KËCKER DEVANT LES ÉLECTEURS
leurs, qui, elle-même. Va bientôt disparaître. C'est là que, entouré d'une suite composée de personnages d'élite, Necker demande h ces électeurs, représentants encore de l'insurrection victorieuse, la mise en liberté du baron de Bezenval , coupable d'avoir commandé la force publique sous les ordres du maréchal de Bfoglie, et d'avoir été disposé peut-éire à exécuter les ordres que son chef lui aurait donnés dans ce commencement de résistance, ou, si l'on veut, de démonstration armée, auquel le roi s'était Un instant résolu.
Ce qui montre bien la sincérité des idées et des espérances de Necker, c'est ta confiance avec laquelle il s'adresse non-seulement aux électeurs, mais à tous ceux qui unt pu prendre part à la dernière insurrection : • Devant le plus inconnu, le plus obscur des citoyens de Paris, je me prosterne, s'écrie-t-il quand il est en présence des électeurs de rHdtel de Til\e,jemeietteàgenovx pour demander qu'on n'exerce ni envers M. de fiezenval, ni envers personne, aucune rigueur semblable, en aucune manière, à celles qu'on a récitées', a
Nous n'insisterons pas sur la position prise par ce ministre qui se met aux pieds de tout te monde, pour qu'il y ait un gouvernement en France et que les passions n'y prennent pas la place de la justice.
Cependant les électeurs, ce pouvoir qui s'est luimême improvisé à cûlé des États Géncriiux, sont émus par un langage qui a le mérite d'être en parfaite harmo- ■ nie avec la sensibilité de l'époque et avec les terreurs qui pouvaient l'accompagner'.
' Par le mot de rigueur H. Necker veut caractériser loules les vio- Imces dont il est question aunnoiaent de son retour. ' SI. Necker, eu demandant celle insigne faveur, la mise en litwité
^. .oogic
L'utopie se montrait encore ttaos le discours deNecker : parlant de l'avenir, il montre tous la bieni (jue peuvent promettre l'union du peuple et du $omerian et l'accord de toutes les forces propres à, fonder le bonheur sur la Uberté et ta durée de cette liberté sur le bonheur général. > Ah I messieurs, ajoutait Necker en terminant cette supplique, dont les électeurs furent très-émus, que tous les dtoyens, que tous les habitants de la France, rentrent pour toujours sous la garde des lois I Cédez, je vous en supplie, à mes vives instances, et que, par votre bienfait, ce jour devienne le plus heureux de ma vie et l'un des plus glorieux qui puissent vous être réservés. »
Il ne tint pas aux électeurs, devant lesquels Necker déployait une éloquence assez analogue à celle qu'avait montrée Lally-Tollendal k l'Hdtel de Ville, lors de la récente visite du roi, que Necker -ne fâ( exaucé. Comme il le leur avait dit avec raison au commencement de sn supplique, il s'adressait à des hommes disXingnés par une éducation généreuse, et dans le style du dix-huitième siècle, cela voulait dire qu'il y avait rapport d'idées et de sentiments entre Necker et les électeurs de Parisj comme entre Lally-Tollendal et lui ; mais, par une pression qu'exerçaient déjà les circonstances toutes nouvelles où l'on se trouvait depuis le 14 juillet, ce serment du jeu de paume de la me, les électeurs de l'Hôtel de Ville, qui avaient exercé tant d'influence à dater du mouvement d'opinion qui avait précédé les États Généraux, allaient se démettre des fonctions municipales. Les soixante distiicts de Paris, réunis en assemblées primaires, sous
(te H. de Bezenral, invoquait iv^irniSanmixtieqmrendrititleeatiiu à la France. (Voir Droz, vol. II, p. 39&.)
LES ASSEHBl^BS PRIHAIRBS. 117
l'impression, dit-on, des paroles de Mirabeau, qui avait voulu, en les agitant, se faire nommer maire de Paris, avaient nommé une assemblée de cent membres, qui allait devenir la Commu7ie de Pari$. Les électeurs s'effaçaient devant une situation Qu'ils ne pMivaient régler, et Bailly lui-même avait invité les districts à élire rassemblée qui allait hériter de ces électeurs, qu'un historien de ta Révolution appelle une oligarchie *.
Les électeurs avaient eu de la force contre le pouvoir royal, de l'influence sur l'Asscanblée constituante, qui recevait leurs communications; ils étaient au moment d'abdiquer devant le mouvement du 14 juillet et des élections de districts, basées sur la souveraineté des assemblées primaires. Ce n'était d'ailleurs ici que la logique même de ta souveraineté du peuple qui remontait i son origine en remontant au premier degré d'élection, logique inflexible, on le voit, qui , lorsque l'Assemblée qui devait représenter la France s'était réunie depuis trois mois à peine, se formulait dans les faits avec un empire eïtraordinaire. Car, si les esprits n'avaient pas été eux-mêmes pleins de cette théorie, la parole de Mirabeau ne les eât pas trouvés si disposés à l'appliquer; et, fait bien remarquable, ces mêmes assemblées primaires, qui revendiquèrent ainsi leur souveraineté, ne portèrent point Mirabeau à la mairie de Paris, comme il l'espéiait, preuve évidente qu'elles étaient sous l'empire exclusif d'idées théoriques, qu'il suffisait d'invoquer pour qu'elles s'affirn^ssent sans vouloir servir d'instrument ft une ambition personnelle*.
