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«f CHAPITRE fin.
]es plus diiïérenis. Dont Certes n'était pas le seul qui, dans le clergé, fût sous l'empire de ces illusions, même après les 5 et 6 octobre, elles existaient encore ', après les menaces dont des évêques avaient alors été l'objet^ les injures de la presse et du théâtre, tolérées par l'Assemblée, contre le clergé et les ordres religieux.
Quel n'était pas cependant le langage de la presse, que l'Assemblée autorisait par son inertie, lorsqu'il s'agissait môme de ses propres membres? « Ces calotins et ces insolents de nobles, » disaient les Révolutions de Paris, journal de Loustalot, « n'ont aucuH droit d'être à l'Assemblée nationale; ils ne représentent pas la nation puisqu'elle ne les a pas choisis ; ils ne représentent pas de» ordres puisqu'il n'y a plus d'ordres. Nous n'aurons point la paix, et l'Assemblée nationale ne pourra faire sa besogne tant qu'on ne les aura pas chassés; ils ne sont point députés, ce sont des intrus; ils ne sont point inviolables. » Le crime du cAté droit, où il y avait en effet des ecclésiastiques et des nobles, était, en ce moment, de vouloir que la proposition de Dom Gerles fât
■ On t'afaît vu par l'exemple des jeunes religieux de Glunj, habilant la maison de Saint-Martin- dès-Champ s de Paris. Ils avaieut bit une adresse à l'Assemblée pour offrir à la nation l'abandon de tous les biens de l'ordre, demandant pour eux et leurs confrères une renie de i.500 francs; ils ajoutaient, il est vrai, que, si l'Ëtat ; gagnait un million, les religieux obtiendraient la liberté qu'ils auraient le bonheur de partager avec tous les Français.
L'Assemblée déclara dans son procès-verbal qu'elle accueiltail avec satisfaction ces preuves de patriotisme ; les supérieurs protestèrent, mais c^lte proposition, qui précéda la discussion sur les ordres monastiques, devait naturellement encourager l'Assemblée à marcher dans cette voie de spoliation, à l'égard du clei^é, qu'elle n'était que trop disposée i suivre.
POtRQUOI U SPOUATION DU CLERGÉ? 40S
adoptée, qu'un hommage solennel fût rendu à la religion. Le clergé, qui avait renoncé aux dimes, la noblesse qui s'étail elle-même dépouillée, dans la séance du 4 août, ne pouvaient cependant trouver grâce devant la presse démagogique et l'esprit qui l'inspirait.
La proposition de Dom Gerles, qui intervenait ainsi avant le vote définitif qui allait exproprier le clei^é, venait, sans que son auteur en eût la pensée, jeter une vive lumière sur l'avenir.
Pourquoi cetle spoliation, en effet, quand l'opération proposée par l'archevêque d'Aix offi'ait, d'une manière sûre et régulière, la somme qu on voulait obtenir révolutionnairement, sauvegardait le principe de la propriélô et réservait des ressources pour d'autres exigences? Le rejet de la proposition de Dom Gerles devait répondre à celte question.
Tout le côté droit soutenait vivement la proposition, la gauche la repoussait avec plus ou moins de franchise, mais la repoussait '.
• Charles de Lamelli, qui parla le premier dans celle discussion, conseilla à l'Assemblée de ne pas toucher à la théologie dans une question de finances. Suivantlui • l'Assemblée ne devait pas craindre d'être accusée de vouloir attaquer la religion, elle qui prenait pour règle, dans ses décrets, iajustice, la morale et les préceptes de VÊvangile. ■
Quand il reprit la parole, il revint encore sur cetle idée: • Qu'a fait l'Assemblée nationale? dit-il; elle a fondé la Constitution sur celte consolante égalité si recommandée par rËvangile ; elle a Tonde la Conslitution siir la fraternité et sur l'amour des hommes ; elle a, pournous servir des termes de rÉcrilure,/ia»ïu7iV te superte; elle a mis sous sa protection les faibles et le peuple dont les droits étaient méconnus. Elle a enfin réalisé, pour le bonheur des hommes, ces paroles de Jésus-Christ lui-même quand il a dit: • Les premiers f deviendront les derniers, les derniers deviendront les premiers: i
La discussion ayant élé remise après deux épreuves douteuses, ce qui montrait bien que le centre de l'Assemblée hésitait encore devant le rejet d'une proposition qui était un hommage public à la religion du pays, les membres du cdtë droit se réunirent après cette séance dont l'agitation et le tumulte indiquaient assez le caractère et ia portée, tamlis que le club des Jacobins se concertait pour agir sur le peuple et profiter de la motion deDomGerles en parlant aux passions révolutionnaires de la multitude. Le lendemain on criait dans les rues une feuille qui avait pour titre : Assemblées des aristocrates mx Capudm (le cdté droit s'était réuni dans l'église de ce couvent), Nouveau complot découvert'.
