LE CHATELET ET L\ POPULACE
en cause les ministres nommés par Louis XVI avant le 14 juillet, et M. deBezenval.
Au moment oîi le Châtelet, celte juridiclion secondaire, qu'on avait transformée en tribunal suprême, jugeait ce général, la populace demandait sa tète, et ses cris retentissaient ilans l'enceinte mâme où un acquittement courageux put faire présager la ruine de toute magistratute en France. Le courage du Châtelet faillit bientôt, comme on le sait, dans l'affaire de Favras, et celte affaire montra encore l'esprit révolutionnaire, qui, lorsqu'il s'agissait du baron de Bezenval et de son acquittement, s'exprimait ainsi : « Cette impunité fait l'éloge de la lanterne'. » L'arrestation du marquis de Favras, qui eut lieu vers la fin du mois suivant, et sa condamnation qui intervint en février 90, furent une satisfaction, on l'a vu, donnée à cet esprit dont les exigences ne faisaient que s'accroître, et auquel un tribunal n'osait plus résister.
Sans entrer dans le détail de tous les troubles qui suivirent à Paris le meurtre du boulanger François, aujjuel porta malheur, dans son quartier, le nom à' aristocrate , titre nouveau de proscription ', la surexcitation populaire
* Paroles de Prud'homme.
* H est curieux de se rendre comple du sens atlachè au nom d'anstocrate el de consulter, à cet ^ard, Rabaut Saint-Élïenne, dont la déCnilioD est bien remarquable et indique l'état de société auquel on arrive : • On peut juger, dit-il, par la résistance que faisaient les prÎTilégiés' deTimmense ponvoir qu'ils avaient ea France. Une coalition de deux cent mille hommes" en arrêtait vingl-sii millions'".
* HoDi Terrons taut i Vhean, en pailanl det i<niierés, quille itail cette réiii- ■* Comme ti c'éttil par le nombre qn'OD devait juger ie> liasses supérioura» de '" L'argument de Habaut Sainl-Ëlienne, qu'il s'en rendit compte ou non, était
SSS CUAPITBG TI|[.
ne se calmait plus, entretenue qu'elle était par les clubs
et par ces assemblées de districts où les motions les plus
et h volonté générale était tenue m su^teng par les intérëla particuliers'. Dans l'année, ilii avaient presque tous les ofQciers dont, le privilège élait ci-devant de commander à la roLure ; dans l'Église, le plus grand nombre des curés imprégnés de l'esprit du corps et soumis à ieufs évêques nobles (soumis à leurs évêques, c'était un crime) ; dans 11 finance, ceux qui prenaient â bail les revenus de l'Ëtat et leurs créatures ; dans les places de guerre, ceux qui avaient le commandement; dans plusieurs villes de commerce, les riches, dont la fortune leur permettait aulrerois de singer les grands qui daignaient les admettre avec eux"; dans la robe, presque tous|ceux qui avaient été remboursés ; dans tout le royaume, ceux dont les places ou le caractère les portaient h mépriser le peuple. • Rabaut Saint-Ëtienne ajoute : i Les étrangers demandent souvent ce qu'on entend en France par arislûcrales ; ce sont les hommes que je viens de dter, ■ Que veut^on de plus ? Ces aristocrates, c'est le clergé tout entier, sorti de toutes les classes, même des classes inTérieures, les curés ; c'est naturellement la noblesse, mais c'est aussi la magislrature, le grand cadre de la bourgeoisie, sa plu& illustre expression, la finance, également bourgeobe, 'représentée par les Terraiers généraux, le haut commerce, l'administration, cet autre oidre de la boui^eoisîe, formé parla royauté i, cAté de la magistrature, c'est-à-dire toutes les supériorités, toute la force de la société française, clei^, noblesse, bourgeoisie, la tète de cette société : voilà donc ce qu'il fallait retrancher comme aristocrate, et c'était en retranchant tout cela que Rabaul Sainl-Élienne et ces amis se proposaient de fonder un gouvernement représentatif; mais il semble que c'était tout ceb, au contraire, qu'il aurait fallu faire entrer dans ce gouvernement. Est-ce qu'une société peut se passer de sa tête même, surtout sous un lel régime, et sont-œ les pieds tout seuls qu'il s'agit d'y représenta?
