V. '.oogic
tionale, autant l'Assemblée qui les avait proclamées, que la royauté elle-même?
Qui dira que nous ne sommes pas ici l'organe de la logique même de la situation ?
Tout cela était dans ce mot : « Vous êtes prisonnier, sire. »
Ce mot va être, pour le pouvoir royal, jusqu'au Temple, jusqu'à l'échafaud de la place Louis XV, toujours celui de la situation. Il le sera peut-être plus longtemps encore.
Le prisoniiter, malgré la résignation extraordinaire du roi, dont il avait déjà donné des preuves au 14 juillet, malgré sa résolution de ne pas Taire la guerre âvile, de ne pas permettre que le sang /tU versé pour sa querelle^, malgré ses courtes espérances et ses restes d'illusions cherchera plus tard cependant à s'échapper; car, nous l'avons vu, le roi avait lui-même espéré, beaucoup espéré de son siècle, et ce' fut une des grandes causes de ses concessions, de ses sacrifices volontairement offerts. Pourquoi donc s'efforcera-t-il de fuir ces Tuileries qui, après les scènes sanglantes de Versailles, vont devenir une prison en attendant le Temple? C'est que,' de plus en plus, il reconnaîtra la vérité du mot que lui disait, le.6 octobre, un fidèle ministre. Serait-ce donc au pouvoir désormais, dans la personne du roi Louis XVI, que M. de Saint-Priest aurait dit ; « Vous êtes prisonnier. »
Ce mot serait-it la formule d'une situation de lutte, qui, dans le monde des idées et des faits s'est toujours agitée et débattue depuis, quand elle ne s'agitait pas et ne se débattait pas dans le monde des faits, d'une situation qui devait durer, et qu'un autre mot, celui de
< Paroles du n».
LE POUTOm. 317
M. de Talleyrand, répondant à celui de M. dé Saint- Priest a formulée ainsi : • 1^ Révolution qui dure encore. »
Une blessure, celle du pouvoir, se seraîL-etle ouverte en ce moment, qui depuis a toujours saigné, et qui^. Tennée, en apparence, plus d'une fois, s'esl toujours rouverte depuis ?
Nous ne voulons pas antidper ici sur la suite des événements, sur la suite et la conclusion de ce livre, mais à mesure que les questions se posent ou plutôt se drràserit: devant nous, nous devons les signaler.
> Ce qu'il y a de certain, ce, que reconnaissent les hisloriens de toute opinion, c'est qu'alors un problème était posé, devant lequel il n'est pas d'intelligence qui ne doive s'arréler.
Dans une monarchie, qu'avaient formée tant de grands rois et de grands ministres, dans la monarchie de Louis le Gros et de Suger, de Richelieu et de Louis XIV, ce problème était évidemment celui d'un pottooir exécutif, comme on appelait alors la royauté, désormais soumis et subordonné, irislrument d'un état de choses nouveau.
Exécutif? Qu'allail-il, que pourrait-il exécuter? Obéissant n'aurait-il pas été plus vroi.
C'est ainsi que les questions se pressent de plus en plus, dans cette histoire, à la suite des questions.
On n'est pas surpris que M. de Barante, qui a été une ^ grande partie de sa vie mêlé aux affaires publiques, caractérise en ces termes « douloureuse agonie ' » l'hésitation du roi en présence de la situation que venaient de, caractériser, d'une manière si frappante, les paroles de, son ministre par ce mot de prisonnier.
■ Notice sur M. de Saint-Priesl, p. cxxxii
D«„..lt,ooglc
M8 CUAPiTRE VII.
Le roi se décida enfin.
Ce fut alors qu'en présence des » vbcirérations et des gestes féroces ' » qui s'étaient mêlés au nom injurié de la reine, api-ès avoir annoncé k la multitude que le roi allait venir à Paris*, M. de la Fayette offrit à la reine de se présenter avec elle au balcon, et qu'il baisa la main de la princesse au milieu du tuntulte et des cris*, auxquels succédèrent tout à coup ces acclamations : « Vive la reinel vive le général I »
C'est en ce moment aussi que le roi dit à H. de la Fayette : « Maintenant, que pourriei-vous faire pour mes gardes'? »
M. de la Fayette, on le sait, donna sa cocarde à l'un des gardes du corps et l'embrassa ; des cris de « vive la Fayette! vivent )es gardes du corps! n répondirent aussi à cette démonstration qui élait comme un traité conclu avec'le bon plaisir de la multitude, pour qu'au moins les gardes du corps eussent la vie sauve, au moment où le roi allait subir la volonté populaire en allant résider à Paris sur l'ordre que l'insurrection venait de lui en intimer. ' Le consentement du roi, exprimé par un signe de tète
' Notice sur M. âf- Saint-Priesl, p. cïiiii.
• !bid.
s Ibid.
* Certes, au point de vue politique, ce lai^^ n'eût pas été cetui du roi, ekJI. de Stunl-Priest lui aTait donné te seul conseil à suivre; mais le moment en était passé. Nous ne voulons pas revenir ici sur ta situation extraordinaire où le roi était engagé depuis longtemps, et dont les amis de la Révolution, telle qu'ilslacompreniient et la voulaient, n'avai^t certes pas li se plaindre.
Quelques instants avant la résolution dernière du roi, la reine dit à M. de Saint-Priest : • Ah! monsieur de Saint-Priesl, pourquoi ne sommes-nous point partis hier au soir? — Ce n'est pas ma faute, répondit-il. — Je le sais bien, > reprit-dle.
CONVOI M ponTOin. ^tQ
aflirmatif en réponse aux cris qui dnnandaient le départ de la famille royale, fut aussi le signal d'acclamations qui ratifièrent ce court traité avec la multitude.
Noos ne décrirons pas ici dans tous ses détails le voyage ' du pouvoir prisonnier, suivant le mot si vrai de U. de Sainl-Priest, à la suite de l'insurrection victorieuse -.les têtes des gardes du corps étaient portées en tête du cortège, ou plutôt de la coliue d'hommes et de femmes des foubourgs qui menaient la famille royale à Paris, au milieu de commentaires, dont les historiens ont rapporté les plus grossiers, ceux-ci entre autres : « Nous amenons le boulanger, la boulangère et le petit mitron'. » C'est ainsi qu'on désignait le roi, la reine et le Dauphin.
Ce convoi du pouvoir royal dura longtemps : on était parti de Versailles à une heure de l'après-midi, il était neuf heures du soir environ quand on arriva aux Tuileries.
Le roi avait d'abord été conduit à l'Hétel de Ville, où il avait dû déclarer qu'il venait à Paris de sa libre volonté.
Quand on cherche la véritable cause des journées des 5 et 6 octobre, nous voulons dire la cause principale, sans entrer dans les manœuvres de tel ou tel parti de laRèvolulion qui a pu y contribuer, on n'a qu'à suivre le mouvement des idées et la logique des faits, de la nuit du 4aoûtà ces journées, et pour peu qu'on remonte un mois environ plus haut, du 14 juillet et des scènes de l'HAtel de Ville de Paris à celles du château de VersailUs.
• Préck de la Révolttlion française, par Habaul Siint-ÉtieDne, p. 247.
Comme le fait observer Rabaut Saiat-Ë tienne, les femmes qui parlaient ainsi < élaient persuadées que l'abondance allait renaître et la famine cesser par la présence du roi. > C'était, du moins, un des prétextes de l'insurrecLion.
SiO CHAPITRE TH.
