‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 2)Chapitre 26 sur 86 · LA NUIT DU 4 AOUT · texte numérisé non relu

LA NUIT DU 4 AOUT

le Pelion Ossa de la Révolution, on ne peut nier que ce ne soit ici l'ancien régime qui change et détruise l'ancien régime'.

' ( Peindre fidèlement, dit encore H. Louis Blanc, VivrOK sainte, riDdomplableirressedont ceHenuitduiaoût 1TS9sipia]a \e mystérieux empire, les écrivains (jui en furent témoins l'ont eux-mêmes tenté vainement. Ce fiil une fièvre de générosité, ce fut un délire iabnégatiati, auxquels les annales d'aucun autre peuple n'eurent jamtàs rien de comparable. Le marquis de Foucault s'élant plaint de l'abus des pensions de cour, les ducs de Guiche et de Morlemart s'empressèrent de déclarer que la haute noblesse serait fière de renoncer, pour l'avantage commun, aux bienrails du roi. Le duc de Chatelet proposa de convertir \e& dîmes en redevances pécuniaires; le vicomte de Beauhamais, de proclamer tous les citoyens admissibles aoi fonctions publiques'; le comte de Cusline, de mettre le prix du rachat des droits féodaux à un taux moins élevé que le ifenter trente, indiqué par H. d'Aiguillon; le duc de la Rochefoucauld, de délivrer les noirs des colonies; H. Cottin, de supprimer les justices seigneuriales"; M. de Richer, d'abolir la vénalité des oRîces*".

• L'émotion allait croissant. Une impatience, qui ne différait pas de thér&lsme, confondait les vœux en rapprochant les Smes. Le nombre des oITres généreuses était si considérable, le concours des motions expiatoires si véhément, que les secrétaires n'en pouvaient suivre sur le papier l'énuméralion trop rapide. OnconseilXer du Parlement réclama la dexlrvction des priviû'ges de la magistrature. Barère fit don à ses concitoyens de la finance de sa charge. Ceux qui n'avaient aucun sacrifice personnel à faire prenaient la parole pour ai exprimer leur douleur, * Je suis comme Catulle, dit le comte de Virieu. je n'ai qu'un

• moineau ! je l'offre. — Il est ici, répondit quelqu'un, plus d'une « Lesbie prêle à l'acceiiter. > C était la grâce dans l'enthousiasme. Des applaudissements prolongés se firent entendre ; la suppression des colombiers dans le royaume fut volée par acclamation. ■ Et nous aussi,

• dit le curé Tlûbault, nous voulons venir en aide au peuple. Le peu

■On» vu quecelle >dniisîibililé eiLslaitpour rîmmeDse majorité dei charges «t emploii, que la bourgeoiiie rempUssaïl la magiitratura el l'administration : lo propMiUoD du Ticomie d« Beiobamus n'itait qu'une loimale.

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Était-il unanime dans cette destruction?

N'y avait-il personne en France qui s'aperçût des dangers d'une ruine si rapide, si précipitée, qui, plus promp-

f que nous avons, nous l'ofTrons de bon cœur. Nous abandonnons le t catuel. • A ces mots, ce fut un attendrissement général : ■ Kon, < non, répondent une foule de voix, la patrie est reconoaissaitte de e, l'olTrande du pauvre, mais elle ne l'accepte pas. h Sur !a motiou de Duport, il fut décidé que la dotation des prêtres de campagne serait auguieutèe 1 on n'applaudissait plus, on pleurait.

■ Le président avait invité le clergé à se prononcer : Tévéque de ?iancf déclare qu'il donne une approbation entière au rachat des féodalités ecclésiastiques, a condition que le prix sera emplojé en fortdations pour le toulagemenl des pauvres. K son tour Tévëque de Chartres décrit en vives images la détresse des populations rurales; il montre le cultivateur forcé d'assister en silence au spectacle de ses champs ravagés par les meutes du seigneur voisin ; il demande I abolition du droit exclusif de chasse. Aussitôt, des bancs de la noblesse, part un cri d'adhésion, un cri puissant el passionné. La pileur des grandes inspirations couvrait tous les visages; une sorte de feu divin jaillissait de tous les regards ; on s'encourageait mutuellement à être heureux par la justice, à être forts par l'amour; une invisible main semblait avoir, du moins pour un instant, écarté le voile qui dérobe aus: sociétés imparfaites la vue des horizons lumineux, La séance étail une fête sacrée, la Iribiaie un aulel, la salle des délibérations était un temple. Ah I de tels souvenirs nous accablent, faible générâtlion que nous sommes. Car eufln, que savons-nous aujourd'hui d'égal h votre majesté, scènes imposantes qui files la gbire de nos pères?

