‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 2)Chapitre 61 sur 86 · LES ASSIGNATS · texte numérisé non relu

LES ASSIGNATS

tout pris, que la Révolution vécût; mais, pour des esprits moins enthousiastes, ils ne peuvent s'empêcher de reconnaître que la majorité de l'Assemblée, en donnant un cours forcé aux assignats, en imposant ainsi à tous ceux qui avaient affaire à l'État une valeur fictive, donnait pour base et pour hypothèque à celle valeur un gage forcé aussi, une spoliation'.

Il e&l très-cerlain que la majorité de l'Assemblée, maltresse en ce moment de la situation à certaines conditions, surtout quand il s'agissait de pareilles mesures, qui avaient l'approbation des clubs et de l'émeute,

* M. Hignet (t. I, p. i95) appelle cela une découverte. • Celte découverte, dil-il, serât beaucoup la Bévolttlion, et permit seule la vente des biens ecclésiastiques. ■ C'est-à-dire que personne n'aurait adieté ces biens si l'on n'avait pu le faire avec du papier sans valeur, et que TAssemblée constituanle, donnait d'une main ce qu'elle avait pris> pour recevoir de l'autre, en échange, les moyens de pourvoir aux besoins d'une situation révolutionnaire à laquelle ses propres actes avaient eu tant de part. Au fond, quand elle décidait que l'État couvrirait ses dépenses avec les assignats, que tout le monde serait forcé de recevoir, tandis qu'elle décrétait la vente des biens du clergé, elle mettait dans la circulation une prétendue valeur, qui, après avoir servi h l'eiproprialion du clergé, devait tût ou lard revenir à l'Ëtat aussi ftclive, aussi nulle que lorsqu'il l'avait créée. Ce n'était donc qu'un expédient ruineux pour r£tat, une forme de cette ruine même du crédit qui était le résultat le plus clair de la situation. Ce budget, formé de bieas confisqués et de papier au cours forcé, cette violence mêlée à la fiction et à l'utopie ', ce budget, qui dépouillait des propriétaires pour rétablir le crédit, avec les passions et les illusions pour base, était en effet le budget naturel et normal de la Révolution dont nous avons jusqu'à présent suivi l'histoire.

Josepb Droz a parfaitement apprécié la prétendue mesure financière des assignats quand il en a résumé ainsi la cause et les effets :

' L^As^mblée eipérait que U DUiDéraire iiQfoui ruparaUnit aussitôt qufl lm>£Ï-

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avait recours aux derniers moyens qui lui restassent de pourvoir aux embarras inentricables où elle s'était placée, en ne voulant rien devoir qu'à certains principes, à un certain esprit de système inflexible, en écartant tout compromis, toufe composition avec le cle^é, malgré les oITres si la^cs qu'il lui faisait, en poussant jusqu'au bout l'exagération des idées de lîberlé, qui rendaient l'ordre impossible, et en supprimant toute autre autorité que la sienne, contrôlée cependant par celle de la populace.

(^and nous nous exprimons ainsi, nous n'exagérons pas, nous ne faisons qu'e^rimer la pensée et répéter, nous en donnerons la preuve, les paroles de membres de l'Assemblée constituante, àcommencerpar Mirabeau, de

( On n'oubtiera point combien, à l'époque oii les états généraux s'assemblèrent, il lenr était facile de combler un Mbie défidt, et d'élabtir la balance entre les recettes et les dépenses. Pour y réussir, ils étaient maîtres d'employer réalité des charges publiques, la réforme des perceptions onéreuses, la réduction des dépenses, les garanties que Teiislence d'une représentation nationale assure aux capitatistea. enfin les ressources extraordinaires, rédamées ou autorisées par l'opinion générale'. Tous ces moyens de prospérité, la sagesse les eAt mis en œuvre; mais elle fut bannie. Les passions dominèrent, ravagèrent ce pays qui croyait loucher au bonheur; plus de levée d'impûU, plus de crédit, le trésor fut vide; il fallut à des maux inouïs des remèdes presque inconnus. L'Assemblée sut les trouver, ils donnèrent ^es forces à l'Ëtal.ils l'aidèrent dans la suite à sortir de l'abîme où la fougue l'avait poussé, où l'inexpérience l'avait fait tomber. Hais comment ces remèdes héroïques étaient-ils devenus nécessaires? La haute habileté ne consiste- t-elle plus à prévoir les malheurs, â détourner les dangers ? De quel prix a-t-il fallu payer ces redoutables ressources? Des capitaux énormes ont été dévorés; (/j mauvaise foi a circulé avec un papier metUeur, od'dn despotishe suis eienflb l saoTEini qdelqdb temps; et le grand appareil financier, créé par l' Assemblée constituante, n'a pu garantir d'une effroyable banqueroute cette France où tous les éléments de prospérité venaient s'offrir d'eux-mêmes quand elle réunit ses États généraux. . (HiUoire du règne de Louis XV! par Joseph Drot, t. III. p. 159 et 140.)