. Nous n'avons pas à revenir sur ce que nous avons déjà dit à cet égard; mais il y a uapoinltrès-imporlan ta signaler dans les journées d'octobre, pour donner à une telle situation tout son caractère, c'est l'attitude de l'Âssemblée dans ces journées, et le résultat qu'elles ont eu pour l'Assemblée elle-même.
On a vu comment la multitude en avait agi avec l'Assemblée, dont la salle lui avail servi de bivouac pendant la nuit qui venait de s'écouler avant l'attaque du château et les meurtres qui l'avaient ensanglanté; dans la matinée, le roi, quand le départ pour Paris n'était pas encore arrêté, aurait voulu que l'Asseniblèe se réunit autour de lui pouroblenir de ce peuple ameuté, le respect quela royauté né lui inspirait plus. Sous l'intluenee de Mirabeau, à laquelle la majorité de l'Assemblée qui n'avait su ou pu faire elle même respecter sa propre dignité, était sans iloule disposée h céder, U demande du roi, présentée par quelques députés, fut repoussèe, Mirabeau alléguant K qu'il ne serait pas de la dignité de l'Assemblée de siéger an château. » C'est alors que Monnier lui lit celte réponse ; « Noire dignité consiste à remplir noire devoir. » Une simple dépulation fut envoyée au roi.'
On se rappelle les menaces auxqutilles l'Assemblée avait déjà été en butte pendant la discussion du veto, elle venait elle-même de recevoir la visite de u la populace souveraine '. ■» D'un calé, il y avait dans son sein un parli avancé, comme on dirait aujourd'hui, qui ne croyait pas le moment venu d'arrêter le mouvement révolutionnaire, sans parler des députés qui devaient bienlAt l'en-
■ Une femme s'était emparée du fauteuil du président après l'insion de la salle des séances.
courager comme Robespierre et les hommes de 'sa couleur; d'un autre c6(é, il y avait ces députés qu'on a déjà entendus, à l'occasion de la discussion du veto, exprimer leurs vives appréhensions'.
Cela explique assez la majorité qu'obtint l'avis de Mirabeau.
Que voulait-il lui-même? On n'a pas oublié que Mirabeau, dans celte discussion précisément, n'avait point hésité à dérendre en principe l'autorité royale, que jusque-là il avait abandonnée, de fait, dans les circonstances les plus critiques.
Ceux-là peuvent s'étendre longuement sur les idées et les plans de Mirabeau, qui penseraient qu'un homme pouvait, avec son seul génie, diriger et arrêter, précisément au point qu'il lui aurait convenu, une révolution comme la Révolution de 89.
Que voulait faire Mirabeau au milieu de telles circonstances î Delà politique pure et simple. , .
Merveilleux orateur, ami, au fond, du pouvoir dès qu'il pourrait l'exercer, et travaillant à devenir le ministre de celle nouvelle royauté qu'il s'agissait d'instituer, celle de 89, il spéculait encore sur les circonstances les plus extraordinaires, comme s'il avait pu s'en servir régulièrement, et il embrasait l'arbre presque déra-, ciné du pouvoir, chancelant sur un sol mobile, avec ses branches dépouillées, comme s'il n'avait pas été déjà' frappé par la foudre révolutionnaire ! On voit, dans nos fêtes publiques, ce mât au haut duquel est le prix du vainqueur; le pouvoir a été ce prix depuis 89 : combien ont glissé avant de l'atteindre, ou après l'avoir atteint !
' Voir plus liaut.
Sfl ClUPITItE m.
Mirabeau, el l'on hésite à tracer qudques portraits des acteurs de la Révolution, quand on pense qu'ils ne l'ont point faite, mais qu'elle les a foits, appartenant à la noblesse de province et issu d'une ancienne famille d'Italie ', était le Coriolan du dix-huitième siècle. Uvoulait se faire dans une révolution, dont le drame parlaità son génie, la plus grande place possible, quoiqu'il n'ait pas tardé k juger par lui-même combien l'entreprise était difficile, sans espoir même de succès*.
Une jeunesse orageuse, comme on l'a dit bien souvent, et les passions qui avaient exalté son intelligence, l'avaient préparée d'autres passions, à d'autres luttes. Reftoussé par la noblesse, qui n'avait pas voulu admettre sa candidature au moment des élections, accueilli et nommé par le tiers, il en avait d'abord adopté et saisi les idées, dans une certaine mesure cependant, celle qui lui semblait compatible avec une organisation politique où Mirabeau serait premier ministre, où il y aurait assez de révolu-
* La famille de Riquetli.
* C'était snr la proposition de Sicyès le théoricien que le tiers s'était déclaré Assemblée nationale, le 17 Juin 17S!). Hirabeau, très-opposé au fond à ce vole, s'était exprimé ainsi, dés l'origine, dans une lettre au major Hauiillon, sur la portée d'une telle décision : • Si, ce que je ne crois pas posiible, le rtâ donnait ss sanction au nouveau titre que nous noin iommes arrogé, il resterait vrai que les députés du tiers ont joué le royaume au trente el quarante, tandis que je le disputais à une partie d'échecs où j'étais le plus fort '. »
Plus lard, en 1791, Mirabeau écrivait à un de ses amis, Duntool, qui se rendait ii Genève : <r Je movrrai à la peine... Ah! mon ami> que nous avions raison quaniinous avons voulu, dans les commemements, empêcher les communes de se déclarer Assemblée nationale! c'est là l'origine du mal. • (Souvenirs sur Mirabeau, par Dumont. p. 307.) Mirabeau ne sera pas le seul qui jugera ainsi- la Révolution.
' Lellniuamleie MinbeatiMitieiamlsfAllautie.
NIRASBAU. 323
tion pour qu'il gouvernât la Fnuice, pas asses pourque le pouvoir lui échappai.
Comme tous les ambitieux, il est à l'afTitt des circonstances, et là où il trouve de la Torce, partout où il croit la voir, il cherdie à la ramasser, dùt-il beaucoup se
C'est ce i^ui explique sa conduite aux 5 et 6 octobre, et l'abandon qu'il parait faire de la royauté, pour ne pas compromettre l'Assemblée, qu'il regarde comme moins ébranlée, avec celte royauté prisonnière telle que M. de Saint-Priest vient de la caractériser.
Dès qu'il est décidé cependant que le roi et la famille royale vont se rendre à Paris, Mirabeau propose un décret qui est immédiatement adopté, par lequel l'Assemblée se déclare inséparable du roi et conserve, autant qu'elle peut, la prééminence que les événements lui ont donnée, tout en se mettant à la suite de l'insurredion qui emmène le roi caplif, comme déjà elle avait accepté et sanctionné le mouvement du 14 juillet. Quoique Mi-, rabeau eût été presque toujours jusque-là un liomme d'opposition, il espère encore en ce moment dans l'avenir du pouvoir, tandis que les amis de Necker et Nccker luimême en auront bientôt désespéré.
Il y a, dans l'histoire de la Révolution, une suite de découragements bien remarquables.
Od peut indiquer celui de tel ou tel personnage plus ou moins important, comme nous en avons déjà eu l'occasion pour Sieyès; mais, après les 5 et 6 octobre, c'est plus qu'un homme qui meurt à la peine, comme le dira Mirabeau en 1790, c'est tout un système, c'est tout un parti, celui qui Voulait, avec les idées de 89, avec cette Assemblée qui s'était déclarée nationale, contrairement h
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SS4 CHAPITIIK VI).
l'opinion de Mirabeau, fonder en France le gouvernement représenlatif de l'Angleterre.