Une foule énorme encombrait les abords de l'Assemblée quand elle rentra en séance, et les m^aces les plus violentes, les insultes les plus grossières étaient faites aux membres du côté droit. Le nom de calotins, d'insolents de nobles, que l'on a vu adresser à ces députés dans la Révolution de Paris, n'étaient qu'une seconde édition des outrages de la rue que la foule prodiguait au cdté
elle les s. réalisées; car certaûieniânt les personnes qui occupaient le premier rang dans la société, qui possédaieiit les premiers emplois, ne les posséderont plus {Moniteur, séance du 1 2 avril 1 790.) * Après toutes ces paroles sur l'Évangile, Charles de Lamcth attaquait le clergé et son fanatisme. Rousseau avait fait aussi l'éloge de l'Évangile.
C'est ainsi qu'en Angleterre, de secte en secte, qui prétendaient prendre TËvangile pour base, on était arrivé aui indépendants qui ne reconnaissaient plus aucune autorité et aucune régie, en passant par les presbytériens, qui, détruisant toute hiérarchie, proclamaicrl l'égalité religieuse et civile.
• ^oitrHhloirede t Église de Frtatce pendant laBàmlutUm, 1. 1", p. 597, par H- l'abbé Jager,
LB CATnOLICISHE ET L'A6SEHBLËE. 401
droit, malgré les forcée qui protégeaient l'Assemblée, et ce n'était pas en vaia que le Palais-Royal, comme le club des Jacobins, s'étaient mis en mouvements
Après une discussion très-vive, tout en protestant du respect de l'Assemblée pour la religion, la gauche s'opposa plus que jamais à ce qu'elle Mt solennellement reconnue connne la religion nationale ; M. de la Rochefoucauld, quoique ses opinions ne fussent point extrêmes, proposa, ce qui montre bien à quel point les idées du dixhuitième siècle dominaient alors les esprits, l'ordre du jour suivant qui ne niait pas le catholicisme, mais, qu'on nous permette ce mot, qui reconduisait poliment : «L'Assemblée nationale, considëratit qu'elle n'a et ne peut avoir aucun pouvoir à exercer sur les consciences et sur les opinions religieuses; que la majesté delà religion et le respect profond qui lui est dil ne permettent pas qu'elle devienne le sujet d'une délibération ; considérant que l'attachement de l'Assemblée nationale au culte catholique, apostolique et romain ne saurait être mis en doute au moment même où ce culte va être mis par elle à la première place dans les dépenses publiques, et où par un mouvemeat unanime de respect elle a exprimé ses sentiments de la seule manii^re qui puisse convenir à la dignité de la religion et au caractère de l'Assemblée nationale, décrète qu'elle ne peut et ne doit délibérer sur la motion proposée, et qu'elle va reprendre l'ordre du jour sur les dîmes ecclésiastiques. »
Cet ordre du jour fut adopté après un tumulte inouï, excité par la gauche, dont le parti était pris d'cm-
' y oit V Histoire de PÊglise de France, par M, l'abbé Jager, t. i", p. 597.
408 CHAPITRB TIII.
pécher la droite de répondre, malgré tous les etTorts de Cazalés, ded'Eprémesmil, de Maury et du vicomte de Mi< rabeau *.
