DISCOURS DU ROI LE 4 FÉVRIER
eonlre les personnes, peut-être il m'épargnerait celte douloureuse amertume I
« Je ne puis vous entretenir des grands intérêts de l'État sans vous presser de vous occuper d'une manière instante et définitive de tout ce qui tient au rétablissement de l'ordre dans les finances, et à la tranquillité de la multitude innombrable de citoyens qui sont unis par quelque lien à la fortune publique; il est temps d'apaiser toutes les inquiétudes; il est temps de rendre à ce royaume la force de crédit à laquelle il a droit de prétendre. Vous ne pouvez pas tout entreprendre à la fois ; aussi je vous invite à réserver pour d'autres temps une partie des biens dont la réunion de vos lumières vous présente le tableau; mais quand vous aurez ajouté & ce que vous avez déjà fait un plan sage et raisonnable pour ' l'esercice de la justice; quand vous aurez assuré les bases d'un équilibre parfait entre les revenus et les dépenses de l'État; enfin que vous aurez achevé l'ouvrage de la Constitution, vous aurez acquis de grands droits à la reconnaissance publique ; et dans la continuation surcessive des Assemblées nationales, continuation fondée dorénavant sur cette Constitution même*, il n'y aura plus qu'à ajouter d'année en année de nouveaux moyens de prospérité à tous ceux que vous avez déjà préparés. Puisse cette journée où votre monarque vient s'unir à vous de la manière la plus franche et la plus infime, être une époque mémorable dans l'histoire de cet empire I Elle lo sera, je l'espère, si mes vœux ardents, si mes instantes cïhortations peuvent être un signal de paix et de rap-
■ Ce qui aurait été l'établissement du gouvernement représentalir |Mr l'Assemblée consltluante.
prochement entre vous. Que ceux qui s'éloigneraient encore d'un esprit de concorde devenu si nécessaire me fassent le sacrifice de tous les souvenirs qui les affligent, je les payerai par ma reconnaissance et mon affection. Ne professons tous, je vous en donne l'exemple, qu'une seule opinion, qu'une seule volonté, rattachement à la Constitution nouvelle et le désir ardent de la paix, du bonheur et de la prospérité de la France. »
Nous avons cru utile de reproduire ici ce discours du roi Louis XVI, prononcé quatre mois seulement après les journées d'octobre, et oîi se reflète d'ailleurs, d'une manière si fidèle, la situation intérieure du pays , qu'au milieu des acclamations générales qu'il excita dans l'Assemblée aucun dissentiment ne vient s'offrir sur la manière dont les faits y sont exposés. Le rapport fait à l'Assemblée par le roi est donc d'une incontestable exactitude; car c'est un rapport sur la situation en même temps que l'acte d'adhésion et de concours le plus formel à ta Constitution qu'elle achève de voter, comme à toutes les mesures qu'elle a pu prendre, à commencer par la nouvelle division de la France.
Dans ce discours, le roi fait une allusion directe à l'émigration, nous l'avons déjà fait observer, en parlant des inquiétudes qui éloignaient de France un si grand nombre de ses citoyens.
Nous aurons à revenii" sur cette question de l'émigration, mais il est facile déjà de comprendre qu'au milieu de troubles si fréquents, d'atlaques contre les personnes et les propriétés, signalées par le roi comme des faits notoires, cette classe nombreuse de Français qu'on appelait aristocrates, suivant Rabaut Saint-Étienne, fut portée Si chercher sasûrelédans un exil volontaire.
L'ÉlirGRAnON, —
n y a eu, en effet, parmi les émigrés, des hommes do toute classe, rfes prêtres, des n(rf)les, des bourgeois, même des hommes du peuple; sous la Restauration, il restait encore en Angleterre des représentants de toute cette population française qui s'était élevée à trente mille personnes dans la seule ville de Londres.
Or l'émigration, de quelque manière qu'on l'envisage, fait partie, comme résultat, de cette situation intérieure dont nous avons encore à parler en suivant les débals et le vole de la Constitution de 91 .
