‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 2)Chapitre 50 sur 86 · L.\ l'IitSSE. — SAnjlT. 3W · texte numérisé non relu

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elle qui, à la place de la royauté, tenait alors la main de justice, de poursuivre comme « criminels de lise-nation les auteurs, imprimeurs et colporteurs d'écrits excitant le peuple à l'insurrection contre les lois, à refTusion du sang et au renversement de la Constitution ; » mais toutes ces phrases, nous l'avons déjà indiqué, n'eurent aucune sanction pénale, et le procès dont on menaçait Marat ne lui fut pas même intenté : de sorte que PAssembléc pouvait bien ravir le pouvoir judiciaire a la royauté, mais pour ne point s'en servir, et montrer ainsi son impuissance contre l'anarchie, tout en paraissant vouloir la congédier comme une alliée funeste. Aussi vers celle époque, sur laquelle nous anticipons, pour résumer brièvement ici tout ce que, dans noire cadre, nous pouvons direde la presse, un peu après cette fédération du 14 juillet, où, cependant, un véritable élan national se montra encore, au nom de la France entière, pour la personne du roi, et, sans doute à cause de cet élan, qu'il s'agissait de combattre à Paris ', jamais l'audace des libellistos de la presse n'avait èlé portée aussi loin.

Malouet, accusant Camille Desmoulins duns l'Assemblée, avait dit : « Qu'il se justifie, s'il l'ose ; w et Camille Uesmoulins avait répondu, d'une des tribunes où il se trouvait : « Oui, je l'ose' 1 »

Robespierre intercéda en faveur i'un homme sensible qui n'avait pu s'entendre accuser du crime de lèse-nation, et proposa de mettre en liberté Vimprudent, comme il l'appelait, qui n'avait pas même été arrêté, malgré cette

* La Fédération eut lieu le ii juillet comme on sait ; les diatribes de Camille Desmouliiis et de Uarat sont de la un du même mois.

• Droi. III* \ol. p. 192 {Hùloire du règne de Louis XVI).

S90 CHAPrTRE Vin.

insulte directe faite à l'Assemblée dans la personne d'un

de ses membres.

Marat, pour reconnaître la longanimité de l'Assemblée, qui n'avait fait que le menacer, publia contre les ministres et les députés gangrenés un article oi!i il s'exprimait ainsi : « Citoyens, élevez huit rents potences, pendei-y . tous ces traîtres, et à leur tête l'infâme Biquetti l'alné.» On sait que c'était Mirabeau qui était désigné ainsi par les écrivainsde l'émeute', depuis la suppression de lanoblesseet de ses titres dans la séance du 19 juin 90*.

Ainsi, la crise qui avait éclaté avec une violence nouvelle dans les journées d'octobre, qui non-seulement avait fait venir lepouvoir royal à l'Hôtel de Ville, comme

' Les journalistes démocrates appelaient M. de la Fajetle de son nom patronymique : le perfide. Vinfâtite MoUier ; la reine était pour Camille Desmoulîns la femme du roi, et le roi M. Capet l'ainé.

* On ne saurait s'étonner des erreurs dans lesquelles peuTent loin* ber, en histoire, les hommes d'inlelligence et de bonne foi, si l'on ne reconnaissait la puissance de certaines idées préconçues : en parlant de Camille Desmoulins, deHaralet de leur parti, Joseph Droz ne dit-il pas que > le parti si furieux, destiné à devenir si puissant, avait alors bien peu d'appui hors de celte multitude infime qui prend part aux émeutes et non aut alTaîres publiques? ■ Nais l'Assemblée elle-même n'osait loucher à ce parti ! L'Assemblée, au nom du grand principe • lalssez-fàîre, laissez-passer », respectait la liberté indéfinie delà presse elles fauteurs de l'émeute; quoique, d'après une partie de la Constitution d^â votée, il dât y avoir des limites à cette liberté, elle n'en mettait aucune à des provocations j qui vouaient à la mori, à ta potence ses membres eux-mêmes, comme si depuis lant de mcurlres qui dataient du 14 juillel, des assassinats de Berlhier et de Foulon à ceui des gardes du coips, les menaces de meurtre n'étaient rien, comme si le parti de l'émeute et la populace qui la faisaient n'étaicnlpasàcraindre depuis que loui se décidait par des insurrections, comme si, au contraire, toute ' la politique du moment n'élait pas la, au inoins ne semblait paa I ï être !

U FEÏHE Dr ROI. — M. CAPET. 351

au 14 juillet, mais qui avait forcé ce pouvoir à se placer dans le centre même, et, comme on l'a dit, sous h surveillance du mouvement qui l'entraînait, celle crise qui avait poussé (levant elle l'Assemblée et le commandant de la garde nationale, avait sa presse qui élevait la voix comme ces crieurs de nuit qui, autrefois en Angleterre, avertissaient le passant attardé de Theure qui allait sonner. Lorsque la reine, qui n'avait échappé que de bien prés à la niort, était en butte à une haine implacable et que ses ennemis se préparaient à lui arracher la vie en ta dépouillant de tout le prestige de la royauté : « la femme du roi 1 » s'écriait-on deux ans avant le Temple.