Le vote qui interdit la parole aux membres du cdié droit, eut lieu à une majorité de 495 voix contre 400, ce qui montre que les deus cents membres de la droite, réunis dans l' église des Capucins, avaient encore trouvé des sympathies dans l'Assemblée, puisque leur nombre s'était comme doublé par celte minorité même de 400 voix. Ils avaient montré un véritable courage ea présence de la presse et de la populace ameutées contre eux.
Ce qu'il y avait de plus remarquable dans l'ordre du jour adopté, c'est qu'on y donnait comme preuve du respect, que l'Assemblée portait au a culte catholique» l'expropriation dont il allait être frappé et le salaire qu'il recevrait de l'État.
Dans la séance du lendemain, en efTet, tandisque des ecclésiastiques, membres de l'Assemblée, se plaignent des insultes qu'ils ont reçues la veille à la sortie de la séance, et que Cazalès demande en vain qu'on vole des remerclments à la garde nationale, sans laquelle il aurait péri, l'Assemblée, par un vote définitif, remet l'administration des biens du clergé aux directoires des départements qui remplaçaient les assemblées provinciales ; et de propriétaire qu'il était, ce clergé, doté par la société elle-même, société qui ne datait pas du dix-huilîème siècle, mais de Clovis et de Charlemagne,
> Le grand orateur, le comte de Mirabeau, s'opposa avec violence i ce que la religion calhotique reçût aucun hommage de l'Assemblée. 11 se séparait ainsi de la droile dont il aurait voulu pourtant se servir.
LE GOUVERNeiietiT REPnËSEDTAnF. 109
prescription suffisante, peul-âlrc, devient, par le même vote, salarié de l'Etat'.
Ce que l'Assemblée faisait ici contre elle-même, contre ce gouvernement représenlatif qu'elle voulait fonder, nous l'avons déjà indiqué: le salaire, suivant la pensée de Chapelier que nous avons citée, avait pour but d'annihiler le clergé ; il ne devait plus y avoir de clergé, de corps, mais seulement des individus salariés par l'Etat, et, comme disait Thouret, des fonetionnaires *.
On verra bientôt que c'était la pensée de la majorité de l'Assemblée constituante. C'est encore celle des hommes qui aujourd'hui ont hérité de ses idées et continuent sa tradition ; mais quel en serait le résultat logique s'il n'était pas combattu par un autre ordre d'idées tout différent? Telle est la question. Nous allons bientôt le voir dans la constitution civile du clergé.
Quant à la Constitution que faisait l'Assemblée et au système représenlatif qu'elle prétendait établir, comment, en présence de la ruine si prompte de cette constitution et de tant d'autres ruines dont il semble qu'elle n'a été que le commencement , ne pas faire aujourd'hui, avec M. de Toequeviile, un retour sur un passé qu'il est plus que jamais nécessaire de bien étudier et de bien comprendre ?
Est-ce que, lorsqu'il s'agit de gouvernement représentatif, la question sociale, l'apport, pour ainsi dire de la
■ C'était la foi évidemment qui avait doté le clergé, et c'était l'incrédulité qui l'expropriait : les faits vont bientôt te démontrer.
* Thouret qui, dans la discussion sur les biens du clergé avait répondu à l'archevêque d'Aix, traduisait, disait-il, ces mots: U est juste que le prêtre vive de l'autel; par ces autres mots, il faut que le fonctionnaire public vive de ses fondions. C'était aussi la pensée de Mirabeau.
410 CBAPITBB THI.
société diins ce gouvernement n'est pas une condition impérieuse et vitale? Ne faut-il pas, qu'on souffre le mot, que ce gouvernement ait de quoi vivre? C'est Lien là assurément la pensée de M. de Tocqueville. Or, ce ne sont pas, si l'on consulte l'expérience, les théories et les abstractions plus ou moins hardies, plus ou moins ingé* nicuses, qui lui donneront ses moyens d'esistence, c'est la société elle-même.
Y a-t-il ou n'y a-l-il pas, dans un pays, une société avec laquelle le gouvernement représentatif soit possible? Telle est la question.