Les journées d'octobre n'avaient pu avoir lieu sans provoquer, dans plusieurs provinces', des manifeslatioas faciles à comprendre : la noblesse et le parlement du Languedoc, dont l'ancienne et belle organisation provinciale est connue de nos lecteurs, avaient formé une assemblée à Toulouse, qui venait de voter une protestation contre tont ce qui s'était fait à Paris, contre le traitement qu'avait subi le roi le pins vertueux et le plus infortuné, engageant les autres provinces à se concerter de mènie pour rendre au monarque son autorité légitme,, sa liberté.
C'est alors que l'Assemblée constituante, effrayée d'un mouvement provincial qui aurait pu servir au moins do point d'arrêt contre les désordres et l'anarchie qui, de Paris, s'étaient répandus dans la France entière, interdit toute convocation de provinces et d'États jusqu'à ce que V Assemblée eût déterminé, avec l'acceptation du roi, le inode de leur convocation, ce qui était déjà supprimer les assemblées provinciales.
C'est alors qu'au milieu de la discussion même de la
< En Sauphiné, en Bretagne, en Languedoc.
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Constitution qu'il s'agissait de terminer, l'Assemblée, sous l'empire des circonstances, improvisa un changement énorme, la di\isioii départementale : c'était donner h la Constitution nouvelle une base encore inattendue et à Paris révolutionnaire un ascendant à peu près certain.
Quelque opinion qu'on puisse avoir aujourd'hui sur cette division du territoire, il est incontestable qu'elle fut opérée dans un esprit anliprovincial et pour assurer la domination d'une Assemblée qui, soumise à tous les mouvements parisiens, voulait que sa propre souveraineté fût sans contrôle dans le pays; Malouet, qui n'avait pas quitté l'Assemblée avec les constitutionnels, ses amis, aurait voulu au moins qu'au lieu de morceler la France en quatre-vingt-trois parties inférieures à Paris, on créât quarante déparlements qui servissent de conlrfr poids à cette capitale déjà immense, et où le désordre éclatait avec une si déplorable facilité.
Mais, avant d'indiquer la forme administrative également improvisée par l'Assemblée constituante, et sans entrer dans des détails auxquels l'étendue de notre œuvre ne sufGrait pas, nous devons signaler ici la destruction de l'ancienne magistrature, maintenant accomplie, et l'inamovibilité de cette magistrature, de ces parlements, la grandeur, l'organisation, la force, comme on le sait, de la bourgeoisie, qui les remplissait, qui, par eux, avec les Mathieu Mole, les l'Hôpital avaient égalé les nomsiesplus illustres de la noblesse niilitaire, remplacée par une magisli'alure élective: effacement et mine de l'ancien ordre judiciaire, detoutordre judiciaire jusqu'à ce qu'on revînt, par la force des choses, h l'inamovibilité.
RDIMB. - HORCELLBNEItT. — PABIS. 373
Ce qu'il y avait de bien remarquable, c'est que le premier cri des états généraux était parti du sein même du pariemenl, et que c'était un conseiller du parlement, membre de ces états généraux, Adrien Duport, qui était maintenant le promoteur de la suppression de la magistrature, sous l'influence d'idées qui, on le verra de plus en plus, ne voulaient rien laisser debout de l'ancienne sodélé française, ni royauté, ni clergé, ni noblesse, ni magistrature, ni provinces, ni tradition, ni organisation. Ces idées avaient pris un tel empire, que des membres du parlement, comme des membres du clergé, comme des membres de la noblesse, prenaient alors l'initiative de la ruine commune, indice extraordinaire et bien digne d'une sérieuse attention de l'état des esprits, mouvement qui devenait presque irrésistible quand ceux qui, naturellement, auraient dû y mettre obstacle, étaient les premiers à donner l'impulsion.
