II. 2* . I
4n CIIAPITAB VIII.
peuples, car noos ne croyons pas que vous soyez jamais infidèle k voire conscience, ai que vous adoptiez les fausses vues d'une vaine politique; mais cédant à notre amour paternel, de vous déclarer et de vous dénoncer, de la manière la plus expresse, que si vou» approuvez les décrets relatifs au clergé vous entraînez, par cela même, votre nation entière dans l'erreur, le royaume dans le schisme et peut-être vous allumez la fiamme dévorante cTtne guerre de religion*. Nous avons bien employé jusqu'ici toutes les précautions pour éviter qu'on vous accusât d'avoir escitè aucun mouvement de cette nature, n'opposant que les armes innocentes de nos prières auprès de Dieu ; mais si les dangers de la religion continuent, le chef de l'Église fera entendre sa voix; elle éclatera, mais sans compromettre jamais les devoirs de la charité. »
Après avoir conseillé au roi, dans la situation si difficile où il se trouvait, de consulter les deux prélats qui faisaient partie du ministère, le souverain pontife concluait ainsi : « Vous avez fait de grands sacrilices au bien de votre peuple; maiss'il était en votre disposition de renoncer même à des droits inhérents à la prérogative de votre couronne, vous n'asei pas le droit d'aliéner ni d'abandonner ce qui est dà à Dieu et à l'Église, dont vous êtes le iils aîné, a
Le pape avait écrit dans le môme sens aux deux archevêques, membres du ministère, M. de Pompignan, archevêque de Vienne, et M. Champion de Cicé, archevêque de Bordeaux. Le premier, qu'une maladie tint bienlût après éloigné du conseil, trouvait là une excuse à sonsi-
■ La guerre de Vendée et de BreUgne, qui a élé une résistance au schisme imposé par l'Assemblée eonstiluanle, M une des conséqumccs de la con$tiluti<m civile du clergé.
M. m POHPIGItAK. — II. ClIAUPIOH DE CICÈ. 433
lence, si, dans des circonstances aussi graves, le devoir absolu d'un évêque n'eût pas été d'éclairer et d'affermir les résolutions du roi, qui religieusement ne pouvait et ne devait pas céder dés qu'il s'agissait de la foi, de décrets qui, détruisant toute puissance ecclésiastique, ne reconnaissaient plus efTectivement que la puissance civile; qui, par conséquent, détruisaient l'Église elle-même, ce que le pape déclarait et ce qu'attestait l'opposition près* que unanime * des évéques de l'Assemblée, comme de l'épiscopat français, dont la résistance ne fléchit pas un instant.
Quant à l'archevêque de Bordeaux, M. Champion de Cicé, il donna au roi, comme ministre, un conseil àe faiblesse qu'il blâmait comme èvéque. 11 le regretta toute
* (Comme on ïe voit, l'œuvre du comité ecclésiastique (on se souvient que tes adversaires de l'Ëglise s'y trouvaient en majorité) était enlièremetit opposée à la constitution de l'élise catholique. Une Assemblée civile âtait et donnait la juridiction aux évéques, créait de nouveaux sièges épiscopaui, rompait les liens qui unis* saientl'Ëjjlise de France au Saint-Si^e, asservissait l'autorité ecclésiastique à la puissance civile, enlevait aux évéques le pouvoir qu'ils ont reçu de Dieu de gouverner leurs églises, en faisait des espèces de présidents d'assemblées délibérantes, sous le nom de cooseils, aux discussions desqueU ils étaient soumis, L'Ëglise de France, telle qu'elle venait d'être réformée, cessait d'être catholique. La constitution civile du clergé, telle qu'elle venait d'être réformée, la mettait en dehors de r£gtise, la séparait du centre de l'unité, d'où elle reçoit sa force et sa vie ; ses évèques et ses curés, élus par le peuple, institués sans la participation du pape n'étaient plus que de simples fonclionnairescîvilssansautoritéet saiisjuridiclion,caribn'avalent d'autres pouvoirs que ceux qu''ils recevaient du gouvernement. L'Ëglise n'était plus qu'une institution politique ; elle cessait d'être un établissement divin pour devenir une œuvre humaine. • [HUloire de rÉglise de France pendant la Révolution, par H. ratd>é Jager, t. I", p. 455 et 454.)
^ '.oogic
«U CHAPITRE TIII.
sa \ie, et il est resté de lui une déclaration bien connue
où il en exprime tout son repentir'.