Cela est assez démontré par toute l'histoire du gouvernement représentatif en Angleterre : s'il existe dans ce pays, s'il dure, ne le doiL-il pas é\idcmment à la forte et puissante organisation de celte société? Sans Chambre des lords, sans aristocratie politique, y aurait-il un gouvernement représenlatif en Angleterre, et sans comtés, avec leur administration locale, à quoi serviraient toutes les formules, dans ce pays, et toutes les abstractions ?
Mais la majorité de l'Assemblée constituante, on le verra, dans la substitution de la souveraineté du peuple, dont elle se regardait comme revêtue, à la souveraineté royale, ne voulait voir partout, même dans le clergé, que des fonctionnaires, bureaucrates de la souveraineté du peuple, comme il y avait eu ceux de la royauté. Voilà pourquoi elle avait repoussé le système des deux Chambres, afin qu'il y eitt une seule Assemblée comme il y avait eu jusque-là une seule royauté, l'unité élective à la place de l'unité héréditaire.
C'était là pour elle le cété politique de la question, la passion du pouvoir, en dehors de toutes les théories, étant la première passion dos hommes.
tX CONSnTDTION CniLE DU CLER6Ë. - 411
C'est ainsi que cette Assemblée était entraînée, volontairement DU involontairement, ô faire prévaloir, sous le nom de souveraineté du peuple, la raison humaine sur la religion elle*mâme, le moi iiumain, le pouvoir humain, sur toute règle, sur toute puissance divine.
Nous l'avons déjà indiqué, l'Assemblée, avant de trancher la question dâ l'expropriation du clergé, avait pris une décision relativenieal aux ordres religieux, dont il sérail difficile de ne pas comprendre l'esprit; et un évëque, suivant les idées du dix-huitième siècle, H. de Talleyrand, avait commencé l'attaque.
C'est ainsi que l'on devait arriver à la constitution civile du clergé.
Nous avons rappelé le conseil donné par Voltaire au roi de Prusse : on voit avec quelle fidélité le programme du maitrc était suivi. Au nom de la nature, les disciples de Voltaire venaient combattre les conseils de perfection qui sont dans l'Ëvangile, le spirituslisnie chrétien dans ce qu'il a de plus élevé ; ce spiritualisme qui, par le célibat religieux, avait fait la gloire de la science elle- . même ; mais nous ne voulons pas insister ici davantage sur une telle question ; nous aurons plus d'une occasion d'y revenir.
On peutapprécier seulement le résultat déjà acquis aux idées dn dix-huitième siècle par ce vote de l'Assemblée qui ètaitla suppression virtuelle de la vie religieuse en France, quand, d'après un amendement de Barnave et de Thouret, la suppression des ordres et des congrégations des religieux et religieuses fut décrétée avec l'interdiction d'en fonder aucun à l'avenir.
Le second article de la loi les autorisait à quitter leurs monastères; après une déclaration devant la municipalité
413 CHAPITRE TIII.
du lieu, une pension leur serait allouée. Les reli^eux qui persisteraient dans leur vocation auraient à se retirer dans les maisons qu'on leur indiquerait. Quant aux instituts d'éducation publique et de charité, leur existence élait provisoiremeitt maintenue.
La discussion avait été vive, la vie spirituelle du catholicisme ainsi attaquée, énergiquement défendue, mais l'Assemblée avait adopté l'amendement d'un protestant, qui était Bamave, et d'un incrédule qui était Thouret.
Il n'y avait rien d'extraordinaire s ce qu'un protestant de cette époque' voulût détruire les couvents; ce qui pouvait surprendre, c'est que des hommes etuneassemblée qui appartenaient à un pays catholique s'entendissent avec lui pour faire ces ruines ; mais l'entente de la philosophie du dix-liuitiéme siècle avec le protestantisme et ses libres penseurs, rapportée d'Angleterre par Voltaire lui-même, ne se formule-l-elle pas ici dans l'amendement du protestant Bamave et du philosophe Thouret?
Comment Luther avait-il attaqué lui-même ta vie spirituelle du catholicisme?
En njetant dans le monde, en mêlant au monde tout ce que le catholicisme en avait séparé.