« Les barrières qui coupaient le royaume définitivement abattues, les pays d'état supprimés, les privilèges yarliculiers des villes anéantis, l'honneur d'appartenir sans réserve à la grande famille française unanimement préféré à l'orgueil des souverainetés locales, au charme des habitudes, au respect des traditions du pays, à la dévotion de» sDUuent'f'j, voilà ce qui couronna l'ceuvre immortelle* . Lesreprésentauls du Dauphiné avaient ouvert la voie ; les représentants des autres provinces y entrèrent en se donnant la main. Provençaux, Bourgui> gnons, Lorrains, Normands, Languedociens, Auvergnats, Francs-Gom-

' Il manquai! b diiiiioB de la France en départemenls, malsceli devait mrird était dans la Ionique de cette d^moliitoa universelle qui tendait i créer, en France, roaité oiatérieile et «beolua d'un niema pa;s, réauini daua use capitale.

MAKCHE DE U T^YOLUTtON. 183

tetnent encore que rAssemblëe du tiers ne s'était déclarée nationale et constituante, entraînait dons une même chute tout l'édifice du passé, au moment surtout où, après l'insurrection du 14 juillet, l'autorité centrale, celle de la royauté, n'était plus qu'un nom auquel l'Assemblée elle-même , dans ses ménagements envers le club du Palais-Royal et la rue, sentait, au moins dans la partie la plus éclairée et la mieux intentionnée de ses membres, la nécessité de rendre et la force et le prestige qui lui permettraient de gouverner, de sortir de cette situation toute passive, où les derniers événements, les excès mèrae dont Paris et la France étaient le théâtre, devaient la retenir? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'aucune opposition ne se montra dans l'Assemblée, même de la part de cette majorité de la noblesse qui ne s'était ralliée à la Chambre du tiers que sur l'ordre du roi , aus voles émis dans cette séance et aux résultats qu'elle devait avoir; c'est qu'il y eut, entre les deux anciens ordres de l'État, le clergé et la noblesse émulation de dévouement et de sacriSces, ainsi que l'atteste le récit curieux et plein d'intérêt dans son enthousiasme de M. Louis Blanc, que nous avons cru très-utile de reproduire, témoignage irrécusable d'un événement comme celui de la nuit du 4 août.

. Un écrivain qui a foi dans les destinées de la Révolution . et de la Révolution extrême s'émeut de ce qu'il appelle

lob, tes Bretons ta&me, tous cet peuples dispiirureiil. Un peupte resta : c'était la France » (M. Louis Blanc, t. II.)

La suite de celte histoire donnera la juste mesure d^ appréciations àe U. Louis Blanc ; mais à ce mot de France par lequel il termine ce récit enthousiaste de la nuit du i août, il faudrait, noua le croyons, CD substituer un autre, celui de Paris.

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le délirey Yivresse sainte de ces hommes que « la philosophie du dix-huitième siècle, pour parler comme lui, avait engagés k son service ; » la séance du 4 août est, à ses yeux éblouis, k une fête sacrée; la tribune, un autel; la salle des délibérations, un temple I »

Cet enthousiasme, de la part d'une intelligence qui n'est ni sans force ni sans puissance, a évidemment quelque chose de curieux et de digne d'attention. Et le moment viendra où nous aurons à étudier, d'une manière plus suivie, une ivresse qui anime encore les partisans de la Révolution, malgré les événements qui ont suivi la nuit du 4 août, et tant d'illusions perdues par ceux-tà mêmes qui en furent les principaux acteurs.

Eo ce moment, il y avait tant de vitalité dans l'esprit de réforme générale universelle, qu'on venait de l'opposer à la réalité même des incendies et de la dévastation qui se propageaient dans toute la France, et que, pour mettre un terme aux brigandages qui désolaient le pays, la propriété repentante se donnait une sorte de tnea eulfa philosophique.

Sans doute il était possible d'introduire d'utiles modifications dans l'état de la propriété, mais ce n'était point avec cet esprit de théorie qu'il fallait agir, au risque de détruire quand on voulait éditier'.

I D'après le Moniteur, qui résume la nuit du i août, voici les résultats de celte nuit :

Abolition de la qualité de serf" et de la mainmorte, sous quelque dénominalioD qu'elle existe;

Faculté de rembourser les droits seigneuriaux;

Abolition des juridictions seigneuriales ;

' Comme on Ifl Toil dipi l'itiid^ Rigim 1b Mmg« a*ait déjà disparu depuis

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