' Voir lUiîleire de la Révotttlim par H. Louis Blanc, t. U, p. tàl. * U. Louis Blanc fait une observalion curieuse à cet égard, c'esl
Quand Necker vint donc à l'Hdtel de Ville demander la mise en liberté de M . de Bezenval, il y trouva la nouvelle municipalité déjà inslallée; c'est par elle qu'il fui d'abord reçu, et non pas Tordre, mais l'iavitation de faire mettre en liberté le baron de Bezenval fut signée par les nouveaux élus. Deux d'entre eux même se rendirent à Villenaux pour que le vœu de Necker fût aussitôt satisTait. Puis celui-ci , accompagné des représentants de la commune, passa dans la saUe où les électeurs étaient réunis et y relut son discours, qui excita le plus vif enthousiasme. On n'entendit bientôt plus de tous côtés que les « cris de pardon, de grâce, d'amnistie, » et deux électeurs, comme le président de l'Assemblée nationale, adressèrent k M. de Necker des harangues où il semblait que désormais il élait l'arbitre comme le sauveur de la France. On y remarquait ces mots : « Un peu^ nombreux se presseravos pas, il ne pourra janwit oublier que c'est par vous qu'il existe, la destinée de cet empire est visiblement unie à la vôtre'.
Enfm, la délibération suivante, rédigée parM.deClermont-Tonnerre, reçut immédiatement la signature des électeurs : « Sur le discours si vrai, si sublime et si attendrissant de M. Necker, l'Assemblée, pénétrée des sentiments de justice et d'humanité qu'il respire, arrête que le jour où ce ministre, si cher et si nécessaire, a été r«idu à la France devait être un jour de l%(e; en conséquence, elle déclare, au nom de tous les habitants de cette capi-
que ces mimes bourgeois, qui formaient l'immense majorité des dùtricls, craigniienl la violence des passions de Mirabeau; mais ils ne craignaient pas, à ce qu'il parait, d'agir au nom de la souveraineté du peuple (Uinb Blanc, Histoire de la Bévolttlion, t. II, p. 457). < Droi, t. U, p. 206.
ARRÊTE DE l/HOTBL DE VILIE. 119
[aie, ccriaine de ne -pas ôlre désavouée, qu'elle pardonne à tous ses ennemis, qu'elle proscrit tout acte de violence contraire au présent arrêté, et qu'elle regarde désormais comme les seuls ennemis de la nation ceux qui troubleront par leurs excès ta tranquillité publique; et, en outre, que le prés^t a?rôté sera lu aux prônes de toutes les paroisses, publié à son de trompe, envoyé à toutes les municipalités, et que les applaudissements qu'il obtiendra distingueront les bons citoyens'. »
Cet arrêté était pris au moment où Necker venait d'être conduit à une fenêtre où on l'avait montré au peuple, qui l'appelait par ses acclamations. Quand il se retrouva au milieu des électeurs et des représentants de la commune, on lui donna lecture de cet arrêté improvisé pour rendre son triompbe complet; il en fut ému jusqu'aux larmes, et il retourna à Versailles, naturellement sous l'impression du triomphe qu'il venait de remporter sur les passions pc^ulaires*.
Mais à peine l'arrêté était-il rendu qu'il fut attaqué dans les districts par des hommes d'opinions plus avancées, comme il arrive toujours dans les révolutions, auxquels se joignit Mirabeau, mécontent de voir Necker rentré au pouvoir et de ne pas y être lui-même.
Il en est ainsi dans les époques où les idées sont profondément remuées : les ambitieux n'y voient que des moyens et des Instruments.
De bonne heure cependant Mirabeau demandait plar£ pour son génie : il n'avait pu être ministre, il voulait, nous l'avons vu, être maire de Paris; et, quoiqu'il eût
•Droi, t. Il, p. 297.
' H., Ibid.
échoué déjà dans celte prétenUon, parce f{u'il avait échoué, il voulut faire sentir son pouvoir, qui, certes, eût été nul à Paris dans une tout autre situation. Le dislrict de l'Oratoire, qui était le sien, opposa un arrêté à celui des électeurs et des représentants de la commune, sans doute au nom de la souveraineté du peuple, qui ne devait appartenir qu'aux assemblées primaires.
Il suffit de cet acte d'opposition, auquel plusieurs districts donnèrent leur assentiment, pour que les membres de la commune, élus par les districts, revinssent sur leur arrêté ef rappelassent leurs envoyés, tandis que le district de l'Oratoire, devenu le souverain, ou, si l'on veut, le ministère de l'intérieur et de la police dans une telle circonstance, chargeait deux de ses membres d'aller à Villenaux porter l'ordre d'y retenir Bezcnval prisonnier'.
Les électeurs, moins faibles que les membres de la commune, auraient voulu maintenir l'arrêté commun et les principes d'humanité qui avaient été proclamés k l'Hfttel de Ville, à l'occasion du retour et de la visite de Necker; mais on ne voulut point entendre leurs députés à l'Oratoire, qui était Fort parce qu'il se prévalait de )a passion révolutionnaire. Le toscin commença à sonner et l'émeute à gronder.
La nuit s'annonçait avec de nouveaux orages. Les meurtres si récemment commis à l'Hêtel de Ville parlèrent sans doute à l'esprit des électeurs effrayés, les seuls qui eussent résisté jusque-là, car la commune, on l'a vu, avait déjà cédé; ils cédèrent aussi, et donnèrent de leurarrélé une explication qui l'effaçait*.
' DroE, t. II, p. 297.