C'était là la pensée de Voltaire dans son système d'attaque contre la religion, la tactique conseillée par lui pour la détruire.
On vit en France, comme on avait vu en Allemagne, des religieux, des religieuses, auxquels pesait la régie qu'ils avaient embrassée, profiter du décret de l'Assem-
' On a essayé en Angleterre, depuis quelques années, de créer des communautés ihvI estantes.
U COSSTITDTIOK CITILE DD CLKRGÉ. 413
blée et faire, de ce qu'ils appelaient la liberté, une expérience que nous aurons è apprécier.
La constitution civile du clergé ainsi préparée suivit de prés les deux décrets, dont l'un supprimait les maisons religieuses et l'autre expropriait le clergé ; c'était le complément de ces deux mesures extraordinaires auxquelles, certes, le clergé n'avait pu s'attendre lorsqu'en majorité il se réunissait à l'Assemblée constituante.
On a dit avec raison que la constitution civile du clergé était l'œuvre janséniste d'une trentaine de membres de l'Assemblée ; mais qui ne comprend que jamais celte œuvre n'aurait pu réussir, si elle n'avait pas répondu aux dispositions mêmes de la majorité de cette Assemblée, qui venait, en vertu de l'autorité souveraine qu'elle s'était attribuée, porter la main sur une si grande partie de la vie spirituelle du catholicisme.
Le mot seul de constitution civile du clerçé était un scliisme et une hérésie : il n'y a pas, il ne peut y avoir de constitution civile du clergé. Cela parut bien dans la discussion qui s'engagea à cet égard.
Quand on pense à ce que c'était que le jansénisme, à ce schisme, à cette hérésie qui avait voulu s'attacher à l'Église de France, et qui, avec une opiniâtreté naturelle à l'erreur, venait à l'Assemblée représenter le vieil esprit de secte, donner la main à l'incrédulilô du dix-huitième siècle et commencer, de concert avec elle, une attaque contre l'église, dont les suites ne vont pas tarder à se produire, on reconnaît encore ici l'étroite alliance qui, sous une forme ou sous une autre, s'établissait entre la grande rupture du seizième siècle et la philosophie du dix-huitième, entre ceux qui prétendaient que l'Ëtat, comme cela était arrivé dans les pays protestants,
Ml CHAPIinE VlII.
pouvait toucher à l'Ëglise, remanier sa constitufion sans la consulter, se passer de concordat, d'enfenle avecleSaint- Siége lorsqu'il s'agissait par exemple de l'insLitulion des évëques et du nombre des évëchés, ceux qui ne laissaient, comme le janséniste Camus .et ses amis, qu'une autorité nominale au chef de l'Église, auquel les évèques devaient faire part simplement de leur nomination, et les incrédules, qui, heureux de ce schisme, de la ruine du pouvoir et de la hiérarchie dans l'Église calliolique, livraient la nomination des évèques au suffrage universel, au vole des protestants eux-mêmes et des juifs qui pouvaient se trouver parmi les électeurs; ainsi, en effet, à la place de l'infaillibililé et du droit de l'Église catholique, on remettait, par un tel acte, le gouvernement de cette Église à la raison humaine formulée dans le principe électif universel et souverain, on niait l'Église et le christianisme, on voulait les soumettra au pouvoir humaia au nom de cette liberté même des opinions qu'on avait proclamée en adoptant les droits de l'homme, hberté dont le vrai sens n'était que la souveraineté absolue de la raison.
. Il n'y a pas besoin d'être théologien pour comprendre que la constitution civile du clergé, qui faisait une nouvelle organisation du clergé de France, établissait arbitrairement des évêcliés, en détruisait d'autres contre toutes les règles suivies dans le monde catholique, était la violation la plus hardie de la liberté. de conscience comme l'atteinte la plus profonde portée à la foi religieuse.
Il suffira de citer textuellement quelques articles de la constitution civile pour en faire ressortir tout l'esprit: où donc, en effet, l'Assemblée avait-elle trouve ie droit
Lk COHSTITDTIOH CITILB DU OXRGt. 4t9
d'Éraellre des décisions comme celles-ci quaol à l'institutioQ des évèques?