On voulait mettre au niveau d'un accusé ordinaire, sur les marches de l'échafaud où les insulteurs déniagogues plaçaient déjà leur victime, ce prince qu'ils poursuivaient d'attaques persistantes, Èi qui ce cri de mépris et de haine était jeté : M. Capet I Plus tard on dira Louis Capet '.

Il est bien remarquable qu'une nation antique, une nation païenne, quand après une courte royauté elle a voulu fonder une république, n'a pas suivi cette voie, et que sa république a duré.

D'où vient cette différence, à la distance de tant de siècles, entre deux peuples dont le dernier était soi'ti d'une civilisation bien supérieure, grave question qu'il importera de résoudre?

En présence de ce premier aperçu de ta situation qui se développe ^'une manière plus complète et avec des formes bien plus tranchées à dater des journées d'octobre, on n'est pas surpris que certaines dispositions, de la part de personnages qui paraissaient alors les

■ L'Assemblée canstituante laissait dire.

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plus Imporlanls, n'aient eu aucun résultat : il semblait que M. de la Fayette, d'abord, à cause de ta popularité dont il jouissait encore, même après avoir été forcé de suivre la garde nationale, au lieu d'en être suivi aux journées d'octobre, Mirabeau, en raison de l'influence que lui avait donnée son immense talent oratoire, et sur l'Assemblée et sur le peuple lui-même, étaient des ministres indiqués par les circonstances; quelques hommes qui se croyaient inlhients pour agir dans ce sens, la Fayette et Mirabeau lui-mCme, admirent la possibilité d'une telle combinaison ministérielle; on chercha à les rapprocher pour les faire entrer dans le même ministère, malgré le peu de sympathie qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre, la Fayette pour le caractère de Mirabeau, Mirabeau pour l'idéologie de la Fayette. Il fut aussi question d'une administration qu'auraient voulu former Adrien Duport, Barnave, MM. de Lameth ; mais aucune de ces combinaisons ministérielles ne put aboutir, quoiqu'elles eussent pour point de départ une situation qui paraissait nouvelle, le résultat qu'il s'agissait de faire sortir de la victoire complète et définitive, en apparence, de certaines idées : le pouvoir, suivant la gauche, presque sans partage de l'Assemblée, suivant Mirabeau et la Fayette lui-même, quelque limite donnée à ce pouvoir en rendant à l'autorité royale, d'après Mirabeau, dont les plans allaient bien plus loin que ceux de la Fayette, une force réelle, et, selon la Fayette, en lui assurant au moins pour base un certain ordre dans Paris et quelques moyens de dè-

'■ \a Fayelle aurail voulu que le roi rappelât ses gardes du corps

LES HIMISTIIES tT l.'ASSEHBLËE. 353

L'idée de former un ministère sËrieux, apporté par une silualîon dont il eiU été le gouvernement, était assurément, en eile-mêipe, une idée politique : chaque tentative faite dans ce sens, nous l'avons dit, échoua. On convint, chacun à son point de vue, que le moment n'était pas venu, et l'on avait raison: viendrait-il jamais?

La pensée de faire arriver au pouvoir des hommes considérables, qui répond à tout système noimal de gouvernement, est surtout propre à un système représentalif régulier; c'est même la gloire d'un tel système qui doit mettre ses hommes, ses représentants au pouvoir: un ministre a-t-il ou n'a-l-il pas la majorité dans les Chambres; l'apporte-t-il ou ne l'apporte-t-il pas avec lui au prince qui le choisit? Toute la question n' est-elle point là? C'est ainsi, disaient autrefois les amis du gouvernement représentalif, qu'on évite les révolutions et qu'une politique nationale prévalant toujours, le vaisseau de l'Etat vogue sans tempête sur une mer où il ne peut y avoir de naufrages.

Mais, sous un régime où l' Assemblée toute-puissante, au moins pour quelque temps encore et à certaines conditions, gouverne par elle-même ou par ses comités, sous an régime où tout à l'heure nous verrons le ministère fermé par l'Assemblée à tous ses membres, pour interdire à Mirabeau. l'accès du pouvoir, comment des hommes plus ou moins considérables auraient-ils pu prétendre,

auprès de lui. Il contribua à la répression de l'ûnieute dont le boulanger François Hu victime, et à l'adoption de la loi martiale par l'Assemblée, par conséquent à 'un des rares efforts que fit celle" Assemblée' pour le rétablisse :ne:it delà paiietde la sécurité pu blique.

3H CUAPriBIi VllI.

par un sentiment d'ambition ou même de patriotisme, à l'exercice d'un pouvoir eflacé, et ne fallait-il pas, pour rester ministre, un dévouement personnel au roi de la part d'hommes que nous verrons cependant renoncer successivement à une tâche impossible, et à ce dévouement même qui devenait inutile, puisqu'il ne sauvait rien ni personne?

