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de maintenir l'ordre dans les rues de Paris ; au moment où il paraît sur la place Louis XV, a un détachement de dmgons traverse la foule, le buste de Necker est brisé à coups de sabre ; l'homme qui portait celui du duc d'Oi^ léans, blessé d'un coup de Teu, est oblige de l'abandonner. .. Un garde française est tué, et devient ainsi la première \icttme de la Révolution '. »
Après cet engagement avec l'émeute, « la foule, d'après Beaulieu*, augmente, l'insurrection prend un caractère de plus en plus efl'rayant, et il semble que le peuple ait l'intention de se porter à Versailles. Mais plusieurs escouadesde dragons elle régiment entier de royalallemand interceptent la route ; alors la multitude a recours aux injures; des pierres sont lancées contre les troupes, et particulièrement contre le prince de Lambesc qui les commandait. Celui-ci s'avance au galop, à la tèlc de quelques cavaliers, et pénètre dans le jardin des Tuileries par le pont tournant. Effrayées de cette incursion, les personnes qui s'y trouvaient en grand nombre s'enfuient en poussant de grands cris ; un vieillard, nommé Chauvet, maître de pension, qui ne peut s'esquiver aussi vite qu'il le désire, tombe devant le cheval du prince, et aussitôt l'on s'écrie qu'il l'a blessé d'uncoup de sabre. » Suivant l'auteur de ce récit, ii le bruit de cette action se répandit à Paris, à Versailles, dans toute la France, et s'y changea en certitude. Tout le monde en est tellement convaincu, » ajoute-t-il, « qu'aujourd'hui même, on réussirait
'Beaulieu, Mémoires sur la Révolution de France, I"tol., p. 310, Cerècit de Beaulieu, que nous comparerons d'ailleurs à iJ'aulresrédtSi nousa paru exacl et modéré. L'auteuraravantaged'èlre contemporain des événements, et souvent d'avoir vu ce qu'il raconte.
* Beaulieu, HémoiTes sur ta Révolution de France, f'vol., p. 3iï,
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mal à vouloir persuader le contraire; la vérité est cependant que le prince de Lambesc ne sabra personne*. » Des différentes versions qui ont cherché à préciser le r&le du prince de Lambesc dans cette rencontre, il résulte évidemment que, dans on conflit toujours regrettable, mais qu'il semblait impossible d'éviter, il faut attribuer une grande partie de l'émotion populaire et du soulèvement qui la suivit à un fait resté incertain et diversement raconté par tous les historiens. Le bruit se répandit, en effet, partout que le prince de Lambesc et ses soldats égoi^eaient le peuple, allaient mettre le t'eu à Paris cL assassiner les patriotes, C'est au milieu de celte vive agilalion que les électeurs et les échcvins se réunirent à l'Hôlel de Ville, afin de pourvoir à ta situation. Bientôt ou sonne le tocsin dans les principales églises. Le prince de Lambesc envoie alors un détachement de ses troupes sur le boulevard, où l'on cherche à débaucher les gardes françaises et à se servir de leurs canons; mais déjà ces derniers sont rangés en bataille, et prennent part à l'émeute. A peine les cavaliers du prince ont-ils paru que les gardes françai^s marchent contre eux et leur tuent trois hommes,
• Il est curieux et utile de comparer, dans cette circonstance, les récits des diflérents historiens. Rabaut Saiai-Ë tienne, c«nlein{Hiraiii de la Révolution, niais favorable au mouvement, raconte ainsi le même (ait : f Le prince de Lambesc élait sur la place de Louis XV avec des soldats de i-oyal-alleinand : le peuple lui jette des pierres. Alors il se précipite dans les Tuileries, le sabre à la main, et blesse un vieillard qui s'; promenait. j> {Précis historique, p. 160.) Suivant U. Thiers (flâ/oire de la Béwlution, l" vol., p. 90): « Le prince de Lambesc iu* ce même ïieillard.i' M. Mignet s'exprime ainsi {Histoire delà Ilévolution, p. 86): t Dans celte charçe, un vieillard est blessé d'un coup de sabre, i M. Louis Blanc, dans son Histoire de la Révoluliott (l. Il, p. 5i8), dit que ce vieillard 'fut foulé aiixpkih desehevaax. v
ceux'fi se retirent alors sans nposler, comme iis en ont reçu l'ordre, el regagnent leur régiment sur la place Louis XV.
A la rencontre qui eut lieu sur la place Louis XV, et à celte démonstration sur le boulevard, se borna toute l'intervenlion des forces réunies autour de Paris.
11 restait encore, surtout dans la caserne de la rue Verte, un assez grand nombre de gardes françaises, qui avaient résisté à toutes les sollicitations de l'émeute, et qui, bien que peu favorables à la cour, comme on disait alors, étaient restés fidèles au drapeau. Gonction, qu'on appela depuis l'orateur du faubourg Saint-Antoine, les harangua et les détermina à prendre parti pour l'insurrection qui se formait. Ces gardes françaises, au nombre de douze cents, après s'être rendus au Palais-Royal, où ils s'oi^anisèrent de nouveau, marchèrent avec le peuple vers la place Louis XV et les Champs-Elysées pour y attaquer les troupes; mais celles-ci, après l'escarmouche duboulevard, avaient reçu l'ordre de se retirer. Paris était évacué, et il ne restait plus de troupes qu'au Champ de Mars.
Pour peu qu'on juge la conduite du pouvoir d'après les faits, il est évident qu'il parait loin de marcher à un but déterminé, dans celte journée, et qu'il semble plutôt vouloir intimider la population par les forces qu'il déploie devant elle, que la réduire par la violence.