« KVl. Au plus tard dansle moisqui suivra son élection celui qui aura été élu à un évèché se présentera en personne a soa évéque métropolitain, et, s'il est élu pour le siège de ta métropole, au plus ancien évéque de l'arrondissement avec le procès-verbal à'éltetion et de proclamation, et il le suppliera de lui accorder la confirmation canonique ' .
«XVIII. L'évéque à qui la confirmation sera demandée ne pourra exiger de l'élu d'autre serment sinon qu'il fait profession de la religion catholique, apostolique et ro-, maine.
« XIX. Le nouvel évéque ne poun-a s'adresser au pape JIÛU7' en obtenir aucune confirmation ; mais il lui écrira comme au chef visible de l'Ëglise universelle, eu témoignage de l'unité de foi et de la communion qu'il doit entretenir avec lui. »
Nous avons tenu à citer ces articles : on y voit qu'un évéque, qui fait profession de la religion calliolique, apostolique et romaine, ne peut s'adresser au pape pour en obtenir aucune confirmation, et doit lui écrire simplement pour lui faire part de sa nomination comme évéque t de sorte que le pape ne serait plus le chef d'un épiscopat qui existerait sans lui et qui lui serait imposé, ce qui n'empêcherait pas cetépiscopat de professer la religion catholique, apostolique et romaine.
Après avoir rendu les évoques indépendants du pape en bornant leur Uen hiérarchique avec lui à une simple
•En vertu de quelle" autorité l'Assemblée pouvait-elle décider ce qui était la confirmation canonigtie?
..ooglc
4M CHAPtntE Tm.
lettre de faire part, quoique la constiMion civile continuât à lui donner le litre de chefde l'Église, elle rendait également les curés indépendants des èvëques comme on en peut juger par les articles suivants :
■ XKV. L'élection des cures se fera dans la forme prescrile el par les électeurs indiqués dans le décret du 22 décembre 1789, pour la nomination des membres de l'Assemblée administrative des membres du district.
« XXXV. Celui qui aura été proclamé élu à une cure se présentera en personne à l'évëque avec le procès-verbal de son élection el proclamation à l'effet d'obtenir de lui l'inslilution canonique.
a XXXVI. L'évéque aura la faculté d'examiner l'élu en présence de son conseil sur sa doctrine et ses mœurs '. s'il le juge capable, il lui donnera l'institution canonique ; s'il croit devoir la lui refuser, les causes du refus seront données par écrit, signées de l'évêquc et de son conseil, sauf aux parties le recours à la puissance civile ainsi qu'il sera dit ci-aprés. »
Ainsi la souveraineté du peuple qui devait nommer les évéques, sans le concours du Saint-Siège, devait aussi élire les curés sans le concours des évéques, et la puissance civile était juge entre les parties si l'ëvéque refusait l'institution canonique.
Nous croyons que nous n'avons rien à ajouter ià, et que l'Assemblée constituante, en substituant à la hiérarchie ecclésiastique la puissance civile dans le gouvernement de l'Église, comme en prescrivant aux évéques la limite de leurs rapports avec le pape, prenait elle-même une autorité qui était la plus évidente usurpation d'une Assemblée laïque sur le pouvoir spirituel.
En fait, il n'y avait plus de pouvoir spirituel dans la
U COHSTlTDTlOIf WIUL DU CLERGÉ. 417
prétendue Église que l'Assemblée constituante n'hésitait pas k voter, et qu'elle faisait sortir du scrutin électoral, évëques et curfs, avec le recours à ta paiisance civUe^ à la raison humaine, par conséquent, seul et véritable pape de la nouvelle Église, bien plus soumise à l'autorité civile que l'anglicanisme lui-même où lesévéques nomment au moinsles ministres, ne sont pas soumis au suffrage universel, et n'ont pour électeurs ni les dissidents ni les juifs.