L'ASSEHBLËe. — lA ROYAUTÉ. «31

ceux même qui firent partie delagauchela plus avancée.

n résultait de cet état de choses uoe conséquence logique à l'égard de la royauté.

On aurait dit qu'après les journées d'octobre rien ne pouvait ajouter à la déchéance de cette royauté; mais il est facile de comprendre que toute cette nouvelle organisation du pays, ce clergé élu, cette magistrature élue, cette armée qui dépendait du premier pouvoir électif, celui de l'Assemblée qui était aux ordres des municipalités, et où les soldats se trouvaient à peu prés soustraits au commandement de leurs chefs, qui, eux-mêmes, n'étaient plus sous les ordres du roi, il est facile de reconnaître que celle application continue et générale du principe de la souveraineté du peuple, était la désorganisation même de toute l'autorité monarchique dont on semblait partager les ruines : il n'y avait plus de lien, à peine des rapports officiels entre cette société, à laquelle on donnait encore le nom de monarchie, et le roi : les évéques constitutionnels devaient simplement lui faire part de leur nomination, absolument comme au pape, de même que les ministres n'avaient qu'un droit, celui de cotrespondre avec les autorités administratives élues qui restaient indépendantes, tandis que la magistrature, on l'a vu, ne devenait pas moins étrangère au chef nominal de l'État.

La situation pouvait se résumer ainsi : la monarchie avait gardé un seul droit, celui de correspondance, ellç pouvait écrire à la souveraineté du peuple', mais la souveraineté du peuple ne l'écoutait pas; elle lui

• I^s minisires ne ponvatenl que présenter (les mémoires à l'As- Kmblée, comme on le verra par l'exemple de Hecker ; Vm sait qu'il* n'avaient pas le droit d']si^erc4Hnrae députés.

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tai CHAPITRE TIll.

gardait une réponse cependant qui était la république.

Telle était l'œuvre monarchique de l'Assemblée constituante : voilà comment elle avait travaillé à l'établissement de la monarchie représentative en France.

Cet état de choses était, au reste, l'image parfaite des rapports qui existèrent jusqu'à la fin entre la royauté el l'Assemblée : l'Assemblée décrétait, formulait impérieusement sa volonté, et le roi devait l'approuver ou plutôt l'enregistrer'. Il avait le droit de venir, de temps en temps, lui déclarer à quel point il lui cédait, avec l'espoir de trouver quelque force et quelque popularité dans ces suprêmes concessions et ce suprême abandon de tout pouvoir, les seuls actes, au reste, qui lui fussent permis, comme les formules variées de l'abdication, jusqu'à ce qu'elles fussent épuisées.

Ce qui pouvait encore inspirer quelque illusion au prince qui, depuis la réunion des états généraux, demandés et convoqués avec des vues qui, certes, n'étaient point contraires au pouvoir royal et à la monarchie, subissait cette situation, c'était l'enthousiasme que le roi excitait lorsqu'il donnait à l'Assemblée quelque témoignage public d'adhésion.

Il en avait été ainsi quand le roi avait prononcé son discours du 4 février. C'est alors que l'Assemblée élec- Irisée décida qu'elle prêterait à l'instant le serment civique : fl Je jure d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir la Constitution*. » Les spectaleurs,

■ Comme on la vu dans la constitution civile du clergé, comme ou le verra dans le serment ecclêsiasiique. le roi était devenu le Part»ment, beaucoup moins que le Parlement, et rissemblée n'av^t pas besoin du lits de justice.

■ Celle constitution n'était pas encore terminée.

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