‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 2)Chapitre 57 sur 86 · LE CLERGÉ. — LA GAUCHE · texte numérisé non relu

LE CLERGÉ. — LA GAUCHE

d'Âlemberl et de Diderot, ne tenait aucunement compte de l'esprit de conciliation qu'avait montré le clergé, dès l'ouverture des états généraux, des sacrifices qu'il avait faits et de la manière dont la majorité de ses membres s'èlait promptement' réunie au tiers état, quand le tiers l'en avait adjuré * au nom du Dieu de paix. »

11 n'est pas rare que ceux qui ont eux-mêmes figuré au milieu de grands événements les attribuent à certaines causes dont ils ont eu connaissance ou auxquelles ils ont pris part : mais ces causes, quoique particulières en apparence, peuvent se rattacher à une origine très-générale.

Voici à cet égard un passage de Beaulieu, historien cantemporain, qui est curieus, rapproché de la spoliation du clergé, à laquelle Ië gauche de l'Assemblée eut tant de part, et de la constitution civile, qui en fut la conséquence presque immédiate : « Le député Malouet, s' entretenant un jour, dit Beaulieu , avec son collègue Coroller, membre du club Breton ', lui disait : « Mais la Révolution ne se fût point effectuée si les poissardes et la canaille de Versailles n'avaient pas poursuivi à coups de pierres M. l'archevêque de Paris*. »— C'était nous qui les irisions agir h répliqua Coroller.. . Cette conversation, qui embrasse plusieurs autres faits importante qui se trouvent liés à d'autres époques de cette histoire, est extraite

' le club qui avait été foadé par Adrien Duport et qui devint, comme on sait, le club des Jacobins.

■Cette scène avait eu lieu au moment où Tarchevèque sortait d'une sêanc« de la minorité du dergé (S5 juin 89), qui ne s'était pas encore réunie au tiers éUt: un ecdésiastique fut blessé aux côtés de l'archevêque, et il no dut peut-être la vie qu'à la vitesse de ses che-

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de la fameuEe procédure du Châtelet sur les événements

qui eurent lieu les 5 et 6 octobre i 789 '. »

Il est facile de se rendre eompte des sentiments de ceux qui, dès l'origine, pour obtenir des résultats politiques, ameutaient la populace contre le clergé et lui enseignaient déjà ce système de terreur et de mort qui devait plus tard dominer la société entière * ; mais, on le voit, lorsque les états généraux existent encore, déjà des membres de l'Assemblée constituante n'hésitent pas à se servir de tels moyens, et à prendre pour point de mire le vénérable chef du clergé de Paris : c'est pour eux évidemment un système qui se formule dans l'insulte et la violence faites a un archevêque.

La réunion du clergé a lieu, la Révolution suit son cours et fait triompher, i travers deux insurrections, celles de juillet et d'octobre $9, le principe de la souveraineté du peuple, dont la base est la souveraineté de la raison humaine, proclamée par la philosophie du dixhuitième siècle : Sieyès applique, sons le nom du tiers état, nom élastique qui renferme tout et qui ne renferme

1 Essais kùloriqua sut les causes el les effets de la Révolution de France, parC. F. Beaulieu, I" vol., p. 279.

» ■ Parmi les misérablBS qui le poursuivaient, dit J. Droi (1" Yol., p. 191), il s'en trouvait sans doute que ses irometisescliarilés avaient .nourris pendant l'hiver. Sa maison fut attaquée : des détachements de troupes s'y parlèrent ; mais la mullilude, persuadée qu'elle n'avait rien à craindre de leurs armes, devint plus furieuse. Des gens, qui n'appartenoicnt point à la populace, criaient qu'il Fallait que l'jMrdievèque promit de se réunir a l'Assemblée nationale, et le tumulte ne s'apaisa que lorsque le prélat eut fait connaitre l'engagement qu'il prenait d'obéir à cet ordre étrange. Quelques députés, gens de la lie du club Breton, et quelques autres agitateurs de la populace, avaient .excilé ce mouvement dans Je dessin de forcer l'entière réunion de l'ordre, i

L'iSSEHBLÊE- — LA PHILOSOPHIE DU XVUI< SIÈCLE. SfS

rien, les idées de Rousseau empruntées a la première révolulion d'Angleterre ; l'Assemblée constituante s'empare de ces idées pour supprimer bientât l'aulorilé royale et fonder, si elle le peut, son propre pouvoir, car l'amour de la domination est toujours au fond de ces déchaînements de la liberté humaine, qui n'attaque avec tant de violence l'autorité établie que pour faire prévaloir la sienne.

Puis, que se passc-t-il?

On a vu toute la marche de la philosophie du dixhuitième siècle, d'abord, en apparence, uniquement hostile à la religion qu'elle veut détruire ; ensuite, quand elle croit son succès assuré, qu'elle se regarde comme à la têle lies idées, qu'elle règne dans les salons, qu'elle a mis la littérature française à ses ordres, qu'elle a enrôlé les princes à sa suite, elle arrive h celte phase de l'athéisme qui éclate en 4770; puis vient cette nouvelle secte philosophique, les économistes, qul,àcdté des abstractions politiques de Rousseau, annoncent un nouvel avenir de prospérité matérielle , de bonheur complet dans ce monde, au nom toujours de cette raison comme de cette liberté humaine sans limites et sans barrières : ils vont transformer la France et le jnonde en laissant faire et en laissant passer, en jetant l'infinie liberté de l'homme, à laquelle rien n'est impossible, dans l'avenir de cette race mortelle et bornée I

Les économistes ont ainsi fait la préface politique de 89; ils ont été, on l'a déjà vu,, la transition qui devait mener la société française à une révolution nouvelle, met- Ire la main de cette Révolution sur la société au nom de l'utopie et de ses promesses les plus séduisantes, en même temps que l'esprit humain ferait la conquête définitive de la terre promise de rintelligence, où, seul maître et

indépendant, il ne tolérerait peut-être un jour le nom de Dieu que par habitude.

Cet esprit inspire l'Assemblée constituante, l' entraine; elle brise te ressort 'de l'ancien pouvoir, le suspend, l'arrôte; c'est le plus pressé dans cette carrière d'ionovation où, pour amener le triomphe de l'humanité, qui, affranchie déjà de toute soumission envers une loi divine et surnaturelle, se hâte d'assurer son pouvoir sur la terre et de supprimer tous les obstacles matériels qui peuvent en retarder l'avènement ; ne faut-il donc pas abattre d'abord l'influence antique d'une royauté dont l'Assemblée doit prendre la place et plus que la place? Avant de marcher sur le catholicisme, ne faut-il pas marcher sur le roi très-chrétien, £t, débarrassé de la tradition temporelle qu'il représente, effacer ensuite la première des traditions, rendre à jamais, en remontant ainsi à la source, toute tradition impossible, appliquer tout ce qui a été pensé par le dix-huitième siècle?

Le moyen de l'idée philosophique est une forme de démagogie à laquelle la démocratie des républiques païennes n'avait point rèvë, nous avons déjà dit pourquoi : la gtoritîcation de l'intelligence humaine, devenue son arbitre unique et souverain, la populace, en vertu de cette souveraineté qu'on proclame et des drmts de l'homme qui en sont les attributs, appelée, dès l'origine, à intervenir même à coups de pierres contre les évoques, et par des membres de l'Assemblée qui préludent ainsi au club des Jacobins, pour imposer des solutions quand elles ne se présentent pas d'elles-mêmes !

On a vu la route parcourue et la situation à laquelle l'ancien pouvoir est réduit.

C'est ainsi qu'après cette attaque systématique livrée

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