chef Hébert et pour organe le Père Duchêne. Les Hébcitistes étaient en outre athées et voulaient déchristianiser la France. Ils avaient fait établir un calendrier nouveau d'où étaient bannis les noms des saints et des fêtes religieuses. Partout où ils dominaient, ils fermaient les églises ou s'amusaient à y célébrer le culte de la Raison. Le 10 novembre 1793, ils célébrèrent à Notre-Dame une fête de la Liberté et de la Raison, et installèrent sur l'autel, « aux lieu et place de la ci-devant Sainte- Vierge », la divinité nouvelle représentée par une danseuse de l'Opéra. Quelques jours après, la Commune ordonna la fcrme-

MORT;dE MARAT'(I3 iullUt 1793) (P.r Davl.l. Musi. a. L.IW. a u

lahteau de David reprâente le moment même qui tiâvit l'assasainat. Marat eat dam ta

baignûiTeJapoitnneouvetie.ta tête de/aillanU. Sa main lient enœre le papter lur legott

il notait les renieignements que venait de lui donnerCharlolteCordayXcL.STVKDUH.)

turc de toutes les églises et commença à traquer tout prêtre, fût-il jureur, qui se refusait à cesser de célébrer le culte et à se « déprêtriser ''. Danton à la Convention flétrit ces « mascarades antireligieuses ».

Robespierre, que cette double opposition gênait, se débarrassa par la violence des uns et des autres. Il détestait l'athéisme et la grossièreté des Hébertistes, l'improbité de certains Dantonistes ; en outre il était }aloux de Danton dont il redoutait la popularité. Les premiers furent arrêtés et guillotinés, sous pré* texte de complot tendant à affamer Paris et à provoquer le massacre de la Convention (24 mars 1 794). Quelques jours après, les Indulgents, inculpés de comploter le rétablissement de la monarchie, étaient arrêtés et guillotinés à leur tour (5 avril 1794). Danton, prévenu du danger qu'il courait, avait refusé de fuir : « Bah, avait-il répondu, est-ce qu'on emporte sa patrie à la semelle de ses souliers ! »

DICTATURE DE ROBESPIERRE, a a Danton mort, il ne resta plus personne pour contrebalancer l'influence de Robespierre. Celui ci exerça pendant près de cinq mois (avril-juillet 1794) une véritable dictature.

Robespierre s'était acquis une très grande (topularité et le surnom d'Incorruptible, par sa parfaite probité, la dignité et la simplicité de sa vie — il vivait dans la famille d'un menuisier, — la correction de sa tenue, son ton dogmatique, et le prestige des mots d'innocence et de vertu qu'il avait constamment à la

SALLE DES SÉANCES DE LA CONVENTION. AUX TUILERIES (Dessin de MouskI gravé par Helmann, BibL Nat.). a La salle da Tuileries fui la première dont

les dispositiona intérieures rappellent celle de nos Chambres actuelles. Au-dessus du bureau, un trophée de drapeaux tricolores et un faisceau de lances symbolisant la République « une et

indivisible ». Statues deLycurgue.de Solon, de Platon. Au-dessous, dans de grands cadres, la Déclaration des Droits de l'homme. Dans la gravure ci-dessus, les insurgés de Prairial,

qui ont envahi I' Assemblée,présentent au bout d'une pique, au président Boissy d'Anglas, la tête du représentant Féraud qui vient d'être massacré, (ci,, hachette.)

bouche. II avait un orgueil immense, la conviction que toute vérité était en lui. Ses idées, toutes empruntées à Rousseau, avaient à ses yeux la valeur de dogmes intangibles. Ne pas les partager était d'un mauvais citoyen ; les combattre était un sacrilège que seule la mort pouvait expier. Les aristocrates, les athées, les débauchés, les spéculateurs, les parlementaires corrompus, enfin ses adversaires personnels, lui paraissaient à des titres divers des ennemis également dangereux qu'il fallait impitoyablement frapper pour fonder enfin cette « République vertueuse » dont il avait fait son idéal.

Adversaire déterminé comme Danton des « mascarades antireligieuses », Robespierre prétendit ériger en religion d'Etat le déisme des philosophes. Le 8 mai il fit décréter par la Convention que " le peuple français reconnaissait l'existence de l'Etre Suprême et l'immortalité de l'âme ». Un mois après, on célébrait à Paris la première fête, dédiée à l'Etre Suprême. Robespierre, qui présidait alors la Convention, présida lui-même aux cérémonies du nouveau culte officiel. En habit bleu clair et culotte nankin, un bouquet de fleurs et d'épis à la main, il conduisit la procession qui se déroula des Tuileries au Champ de Mars, et tandis que les chœurs entonnaient l'hymne

de circonstance : " Père de l'Univers, suprême Intelligence », il mit de sa main le feu à la statue symbolique de l'Athéisme.