Si, par exemple, un évêque ne trouvant pas un prêtre orthodoxe, lui refusait l'instilulion canonique, il en résultait que la puissance civile, arbitre dans celle contestaUoii, devrait prononcer sur une question d'orthodoxie, et qu'elle deviendrait forcément maîtresse de la foi. Cela même était décidé en principe dans l'article qui l'établissait juge entre l'évéque et le prêtre : en fait, une Église où le pape n'existait plus que de nom, où les évéques ne pouvaient choisirleurs curés, était réduite à une sorte de preshytéranisme, mais avec celte différence que le preshytéranisme s'était isolé, dans son organisalion, de la puissance civile çt ne la reconnaissait pas, en principe, juge de la foi religieuse.
Pour apprécîei' au reste ce que c'était qu'une organisation civile du clergé de France, qui commençait par supprimer, sans aucune espèce de concert avec la puissance spirituelle, cinquante-un évêchés % nous ne parlons pas du remaniement général des paroisses i détruire ou à créer, des canonicatSy prébendes, chapelles, chapellenies, tatU des églises collégiales et de toits chapitres réguliers et séculiers de l'un et de l'autre sexei des abbayes et
* Quand cet article fut voté, sans le concours de l'autorité spirimelle, les évèques ne prirent plus aucune part ï la discussion.
41B CHAPITRE VtlI.
prieurés en règle ou en commende rimsi de l'un et de l'autre sexe, et de tous autres bénéfiees généralement quelconques ÉTEINTS ET suppRiyts' ; il faut suivre, dans le Moniteur, la discussion dont la conslilulion civile fut le résultat.
U esl le commentaire même de l'acte extraordinaire et du parti pris d'une Assembler qui n'a qu'une pensée, celle de tout soumettre h un certain niveau, de tout ramener à une certaine unité, la volonté de l'homme formulée au scrutin dans un chiflrede votants.
On entendit Bobespicire demander, dans cette discussion, l'abolilion des métropoles, du cardinalat, le mariage des prêtres : c'était réclamer et prévoir les conséquences mêmes de la cottstitntion civile au clec^é.
C'était aussi répondre aux aspirations de la philosophie du dix-huiliéme siède*, et ce n'est pas constitution civile, c'était constitution philosophique du clergé qu'on aurait dû dire.
Et voilà pourquoi l'Assemblée, évidemment, la vo< Uil.
Voulant tout changer, changeant tout dans l'ordre temporel, comme la philosopliie dont elle était l'élève avait tout critiqué, comment n'aurait-elle pas touché h l'ordre spirituel le premier attaqué, le premier ébranlé par cette philosophie?
Certes, si cette Assemblée avait eu l'esprit politique elle n'aurait pas ajouté aux discordes civiles les discordes religieuses, un schisme et une hérésie à une rêvolutionj mais ce qui pour nous est une démolition, qui faisait
• Voir l'article XX du litre II.
* On se souvient de cette lettre de d'Âlembert où, voyatU tout couleur de rose, il parle du mariage d& prêtres cotDnie d'une de sa espéninces, de la confession alidie, etc.
ŒUVRE DE L'ÂSSBIBIËE CONSTITDANTE. 410
ployer, sous un même elTorl de destruction, la société, était pour elle une organisation générale : elle ne croyait jamais trop défaire parcequ elle voulait et croyait pouvoir tout refaire, même la religion, non pas pour elle-même qui, en majorité, était voltairienne, mais pour la société: cette prétention de la part d'une AsiertJfléedephilosophes, comme on l'a si bien appelée, d'inventer une constitution civile de l'Église à l'usage des croyants, d'enseigner aux évéqucs eux-mêmes la mesure de leurs rapports avec le Saint-Siège est une des plus extraordinaires et des plus déplorables aberrations de l'Assemblée constituante.
En admettant qu'elle eût entrepris une œuvre politique durable, puisqu'elle voulait tant innover dans t'Ëlat, il semble qu'elle aurait dû au moins respecter les fondements mêmes de la religion, et que c'était bien assez de vouloir établir le gouvernement représentatif en France, surtout dans les conditions où elle l'avait placé, sans compliquer la situation, celle qui se présentait après lés 5 et 6 octobre, d'une lutte avec la foi religieuse.