11 disposait,en ce moment, de cinquante mille hommes.
S'il avait eu le plan qu'on lui attribuait, il lui eût été facile de faire dissoudre l'Assemblée, comme au 18 brumaire, de l'enlever même sous prétexte de veiller à sa sûreté. Un mouvement de troupes aurait aussi fait évacuer le Palais-Royal et dispersé le club qui s'y tenait en perma-
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nence. L'arreslation des électeurs de l'Hôtel de Ville et de quelques personnages, comme le duc d'Orléans et Mirabeau, eût complété un ensemble de mesures qui assurément n'était pas au-dessus des forces d'une armée de cinquante mille hommes.
Quant à la résistance dont il aurait fallu triompher, nous ferons observer que la population parisienne, qui n'avait point encore passé par la conscription, était beaucoup moins militaire qu'aujourd'lfui. Nous ne sommes point surpris qu'elle ne parût pas très-redoutable au nouveau ministère que le roi avait évidemment appelé pour prendre une position de défensive, dont on ne peut dire qu'il soit sorti dans cette journée.
On a prétendu qu'il y avait eu, non point de la part du roi, mais de la cour, un plan très-arrété. Mais la cour pouvait-elle agir sans le roi? Et si elle l'avait pu, n'auraitelle pas dû se hâter de frapper les premiers coups? Il y avait déjà près d'un mois que l'Assemblée s'était déclarée souveraine, que le vaste club du Palais-Royal était en permanence et h l'élat d'émeute presque perpétuelle, que les électeurs de l'IIûlel de Ville s'étaient emparés d'un pouvoir extraordijïaire; et en présence des troubles qui éclataient à Paris, de la fermentation des esprits, après le système de Necker qui consistuit à tout permettre, que fait le nouveau ministère, appelé, disait-on, pour imposer à l'Assemblée la déclaration du 23 juin, qui était une charte complète? 11 laisse discuter par cette Assemblée le préambule de la constitution, let droits de l'htmtne, et dire par M. de la Fayette que l'insta^'ection est parmi ces droits; il surveille Paris sans doute, et arrête un instant le cortège qui porte les bustes de Neckei' et du duc d'Orléans, mais, devant la désertion .no.jlc
des gardes françaises et leur agression, il temporise et évite un conflit qui, une fois engagé et dans des circonstances plus favorables, que contraires au pouvoir, car il s'agissait de réprimer l'indispline, aurait pu trancher la question! Ce sont là des faits matériels qui ont une grande importance en histoire.
Nous trouverons hientôt, dans une réponse du roi à l'Assemblée, des paroles qui sont le meilleur commentaire de ces faits; lorsqu'au récit des troubles qui ensanglantent Paris, le roi dit expressément « qu'il est impossible que les ordres donnés aux troupes en soient la cause. »
Ces paroles du roi et les faits établissent mieux que tous les raisonnements la position de défensive qu'il a prise en congédiant Necker, qui ne le défendait pas, et en nommant un nouveau ministère. Maintenant s'agissait-il d'un plan ultérieur bien arrêté et bien défini? Au milieu de beaucoup d'assertions, aucun document n'autorise à le penser. Le roi est instruit des ordres donnés aux troupes, les faits le prouvent; il l'atteste, et quel chef aurait osé leur en donner d'autres? Qu'il y eût h la cour des princes et des conseillers dont la politique différât de celle du roi, et qui eussent voulu résister énergique- , ment à la révolution, cela est indubitable; mais, dans aucune circonstance, nous ne les voyons agir en dehors de la volonté royale, ni disposer des moyens de gouvernement. Si le nouveau ministère attend, s'il évite un combat entre les gardes françaises, le peuple insurgé et les troupes dont il dispose, c'est qu'évidemment il a "des ordres, c'est que le roi, qui montrera toujours la plus grande horreur pour l'cITusion du sang, en est encore à l'expcclativo. Nous \crrons, au reste, que les dispositions
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du roi étaient bien connues de l'Assemblée et de ses principaux diefs.
Nous ne cherchons ici qu'à établir un fait, la situation réelle du gouvernement de Louis XVI et sa ligne de conduite. Avait-il tort ou raison? Ce système d'attente avec des forces considérables était-il en deçà ou au delà du parti à prendre? Eâf-il mieux valu garder Nccker, rester passif entre l'Assemblée, l'Hétel de Ville et le Palais- Royal? Ou bien le roi devait-it en appeler à la force et imposer à l'Assemblée, comme plusieurs historiens lui en attribuent l'intention, la déclaration du 25 juin? L'étude d'une telle question doit avant tout ressortir des faits. H est naturel qu'elle se présente en son lieu, mais le premier devoir d'un historien est de donner aux faits eux mêmes leur véritable caractère : nous croyons n'y avoir pas manqué. Offraient ils alors la suite logique qu'ils peuvent nous présenter aujourd'hui? Non sans doute, et n'est-il pas facile de comprendre qu'au lieu d'embrasser du regard tout l'ensemble d'une situation, qui pouvait, qui devait plus qu'aucune autre, avoir ses périlleuses obscurités et ses doutes profonds, un esprit mesuré suKoul comme celui de Louis XVI, la suivit plulét dans ses développements pour se décider suivant les circonstances. C'est ce qui explique comment ce prince avec des forces considérables et un nouveau ministère qu'il avait appelé dans une situation toute nouvelle pour un successeur de Louis XIV, ne se hâtait pas de prendre un parti.
: Or, si l'initiative est ce qui manque le moins aux révolutions, aucunene devait en avoir plus que la révolution de 89. L'initiative était dans sa nature et dans son principe.