« l»roi, t. 11. p. 298.
LE BiHOS M BItraiTAL. iU
Us écrivirent à Nccker pour hii annoncer leur détermination '.
Les électeurs, en retirant leur arrêté, avaient déclaré qu'ils n'avaient jamais eru ni pu crùire qa'iU aeaifnt le droit de rémission. Qui l'avait donc ce droit, c'est-à-dire le droit de grâce? Il pst évident que c'était le roi; mais on voit que Necker, dans sa lettre, ne parle du roi et du présidait de l'Assemblée que lorsqu'il a échoué à l'Hâtel dti Ville, tant, au milieu de ses illusions, il sentait luimême que le pouvoir du moment était là.
C^>endsnt une séance pleine d'agitation eut lieu à l'Assemblée, écho déjà de la situation de Paris, où la question de la mise en liberté du baron de Bezenval fut discutée entre les partisans et les adversaires de la mesure.
On posa, ce qui était fait poar surprendre, une question de pouvoir : les électeurs avaient-ils le droit de prendre l'arrêté qu'ils avaient prisi Ils avaient bien eu le droit de siéger à l'Hôtel de Ville depuis les élections et d'y exercer une autorité que l'Assemblée elle-même avait reconnue, au nom de la ville de Paris, dont on les avait regardés comme les représentants et les organes. D'ailleurs, les membres de la commune, sortis des districts, élus nouveaux des assemblées primaires, n'avaient-ils pas sanctionné l'arrêté des électeurs?
Ce n'était pas la véritable question.
■ lïetier leur fit la réponse suivante : • J'ai reçu la triste nouvelle que TOUS m'àvea fait l'honneur de me communiquer; j'en rendrai compte au roi. et je m'en entretiendrai avec M. le président de l'Assemblée nationale. Mon bonheur n'a guère duré. C'est tout ce que je puis dire dans le premier moment, et n'étant instruit qu'imparfaitement par la lettre que vous venez de m'écrire. >
Il y avait un pouvoir qui mettait à néant l'autorité des électeurs, c'était celui d'une opinion qui déjà les avait remplacés par les membres de la commune euimêmes, déjà sous l'empire de cette opinion, avant qu'ils eussent pu prendre aucune iuitiative, et qui, à la première injonction, venaient de lui céder.
L'erreur des membres de l'Assemblée était précisément déjuger la question comme si l'on se fût alors trouvé dans des circonstances ordinaires ël noiimales.
Dans la discussion qui éclata entre (.ally-Toll^da), Clermont-Tonnerre, Mouuier et Mirabeau, on agita cette grande question de la liberté individuelle qui appartenait àui principes mêmes que l'Assemblée était venue soutenir; au moment où la Bastille venait d'être prise au nom de ces principes et de la liberté indéfinie, qui permettait jusqu'à l'insurrection, il était curieux d'entendre Robespierre et d'autres députés méconnaître précisément les garanties les plus ordinaires de la liberté individuelle.
En résumé, l'Assemblée, sans improuver l'arrêté qu'avaient pris tous les électeurs et les membres de la commune, l'interpréta comme eux, c'est-à-dire céda à la pression des districts et des assemblées primaires, et déclara que le baron de Bezenval était sous la sauvegarde de la loi, ce qui était tout simplement maintenir son arrestation.
Avant de suivre les séances de l'Assemblée et d'y étudier les discussions d'où devait sortir la constitution nouvelle, nous avons encore h indiquer les conséquences du 14 juillet, non-seulement à Paris, mats dans les provinces, la développement d'une situation qu'il importe de ne pas perdre de vue pour avoir une idée juste de la Révolution.
Les désordres les plus graves avaient éclaté dans plu-
LES PRO¥[NCES. 153
sieurs villes : h Strasbourg, où pendant Irenle-six heures les soldais de la garnison et la populace commirent les plus grands excès; à CaMi, où Belzunce, major des dragons, fut massacré; dans les campagnes, où des alarmes habilement répandues, on le croit, par la politique et les émissaires de Duport, un des chefs du club breton, soulevèrent en même temps toutes les craintes et toutes les passions, et, au lieu des brigands imaginaires dont on menaçait les paysans, les transformèrent eux-mêmes en furieux qui, au bruit du toscin, se levèrent contre les aristocrates, commettant des « dévastations et des atn>cités, » se livrant à l'incendie des châteaux et au massacre des propriétaires '.