■Ctlle
aiHriibn
BSl curieuse qu
and tout >e décidait par dee
émeutes
pope
bir» et.
que I'Ahoii
Dblée ei«vit ji
.««e le pouTCir
judiciaire, qu'
elle n'u
ailpa
hi^iii i ,
'dinbucr,
puisqu'elle a rai
iremeat au Chitolct, que
>, dan
leprocé.!
omoW dey
ïDt ce Irihkiniil
à roccuiion des
journées d'oclo
bre, il a-
j liai
.ire la duc li'OrI
éau5 SI Mirsbea
u, accuséi e,t le Chiiel,
=ld-e.
tïoir'élé
1(1 initlgaleurj, poinU dt
m. lequel il c
car 1
gnnJ, le
LiigeLcur de ce
^ jouméee iuit
Teepril rcvoluti
icniuire.
L, »u> l',iciea ri^ime, te :
hauL coD^nierce
eLlaocble^i
Kiienl ie ban
rapporu,
ce qui Caii
triiMCrtlet.
LE SAbBAT. — L'ANARCHIE. 3M
extraordinaires étaient adoptées; l'assemblée du district des Cordeliers n'en était-elle pas venue à transfonner cette partie de Paris en une république particulière où les autorités légales étaient méconnues, ce qui 'effrayait Chapelier, mais pas encore Bainave '? Et la Fayette ne dit-il pas dans ses Mémoires qu'Alexandre de Lamclh, comme si les éléments de troubles ne suffisaient pas dans Paris, ayait ajoutée cette organisation des clubs, qu'en novembre et décembre 89 Duport avait su étendre à toute la France, une association particulière sur laquelle il s'esprime ainsi : « C'était ce que les Lameth appelaient eux-mêmes le sabbat, c'est-à-dire une association de dix hommes dévoués à eux, et qui prenaient l'ordre tous les jours, que chacun ensuite donnaità dix hommes appartenant aux divers bataillons de Paris, do manière que tous les bataillons et toutes les sections recevaient à la fois la même proposition d'émeute, la même dénonciation contre les autorités constituées, le président, le maire et te commandant général*. »
Ainsi l'émeute et l'anarchie étaient organisées dans Paris par des membres mêmes de l'Assemblée. .
L'état des provinces, depuis les 5 et 6 octobre, avait suivi l'impulsiondonnéepar la capitale, comme après le 14 juillet.
A Marseille, à Valence, à Nîmes éclatèrent des désordres sanglants, de nouveaux meurtres furent commis,
Hais si là étaient ce\a qui r«culaii'nt devant ks développements trop rapides de la RévoluUon de 89, ceux qui lui étaient opposés après les journées d'octobre, loreque Itabaul Sain t-Étienne donne sa détinilion du mot d'ajistoeraie, il y a, celles, un . enaeignenient hîslorique dans celle seule définition qu'il est impossible de négliger.
' Droz, t. m, p. 84.
' mémoires de la Fayette, t. II, p. Zll .
»0 GIIAI-nRE VIII.
auxquels vint se mêler bientôt l'indiscipline mîlilaire et l'insurrection des soldats contre leurs officiers'.
En face d'une telle situaliou, à laquelle l'Assemblée ne portail aucun "remède, le roi, dépouillé lui-même de lout pouvoir pour rétablir l'ordre, crut devoir faire tenter, d'après le conseil de Necker, un nouvel effort auprès de l'Assemblée afin de se créer avec elle des rapports plus intimes, et de faire uailre une conformité de vues qui devînt une garantie d'union et d'ordre pour la France, qui lui donnât peut-être le gouvernement qu'elle n'avait pas.
