‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 2)Chapitre 17 sur 86 · PRISE DE U BASTILLE · texte numérisé non relu

PRISE DE U BASTILLE

La Bastille se rendit lorsque le aége de la seconde enceinte venait à peine de commencer, et il est facile de comprendre l'impuissance où se trouvait réduit le chef d'une S) petite garnison, dont la plus grande partie était décidée à capituler.

Comme fait d'armes, cet événement qui eut tant d'importance au point de vue révolutionnaire, n'en avait donc aucune, et ce fut une bataille de principes gagnée au moyen d'une escarmoudie d'avant-garde.

U y avait du courage sans doute k affronter les canons de la Bastille ; mais ces canons^' ouvrirent pas le feu qui, en foudroyantles insurgés, aurait pu donner un tout autre caractère à la lutte, dans laquelle serait très-probablement iolervenue l'armée de cinquante mille hommes, dont le gouvernement disposait encore.

Il est facile de s'imaginer la confusion extrême d'un tel mouvement et l'invasion de la multitude dans la formidable citadelle qui lui était ouverte. La joiedutriompheet l'orgueil du succès étaient d'autant plus gnmds chez beaucoup de ceux qui n'avaientpoint combattu. Cefuretitlesplus impitoyables, Parmi leurs victimes, il faut d'abord nommer le gouverneur, dont la résistance était regardée comme un crime. La haine qui s'attachait à son nom éclata dans le dangerquecourutunejeuneHlle,bellcettremblanle, trouvée dans un appartement de la forteresse ; on crut qu'elle était sa fiUe, et des furieux avaient résolu de ta brûler ; un soldat des gardes françaises l'arracha à ses bourreaux.

Quant au gouverneur, im officier du r^Jment de la reine, nommé Ëlie, et un soldat des garder françaises, Hulin, s'efîorcent de le sauver. Élie porte au bout de son sabre la capitulation de la Baslille,ce papier dont les gardes françaises et les autres assaillants ont accepté les condi-

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tions ; ils ont entrepris, avec cette espèce de sauvegarde, de le mener à l'Hôtel de Ville à travers une foule qui ne lui épargne aucun outrage, aucune torture, malgré le dévouement de ses défenseurs. Ce fut sur la place de Grève qu'il succomba sous les coups de ses meurtriers, < en se défendant comme un lion, » suivant le rédt d'un témoin oculaire de sa mort'.

Nous croyons qu'il ne faut pas chercher bien loin l'explication de ces assassinats publics, commis par des furieux : il y a des natures violentes et cruelles qui s'exaltent dans les révolutions, et qui. au milieu des passions émues, arrivent à des excès qui sembleraient impossibles dans des temps plus calmes. Nous en avons eu des exemples contemporains, et Paris n'a oublié ni les journées de juin, ni les meurtriers du général Bréa.

La mort du gouverneur de la Bastille appelait d'autres morts. On lui avait coupé la tête et on la parlait au bout d'une pique : les sauvages se contentent de la chevelure de leur ennemi ; la barbarie des peuples civilisés, toutes les histoires l'attestent, est plus raffinée, il lui faut des trophées plus sanglants, et surtout quand la populace des grandes villes est la maîtresse, elle a des fantaisies de Néron : c'est là sa manière de régner, de montrer sa force et son pouvoir : connaissez-vous d'ailleurs rien de plus ingouvernable, de plus furieux que la colère d'un enfant? Le peuple, dans son ignorance, montre cette même colère, que trop souvent rien ne peut éclairer ni fléchir, et qui déborde comme les flots de ce peuple qui s'enivre de sa puissance et de son nombre

' L'abbé Lefebvre. Dubsaulx, un des électeurs de l'Hôlel de Ville, rapporte ces paroles dans la relalioa qu'il a puitliée sous le titre de .'Œuvre des tepl jours, f. SOI.

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