On s'est contenté jusqu'à présent de constater, dans la plupart des liisloires de la Itévolution, la défaite de la royauté dans les journées d'octobre; on ne s'est guère arrété à la défaite du gouvernement représentatif des deui Chambres, déjà battu dans la discussion législative, qui venait de précéder la nouvelle insurrection, aujourd'hui, dans la personne de ses partisans les plus émincnts et les plus dévoués, fuyant l'Assemblée, envahie par Hmeule et réduile à suivre, dans Paris, un roi captif, à peu près aussi impuissante que lui, et courbée sous le même joug.
C'est ici que les faits ont une importance à laquelle il faut bien s'arrêter, et dont on ne peut trop s'étonner que tous les historiens n'aient pas tenu un compte néccs* saire'.
Lors donc que les partisans du gouvernement représentatif anglais, les constitutionnels, comme on les appelait, les amis de Necker, eurent vu les journées d'octobre, ils recl]lèrent devant une telle situation : il n'y eut pis que Mounici' et LaliyToUendalquise retirèrent, «plusde trois cents députés demandèrent leurs passe-ports *. o L'Assemblée fut forcée de les refuser, quand elle vit l'im-
■ < L'Assemblée, dit H. Mignet (t. I, p. 178), après les 5 et 6 octobre, eut son émignition, comme la cour avait eu la sienne après le 14 juillet. Hounier et Lallj-Tollendal la quittèrent etdésespér^ïot de la liberté au tnomecit où leurs idées cessèrent d'être suivies i On dirait que celte émigration se bornait à quelques personnes, au moins on pourrait le supposer, à la manière dont le l'ait est ici raconté; <n vient de voir que ce fait était autrement consid^rd>le.
• I. Droi, Ul- vol., p. 33.
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CENT VESGT DËI'UTËS SE RETIRENT. 335
pression produite par de tels évi^nemenls el la dispersion de ses membres, résultat des scènes qui venaient d'avoir lieu, non moins peut-être de la dignité de cette Assemblée qui s'était crue souveroine, méconnue et avilie par un tel contact avec l'émeute et ses sicnires', que de la majesté royale, impunément iioléc.
D'après le témoignage de Malouet, qui regrettait cette retraite de ses collègues, « cent vingt députés de la minorité donnèrent leur démission ou s'absentèrent depuis le mois d'octobre 1789* n
Quelle que fi'it l'opinion de Malouet sur un fait do celte nature, il montre dés l'année 89, cinq mois seulement après la réunion de l'Assemblée, les dispositions d'esprit el les espérances perdues des hommes qui avaient le plus contribué à ce qu'on avait pu regarder
' Cent membres de l'Assemblée, en vertu du décret qui la déclarait inséparable du roi, l'accompagnèrent dans celle longue et 'mlerminable marche de Versailles à Paris, non loin des vainqueurs de la journée, portant au boul de leurs piques les tètes des gardes du corps. (Test en présence d'un tel corlége que Meunier et ses amis. désespéraient du gouvemenienl reprêsenlalif en France. Déjà Mirabeau lui- même, dans une conversation qu'il eut avec le comte de Limarck *, croyant, il esl vrai, le moment venu pour lui de recueillir l'hérilage ministériel de Necker, disait, pendant que le roi était conduit à Paris avec sa famille ; S*us besteut a Pabis, on battra leun
Ces paroles, dans la pensée de Mirabeau, devaient êlre rapportées au roi, car elles indiquaient un système à suivre, en si^alant le danger du mour de Paris pour la rojaulé; plus lard, Mirabeau éci'ira un Mémoire où ce sysléiue sera développé. Ce qu'il faut remarquer, ici, c'est qu'il est presque aussi frappé des journées d'octobre que Hounier et ses amis.
* Malouet constatait ce fait en 1793.
' Drol. (. 111, p. Zi.
comme le mouvement politique de S9, celui qui, avec un but défmi, tendait à établir en France ce qu'où a depuis appelé la monarchie constitutionnelle.
On les a blâmés de celte résolution; on a dit qu'ils auraient dû rester dans l'Assemblée pour lutter, sans doute, pied à pied, contre les passions auxquelles l'A^emblëe n'avait résisté ni dans la discussion de la Constitution, ni dans les journées qui venaient d'avoir lieu. Ont-ils eu tort, ont-ils eu raison'' C'est là une question qui disparaît devant des questions plus importantes et plus capitales. Ce qu'il y a de certain, c'est que, jusque-là, leur résistance avait été vaine, et que leur retraite est en même temps une protestation contre les résultats auxquels ils viennent d'assister, et l'aveu . de leur isipuissance, à la fois comme membres de l'Assemblée et comme partisans du système représentatif qu'ils ont vu repousser.
La conduite de ces membres de l'Assemblée, qui, jusqu'aux journées d'octobre, n'avaient point désespéré de la chose publique, nous parait d'une bien grande impoi^ tance, quant à cette question du gouvernement représentatif qui avait paru posée en France par les idées et les événements de 89.
11 est facile assurément de se rendre compte des sentiments et des pensées qui agitaient Meunier et ses amis. Qu'on le remarque bien, c'étaient des hommes qui, dans la discussion du veto, avaient montré de l'énergie, défendant leur opinion sur les conditions de la monarchie, malgré les menaces de la rue; mais, aujourd'hui, ils croyaient toute lutte dans l'Assemblée inutile et la pratique du régime représentatif impuissante. N'avaient-ils pas vu la populace siéger pêle-mêle avec l'Assemblée et la chasser presque de la salle de ses séances? Ne voyaient-
LE GODYEHNiKENT IIBPRËSENTATIF. 381
ils pas les meurtriers des gardes du corps figurer dans le cortège qui, avec la députation de l'Assemblée, conduisait le roi à Paris?
Si le c6té gauche de cette Assemblée, devenu la majorité, se faisait illusion sur une telle situation, la droite constitutionnelle paraissaif. ne plus en avoir.
Ëtait-cedonc ainsi qu'on allait fonderie gouvernement représentatif en France? Était-ce sur le mépris même de celte Assemblée naguère souveraine, sur la violence delà populace parisienne insurgée, maltresse du pouvoir, qu'on allait édifier ce gouvernement qui avait tant contribué à la grandeur de l'Angleterre? Ni Mouniei', ni Lally-Tollendal, ni leurs amis ne pouvaient le croire.
Us étaient plutôt disposés à soutenir une opinion toute contraire, celle qu'admettait Mirabeau, quand il disait, en parlant du roi et de la famille royale : S'ils restent A Paris, on battra lews cadaeres.
A mesure que les années s'écoulent, des écrivains s'efforcent, par de nouveaux et consciencieux travaux, d'éclairer les voies depuis longtemps parcourues du passé, et d'y trouver la confirmation de leurs idées, du système de gouvernement qu'ils préfèrent.
Ces travaux, certes, ont une grande utilité : ils ont leur part dans l'hisloire de notre époque, ils racontent et peuvent faire apprécier le mouvement des idées.
Noos avons eu l'occasion déjà de citer plus d'une fois le livre de M. de Tocqueville. Deux œuvres différentes, qui ont paru depuis, celle dç M. Duvergicr de Hauranne', qui a pour litre « Histoire du Gouvernement parlementaire en France, » et celle de M. Mortimer-Ternaux *,
338 CIIAPITIIE VI[.
l'Histoire dé la Teneur, onl été composées, suivant nous, sous une même inspiration, au moins sOus une inspiration analogue, celle qui avait déjà parlé à l'intelligence de Joseph Draz, cet écrivain si consciencieux dans ses erreurs mêmes, quand il avait entrepris d'écrire YHistoire des années oit l'on pouvait prévenir ou diriger la Révolution française^.