Le roi, s' étant rendu sansappareil à l'Assemblée, suivi seulement de deux officiers de la garde nationale, prononça le 4 février le discours suivant :
« Messieurs, la gravité des circonstances où se trouve la France m'attire au milieu de vous ^ le relâchement progressif de tous les liensde l'ordre et do la subordination, la suspension ou l'inactivité de la justice', les mécunleutemeuts qui naissent des privations particulières, les oppositions, les haines malheureuses qui sont la suite inévitable des longues dissensions, la situation critique des finances et les incertitudes sur la fortune publique ; eniin l'agitation générale des esprits, tout semble se réunir pour entretenir l'inquiétude des véritables amis de la prospérité et du bonheur du royaume.
■ M. delà Tour du Pin s'exprimait ainsi, àceCéjjard, devant l'Assemblée: t On voit dans plusieurs régiments les liens de la discipline relàcti^s ou brisés, les ordonnances méconnues, les caisses et les drapeaux enlevés, les officiers méprisés et maltraités ; et, pour comble d'horreur, des commandants égorgés sous les yeux de leurs soldats.
* Les parlements élaienl suspendus en attendant qu'on les su|.-
DISCOURS DC ROI LE 4 FEVRIER W. Ht
H Un grand but se présente à vos r^ards ; mais il faut y atteindre sans accroissement de trouble et sans nouvelles convulsions. C'était, je dois le dire, d'une manière plus douce et plus tranquille que j'espérais vous y conduire, lorsque je formai le dessein de vous rassembler et de réunir pour la félicité publique les lumières et les volontés des représentants de la nation ; mais mon bonheur et ma tjloire ne sont pai moins étroitement liés au succès de vos travaux.
8 Je les ai garantis, par une continuelle vigilance, de l'influence funeste que pouvaient avoir sur eux les circonstances malheureuses au milieu desquelles vous vous trouviez placés. Les horreurs de la disette, que la France avait à redouter l'année dernière, ont été éloignées par des soins multipliés et des approvisionnements immen> ses. le désordre quel'ancien état des finances, le discrédit, l'excessive rareté du numéraire et le dépérissement graduel des revenus devaient naturellement amener; ce désordre, au moins dans son éclat et dans ses excès, a été jusqu'à présent écarté. J'ai adouci partout, et principalement dans la capitale, les dangereuses conséquences du défaut de travail ; et, nonobstant l'afTaiblissement de tous les moyens d'autorité, j'ai maintenu le royaume, non pas, il s'en faut bien, dans le calme que j'eusse désiré, mais dans un état de tranquillité sufOsant pour recevoir le bienfait d'une liberté sage et bien ordonnée'; enfm, malgré notre situation intérieure, généralement connue, et malgré les orages politiques qui agitent d'au- -
1 Celait le désir du roi, et l'on peut voir avec quelle persistance it traTaillait à cette œuvre qu'il avait voulu partager avec l'ABBemblée.
u- ?*.oot^lc ■
1res nations, j'ai consei'vé la paix au dçhors, et j'ai en- Ireleiiu avec toutes les puissances de l'Europe les rapports d'égards et d'amitié qui peuvent rendre çetle paix durable,
« Âpres vous avoir ainsi préservés des grandes contrariétés qui pouvaient si aisémenl traverser vos soins et vos travaux, je crois le moment arrivé oit il importe à l'intérêt de l'Étal que je m'associe d'une manière encore plus expresse et plus manifeste à la réussite de tout ce que vous avez concerté pour l'avantage de la France. Je ne puis saisir une plus grande occasion que celle où vous présentez à mon acceptation des décrets destinés à établir dans le royaume une organisation nouvelle', qui doit avoir une influence si importante et si propice pour le bonlieur de mes sujets et sur la prospérité de cet empire.
a Vous savez, messieurs, qu'il y a plusde dix ans, et dans un temps où le vœu de la nation ne s'était pas encore expliqué sur les Assemblées provinciales, j'avais commencé à substituer ce genre d'administration à celui qu'une ancienne habitude avait consacré. L'expérience m'ayant fait connaît reque je ne m'élaispoint trompé dans l'opinion que j'avais conçue de l'utilité de ces établissements, j'ai cherché à faire jouir du même bienfait toutes les provinces du royaume; et, pour assurer aux nouvelles administrations la confiiince générale, j'ai voulu que les membres dont elles devaient être composées fussent nommés librement par tous les citoyens. Vous avez
' 11 s'agît de la division départemenlale, cel énorme ctiangement. ^'ous nous occuperons de ce point capital. Ce qu'il y a de certain, c'est que le roi ne pouvait donner une adhésion plus désiniéreRsée aux nctes de l'Assemblée.