C'était ici précisément que ressortait le point de vue abstrait auquel se plaçait l'Assemblée constituante, point de vue étranger à toute politique normale, qui dédaignait les traditions de l'expérience comme toute espécâ de traditions : le changement que voulait opérer cette Assemblée, eùt-il été aussi désirable qu'il l'était peu, aurait dû évidemment être écarté comme la complication d'une situation déjà trop compliquée, comme un obstacle à cet ordre et à cette paix si nicessaires à l'établissement de tout gouvernement régulier; mais qu'importait à des esprits qui avaient à parcourir le cercle ilU • mile de la théorie?
- C'était, au reste, le dcvcloppcmeot d'une situation qui
4» CBiPlTRE nu.
n'avait cessé défaire des progrès, dans un certain sens, depuis que les victoires de la gauche, au milieu desquelles avaient éclaté les journées d'octobre, avaient ruiné toutes les espérances de ce parti constitutionnel, qui, avecMounier, avait cru en 89 travailler à une œuvre politique, à l'établissement d'un gouvernement représentatif véritable: on lui répondait par la constilulion civile du clergé ; un homme se levait et montrait du doigt le chemin parcouru dans ce pays catholique, Robespierre demandait le maiiage des prêtres. On repoussait à grands cris cette proposition ; mais ses paroles, empruntées au siècle même et à ses idées, allaient tout à l'heure se formuler en décrets.
Ce mémehomme ne prélendrait-il pas fonder le déisme I philosophique sur les ruines du catholidsme et en deve- | nir le grand prêtre?
Quanta l'Assemblée, qui était ^trée dans tous tesdétails de la constitution civile du clergé, comme si elle gravait sur l'airain, elle croyait avoir pourvu à tout, et même, à en croire ses membres jansénistes, ramené l'Église catholique à sa pureté primitive; il ne restait plus, à l'Église entière, qu'i suivre un aussi beau plan, qu'on devaîtàdes jansénistes condamnés par elle et à des philosophes qui niaient toutes ses croyances ; mais le monde catholique fat unanime avecRome pour repousser l'étrange conception de l'Assemblée constituante ; l'immense majorité des évéques et du clergé de France, des fidèles, exprima les mêmes sentiments, professa les mêmes doctrines ; et j la résistance, les troubles, provoqués sur divers poiots du territoire par la violence qu'on voulait, au nom de la li- i berté, exercer sur les consciences catholiques, suiBsent pour caractériser l'entreprise de l'Assemblée ; cette »tui-
tA COBSTITUnOM CIVILB M CLKRGÉ. — LE BOI. «1
tion éclatera d'une manière bien plus forte encore quand l'Assemblée voudra imposer le serment au clergé et donnera à son œuvre une sanction qui sera la prodamation môme du schisme.
La religion et la foi avaient été défendues avec autant de logique que d'énergie par les évèques et les membres du clergé qui faisaient partie de l'Assemblée ; quelques rares défections avaient seules montré des apostats ou des hommes égarés parmi ceux de ses membres ecclésiastiques qui acceptaient la constitution civile du clei^é: le serment devait être la grande et décisive épreuve.
Mais la nouvelle constitution du clergé, en vertu de la constitution politique à peu près votée, réclamait la sanction d'un roi amené, le 6 octobre, prisonnier à Paris.
Il est vrai que ce prince n'avait à opposer qu'un vélo suspensif aux décrets qui, au point de vue de la conscience, pouvaient lui paraître le plus condamnables.
Le roi justement alarmé, comme fils aine de l'Église et chrétien, avait consulté, pendant une discussion qui avait duré six semaines, le pape dont la réponse n'était pas douteuse ,- mais, entre ses sentiments de chrétien et la pression des circonstances extraordinaires au milieu desquelles il se trouvait, le roi voulait espérer qu'une issue lui serait olTcrte par le Saint-Siège. La réponse que le pape Pie VI avait faite au roi était pleine de mesure et pouvait se résumer dans les passages suivants que nous devons reproduire, quant au dogme et au devoir de conscience pourleroi : « Nous qui représentons Jésus7Christ sur la terre, nous à qui il a confié le dépôt de la foi, nous sommes spécialement chargé du devoir, non plus de vous rappeler vos obligations envers Dieu cl envers vos