Tous ces écrivains ont voulu distingver le gouvernement représentatif, sorti des théories du dix-huitième siècle et de l'Assemblée constituante, de ce qu'on a l'habitude d'appeler les fautes et les excès de ta Révolution.
A Pourquoi, s'écrie M. Droz, qui regarde la Révolution comme ingouvernable, avant même les journées d'octobre, il dater du moment où « l'Assemblée constituante rejeta le premier projet de constitution, u celui de Mounier et de ses amis, pourquoi, par la soif de la /*(ï/ju/oi tW% avoir achevé la défaite du parti senséf Pourquoi avoir ainsi montré ans esprits éclairés qu'on ne pouvait plus opposer une digue au torrent? Pourquoi n'avoir pas suivi quelques hommes, à la tête desquels se placent Mounier, Malouet, Lally-Tollendal, Clermont- Tonnerre, qui recevront un éloge de la postérité, pour avoir, aux premiers jours de la Révolution, présenté les idées législatives dont h France s'est rapprochée, lorsque, après de longs orages, échappée aux fureurs de l'anarchie, au joug du despotisme, elle a de nouveau cherché la liberté*? »
Venu plus lard, M. Duvergier de Haurannc, comme
" Titre de son ouvragp.
* Par la peur aussi, ou l'a vu dans la discussion du veiO.
* Voir les dernières pages du It* vol. de Droi.
\. '.oogic
!l- DE T0CQL1EV1LI.E. — V. DUVERGIER DE HAVRA^riE, 339
H. de Tocqueville, cherche comment ce système repré* senlatif, préàsément emprunté à Mounier et à ses amis, a succombé, et pourquoi de cette Assemblée, qui a eu raison de se eonsUtuer en Assemblée nationale ', de couper le (aÈ/e, comme disait Sieyès, un gouvernement représentatif durable n'a pu sortir?
Nous n'avons pas encoi-e à résoudre cette question, mais à la commenter, pour ainsi dire, par les faits de t'èpoque à laquelle nous sommes arrivé. M. Duvergier de Hauranne se plaint lui-même des subtitilés d'une métaphysique inutile, où l'Assemblée se débattait péniblement, au moment de la discussion des droits de l'homme, et il s'eiprime ainsi, avant de citer à ce sujet quelques paroles très-remarquables de Mirabeau :
< Encore une fois, au moment où l'on allait rédiger le code constitutionnel de la t'rance, il pouvait être sage et bon de déclarer quels sont les droits individuels auxquels nulle puissance humaine ne peut toucher légitimement, et qui doivent rester indépendants des formes politiques. Mais, pour que cette protestation solennelle contre toutes les tyrannies, celle de la multitude comme celle de la rojaulë ou de l'aristocratie, fût efficace, il fallait qu'elle ait un caractère irrésistible d'évidence. Or ce n'était pas lui donner ce caractère que de passer un mois entier à chercher, sans la trouver, h formule des droits qui appar-
■ On 3 vu que Mirabeau r^rettait celte initiative eKlraordinaire prise par l'Assemblée, initiatiTe à laquelle cependant il avait eu part, ainsi que le rappelle H. Duvergier de Hauranne, avec Mounier, Bailly, Chapelier, Baraave, Bergasae, de Meunier, Target, Thourel, Tronchet, Kabaut Saint-Ëtienne, hommes qui malheuretuement ne tardèrent pu aie diiiiser. (Histoire du gouvernement parlementaire, l" vol., p. M.)
tiennent à tous les hommes\ soit qu'Us vivent en société, soit qu'ils végètent dans l'état de nature. « Une déclaration des droits de l'homme, applicable à tous les âges, à tous les peuples, à toutes les latitudes morales et géographiques du globe, disait le journal de Mirabeau, était sans doute une grande et noble idée. Hais il semble qu'avant de penser si généreusement au code des autres nations, il eât été bon que les bases du nétre fussent, sinon posées, du moins convenues, a
Il n'y a rien à ajouter à ces paroles de Mirabeau, ni à celles de M. Duvergier de Hauranne, qui tes amènent. La vérité est là. Mirabeau l'a dit, en parlant de ses propres efforts pour dégager la révolution politique qui réformerait et organiserait la France, de la révolution philosophique qui voulait entreprendre de réformer et d'organiser le monde entier sur de nouvelles bases : « Je mourrai à la peine I »
Quant it H. Mortimer-Ternaux, le dernier casuiste venu
- ' Hisloire du gouveTtiement parlementaire, I" vol., p. 66.
Toute rtibtoire du dix-huitième siècle et U. Higoet ont répondu d'avance à H. Duvergier de Hauranne iquel'Assemblèe constituante était éiève de ce siècle et de ses théories. • Le tort de l'Assemblée caoslituanle aurait donc été d'appartenir à son siècle, et de faire une révolu* tionphilosopliique, Lhéorique, au lieu de faire une révolution politique et pratique, et d'avoir voulu que la formuledes droits appartint à tons les hommes, t Hais c'est prà;isément pour cela que la Révolution, * comme l'a dit H. de Talleyrand, • dure encore. > Si la Bévolulion de 89 avait ^é purement locale et politique, question qui a été si bien posée par M. de Tocqueville, il est probable qu'elle sei'ait maintenant terminée; mais c'est à ce caractère général, signalé par ce même écrivain, à ce caractère philosophique, abstrait, qui remonte à son origine, et que M. Duvergier de Hauranne reconnaît lui-même, qu'elle doit sans doute de ne pas être encore triomphante ou vaincue, el d'agiter le monde sans oCTrir jusqu'ai^ourd'lmi aacune solution des questions qu'elle a posées.
QUAND U TEMBUn COKMENCB-T-ELLET Ï3I
de la Révolulion de 89, historien au cœur généreux, qui a voulu flétrir, avec les faits studieusement recueillis, l'époque spécialemeot désignée sous le nom de Terreur, il se demande, dans l'introduction de son livre, à quelle date, à quel événement il doit fixer le commencement du récit qu'il va entreprendre ; quel est le point de départ que l'on doit assigner à la tyrannie de la rue, au despotisme de l'émeute, et il ajoute que, « après avoir longtemps hé^té, il s'est décidé, après mûre réilexion, pour la date du 20 juin 1792, par où l'anarchie, après avoir Tait, pour ainsi dire, sanctionner son avènement dans le sanctuaire des lois, eo y défilant avec son cortège obligé d'hommes avinés et de femmes en délire, a pu envahir l'asile inviolable de Louis XVI, et coiffer du bonnet rouge la tète de l'infortuné monarque, en attendant qu'elle l'abattit sous le couperet révolutionnaire. »
On vient d'assister aux journées d'octobre, aux scènes sanglantes du chflteau de Versailles; on a vu l'Assemblée envahie par la populace, celte Aissemblée où déjà auparavant l'on redoutait d'être égorgé, si l'on ne se conformait aux injonctions démagogiques ; le roi vient d'être amené prisonnier à Paris, et l'Assemblée l'y a suivi; cent vingt députés, ceux qui ont cru pouvoir fonder le gouvernement représentatif sur les bases d'une révolution politique, se retirent de l'Assemblée, désespèrent comme Mirabeau va bientôt désespérer lui-même : est-ce que le moment où « la populace souveraine » triomphe ainsi, autant, après tout, de l'Assemblée que du roi, où elle emmène ô sa suite et cette Assemblée, et la garde nationale, et la Fayette, n'est pas le commencement réel, la première journée de la Terreur? Et pourquoi M. Hortimer-Ternaui va-t-il la chercher si loin? Peut-être parce
KM ClIAtlTRE TH.
que ta Terreur se mélcrail ainsi au vote même de la Conslilulion, h l'époque de 89, parce que, la discussion de cettt ConstilulioH à peine commencée, ainsi que déjà nous avons àù le faire observer, la populace serait intervenue, et qu'elle l'aurait discutée, ■votée à sa manière? En vérité, nous ne voyons pas ce que des hommes de cœur et d'intelligence, comme MM. Duvergier de Hauranne et Mortimer-Tcrnaux, gagneraient à voir et à présenter les feils et les questions sous un autre jour que le seul vrai, à vouloir faire sortir de la Révolution de 89 d'autres résultais que ceux qu'elle a produits? Ne serait-il pas temps enfin de sortir une bonne fois de ce cercle vicieux, et de ne pas demander à cette Révolution ce que peut-être elle ne donnera jamais, tandis qu'on ne saurait contester les vaines promesses qu'elle a faites jusqu'ici et la chute successive des pouvoirs auxquels elle a plus ou moins servi de base?
