‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 2)Chapitre 25 sur 86 · LA HUIT DU 4 AOUT. VI · texte numérisé non relu

LA HUIT DU 4 AOUT. VI

magistrats »ans autorité, la justice n'ett plm qu'un fait' lôme qu'on cherche inutilement dans les tribunaux. »

Ce rapport fut l'oceasion même de la séance du 4 aoi)t, une des plus extraordinaires, des plus inattendues, quoiqu'elle fût très -logique, de l'Assemblée constituante, au point de vue où se placèrent les hommes dont l'intervention et l'enthousiasme en déterminèrent les résultats.

D'après les convictions très-sincères, très-désintéressées assurément, de ceshommesquiappartensientà la première noblesse du royaume, il fallait supprimer non-seulement toute i'oi^anisation ancienne de la propriété nobiliaire, mais fout ce qui, sous une forme ou sous une autre, re présentait ce que l'on appelait alors un privilège, tout ce qui paraissait contraire aux droits naluieU, à l'égalité.

Le duc de Noailles, un homme de cour, mit. le feu, ï cette longue trainèe de poudre qui allait, en une seule nuit, faire sauter un étal de propriété el une orgar ganisalion sociale, sous le nom alors si attaqué de privilèges, qui, sans doute, pouvaient offrir matière à d'utiles et sages réformes, mais qui ne devaient point disparaître avec cette impétuosité révolutionnaire, avec ce fiévreux entraînement, dont il n'est que trop facile d'apprécier le caractère.

Il suffit de reporter ses regards sur cette nuit du 4 août, où, dans une ardeur d'améliorations et d'utopie, qui ne pouvait plus s'arrêter, on démolissait tout ce qui avait existé jusqu'alors, où l'on proposait déjà ta suppression même du Parlement h cAté de la réforme du droit de chasse, pour se rendre compte de l'esprit qui agissait sur l'Assemblée tout entière.

Ce fut surtout sur un point capital, qui exigeait la plus . .oogic

it» CHAPHRB V(.

grande prudence dans les changements à opérer, si lant de changemenls étaient en effet nécessaires, que l'on peut étudier et juger l'esprit d'innovalion qui éclatait dans la noblesse elle-même.

Le principe d'égalité, principe absolu naturellement, parce qu'il était abstrait, voulait qu'il n'y eût plus aucune espèce de privilège, pas même celui des provinces.

Peu importait que tel privilège local donnai à la province une base, une force dont elle pouvait avoir besoin, une organisation qui lui fût bonne, utile, précieuse, par exemple comme celle des états du Languedoc, que nous avons étudiée dans le premier volume de cette hisloire. Le moment était arrivé oùtnut ce qui pouvait distinguer une province d'une autre devenait une contradiction, que la théorie de l'égalité absolue ne pouvait tolérer.

On aurait compris qu'après toutes les attaques dont les droits féodaux avaient été l'objet, droits, au reste, dont ta réforme était demandée dans les cahiers des états généraux, on doit s'en souvenir, une proposition même extraordinaire eût devancé, dans l'Assemblée, l'examen et la discussion régulière de celte réforme.

Et sic'élaient des membres mêmes de la noblesse qui fussent venus proposer d'effacer jusqu'aux derniers vestiges de la féodabté, tandis que le brigandage qui désolait la France brûlait et détruisait leurs cjiâteaux, dévastait leurs propriétés, certes, il y aurait eu, dans un acte de cette nature, une garantie assez forte pour les plus soupçonneux amis de l'égalité et de la liberté, comme on disait alors, et du triomphe des idées nouvelles.

Mais si, h la lueur même de l'incendie de ses châteaux.

U NOBLESSE A L'ASSEIBLEE CONSTITUAHTE. 11B

la noblesse de l'Asserablée signait un pacte solennel avec i'espril de réforme et d'utopie qui régnait alors, le mouvement extraordinaire, dont elle prenait l'initiative dans la niîit du 4 août, ne s'arrêtait pas à la suppression des droits féodaux.

Un de nos historiens les plus révolutionnaires,M. Louis Blanc, en est lui-Tnême attendri, et il est le premier à proclamer en ces termes la sincérité et la grandeur du sacriUce ofTert par la noblesse de l'Assemblée constituante : n Des rapports alaimants, des récits pleins d'images sinistres, arrivaient à Versailles de chaque point de la France. Évidemment tous ces débals de ï Assemblée marchment moins vile que les passiom du peuple. Il se tint alors, pour les gentilshommes que la philosoplàe dtt àtxkttilième siècle avait à demi engagés à son service^ des conciliabules secrets, où dominèrent le fougueux vicomte de Noailles, le duc d'Aiguillon, ardent à cacher son père aux yeux de la postérité, le duc de la Rochefoucauld, Alexandre de Lamelh, ceux que l'aigre dépit de Rivarol appelle les démagogues de la démocratie, a Qu'avonsHsous à hésîfl 1er? se disaient-ils, voilà que le destin se prononce contre alerégime féodal- Ah! il ne nous reste plusqu'à honorer ff de notre mieux son agonie ; » et ils décidèrent qu'euxmêmes, les premiers, ils proposeraient l'abolition des droits féodaux. Conduire les funérailles du passé, c'était maintenant le point d'honneur de la noblessel

« On a écrit que cette décision n'eut rien de volontaire ; que la peur l'avait conseillée; que la nécessité l'imposa... Pour nous, nous ne tenons pas la nature humaine en si petite estime qu'il nous plaise de n'assigner aux faits éclatants de l'histoire qu'une origine avilissante. Nous rougirions d'avoir à reconnaître que toujours inévitablement

m CHAPITRE T[.

la justice est inférieure en puissance à l'égoîsme ou à la peur. Non, non, il n'en va pas de la sorte, et c'est précisément la gloire de la Révolution d'avoir embrasé de sa flamme (les cœurs ennemis, d'avoir vu ceux-là mêmes qu'elle frappa tomber à genoux devant elle de respect et d'admiralion*.»

A l'égard de la proposition qui supprimait les droits féodaux*, en proclamant d'autres réformes, d'ailleurs réclamées par les cahiers des états généraux, comme l'égalité de l'impôt par exemple, M. Louis Blanc fait observer que le duc d'Aiguillon devait prendre l'initiative en cette drconstance, et que le club breton, dont il faisait partie, l'en avait chargé la veille ; de sorte que la motion du vicomte de Noailles fut une surprise pour le club breton lui-même, dirigé par ce Duport qui avait eu tant de part au mouvement extraordinaire dont les résultats, en ce moment, effrayaient et désolaient la France.

On s'est plaint souvent de ce que l'ancien régime, par sa résistance àla Révolution, avait provoqué cette Révolution, enflammé ses haines et attiré sur le pays les plus grands fléaux. Il nous semble que la nuit du 4 août est une réponse suffisante à ce reproche et qu'à voir tous ces hommes qui rivalisent dans leurs propositions de réformeSj qui les accumulent les unes sur les autres comme

' Histoire de la SSévolulion, par M. Louis Blanc, t. II, p. 483 et 4W-

' H. Louis Blanc résume ainsi la proposition, ou, comme on disait alors, la niolion du duc de Noaillcs :

• L'é^'alité dansl'impdt;

< La destniction des privilèges qui écrasent le peuple;

f L'abolition des droits féodaux moyennant radial;

•I L'idwiition, sans rachat, des corvées seigneuriales, des uitininorles, de toutes les servitudes personnelles, r

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