Ce fût le 24 août que le roi, vivement pressé par l'Assemblée, qui ne cessait de réclamer auprès du garde des sceaux la sanction de la constitution civile du clergé ^ donna la signature qu'on lui arrachait, mais en se hâtant d'écrire au pape, a pour le prier instamment de confirmer au moins provisoirement quelques articles de celte constitution * »
Le pape ne pouvait, malgré la mesure toute particulière qu'il montra dans une telle question, accorder aucune approbation à l'œuvre de l'Assemblée constituante, qui, toute la discussion l'atteste, malgré le conseil que les évèques lui en avaient donné, avait constamment repoussé toute proposition de référer au pape et à un concile de la constitution qu'elle voulait imposer au clergé, du pouvoir qu'elle mesurait au pape et aus évèques, de l'étrange sécularisation qu'elle improvisait pour l'Église do France.
Le passage d'une lettre que le pape Pie VI écrivit au
< I Des deux prélats qui rayaient conseillé (le roi) l'un portq le
repentir de sa faiblesse jusqu'à en mourir de douleur et de remords, et Taulre en publia lui-même l'humble et courageuse conFession". » Dans ce document, publié en 180i, on remarquait œs paroles: (Engagésque nous étionsdanslesliens d'un pénible ministère, frappés de terreur à la vue des plus immenses dangers, placés entre le double devoir de préserver la personne sacrée du roi et de sauver l'Arche sainte, nous nous trouvions dans une situation bien pénible dont personne ne pouvait connaître les terribles alarmes, i
* L'archetêque de Bordeaux.
' Histoire tfc l'Église de France pendant la Révolulùm par M . l'abbé Jager, 1. 1. p. 39.
■ L'abbé Prayarl cité par H. de Pallou.duis son litre inlitulé Ldult XFI, p.lSG.
LE PAPE. -^ QUESTIOH REUGIEDSE. 4S5
roi en apprenant la promulgation des décrets * résume bien les conséquences, faciles à prévoir, de L'acte qui se trouvait consommé : « Nous gémissons du fond de notre cœur, disait le souverain ponlife, en pensant «jue Votre Majesté s'est trouvée contrainte, par la violence et la lif' rannie des eireonstancesy de publier les décrets de l'Assemblée nationale, auxquels elle avait déjà donné sa sanction, avant de s'en référer ànous et de nous consulter sur les moyens de pourvoir aux intérêts des consciences, d'éviter le scandale des discussions parmi les catholiques de son royaume, et de prévenir les maux presque irréparables du schisme. »
Nous avons dit que des troubles religieux avaient déjà été la suite de la discussion même que l'Assemblée venait de clore par un vote impérieux pour l'Église de' France qu'on voulait réformer malgré elle. Nous aurons à revenir sur cette question religieuse qui, à mesure que l'Assemblée avance dans une telle voie, ressort de plus en plus, et devient d'autant plus grande qu'il s'agit ici, pour cette Assemblée, d'amoindrir et d'effacer le catholicisme, d'en faire une sorte de culte simplifié', départemental et municipal, dépendance et rouage de l'État, mu par le nouveau système électoral, qui devait tout régler et toutrefondre,administration, magistrature, clergé.
» M. de Falloui, Louis XYt. p. 257.
• C'est ce que fait remarquer Rabaut Sainl-Êtienne avec une satisraclioii naive, comme si l'Assemblée constituante avait accompli l'œuvre sociale et politique la plus parfaite et la phis durable en ramenant tout, dans une monarchie héréditaire qu'elle prétendait fonder, à la souveraineté du peuple et a la mobilité du principe électif. H. Mignet résume ainsi l'oeuvre de l'Assemblée constituante : • La légi^tîon de cette époque dépendit d'un principe unique, la souv&raineté de la nation. > (Hitloire de la Bévolulion, 1. 1, p- 308.)
4Se CHAPITRE VIII.
Le gouvernement de l'armée était passé presque tout entier dans les attributions de l'Assemblée, et une disposition formelle détruisait la discipline dans les régiments, celle qui donnait pour juges aux soldats leurs pairs, commeon disait alors, c'est-à-dire les soldais eux-mêmes'.
Il était facile de prévoir qu'une telle désorganisation de l'armée, sous le nom d'organisation nouvelle, produirait de nombreux et déplorables désordres, qui s'étendraient à presque tous les régimenis où le principe de la souveraineté du peuple présiderait ainsi aux rapports des chefs et des soldats '. Ici les faits abondent et l'anarchie, qui éclata de plus en plus parmi les troupes jusqu'à la désastreuse affaire de Nancy, répondit à tant de troubles de .la rue qui n'avaient point détourné l'Assemblée du but auquel, sous diverses influences, autrefois celle des constitutionnels, maintenant celle des révolutionnaires de la gauche, elle croyait toujours pouvoir tendre.