Ou sommes-nous sous l'impression des journées d'octobre et des paroles même de M. Duvergier de Hauranne, quand il blâme, avec Mirabeau, l'esprit théorique de l'Assemblée? Avons-nous tort aussi de faire remonter si haut la Terreur, el ne faut-il pas attendre, avec M. Mortimer-Tci'naux, la première visite de la populace aux Tuileries, le 10 août môme, oublier cette première visite au châlcaii de Versailles, donner à l'Assemblée constituante le temps de terminer la Constitution ainsi commencée et presque achevée, au moins dans sa partie la plus importante, avant de dire : la Terreur, c'est-à-dire celte terrible impression, cette puissance aveugle et furieuse qui ne laisse plus ni liberté ni dignité aux intelligences, est sortie armée de la souveraineté de la populace et des abstractions à l'orJre du jour, la Terreur a commencé du jour où le roi et l'As-
LE ndl ET l/ASSESBI-ÉE. 5-.S
semblée sont venus à Paris sous la garde de celte populace; car, sous une (elle garde, il n'y avait ni liberté organisée, ni gouvernemenl représentatif, ni monarchie, ni république, ni civilisation possibles?
C'est ainsi, on ne le niera pas, au moins, qu'à dater des 5 et 6 octobre la question était posée, depuis que le roi et l'Assemblée, après cette dernière iitlervenlion de la rue, se trouvaient à Paris.
DES S KT e OCtOBHB 1TB0 ID 10 iO
L'Assemblée k Paris. — Meurtre du boulanger Franfois. — Conséquences immédiates des 5 et 6 octobre. — Impuissance du roi, impuissance du ministère, l'Assemblée g'ouveme : comment? — Ses comités. — Le club ou plutôt la société des Jacobins. — La presse, — Prudbonune et larat.
— Hajnal. — Tentatites politiques : 10 aoilt. — Harat, la Fayette, Mirabeau, Adrien Dupori, Barnave, HK. de Lamelb. — État de Paris, état du pays. — Èmieration : quelles en furent les causes. — Les différentes époques de l'émigration. — L'œuvre de la Constitution repiise.
— Comment l'Assemblée procède II une nouvelle organisation du pays : deslruction des parlements, remplacés par ime magistrature élue; suppression de l'ancienne administration, i laquelle une admintstralioD élective est substituée; division départementale qui supprime ies provinces; constitution civile du clergé qui a pour but de régler le gouvernement de l'Église de France, en vertu du principe de la souveraineté du peuple, sans consulter mfime le clief de l'Église universelle, doat l'autorité n'aurait été que nominale, comme celle du roi. — Biens du clergé dont on s'empare. — Suppression des monaslères et de toutes les institutions religieuses. — Suppression et interdiction des vœui monastiques su nom de la liberté. — Troubles religieui. — Haine contre le clergé eicilée dans le peuple. — Désorganisation de l'armée. — Destruction de la discipline militaire sous le nom d'organisation nouvelle. — Finances : assignats. — Hapports du roi avec l'Assemblée, ses effwti pour s'entendre avec elle; ]iersisLance du roi et de Secker. — Fédération du 14 juillet. — Comment flnil la populaiHié de Necker, — Kirt> beau : sa mort. — Comment il jugeait l'Assemblée. — Scrupules de ctatscience du roi. — Émeute : violence faîte à la foi religieuse du roi. — Varennes.
Quoique nous n'ayons pas eu la pensée de renrermer en un seul chapitre les trois années environ qui séparent le 10 août des 5 el 6 octobre, nous avons cru devoir rap-
INSTiHTUIÉtTÊ DE U RÉVOLUTION 335
procher id ces deux dates, qui ont un rapport logique très-étroit, et dont l'une est la conséquence de l'autre.
Il y a môme lieu de s'étonner que celte conséquence n'ait pas été plus rapide, si l'on songe à la situation que les journées d'octobre avaient faite au pouvoir.
Nous croyons qu'on peut consulter très-utilement, à cet ^rd, deux témoignages qui forment comme le testament politique de cette partie de l'Assemblée, qui avait voulu fonder en France le gouvernemi^nt constitutionnel, imité de l'Angleterre '.
Mais si l'on se demande pourquoi une révolution, si prompte dès son origine, ne l'a pag été encore davantage, n'a-t-on pas bientôt reconnu qu'il y a une proportion i établir entre tout ce long passé, ces antiques institutions que la Révolution de S9 avait entrepris de détruire, et le temps qu'elle put mettre à accumuler ces ruines, sans lesquelles il lui semblait impossible de fonder ce qu'on appelait alors un ordre nouveau? Il suffit d'un regard jeté sur cette avalanche de démolitions pour en admettre l'inslantanéilé comme la promptitude de la transformation opérée des 5 et 6 octobre 1789 au 14 septembre 1791 *; moins de deux années,-pendant lesquelles tout parut tomber sous le môme marteau, et l'adminislratian, formée surtout par Richelieu et par Louis XIV, où le liers-étal, sous le régime des intendances, sous les ministères bourgeois, avait tenu, comme on l'a vu, la première et la plus grande place dans le gouvernement et l'administration ;
' Voir, i l'Appendice de ce livre, les explicalions Irès-remarquaquahles de Hounier sur les motifs et les circonstances qui lui ont fait donner sa démission de député, et la lettre de Lally-Tollendal, dont la pensée est la même.
* Jour auquel le roi accepta la Constitution.
35e ClIAt'lTRE Vill.
et l'ordre judiciaire, qui avait élij, pendant tant de siècles, l'organisation, l'honneur, la noblesse môme des classes bourgeoises^ ce qui, dans une révolution, d'abord entreprise au nom de ces classes, indiquait à la fois, et un esprit qui n'était pas le leur, et un avenir prochain, dont elles pourraient s'effrayer. Cet avenir ne se cachait-il pas derrière les abstractions de Sieyès, et cette théorie sur le tiers-état, où il confondait tout pour diviser, ce roman qu'il avait été le premier à proclamer, démenti qu'il avait donné à toute l'histoire de cette France, où la royauté avait tant fait pour et par la bourgeoisie, déclamation qui avait évidemment servi de texte aux premières résolutions de l'Assemblée constituante '?
La théorie au nom de laquelle Sieyès avait aftîrmé que la France pouvait se passer d'une de ses classes supérieures n'allait-elle pas bientôt être retournée contre le clergé, contre l'Évangile et ses conseils de perfection, contre la bourgeoisie elle-même?