' Jo^epti Droz, auquel nous empruntons ces mots de dévasloliom et A'alrocités, explique ainsi l'intervention de Duport dans ces tei^ ribles circonstances, de ce jeune conseiller au Parlement qui, avant U Révolution, était un de oe& hardis oOTateurs préludant par la théorie à l'action qu'ils devaient isercer plus tard. • Duport, dît Joseph Droz, nous en verrons plus d'une preuve, avait, à un haut if%tè, l'esprit d'intri;,Tje révolutionnaire. En quinie jours la France fut armée ; mais quelle diri'érence entre former une garde nationale et jeter ainsi des armes à tout un peuple, aux prolétaires, aux gens les plus pauvres et les plus ignorants ! Duport, bien qu'il eût de l'iiabjleté, ressemblait à un mécanicien qui construirait des machines
sans calculer leur force et leurs elTels J'aime à croire, du moins,
que les elTets de si tentative hardie dépassaient les bornes qu'il voulait leur donner. Sans doute il était loin des inlentious d'un homme nourri dans la magistralure de provoquer la dévastation et l'assassinat; mais, pour exécuter son projet, on ne pouvait trouver des émissaires que parmi d'infAmes intrigants et des gens à tète folle. Ces hommes emportèrent les idées forcenées des dttbs ien plus démocratiques et prêchèrent en courant le meurtre et l'incendie. Dans plusieurs province, ils montrèrent de prétendus ordres du roi portant injonction de brûler les châteaux, et ils annoncèrent que Louis X.V1 voulait qu'il De restât plus en France d'autre château que le sien. Les paysans, qui auraient voulu ne payer ni droits seigneuriaux, ni impôts, n'étnient
Quand on réfléchit au mobile qui poussait les paysans h ces crimes, on retrouve le même qui venait d'agir sur leeliommes qui avaient assassine de Launay, Berthier et Foulon à Paris, le même qui, en présence des troupes réunies contre les désordres de Paris, avait fait éclater l'insurrection du 14 juillet : l'autorité ou les premières classes de la société, devenues des objets de haine et de suspicion, d'ijiquiélude farouekey comme dit M. Louis Blanc lui-même S voilà quelle était la conséquence des théories qui exaltaient alors un si grand nombre d'esprits.
Popularisées par les actes mêmes de l'Assemblée, les idées, qui changeaient en même temps les conditions du pouvoir et celles de la société, qui mettaient la souveraineté dans le nombre et par conséquent dans la force matérielle, réagissaient avec une violence extraordinaire contre le passé tout entier, société et pouvoir, comme si ce passé, qui avait fait la France cependant, quelques reproches qu'on lui adressât, n'avait été qu'une longue et criante injustice, qu'une barbare usurpation.
Comment s'étonner que l'envie des petits contre les grands, contre les riches, contre les puissants, une fois surexcitée, et souvent par l'enthousiasme des révolutionnaires convaincus et naïfs, des utopistes surtout, l'explosion, depuis longtemps préparée dans les idées, éclatât dans les faits, qu'une longue traînée de flamme et de sang attestât dans toute la France et le triomphe démocratique du 14 juillet et les crimes qui l'avaient suivi?
qiie déjà trop préparés il recevoir une impulsion coupable. * (Joseph Droz, HisloiTe du Régne de Louis XVI. t. II. p. âSi et 385.) < Htëloire de ta Itéiiolulioit,' t. Il, p. 474.
\.'.ooqIc
Cette Bastille, qu'on avait prise, qui avait servi de prétexte et de but k l'insurrection, n'avait été que le point de départ de l'incendie.
C'était à cette situation que' Necker aurait voulu répondre par une mesure générale de récondlialion, par une amnistie; mais Contre de tels crimes l'amnistie des innocents n'était pas su&istuite, il aurait Tallu, dans la mesure du possible, le châtiment des coupables. Dans quelques provinces, les autorités locales et tes populations elles-mêmes réagirent contre ce débordement des passions révolutionnaires, et l'ordre matériel se rétablit': des incendiaires, des brigands que les circonslanc«îs avaient comme précipités à l'assaut de la société, et qui étaient l'armée mètae du désordre et de l'anarchie, dans le Dauptiiné, en Bourgogne, en Flandre, subirent le supplice qu'ils n'avaientque trop mérité. Mais, comme le fait observer un historien', il eût fallu que l'impulsion partit du centre. Or l'autorité royale était désarmée par
< JoBepti Droz, t. Il, p. 386, de son Histoire du Régne de Louis XVI.
' Droz, bien que favorable lui-m^e aux idées iioiiTelles, fait remarquer avec douleur que l'Assemblée est alors restée passive et sans énergie Les excès de la presse étaient inouïs, l'AssemUée les tolérait. < Les élect«HrB, dit Joseph Droi, avaient essayé (34 Juillel) de faire peser quelque resp<uisalHlité sur les auteurs d'écrits incendiaires. Les huines que cette tentative courageuse souleva contre eux n'empè{Mr«)t point leurs successeurs (les membres de la commune) de [a renouveler ; mais l'Assemblée nationale resla muette, et bîenldt la licence de la presse n'eut plus de bornes ; le féroce Marat, ce Réron boDT^eois, écrivit impunément dans son journal: f A qui la faute si
< les ennemis de la liberlé réussL<ssent enfin à se relever? Aux Com-
< munes, et aux communes seules, dont le défaut de vues politiques « ne leur a pas permis de sentir les suites funestes d'une retenue dé-
< placée et d'une fausse humanité. EfTaroucbèes de la fin tragique • de quelques scélérats, traîtres à la patrie, elles se sont trop em-
l'Assemblée, par le récent triomphe de l'insurreelion, et l'Assemblée n'eserça elle-même aucune action sar l'ëtat du royaume livré à une telle anarchie, à une anarchie sanglante, comme on le verra par le journal même de Harat, que nous avons cité.
Certes, les reproches que Tait l'historien du règne de Louis XVI à l'Assemblée sont justes en eux-mêmes; il aurait dû être interdit à une assemblée française de rester impassible en présence d'une telle situation; mais les circonstances avaient jeté sur le théâtre des événements un acteur, sur lequel l'assemblée du jeu de paume n'avait pas compté, cet acteur était tout le monde.
Ces électeurs qui s'étaient eus-mêmes improvisé un mandat que personne ne leur avait donné, ce club du Palais-Royal,, assemblée de la rue toujours siégeant au milieu de Paris, avaient presque remplacé l'Assemblée nommée par les provinces.