Deux jours plus tard, pour exterminer les ' impur» », Couthon faisait voter par la Convention la loi du 22 Prairial (10 juin), en vertu de laquelle le Tribunal révolutionnaire jugerait désormais « sur des preuves morales », sans entendre ni témoins ni défenseurs, et ne pourrait prononcer d'autre peine que la mort. Alors commença la Grande Terreur : en 47 jours, du 10 juin au 27 juillet, il y eut à Pans I 376 têtes coupées. Or, au même moment, l'armée française, par la brillante victoire de Fleurus (26 juin), commençait la seconde conquête de la Belgique. Cette victoire témoignait avec éclat que la patrie n'était plus en danger ; elle rendait injustifiables les boucheries de Paris, et le public révolté, ayant « la nausée de l'échafaud », attribua la continuation de la Terreur au seul esprit de vengeance et aux haines personnelles de Robespierre.

LE 9 THERMIDOR. JU 0 Ces sentiments du public favorisèrent les projets d'un certain nombre de députés qui, se sentant ou se sachant menacés par Robespierre, avaient hâte de le devancer et de l'abattre. Un complot s'organisa à la fin de juillet. Les meneurs

LA CONVENTION

Wm

UNE CELLULt: SOUS LA IHKREUK (Ucssii, .1.- Hulit-rl Robert. Mu!é<- Carnavalet). ^ Hubert Robert, peintre et graveur de talent, fut incarccré comme susIKCt en 1793, à lu prison de Sainte-Pélagie. It s'est représenté lui-même dans sa iellule, recevant des mains de lu guichetière, qui lui apporte sa nourriture, une miche de pain et de l eau.

— • une clique — étaient Fouché, Billaud-Varennes, Tallieri, Barras, compromis dans une affaire de vols à Marseille. Ils purent gagner les députés du ' Marais » qui avaient jusque-là soutenu Robespierre et se distribuèrent les rôles- pour la séance du 9 thermidor (27 juillet) à la Convention

Avant que Robespierre eût pris la parole, Tallien, brandissant un poignard, demanda la mise en accusation du « nouveau Cromv^ell ». Robespierre essaya vainement de se défendre : le président Thuriot, un ami de Danton, couvrait du bruit de sa sonnette furieusement agitée, la voix de l'accusé. Après une tumultueuse séance, comme Robespierre, dans un suprême effort de fureur impuissante, venait de s'écrier: <> Pour la dernière fois, président d'assassins, je te demande la parole ! », il fut décrété d'arrestation aux cris de : « A bas le tyran ! « Robespierre le jeune, Saint-Just, Lebas, Couthon demandèrent à partager son sort. Cependant la Commune qui était robespierriste les fit délivrer le soir même et amener à l'Hôtel de Ville. La Convention riposta par la mise hors la loi de Robespierre et de ses amis.

Tout semblait se préparer pour une bataille ; les Robespierristes se groupaient devant l'Hôtel de Ville, sur la place de Grève ; la Convention réunissait aux Tuileries la gendarmerie et une partie de la garde nationale. Mais Hanriot était ivre et Robespierre n'osa pas prendre l'offensive et ordonner l'attaque. Un peu avant minuit, l'orage, qui avait menacé toute la journée, dispersa sous des torrents d'eau les Robespierristes laissés sans ordres. Quand, à deux heures du matin, les troupes de la Convention, commandées par Barras et Merlin de Thionville, arrivèrent devant l'Hôtel de Ville, elles trouvèrent la place nette. Elles bloquèrent l'Hôtel, puis sans rencontrer aucune résistance arrêtèrent Robespierre, à qui un gendarme, Meda, cassa

la m.îchoire d'un coup de pistolet, ses amis et le« principaux membres de la Commune. Le «oir vers sept heures et demie, au milieu « des accents d'allégresse et des applaudissements », Robespierre, son frère Robespierre le jeune, Saint-Just, Couthon, Hanriot, etc., 22 proscrits en tout, étaient décapités. Il y eut encore 70 exécutions le lendemain, et 13 le surlendemain, 30 juillet 1794.

LA RÉACTION THERMIDORIENNE, a a La coalition qui venait de renverser Robespierre comprenait surtout des terroristes. Mais après la victoire ils furent bientôt écartés et le pouvoir revint aux modérés ou aux terroristes repentis.

Une inévitable réaction se produisit alors contre les Montagnards et leur politique : c'est ce qu'on a appelé la réaction thermidorienne. La plupart des lois d'exception furent abrogées, le régime de la Terreur fut aboli. On rappela à la Convention les Dantonistes et les Girondins survivants. On ferma le club des

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