Cela est si vrai, que plusieurs historiens * ont voulu voir deux révolutions dans les événements de 89 et des années suivantes, l'une bourgeoise, l'autre populaire, tandis qu'il n'y en a eu qu'une, sortie des mêmes idées, des mêmes théones, des mêmes principes, et que l'unité de la Révolution de 89 est réellement inattaquable.
Qu'il y ait des distinctions à faire entre ses acteurs, assurément elles sont réelles et profondes: mais, quanta ses diverses constitutions, au principe surtout qui en était la base, les faits démontreront jusqu'à l'évidence qu'il
' Qu'est-ce que le tiers-état ? Rien, etc. On a vu ce que H. Thiers
jit sur le pamphlet de Siejès.
* MM. Uignet el Louis Blanc sont du même avis h wt i!-ganl.
ir, ^'ï A EU QU'utiE RÉVOLUTION. :>:îi
n'y a eu qu'une révolution en France, celle que touL le monde, depuis 89, appelle la Révolution française, celle qui agite encore l'Europe.
Nous avons cru nécessaire d'indiquer d'abord parquelques mots l'ensemble d'idées et de faits qu'embrassent CCS deux dates, les 5 et 6 octobre 1789 elle 10 août 1792.
Après les journées d'octobre, il y eut à Paris une quinzaine de calme, comme si, après un si violent accès, la Révolulîon devait se reposer quelques jours au moins. L'Assemblée se réunit encore plusieurs fois à Versailles; à peine eul-elle ouvert ses séances à Paris', qu'un nouveau meurtre, celui du boulanger François, victime des soupçons les plus faux, montra que les crimes de la rue n'avaient pas cessé. 11 est vrai, rare et honorable exception pour l'Assemblée, ce meurtre fut puni, et une loi martiale votée, grâce surtout à M. de la Fayette. Peu de temps après, la condamnation à mort du marquis de Fuvras, imposée au Ctiâtelet par la populace de Paris, devait donner à celle-ci une satisfaction barbare, le supplice d'un gentilhomme exécuté parle bourreau'.
Mais une fois le roi et l'Assemblée à Paris, une question se présente d'abord : quoique le roi y ai t été amené prisonnier par l'insurrection, quoiqu'on ne puisse prévoir qu'un dernier effacement dans sa personne de l'autorité souvc-
* Elles Pommencèrent le 19 oelobre.
* Le supplice du marquis de Favras eut lieu le soir, ■ à la lueur des torches et des lampions, <• d'après Droz. • Il entendit sans émolion, ajoute le même histOTien, les appiaudissemenls, les injures et les plaisanteries d'une multitude féroce... La foule, qui depuis huit heures du matin attendait sur In piare, te demandait à grands cris, impatiente de voir pendre un noble. > (Droz, Histoire du Régne de LouisSyi.t. III, p. 74.)
33S CHAPiraE vut.
raine, n'imporle-t-il pas d'apprécier le caractère mSme
de cet effacement?
On l'a vu : à Versailles, il y avait encore, derrière le roi, Rambouillet, une retraite armée que lui avait indiquée H. de Saint-Priest, un retour peut-être : c'était, il est vrai, la lutte de Charles!"' contre son parlement, mais dans d'autres conditions peut-être, quoique le roi eût repoussé ce projet. Maintenant ce roi qui avait convoqué les états généraux, qui avait donné au tiers la double représentation, après tous les événements intervenus, se trouvait à Paris tout près de l'Assemblée, qui siégeait à deui pas de son palais, non plus à quatre lieues de u la populace souveraine, » mais au milieu même de cette populace.
On put dire, dès lors, que tout le gouvernement de la France était comme resserré sur quelques mètres de terrain : ici un roi captif qui pouvait à peine sortir des Tuileries, là une assemblée souveraine de mille membres, des galeries remplies de deux mille spectateurs, appar- . tenant en majorité aux classes populaires, et quinze à vingt mille hommes presque toujours entassés dans les jardins des Tuileries, ou formés en groupes, garnissant surtout la terrasse des Feuillants, en face de la salle des séances, comme la garde de la Révolution, public tumulteus et menaçant, assistance qui était presque une émeute toujours debout, et dont les clameurs retentissaient dans le château comme dans l'Assemblée.
Ce tilt un des premiers changements, celui-là matériel, qui résultèrent de la résidence du roi à Paris, une mise en scène toute révolutionnaire dans « la capitale de la Révolution, » oîi la populace n'avait plus à se déranger pour rendre au roi ses visites souveraines, et oîi •> la cour, pour parler comme H. Hignet, était sous la surveillance
LE ROI A PARIS. 33a
' du peuple'. » On peut ajouter que l'Assemblée se trouvait sous la même surveillance, nouvelle épreuve qu'allait subir la fondation de ce gouvernement représenlatif dont on cherchait alors à trouver les bases.
A Versailles, l'autorité royale avait pu, en s'adressant à la municipalité, faire encore venir quelques troupes, avoir la velléité de se défendre; à Paris, le roi n'avait plus ses gardes du corps, qu'il ne voulait pas exposer sans doute aux violerces de la rue, et la garde nationale seule occupait les portes des Tuileries. L'autorité royale disparaissait de plus en plus, elle se réduisait à une sorte d'enregistrement des volontés de l'Assemblée manifestées sous forme de décrets : ceci était le gouvernement même dans sa partie législative ; restait l'admintstralion,. qui aurait dû appartenir au roi et à ses ministres, en vertu du pouvoir exécutif qui était dévolu au roi par la Constitution que l'Assemblée volait; mais l'Assemblée, avec cette jalousie du pouvoir dont elle était d'autant plus animée que ce pouvoir était plus nouveau, traitait toutes les affaires, même administratives, par ses comités : il en résultait que la royauté et ses ministres étaient, dans l'État, presque une superfétation, et qu'ils rappelaient seulement la forme ancienne du pouvoir, cette forme monarchique dont ils ne représentaient plus que le nom. Les ministres, dépouillés par le fait de tout pouvoir, n'exerçaient guère plus qu'une fonction, celle de trans* mettre aux autorités locales tes décrets de l'Assemblée sanctionnés par le roi'. Ils étaient cependant en butte à de fréquentes attaques dans l'Assemblée, dont ils se
' H. Mignet, Histoire de la Révolution, 1. 1, p. 175.
* Jfotice sur M. le comte de Saint-Priest, par M. de Bârant«,
p. €UI»I1.
StO CHAPITRE VIIl.
tronvaient eiclus, ce qui mettait le sceau à l'impuissance d'un gouvernement qui, luujours attaqué, n'avait pas même le droit et la possibilité de se défendre.
Rien ne manquait donc en principe à l'autorité souveraine de l'Assemblée : non-seulement, au nom de ce pouvoir constituant qu'elle s'était décerné, elle continuait à voter la Constitution sans aucune espèce de contrôle de la part de la royauté, puisqu'elle ne reconnaissait au roi que le droit de sanctionner son vote, mais même d»ns toutes tes affaires de l'Ëtat, quelles qu'elles fussent, elle ne permettait pas même au gouvernement de faire acte de présence, tandis qu'elle les réglait par sa propre initiative ou par celles de ses comités.
C'est dans ces conditions, où l'influence prépondérante de la gauche, qui s'était déjà fait remarquer dans la discussion du veto,- et la résidence du roi comme de l'Assemblée à Paris, déterminée par les journées d'octobre, plaçaient de pins en plus cette Assemblée, qu'elle s'efforçait de terminer une Constitution monarchique ei représentative.
Ce qu'elle instituait évidemment, c'était le gouvernement d'une assemblée, mais à quel prix?
