L-UOTEL Dl VILLE
gsrde bour^ise qui se jcnndrait à la garoison de la Bastille; mais ni lui ni l'flôtel de Ville n'avaient alors assez de pouvoir pour opérer celte transaction, et quand Thuriot de la Rozière sortit de la Bastille, il courut des dangers personnels au milieu de la multitude insurgée, sur laquelle les idées de trahison exerçaient beaucoup d'empire.
Le mouvement qui avait lieu, dépassait non-seulement l'attente du pouvoir^ de la cour, comme on disait alors, mais crile de la municipalité improvisée qui représentait assez eiaetcment à l'HAlel de Ville cette partie des classes bourgeoises qui aspirait à fonder sur les idées nouvelles son propre pouvoir, et à marcher ainsi à la tète'du tiers état, qui, pour elle, signifiait la bourgeoisie.
L'Hdtel de ViUe aurait voulu, dans Paris évacué par les troupes royales, gouverner seul avec la garde qu'il venait de créer; traiter ainsi, comme il l'aurait entendu, avec la royauté en même temps qu'il aurait fait respecter par le peuple sa propre autorité. Or les électeurs avaient pu, au raÛieu de la fièvre éltidorale, quand les étals généraux Tenaient de se réunir, quand la tolérance feidle de M. Nedira* et l'enthousiasme populaire permettaient à peu prés toutes les initiatives, dont l'intérêt du tiers état était l'objet, se poser comme intermédiaires entre Paris et les députés qui siégeaient è Versailles, s'emparer enfin du pouvoir municipal et devenir la seule autorité civile de Paris. C'était une des improvisations du pouvoir'électif dans son premier épanouissement, ce ne devait pas être ia dernière. Les électeurs avaient nommé les députés, ils se nommaient eux-mêmes. Appartenant i la classe moyenne, ils formaient une garde bourgeoise dont le cadre allait renfermer des millions de Français;
c'était la pensée de Mirabeau et de Sieyès, et c'est ainsi qu'ils espéraient sans doute rafFermir l'état d'une so* ciété nécessairement ébranlée par un mouvement si nouveau, auquel amis et ennemis devaient bientôt donner son nom véritable, celui de Révolution. Mais, après les agitations quiont précédé et suivi la réunion des états généraux, une émeute partie du Palais-Royal, qui est toujours en avant de l'Hôtel de Ville, et qui est le centre populaire, comme l'Hôtel de Ville est le centre bourgeois, devient une insurrection, et, un jour, elle se présenleà l'Hôtel de Ville avec des tètes au bout des piques, pour procéder h de nouvelles exécutions qu'elle lui imposéi-a, et qu'on le verra, sinon approuver, au moins tolérer comme inévitables; situation qu'il se crut forcé de subir, mais qu'assurément il ne pouvait vouloir, et qui menaçait de changer le cours de la Révolution, en mettant, dès l'origine, les sanglantes manifestations de la rue au-dessus de tout pouvoir civil.
En résumé, l'insurrection de la rue avait suivi l'insur^ reclion de l'Assemblée contre l'ancien pouvoir; de quelque manière qu'on interprète le fait, il est incontestable; la prise de la Bastille était le serment du jeu de paume populaire.
- Après la reddition de cette forteresse, l'insurrection victorieuse avait pris naturellement le chemin de l'Iiâtel de Ville; quoique peu écouté, c'était encore, dans la ville de Paris le pouvoir du moment. Même au milieu d'un mouvement révolutionnaire, il y a toujours chez l'homme une tendance à chercher quelque part un centre, un pouvoir. D'ailleui-s, il avait été d'abord arrêté que l'oncono duirait le gouverneur de la Bastille à l'Hôtel de Ville, et ses' défenseurs espéraient ainsi le sauver. On a vu déjà
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comment il avait pèrî sur la place de Grève. Quelques instants après, la foule insurgée, avec des cris qui de loin proclamaient sa victoire, venait toute armée se jeter sur la place de l'Hdtel -de-Ville, et triompher de la prise de la Bastille devant le comité qui avait voulu traiter avec le gouverneur.
Cette multitude fit irruption dans la salle avec un élan et dans un appareil qui élaient faits pour effrayer les électeurs; une main Sanglante s'étevant au-dessus de la foule montrait la boucle de col du gouverneur, tandis que pinceurs des combattants étaient portés en triomphe et couverts de lauriers. Les clefs, le drapeau de la Bastille, le règlementdela prison au bout d'une baïonnette, figuraient dans cette espèce de revue que l'insurrection victorieuse passait à l'Hôtel de Ville. I^ place et les quais étaient remplis par les masses dont les quinze cents hommes environ qui défilèrent dans la salle formaient comme l'avant-garde.
H. de la Salie, commandant de la garde nationale, sauva la vie à des prisonniers que l'on voulait tuer sous les yeux mêmes du comité*.
H. ^e Flesselles, le prévôt des marchands, avait temporisé autant qu'il avait pu avec la multitude; U avait promis des armes sans les donner, suivant à peu près, au milieu de l'effervescence populaire, le même système que les électeurs qu'il présidait. On prétendit qu'on avait trouvé sur le gouvemem* de ta Bastille un billet du prévôt des mardiands ainsi conçu : a J'amuse les Pari-
• L'abbé de Hoiitgaillard (t. H, p. 75) résume ainsi les résultats du siège de la Bastille : • On trouve une centaine de morts parmi les assaillants; delà garnison, outre le gouverneur et le major, deux lieutenants et trois invalides ont péri sous les coups des assassins. •