Dans cette invention, pour ainsi dire, d'une nouvelle France, où tout devenaitélectif, nouveau, dans ces mille et une nuits philosophiques, où tous les changements se faisaient à vue pour que tout passi\t sous le niveau du présent, cette souveraineté du jour qui se sub- . stituait à celle du passé, rAssGmbléc ne se borna point à la division départementale qui effaçait l'histoire, elle n'offrit aucun lien, aucun centre à tous ces membres séparés, et chaque département, chaque morcellement, avec son administration complètement élective, conseil administratif de Irente-six membres, directoire exécutif de cinq membres, fut une petite république isolée de toutes les autres, contribuant ainsi à former les cases d'un même damier, où l'on ne pouvait aller à dame qu'à Paris.
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3Ï4 CHAPITRB TIII.
Toute radiriinistralion fut cloiic bouleversée en même temps que l'aulorité royale paralysée : nous verrons, à l'époque (Ju Consulat, les conséquences d'une telle organisation quand il fallut, au moins, revenir sur l'exagération du système électif, si rien ne fut changé à la division départementale, et rétablir un centre administratif pour cette France éparpillée et désunie.
Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'une réforme toute récente, celle des Assemblées provinciales dont nous venons de parler, était entraînée dans la démolition générale et que par là, surtout, l'Assemblée constituante semblait enlever une base réelle au gouvernement représentatif qu'il s'agissait de fonder.
Car, avec des Assemblées qui auraient pu acquérir une véritable importance, qui auraient participé à l'administration de provinces comme la Normandie, la Bretagne, le Languedoc, sans que l'autorité centrale dél^uée à un intendant eât été effacée, il est évident que le système électif et représentatif lui-même aurait eu une autre force, une autre cohésion, une autre indépendance qu'au milieu d'un fractionnement général du pays.
NoQs nous souvenons qu'il y a queiqqes années, dansune réunion d'électeurs du Comté de Buckingham, la question départementale fut posée ironiquement par M. d'Israêli, et qu'il demanda à cette réunion politique si elle voudrait qu'on formât un déparlement de la Tamise: cette proposition, qui était une satire, fut accueillie avec des rires moqueurs dans un pays où le gouvernement représentatif est traditionnel, et où l'on n'a cm devoir le tracer ni au compas, ni au cordeau, ni diviser, amoindrir un pays d'autant plus qu'il était plus grand, pour lui donner «ne plus libre disposition de luj-même
U DinSIOM DËPAMElIEnT&LE. 515
et plus de poids dans la balance de ses propres destinées, le faire plus petit pour qu'il fûl mieux représenté.
Serait-ce donc de ces petites castes départementales, inventées par Sieyès le théoricien, que sortiraient de grandes et fortes intelligences habituées aux affaires publiques par une lar^e administratioa des provinces? Cela était-il possible? Et cette France en raccourci, où l'opération nouvelle aurait partout retranché quelque membre utile, nécessaire, serait-elle bien propre au mouvement, à l'initiative? Serait-ce par l'amputation qu'on formerait une représentation de la France? Ce pajs découpé en lanières départementales ne resterait-il pas, au contraire, sans force et sans action? On pourra en juger quand il s'agira des Girondins.
Telle était la question qu'on posait évidemment avec ces petites assemblées de départements substituées aux Assemblées provinciales, dont sans doute l'inexpérience avait d'abord été grande et qui avaient esagëré la puissance élective, mais qui, au moins, laissaient au pays toute sa force ; quand l'Assemblée constituante, au contraire, prétendait réformer l'ancien régime par les subdivisions de la représentation départementale, ne fermait-elle pas la grande porte au gouvernement représentatif, pour ouvrir la petite, qui serait facilement fermée dés que la centralisation en aurait donné la clef?
Lorsque nous avons dit qu'il n'existait plus de centre, plus de lien administratif pour la France provinciale ou plutét départementale, puisque l'élection présidait partout à l'administration nouvelle sans que le pouvoir y eût aucune part, nous avons, à l'égard de ce pouvoir, constaté un fait ; mais ai l'administration fut ainsi désoi^anisée et bientôt à peu près détruite en France, la Révo-