Ce qu'il faut constater ici, c'est ce qu'il y a d'absolu et de complet dans le système appliqué par l'Assemblée : la suppression, par le fait, de la hiérarchie militaire, de la discipline militaire, à cûté de la suppression de la hiérarchie ecclésiastique, de la discipline ecclésiastique; une sorte de constitution civile de l'armée, sous l'empire de celte idée unique et à peu près fixe qui domine alors tant d'esprits, celle de la souveraineté du peuple, h côté de la constitution civile du clergé et d'une organisation
' Précis historique de la Rétvlutim, par Rabaut Saint-ÉUeane, p. 525.
* La majorité de l'Assemblée ne se contentait pas de rendre les soldats euï^nêmes juges des soldats, elle décréta qu'ils pourraient faire partie de clubs, être admis à ces écoles d'ordre public, de respect pour to ditciplin^ ei de régénéraiion milUaire el pUriolùfoe.
U SOUTEBAIItETB m PEUrLE. 121
judiciaire basée sur les mêmes idées, comme sur la même mobilité ; de sorte que si l'on voulait formuler, pendant le vote de la Constitution de 91, l'étal de la société firangaise, cette formule serait peut être la seule vraie : une société debout au Heu d'une société assise. Nous racontons, nous décrivons une certaine situation que nous avons sous les yeux, et nous ne cherchons pas à prouver ici; mais, pour achever ce tableau, ajoutons que le numéraire de cette sociéténouvellen'éiait pas moins mobile qu'elle-même, pas moins abstrait, et qu'un mot résume le seul système financier qui fut alors trouvé possible : les assignats.
L'Assemblée, qui avait épuisé toutes les ressources financières réelles, en vint au papier-monnaie, c'est-à-dire à une monnaie fictive, dont le cours forcé ne put empêcher, après d'énormes émissions forcées aussi, en présence de besoins impérieux, l'inévitable dépréciation.
Il n'y avait plus ni crédit ni confîancB, ni travail, la contribution palriotiqueduquartdu revenu n'avait produit, on l'a vu, que de faibles ressources, et la Révolution était menacée d'une prochaine banqueroute lorsque la municipalité de Paris proposa, comme ou l'a vu, de se charger de la vente des biens du clergé, et que la majorité de l'Assemblée les considéra, entre ses mains, comme une sorte d'hypothèque et de gage du papier qui lui servait à remplir le vide absolu du trésor et la lacune eiTrayante de tout moyen régulier de llnance : c'étaient des billets que, dans une situation extraordinaire et violente, la Révolution faisait pour vivre.
Quelle était donc la situation qui se trouvait derrière ces billets? Évidemment un certain clat des idées avec ses conséquences : au moment où, dans une monardiie.
m CUAPITRB TOI.
le roi, eia vertu de la souveraineté du peuple, n'était plus rien, où l'émeule et l'insurrection avaient entrepris, de compte k demi, le vote d'une nouvelle coaslitution avec l'Assemblée ', où, après avoir exproprié le clei^, on entreprenait de remanier la religion à la guise des principes nouveaux et. d'inventer un clergé constitutionncl à la place du clergé catholique, où les clubs devenaient Yécole de la diseipHue militaire, sans parler des troubles, des meurtres et des incendies, dont nous aurons encore à dérouler la liste, qui se renouvelait toujours depuis le 14 juillet et les journées d'octobre, il est facile de comprendre que l'argent avait fui, et qu'il n'y avait plus que du papier, valeur fausse, imaginaire, en même temps que forcée, qui répondit à une telle situation : quel que fût l'avenir, quel espoir qu'eilt encore la majorité de l'Assemblée d'arriver aux grands résultais politiques dont Meunier et la plupart de ses amis svai^t désespéré, ces conclusions ressortaient de l'état des choses : était-ce qu'à toutes les abstractions qui avaient cours alors, la souveraineté du peuple, l'égalité absolue, une Église volée au, scrutin, qui devait rester catholique en se séparant du pape, comme l'État devait -rester monarchique en se séparant du roi, il n'y eûtqu'unc abstraction qui put répondre, en finances, un papier-monnaie, ou, si l'on veut, une monnaie de papier?
Pour les historiens, il est vrai, qui ont écrit avec cette pensée que la Révolution était nécessaire, nationale, glorieuse, opérée en définitive dans le plus grand intérêt du pays, cette mesure était indispensable; il fallait, et h,
< On se souvient de ia manière dont le veto, t'eiproprii^a et U cratstitution cifile du det^ ont été votés.