< pressées d'arrêter ces scènes sanglantes. * (Numéro du 17 septembre 1789. — (Uroz, Règne de louis XVI, t. Il, p. 286.) La situaUoD est ici bien manifeste l'ii y a une presse qui justifie les incendiaires et les assassins, l'Assemblée tais^ dire cette presse, et Marat,qui débute, est ainsi encouragé à continuer. Certes, l'immense majorité de l'AssemUée, nous n'en douions pas, était contraire à ces crimes et les condamnait ; mais elle était sous l'empire d'une situation, celle qui avait créé l'insurrection du ii juillet : réagirait-elle contre celle situation qui avait désarmé la cour, comme on disait alors? Allaitelle rendre à l'autorité royale une lorce prématurée en luttant contre ces auxiliaires séditietix que redoutait autrefois Mirabeau? anarchie même qui de Paris s'était étendue à toute la France? On voit bien qu'elle ne croyait pas le pouvoir, puisqu'dle n'osait interdire à Narat le pan^Tique de l'assassinai, et qu'dle lui permettait de blâmer les cwnmunes, qui avaient arrêlé trop vite, suivant lui, des icéties sanglanlfs, et auxquelles il reprodiail d'avoir manqué de vues politiques.
Lï CONSTITnAHTB. 1KI
Celle-ci avait beaucoup supporté de la rue et rien de ta royauté; n'allait-elle pas la refaire, ta reconstituer, et on peu, suivant cette fiction de la fable où l'on voit les enfants de Jason entreprendre de rajeunir leur vieux père en faisnnt bouillir ses membres, n'allait-etle pas mettre l'ancienne royauté, la vieille France, dans cette chaudière de la théorie et des idées nouvelles, d'où elles devraient sortir à jamais rajeunies, florissantes, maîtresses du présent et de l'avenir?
Il est impossible de douter que iel fût le sentiment de la majorité de l'Assemblée. Sans doute quelques hommes, amis de Necker, déjà frappés dans leurs illusions, auraient voulu que l'Assemblée comprît autrement et sa position et ses devoirs.
On l'avait vu dans la discussion relative h l'arrestation dn baron de Bezenval, quand cette Assemblée n'avait pu se déterminer à se prononcer contre les arrestations illégales et aussi contre cette violence qui, s'en prenant aux personnes, mettait en péril toute liberté et toute sûreté indifiduelles au gré des soupçons ou des haines populaires; lorsqu'après le 1 4 juillet la même Assemblée ajournait la proclamation que lui proposait Lally-Tollendal pour condamner l'anarchie et le meurtre, « dont l'épidémie, comme le dit Droz, se répandait dans toute la France'.»
■ 1 Les gens sans ayeu qui venaient de remplir d'alarmes Paris n'étaient pas étrangers aux nouveaux (roubles. N'espérant plus le vaste pillage de la capitale, gênés par la boui^eoisie armée, ils se je^ (aient dans les environs; ils Hrent une véritable attaque contre Brie- Comte-Bobert, dont ils mirent en fuite les liabilatils. il n'y avait pas à Paris de mouvement, général, mais à chaque instant, dans les rues, les passants traités d'ari:ilocrales couraient risque de la vie. La Fajette en trois jours sauva dis-aept personnes, et plusieurs faillirent être massaciées dans ses bras. Les lettres des provinces voisines appor-
.lK»ilc
Sans doule quelques hommes amis.de Necker, ceux qu'on appela plus tard les constitutionnels, auraient voulu que l'Assemblée comprit autrement sa position et ses devoirs, qu'elle entrât dans une voie de réaction contre Je désordre sanglant qui venait envahir la France.
C'était dans ce sens qu'était conçue la proclamation de Lally-Tollendal, qui en avait démontre la nécessité par les paroles suivantes : « tl est plus que temps dé raffermir la puissance publique ébranlôejusque dans ses fondements; il est plus que temps de réunir les parties éparses d'un gouvernement qu'on cherche et qu'on ne trouve plus, et de resserrer les liens sans lesquels toute société se dissout. » Ce langage n'avait point été entendu, et, comme Lally- Tollendal proposait de ne faire cette prodamation que de oont^rt avec le roi, d'inviter les Français à la « fidélité envers leur souverain', » des représentants s'effrayaient de la force qu'on allait rendre au pouvoir exécutif, et d'autres disaient qu'on allait le compromettre en l'excitant a donner des ordres qui ne seraient point exécutés*, tandis que d'autres, comme Buzot et Robespierre, s'indignaient que la proclamation fût dirigée contre les amis delà liberté". »
Et quand l'Assemblée s'était déterminée quelques joure plus lard à voler une adresse, elle n'avait plus offert que
taient des récils d'émeutes, d'assassinats; et l'nn ne pouvait douter que cliaque courrier anuonœrait les progrès de reffroyahie épidémie de crimes qui menaçait de s'étendre jusqu'aux eilrémilés de la France. > (i. Droz. t. Il, p. 296.) C'est ce qu'on a déjà tu.
• Droi, t. Il, p. 270.
« Id., Ibid.
' C'est après cette séance du 20 juillet que Foulon fut n 32 du même mois.
I L'&SSEHBLBE. IfiQ
des conseils timides de paii et d'union, sans que le pouvoir ropl eût été consulté et prit aucune part à cette mesare.
Ces dispositions de l'Assemblée, que Von a blâmées, en se plaçant au point de vue de la politique ordinaire et normale, n'avaient rien cependant, noua l'avons déjà fait obsei'vei', qui dût surprendre.