Ce qu'on n'a point assez recherché peut-être, c'est en quoi ce pouvoir si absolu en apparence, de J'AssemUée constituante, était favorable à l'établissement du régime représentatif en France, question posée pour ce pays par la Révolution de 89.
La question est capitale assurément et mérite d'être étudiée. Elle va se trouver mêlée, on ne saurait trop le dire, à toute l'histoire de ces soixante-treize dernières années, on peut aflirmer que politiquement elle est celle histoire même.
U SOCIETE DEIS JACOBINS. Ui
Ce qui frappe d'abord, à cAlé de la désorganisation complète de l'ancien pouvoir et des travaux de l'Assemblée constituante pour fonder le régime i-eprësentatir nouveau, c'est l'organisation des clubs, en particulier du club ou de la Société des Jacobins, organisation révolutionnaire qui devenait d'autant plus forte que celle de la monarchie était détruite, et que tous les ressorts en paraissaient biisés.
Ce club, qui s'était d'abord appelé, à Versailles, le club Breton, avait suivi l'Assemblée à Paris, et, comme il s'était réuni dans l'ancien couvent des Jacobins, il en avait pris le nom, nom qui devait avoir un tel retentissement.
Nous avons déjà parlé de l'influence exercée de Versailles par le club Breton, dirigé surtout par Adrien Duport et ses amis. L'influence dont il s'empara, une fois transféré à Paris, fut autrement grande; presque chaque page de l'histoire de la Révolution en portera le témoignage.
Certes, la Société des Jacobins n'a pas fait la Révolution, mais elle a été l'instrument puissant et toujours actif de l'esprit qui l'animait, et dont nous aurons de plus en plus à suivre les rapides développements.
Des hommes comme Duport, Barnave, Alexandre Lameth, furent dans le principe à la tôle de la Société des Jacobins, telle qu'elle s'établit à Paris ; ils croyaient, con- Irairement à Mirabeau, qui aurait voulu dès lors résister à la Révolution en l'organisant, qu'il fallait lui donner une impulsion nouvelle.
C'était la gauche du moment, celle qui triomphait de la retraite des constitutionnels, de Meunier, de Lally- ToUendal et de leurs amis, et qui, dans son esprit de
va CHAPITRE TIII.
négation, ne comptait pas encore assez snr l'avènement de ses idées, et, comme toutes les gauches, sur l'effacement du pouvoir, ce que prouvaient bien les attaques dont elle harcelait des ministres qui lui servaient encore à frapper une ombre dernière d'autorité, dont la seule apparence lui était importune.
Duport, qui, au moyen du dub Breton organisé à Versailles, avait déjà présidé, par des émissaires, auxmouvemenls qui avaient agité, armé et désolé la France, à l'époque du 14 juillet, conçut ou plutôt appliqua le plan' d'une affilialion générale detous les clubs de France h la Société des Jacobins.
Duport était franc-maçon, comme la plupart 'des hommes qui ont joué un rAle important dans la Révolution, comme Mirabeau, Talleyrand, Sieyès, Condorcet, et tant d'auU^ ; or la Société des Jacobins, dans son organisation, qui à Paris admettait toul le monde, tandis que le club Breton n'était formé que de députés; avec sa vaste organisation et ses clubs affiliés, représentait fidèlement celle de. la franc-maçonnerie, avec son Grand-Orient à Paris et ses l(^es correspondantes dans les provinces, qui existaient, avant la Bévolution, dans un si grand nombre de villes du royaume : c'était, à vrai dire, nous l'avons déjà indiqué, la société secrète devenue publique.
Quant aux principes de la franc-maçonnerie, qui s'étaient déjà montrés quand elle avait reçu Voltaire et les philosophes parmi ses adeptes, lorsqu'elle l'avait harangué ou nom du genre humain; quant à la manière dont la vieille association, la vieille tradition de l'esprit antichrétien, qui existaient dans la franc-maçonnerie, dont le carbonarisme n'est aujourd'hui, avec ses ventes qui répondent aux toges, qu'une forme avec les mêmes pria-
LA FRANC-H&COHHBRIE. 343
dpee, venaient servir cette philosophie elle-môme, l'iosurrection de l'esprit humain qu'elle avait provoquée, la Révolution dont elle était la cause première, it sufTit de pensera toutes ces idées de liberté et d'alité absolues, qui formaient la base de la franc-maçonnerie el que l'on retrouvait dans les doctrines du dix-huitième siècle, pour comprendre la puissance de la nouvelle société, celle des Jacobins, qui faisait au grand jour ce que la société maçonnique se promettait de faire Hans ses mystérieuses initiations, et qui prenait pour base une révolution, tandis que la maçonaerie avait été réduite jusque-là à sa propre organisation et à la propagande qu'elle pouvait exercer.
Ne dirait-on pas que le flot qui monte de plus en plus, eniratue tout ce qu'il rencontre pour livrer à la civili- Bation chrétienne et à l'élat social de l'Europe entière le plus terrible des assauts? Dans ce résumé, pour ainsi dire de toutes les forces qui vont servir à l'attaque, comment s'étonner de voir paraître, comme machine de guerre, cette société secrète de la franc-maçonnerie, qui, peu de temps avant la Révolution de 89, a pris lantde développements, et dont l'Europe, on le sait, verra la continuation sous des noms divers; société qui, méiée dans ses origioes aux sectes ennemies de l'Ëglise, basée sur le droit de libre examen et l'indépendance absolue de la raison humaine, semblait avoir réservé son cadre à la révolution philosophique, venue elle-même à la suite de toutes les sectes, de toutes les hérésies, de tous les mouvements de l'intelligence humaine, pour secouer l'autorité religieuse et civile, celle de l'Église surtout, seule générale, seule universelle, et à laquelle ses ennemis ont voulu opposer aussi, nous l'avons déjà dit, la généralité, l'universalité
314 CHAH1RE Vfll.
de leurs duclrines, en s'adressant, comme elle, à l'humanité entière.
Lorsque la rue d'ailleurs 6tait toute soulevée dans une ville où le Palais-Royal avait déjà été, depuis l'origine de la Révolution, un club ouverte tous les agitateurs, ouvrir encore le club des Jacobins et en faire le centre d'une association générale de clubs dans toute la France, donner une telle succursale à l'Assemblée, créer une assemblée, CtiUe-là de la rue et de la place publique, qui, dans les temps de troubles, devait lui être naturellement supérieure, qui pouvait agiter, non-seulement Paris, mais le pays tout entier, qui était un État dans l'État, n'était-ce pas compliquer, de la manière la plus étrange et peulétre la plus terrible, le problème que l'on voulait résoudre du gouvernement représentatif et de sa fondationT Que devenait donc l'Assemblée souveraine et constituante? que devenait sa constitution encore inachevée, en présence de ce club souverain aussi à sa manière, qui représentait les passions dans toute leur effervescence, el les complots médités, déclarés bientôt contre les restes de l'autorité royale? Quel était donc, puisque l'Assemblée seule gouvernait, ce gouvernement dans le gouvernement qu'elle laissait établit- en face d'elle, et dont beaucoup de ses membres faisaient partie, où allèrent s'exercer les démagogues qui préparaient la république? La préparaientils en effet? Et telle qu'ils la concevaient, dans cette dualité d'assemblées, l'une nommée par les électeurs du royaume, l'autre se recrutant elle-même dans les passions de la rue, parmi les plus violents démagogues, n'était-ce pas déjà cette anarchie qui se montrait, ù laquelle on donna plus tard le nom de République?