Voilà ce qui empêcha toute tentative politique, pour former un ministère véritable, de réussir après les journées d'octobre : la première condition du gouvernement représenlalif, sa base indispensable, manquait donc au gouvememeut que voulait fonder l'Assemblée constituante; au moment où elle prétendait mettre fm à l'ancien régime, au despotixme, comme on disait alors, par un régime de liberté, n'avait-elle pas trouvé le mpyen, en attirant à elle tout le pouvoir administratif, de rendre les ministres beaucoup moins indépendants que ceux de la vieille monarchie? Sous cette monarchie, les dépositaires de l'autorité y tenaient parce qu'ils l'exerçaient, parce qu'ilsenavaientalnsi la dignité: tandis que les derniers ministres du roi Louis XVI, surtout après les journées d'octobre,annîhilés comme ne l'avaient jamais été leurs prédécesseurs sous les rois qui gouvernaient le plus par eux-mêmes, car, à c6lé de Henri IV on avait vu Sutly, à cété de Louis XIV, Colbert et Louvois, auraient tous, depuis longtemps, donné leur démission, à part Neckerqui se flattait encore, s'ils n'avaient eu la pensée de couvrir la personne royale en restant exposés aux attaques continuelles d'une Assemblée qui persistait à détruire, quand . elle marchait sur des ruines '.

< Rabaul-Saint- Etienne s'exprime ainsi sur le s^Gtéme de destnic-

NI ROI ni UINISTHBS. 3Ï5

Enfin, sous un vrai gouvernement représenlatif, les ministres, représentants de la majorité, ont deux forces, celle qu'ils tirent de la royauté, et celle qui leur vient de la Chambre elte-mèmei sous un régime où la royauté était passive, pour ainsi dire, et où les ministres, même ceux qui étaient alors membres de l'Assemblée, n'en avaient pas surellSpIus d'influence, aucune des conditions d'un pouvoir ministériel libre et agissant n'existait, et la situation du ministère ne servait qu'à marquer le degré d'impuissance auquel l'autorif ë royale était tombée, sans qu'aucun système régulier de gouvernement l'eût remplacée.

Il y avait là un cercle vicieux : On avait prétendu faire une grande réforme politique; mais quels en étaient les résultais? Que, dans une monarchie qu'il s'agissait cependant de maintenir, il n'y avait plus de roi, et que, par une conséquence inévitable, il n'y avait plus de ministres.

Or un le) état de choses étail-il lui-même politique? Ne sortait-il pas de toutes les conditions régulières des gouvememcntsqu'onavaîtvusjusqu'alors? N'était-on pas sous

lion au moment où l'Assemblée, réunie à Paris, y a repris ses travaux ; • L'Assemblée nationale occupée à parer tout ces coups (les résistances ou les critiques dont elle élnit l'objet), avançait toujours i grands pas, foulant aux pieds des ruines, combattant les pr^u^és, dissipant toutes les erreurs, faisant la guerre à tous les abus, détruisant les droits usurpés, et rétablissant cette précieuse égalité qui rajeunit et régénère les naHons en les ranienimtà leur pureté primitive. »(Rabaut'Saint-£lienne, Précis historique, p. SeS.)

(tous allons assister au nijeunissement annoncé par Rabaut-Sainl- Éiienne et aux résultats de sa théorie de l'égalité, qui remonte aux idées de Rousseau sur l'égalité primitive des hommes, enfants de la nature et habitants des forêts, état sauvage et parfait parce qu'il est sauvagi?.

'.oogic

5H ClIAPnfiE VIII.

la main d'eipérimeata leurs qui cherchaient à faire triompher, coûte que coûte, certains systèmes auxquels ils tenaient avant tout et dont il fallait que la société acceptât ou subit l'épreuve? Les ministres, en un mot, manquaient alors au pouvoir, parce que le pouvoir manquait aux ministres, et le pouvoir leur manquait parce que, dans une monarchie, une assemblée souveraine l'absorbait au nom d'une théorie : la souveraineté du peuple.

On a vu que la populace s'était aperçue de cette théorie, el voulait l'appliquer à sa manière; on a vu comment déjà elle l'avait appliquée, ce qui contribuait à rendre l'exercice d'un pouvoir politique régulier encore plus difTicile, sinon impossible; car a. côté de la souveraineté deTAssemblée, qui était déjà assez jalouse et assez absorbante, il y avait celle de la rue, qui, chaque jour, était plus jalouse et plus absorbante encore. Ici la théorie se formulait dans des actes matériels, et une nouvelle politique, que nous aurons bientôt l'occasion d'étudier, venait reinplacer la vieille politique suivie jusqu'alors dans l'Europe civilisée.

Tandis que l'Assemblée, en effet, paralysait le gouvernement royal, qu'elle reconnaissait cependant, et lui enlevait toute initiative, même dans l'administration du pays, à Paris et dans le reste de la t mnce l-agilatîon et les excès populaires continuaient, suite des 5 et 6 octobre, comme les 5 et 6 octobre avaient été la suite du 14 juillet, en raison d'une logique, dontl'cnchaincmeiitetles conclusions ressortiront de l'histoire qui se développe devant nous, e( des événements qui vont bientôt marcher avec uae rapidité qu'il faudra aussi comprendre.

On a vu que, dès le 18 novembre, le Comité des recherches de la commune avait pris un arrêté qui mettait

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