U force de l'Assemblée avait été l'émeute et l'insurrecivelion, l'anarchie en était la conséquence : comment raurait-ellerépriiftée?D'&iUeurs, cette anarchie invoquait des principes dont il était difficile de contester la portée. Dès qu'on admettait comme légitime la prise de la Bastille, qui était le résultat de la guerre déclarée à l'autorité par un mou\ement de rue et de place publique, comment parler d'ordre général et de respecf pour les personnes à la multitude, devenue l'armée, mais l'armée peu disciplinée de l'Assemblée? 11 y avait des excès, des crimes, mais « c'était la guerre, » disaient et disent encore les partisans des théories révolutionnaires, de cette souveraineté du peuple que Rousseau avait proclamée, i>t dont Robespierre défendait déjà les conséquences au nom du galutpublic, qui devait tout légitimer*.
< < n prononça ces mots de nalul public, pour la première Mu, â l'occadon de lettres adressées an cum e d'Artois, qui venaient d'être interceptées. Robespierre Tcniait qu'on les ouTrit, mais son avis ne prévalut pas : l'éïêque de Langres avait allégué l'esemple de l'antiquiré pour Taire respecter le secret des lettres ; il (Robespierre), sel<m l'eipression de Garsas, foudroya Vargument de Véetque de Langjvs; ce n'était pas l'antiquité qu'il y avait ici à invoquer, c'était la suprême loi du salut public. Salut public! Ces deux mots dans la bouche de Robespierre auraient fait tressaillir l'Assemblée si elle av-iit pu entrevoir alors lout ce qu'elles contenaient de puissance, de majesté, de lerreur et de prodiges. « (L. Bbnc, Histoire de la Bévolution, t. il, ..ooglc
C'est une des éludes les plus importantes de l'histoire de cette première époque révolutionnaire, que celle des formules et des opinions politiques dans lesquelles vien-
p. 460 et 461 .) Comme le fait observer avec raison M. Louia Blanc dans un auh'e passage, Robespierre était disciple de Rousseau; cette loi du salut public, proclamée par lui, est la conséquence directe de ce principe de la souveraineté du peuple, en vertu duquel le peuple, étant souverain, et souverain absolu, n'est lié par rien, pas mêmepar le contrat social, qu'il peut rompre quand il lui convient. A plue forte raison, si l'on part de ce principe, le peuple, qui n'est astreint à aucune loi sociale, n'est-il astreint à aucune loi puMique ou judiciaire, et, maître du pouvoir 'par la force, il peut, lui souverain, se rendre justice à lui-même. C'est exactement ce que ditsait Harat dans son journal, quand il se plaignait qu'on se fût empressé, dans- les provinces, d arrêter des scènes sangtaates, et qu'on se fût effarouché de la fin tragique de quelques scélérats, traîtres à la patrie. Évidemment, d'après Robespierre et Harat, le peuple était juge des traUret i la patrie, et il lui était permis de les tuer eu vertu d'un pouv<Hr souverain dont il disposait. Ils n'étaient pas seuls à soutenir ces idées M. Louis Blanc cite une broctiure de l'époque intitulée les Incendiaires du Dauphiné, ou les Ennemis des Grands, où l'on justifie ainsi les crimes dont la France était le tbéAtre : u Les grands, les riches, les seigneurs des provinces, ont si longtemps, si cniellemet écrasé le peuple, qu'il y a une ancienne haine presque ineffaçable. On a pris à ce peuple sa subsistance pour la fondre en argent, pour la porter en redevances à des seigneurs lyrannîques ; tantôt c'étaient des corvées, tantôt c'étaient des prorés injustes, tantôt des violences. La vengeance s'amasse pendant un siècle dans des cœurs ulcérés, et aussitôt qu'elle peut ^ir c'est un tcu'rent qui n'a plus de frein. •
Nous n'examinons pas ici un pareil tableau, auquel la convocation des Assemblées provinciales et des Ëtals Généraux, eût-il été vrai, était la meilleure réponse ; nous nous bornons à rappeler ici la longue action du pouvoir royal, qui avait transformé, depuis des siècles, l'ancienne féodalilé, dont il ne restait plus que de très-faibles vestiges, le pouvoir judiciaire comme l'adminL^lration entre les mains de la bourgeoisie, les intendants beaucoup plus puissants que les seigneurs dans les provinces, le règne de Loui^ XIV appelé par Saint-Simon un régne de bourgeoisie; mais, n l'époque du Consulat, nous aurons Toc-
LES THÉORIES. IBt
nent s'appliquer les théories de l'école philosophique, théories inflexibles passées dans l'esprit des adeptes à l'état de dogmes, après un mouvement d'idées qui allait au renversement de tous les anciens dogmes, de tous les anciens principes.
C'était ce qu'on appelait alors le triomphe de la raison, qui aurait eu comme le peuple, ainsi qu'on le verra dans une note où nous citons un pamphlet de l'époque, ses représailles et ses vengeances à exercer.
Cest ainsi que se développait avec les théories du dixhuiliéme siècle, qui passaient dans les faits, le mouvement révolutionnaire.
Le but sincère de ces théories, pour un grand nombre^ était l'utopie, celte promesse, tant de fois ofTerte à la France par les hommes du dix-huitième siècle, dont l'Assemblée constituante était la représentation, d'un état de société bien supérieur à tout ce que l'esprit de l'homme avait jamais pu espérer.