Nous ne voulons pas anticiper sur les faits; nous ne
:. .....CoOgk-
]:'ASSIâlJULËS CONSTITUANTE tl U SOCIÉTb: DES JACOBINS. M5
saurions, d'ailleurs, nous indigner conire la fièvre, c'est le seul mot <|ui puisse s'appliquer à la conduite d'hommes commeDuportjCe conseiller au parlement, comme MM. de Lameth, avec leurs traditions d'ancienne race, et comme Bamave, avec son grand talent oratoire et son esprit généreux, qui ne s'aperceaienl pas du coup funeste qu'ils portaient à cette Assemblée dont ilsavaient espéré, dont ils espéraient encore la régénération, la recoiistitulîon même de la France.
Les événements ne donneront-ils pas une triste confirmation à nos paroles? Et si l'on avait voulu préparer des obstacles à peu près insurmontables à rétablissement du régime représentatif en France,- nous ne parlons même pas de la monarchie représentative, le moyen le plus sûr n'aurait-il pas été de donner pour auxiliaire à l'Assemblée constituante le club ou la Société des Jacobins?
A côté de cette Société il y avait un autre instrument pour les idées révolulionnaires, qui paraissaient devenir de plus en plus maltresses de la situation, c était la presse.
Tandis que le comité des recherches de la Commune de Paris, qui déjà s'érigeait en gouvernement, intente un procès aux ministres du roi ' qui avaient pris part à celle tentative de résistance ou de précaution armée que l'insurrection du 14 juillet avait repoussée, il faut entcndi-e le langage de la presse : Prudbomrne, émule de Marat, s'adresse ainsi au roi, qu'il prend a partie après tes journées d'octobre, comme s'il régnait en despote '. Voici les
< En date du 18 novembre.
' On croil entendre ici une des tirades philosophiques de.Bajnal atntte la royauté : c'est le même esprit, mais qui s'applique au pluâdoui des rois.
316 CHAPITRE VlII.
paroles qu'on imprimait librement à Paris, et dont rien ne venait réprimer le dèvei^ndage : « C'est donc loi, 6 Louis XVI ! restaurateur de la liberté française, roi d'un peuple libre, roi honnête bomme; c'est donc toi qui, sans prétexte et sans motif, et seulement pour te donner tout autre passe-temps que celui delà chasse, as conçu le projet de faire périr six cent mille citoyens par le fer et par le feu ! C'est donc toi qui as couvé dans ton cœiir, depuis le 25 juin jusqu'au 12 juillet, un projet dont aurait frémi Charles IX, qui n'ordonna la Saint-Barthélémy que trompé par sa mère et par la maison de Lorraine; et Néron qui ne mil le feu à Rome que dans un moment d'ivressel C'est donc toi qui as signé de ton prc^re mouvement l'ordre d'ainener autour de Paris des régiments étrangers ', un train immense d'artillerie, des grils & chauffer tes boulets, et de fair» distribuer à ces troupes quatorze cent mille cartouches ' ! Et le jugement du Châtelet dit tout cela ! il substitue à la couronne civique une couronne de serpents] Je te dénonce à ton peuple, à toute la terre, à toutes tes générations, comme le plus cruel, le plus extravagant des monstres qui ont porté la couronne. Et ce jugement est affiché jusque sur les portes de ton palais. B
Marat, qui aui'ait voulu que Louis XVI ne pût sortir de Paris, où l'insurrection d'octobre t'avait amené, s'exprimait ainsi dans son journal : « Pr«iez garde à vous, citoyens de tout âge et de tout rang, les mesures prises par
' Ils faisaient partie de Tarmée depuis bien longtemps.
* Il est curieux de voir interdire au pouvoir, en temps d'énteute et d'insorreclion, la distribution des cartouclies aut troupes; la vraie théorie révolutiomiaire est celle-d : le pouvoir ne doit jamais se dé-
KARàT. »7
l'Assemblée ne sauraient vous empêcher de périr. C'en est fait de vous pour toujours, si vous ne courez aux armes, si vous ne retrouvez cette valeur héroïque qui, le 14 juillet et le 5 octobre, sauvèrent deux ibis la France. Votez & Saint-Cloud, s'il en est temps encore; ramenez le roi el le dauphin dans vos murs; tenez'les sous bonne garde, et qu'ils vous répondent des événements^. Renfermes l'Autrichienne et son beatt-frire.*; qu'ils ne puissent conspirer. Saiassez-vous de tous les ministres et de leurs commis; mettex-les aux fers. Assurez-vous du chef de la municipalité et des lieutenants du maire. Gardez à vue le général, arrêtez l'état-major; enlevez le poste d'artillerie de ta rue Verte. Emparet-vous de tous les magasins et moulins à poudre; que tes canons soient répartis entre tous les districts'... Courez, courez, s'il en est temps encore, ou bientôt de nombreuses légions ennemies fondront sur vous. Bienlôt vous verrez les ordres privilégiés se relever. Le despotisme, l'affreux despotisme paraîtra plus formidable que jamais. Cinq à six cents têtes abattues vous auraient assuré repos, liberté et bonheur*. Une fausse humanité a retenu vos bras et suspendu vos coups; elle va coûter la vie à des millions de vos frères! Que vos ennemis triomphent un instant, et le sang coulera à grands flots.
* On voit que Harat préparait et annonçait unavenirqui n'était pas bien éloigné.
» La reine et Monsieur.
* Sait-on ee que c'est que eet article de Uarat? C'est le 10 août, à part que le général de la garde nationale, au lieu d'être arrèEê, Tut assassiné cmnnieon le ^eni.
* L'utopie en perspective sur un monceau de têtes coupées, ceUt est curieux ; mais Harat n'est pas le dernier qui professera cette doctrine et qui s'attendrira à la pensée, non pas des victimes, mais des bourreauiL qui doivent tuer pour le bonheur de l'humanité.
Si» CHAPITRE VIII.
Ils VOUS égorgeront sans pitié; Us éventreront vos femmes; et pour éteindre a jamais, parmi vous, l'amour de la liberté, leurs mains sanguinaires chercheront le cœur dans tes entrailles de vos enfants '. u
Cet article de Marat, bien qu'il eât élé dénoncé à l'Assemblée par Malouet, et qu'elle parût décidée à en punir l'auteur, ne Fut pas poursuivi, et il put continuer à proclamer avec une complète impunité, l'utilité, la nécessité des massacres, jusqu'à ce que ses paroles reçussent, dans des tueries organisées, une application ofQcielle.
Celte situation de presse est renfermée entrele moisde novembre 89, date de l'article de Prudhomme, et le mois de juillet 90, date de l'article de Marat. Au ton même de ces publications on pourrait y suivre les progrés de la crise : il ne s'agil pas tant ici de ce que disent, dans leur polémique inou'i'e, Prudhomme, Camille Desmoulins, ce procureur (fénérol de la lanterne, comme il s'appelait luimême, mais de ce que l'Assemblée supporte; et une telle situation de presse acceptée ou tolérée, ou subie par l'Assemblée constituante, ce qui revient au même, ré- (>ond à celte organisation des clubs qui s'est faite au grand jour dans Paris sous le nom de Société des Jacobins.
L'Assemblée avait bien ordonné au Châtclet, car c'était
' Tandis que Harat s'adressait ainsi aux imaginations populaires, ses amis commençaient a commettre les atrocités dont il accusait le pouvoir, et ils arrachaient les cœurs de leurs victimes, comme nous l'avons d^à vu dans le récit de l'abbé de Honlgaillard. M, Louis Blanc raconte aussi le raeurïre de M. de Belzunce, dont le cœur, dans les U-oubles de <^en, fui arraché et aurait été mangé par une femme.