U DIVISION DÉTAnTEHEKTALE. 363 .
amèKoré ces vues de plusieurs manières, et la plus essentielle, sans i^oute, est celle subdivision ', égale et sagement motivée, qui, en affaiblissant les anciennes séparations de province à province, et en établissant un système général et complet d'équilibre, réunit davantage à un même esprit et à un même intérêt toutes les parties du royaume. Cette grande idée, ce salutaire dessein, vous sont entièrement dus. Il ne fallait pas moins qu'une réunion de volontés de la part des représentants de la nation ; il ne fallait pas moins que leur juste ascendant sur l'opinion générale pour entreprendre avec confiance un changement d'une si grande importance pour vaincre, au nom de la raison, les résistances de l'babitudeet des intérêts particuliers'.
« Je favoriserai, je seconderai par tous les moyens qui sont en mon pouvoir le succès de cette vaste organisation d'où dépend, à mes yeux, le salut de la France ; et je crois nécessaire de le dire, je suis trop occupé de la situation intérieure du royaume, j'ai les yeux trop ouverts sur les dangers de tout genre dont nous sommes environnés, pour ne pas sentir fortement que dans la position présente des esprits, et en considérant l'état où se trouvent les affaires publiques, il faut qu'un nouvel ordre de choses s'établisse avec calme et avec tranquillité, ou que le royaume soit exposé à toutes les calamités de l'anarchie.
« Que les vrais citoyens y réfléchissent ainsi que je
' Ce n'était point nne mbdivUion, c'était une dmsion qui détruisait les provinces et les supprimait, mais le discours du roi et de Nedter a pour butde tout concilier à force de modération, de bonne entente avec l'Assemblée.
• C'est-à-dii* des intérêts locaux. .
\. .oogic
3U CHAPITBB VIII.
l'ai fail, ea fixant uniquement leur attention sur le bien de l'Étal, et ils verront que, même avec des opinions difîërentes, un intérêt éminent doit les réunir tous aujourd'hui. Le temps rèformeia ce qui pourra rester défeclueus dans la collection des lois qui auront été l'ouvrage de cette Assemblée; mais toute entreprise qui tendrait à ébranler les principes de la constitution même, tout concert qui aurait pour but de les renverser ou d'en affaiblir l'heureuse influence, ne serviraient qu'à introduire au milieu de nous les maux effrayants de la discorde ; et, en supposant le succès d'une semblable tentative contre mon peuple et mot, le résultat nous priverait, sans remplacement, des divers biens dont un nouvel ordre de choses nous offre la perspective. Livrons-nous donc de bonne foi aux espérances que nous pouvons concevoir, et ne songeons qu'à les réaliser par un accord unanime. Que partout on sache que le monarque et les représentants de la nation sont unis d'un [même intérêt et d'un même vœu, aOn que celte opinion, celte ferme croyance, répandent dans les provinces un esprit de paix et de bonne volonté, et' que tous les citoyens recommandables par leur honnêteté, tous ceux qui peuvent servir l'État essentiellement par leur zèle et leurs lumières, s'empressent de prendre part aux différentes subdivisions de l'administration générale', dont l'enchaînement et l'ensemble doivent concourir edicacemeat au rétablissement de l'ordre et à la prospérité du royaume. « Nous ne devons point nous le dissimuler, il y a beau* coup et faire pour arriver à ce but. Une volonté suivie, un
> Aux directoires, assemblées élues, qui devaient administrer les 1 départements.