La philosophie du dix-huitième siècle avait beaucoup attaqué le passé; les publicisles révolutionnaires, Sieyés en tête, avaient tout résumé en disant que ce peuple, qui devait être tout, n'était rien : l'Assemblée constituante, en
tasion de revenir sur la queHian de cet ancien régime, qui, d'après les publicistes de 89, atait provoqué tant de vengeance, nonr^eulement contre les noblis, maïs coolre les ricties, comme si le peuple, au iwut d'une longue oppression, sans recours contre ses tyrans, n'itïait plus qu'à se rendre justice à lui-même, dans un pays où sans doute Richelieu u'aTait pas porté lee derniers coups à la féodalité et à ses eicés, et n'avait pas abattu les châteaux forts, où il n'y avait pas eu non plus des parlements disposés, en toute occasion, à donner lorL à la noblesse d'épée, dont la robe, d'origine bourgeoise, était la rivale ; mais nous l'avons dit, nous reviendrons sur cette question du passé, à f époque du Consulat.
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déelarant que tout était à refaire, par conséquent à défaire, et qu'il fallait tout reprendre en sous-œuvre, gouvernement et société, était venue répondre à ce mouvement d'idées ; mais naturellement il ne s'était pas drconscril dans les élections, dans la presse, il avait débordé dans les clubs, dans les émeutes, pris la Bastille, fait comparaitre la royauté devant le peuple de l'HAtel de Ville, mis la cocarde de rinsurreclion, de la souveraineté du peuple, sur le front même de la royauté, semé la France de meurtres et d'incendiesj que les amis des idées nouvelles déploraient ou regardaient comme de simples écarts, à moins qu'ils ne les approuvassent comme fiuzot, Robespierre et Marat, ou qu'ils se trouvassent embarrassés pour les condamner, comme la majorité de l'Assemblée; ce qu'il y a de certain , c'est que, bien ou mal interprétées, les idées .du dix-huitième siècle, le principe du laisser faire, dii laisser passer, la liberté indéfinie, proclamée la veille des états généraux, au moment de l'émeute dont quelques paroles dé Réveillon avaient été le prétexte, la négation de toute autorité traditionnelle, la suspension du pouvoir royal, en vertu dus principes adoptés par l'Assemblée constituante elle-même, étaient l'origine première, incontestable d'un tel état de choses.
Quel que fôtle système d'idées qui entraînait toutes ces conséquences, nous l'exposons h mesure qu'il se développe dans les faits avec les excès, les crimes qui peuvent l'accompagner.
Nous ne cherchons pas à nous en prévaloir pour lui faire d'avance son procès, à l'époque où nous sommes parvenu; l'œuvre que nous avons entreprise n'est pas une œuvre de polémique, mais une élude qui ne pourra être complète que lorsqu'elle sera arrivée à son dernier
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lerme; en ce moment, il importe surtout d'indiquer les. drconstances au milieu desquelles l'Assemblée, issue du mouvement de réforme philosophique du dix-huitième siècle, vient, avec une sincérité que nous ne voulons pas contester, proGéder a la formation, ou, si l'on aime mieux, à la création d'une France nouvelle.
l'Assemblée avait pu déjà s'apercevoir que l'œuvre n'était pas facile, elle le montrait par l'excessive modération dont elle faisait preuve à l'égard du désordre de la rue, qui, d'ailleurs, pour plus d'un de ses membres, n'était pas le désordre *.
Cependant c'était au milieu de telles circonstances
' Lorsque h prodamalion proposée par Lallf Tollendal fut ^rans- Axmée en adresse, l'Assemblée rejela le paragraphe suiianl : * Désormais, quiconque exdterait des troubles doit ëlre réputé mauvais citoyen et sujet rebelle. » Ce mol de sujet avait dû être nutureUemenl repoussé : sujet de qui? sujet du roi ou de TAsieroblée? L'Assemblée était par le fait leprem^r des pouvoirs : n'élaitelle pas constituante? Viii de qui tenait-elle son autorité? Su souverain, comme disaient Rousseau et Baill; : le souverain ne pouvait être le sujet de personne. D'ailleurs, comment flétrir les troubles, au moment où l'on gloriflait rmsurrection du 14 joillet? Certes, la proposition de Lalij Tollendal |urUit des intentions les plus droites et les plus pures; t'influence de ce qu'on appelait alors la cour une fois écartée par le mouvement du U juillet, Necker et le ministère, dont il était le chef, rappelés au pouvoir, qu'; avait-il i &iire?Ëtablirmi gouvernement régulier, appliquer le£ idées de Montesquieu et copier en France les institutions de la Grande-Bretagne, en se les assimilant par les théories du grand écrivain sur la pondération des pouvoirs ; mais la réalité des faits se dressait contre toutes les espérances, contre les utopies et les bons sratiments de ^iecfcer et de ses auiis; ils voulùent réprimer les troubles, et la majorité de l'Assemblée, qui, par la force de la position qu'elle avait [H-ise, des idées qu'elle avait soutenues et proclamées, avait préparé malgré elle, sans doute, une telle situation, sous l'empire d'idées dont elle n'avait pu apprécier les résultats, était forcée de subir loules les conséquences, et deceUe position et de ses propres actes.
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qu'elle avait ii faire la Constitution, mission qu'elle s'était imposée par le serment du Jeu de paume, et que, d'ailleurs, les partisans des idées nouvelles lui avaient comme donnée d'avance, lorsque les étals généraux n'étaient pas encore réunis, lorsqu'il n'était pas même question de les réunir. On n'a pas oublié cette parole de Turgot adressée à Louis XVI, quand il disait que tous les maux de la France venaient de ce qu'elle n'avait pas de Constitution.
Mais entîn une entière satisfaction allait être donnée aux aspirations du dix-huitième siècle, à ses philosophes, h ses théoriciens, à ses économistes; car l'on peut dire ^ue, par l'influence de leurs théories, qui, sous une forme ou sous une autre, avaient pénétré partout, à la cour même, qui, par leur côté philanthropique, avaient séduit même le cœur d'un roi chrétien et ami du peuple; ils avaient comme nommé l'Assemblée nouvelle, où toutes les doctrines du dix-huitième siècle devaient bientôt se personnifier, même dans les rivalités et les luttes des partis, sectes plutôt que pailis, dévouées à certaines opinions préconçues, à certains dogmes, nous l'avons déjà dit, dans lesquels vinrent se personnifier aussi et s'affirmer les caractères, les vices, les ambitions des hommes, les personnalités révolutionnaires avec une logique, dont les événements seront les meilleurs témoins.
Il est vrai que, pour accomplir l'œuvre immense qu'elle avait entreprise, i-emanier le pouvoir, le reprendre par sa base, fonder, comme on disait, la liberté, l'Assemblée nationale constituante jouissait d'une grande popularité qui n'avait reçu encore aucun échec, malgré la puissance des clubs, de la presse, et cet accès d'anarchie qui tout d'un coup avait saisi Paris et la France.
l'asseublee. na
L'Assemblée paraissait Dlors dans une bien meilleure position que le ministre qui naguère semblait le sauveur du pays. Elle n'avait demandé aucun sacrifice à l'esprit qui agitait la France, ni imposé aucun contrôle à la presse*.
Les pouvoirs anciens s'inclinaient devant cette Assemblée, qui semblait en harmonie a\ec les idées et la situation du moment.
Le parlement, legrand conseil, la chambre des comptes, la cour des monnaies, lui avaient rendu hommage après le 14 juillet, comme si les événements, en effet, l'avaient investie de l'autorité souveraine, dont elle s'était déjà emparée au nom de la théorie pure. D'accord avec le prince qui venait de rappeler Necker, le ministre dont elle avait déploré la retraite, affranchie de toute crainte à l'égard de cette démonstration armée de la couronne qu'elle avait regardée comme menaçante pour son indépendance, l'Assemblée, malgré les suites dulijuillel, qui pouvaient effrayer une partie de ses membres, mais
• • On avait publié une mullitude de pamphlels après les meurtres commis à Paris, pmir en faire le pan^yrique. Il ; en avait un inlitulé : Convoi, service et enteiremenl de Irés-kmits et Irês-piiissants seigneurs. Foulon et Berlier de Sauvigny, morts subitement en place de Crève. • Le litre ne donne pas même une idée des atrocités contenue^ dans cet écrit, destiné à faire rire du meurtre. Camille Vesmoutins, dans ses feuilles, prit le nom de Procureur général de la lantertie. Les lètes coupées devinrent le sujet ordinaire des caricatures. Une estampe avec ces mots, le calculateur politique, représentait un homme assis devant un bureau sur lequel étaient rangéescinq têtes; il s'écriait: Qui (fe 24 yaye 5, reste i9. Des chansons contribuèrent à propager un délire sanguinaire; on entendit le Ça ira, qui fil dire au vieux Rajnal : « Les Français cliantent aujourd'hui leurs crimes, comme autrefois ils chantaient leurs victoires. > (Droz. t. K, p. 3S1,)
qui, on l'a vu, n'avaient motivé de sa part qu'une adresse fort pAIe à ses commettants, reprit le travail de la Constitution interrompu par les événements qui venaient d'intervenir,
La prise de la Bastille, en délinitive, semblait une concentration de tous les pouvoirs entre les mains de l'Assemblée, à une condition, il est vrai, celle de ménager la Révolution et de ne pas intervenir contre le mouvement, auquel il faut reconnaître qu'elle avait donné l'impulsion première en proclamant sa propre autorité supérieure à l'autorité royale, Ëiit si nouveau, si amirmal dans une monarcliie comme la monarchie francise, en face du petit-fils de Louis XIV et de l'héritier de tant de rois; mais fait logique au point de vue des théories de souveraineté populaire et de liberté indéfinie, qui avaient été émises par le protestantisme et la philosgphie du dix-huitième siècle, de la raison humaine, de la volonté humaine par conséquent, s' élevant au-dessus de toute tradition religieuse et politique'
Quoique l'AssemMée se fiit déclarée souveraine, elle ne croyait pas œpendant avoir bilîé le mandat quelle avait reçu des électeurs qui l'avaient nommée; le comité de constitution lit donc le dépouilienient des cahiers que les représentants des trois ordres avaient apportés à Paris.
n y avait déjà un contraste frappant, entre les derniers événements, l'insurrection de la Bastille, ses suites, le pouvoir unique en apparence de l'Assemblée, et le résumé que vint lui offrir M. de Clermont de Tonnerre de tous les cahiers, rédigés par toutes les Assemblées électorales de France.
Quel que fût l'état du pays en ce moment, c'était la France procédant a la nomination des états généraux sous l'empire sans doute des idées du moment, mais cependant avant l'insurrection du 14 juillet, quand l'influence de Paris n'était pas encore ce qu'elle devint bientôt, sous l'inHuence des clubs et de leurs émissaires.