LE SERMENT CIVIQUE
les tribunes étaient remplies, a les mains étendues vers l'Assemblée', » prêtèrent le même serment en s'écriant : « Je le jure I » Comme par suite d'une même eommotion le peuple, sur la place de l'Hôtel de Ville, avec d'immenses acclamations, salua la formule du serment prononcé par Bailly. Dans tous les districts on chanta le Te Deum. Cet enthousiasme se répandit à l'instant dans tout le royaume; partout on prOta le même serment.
Mais ces vives émotions, que semblait partager la France entière, n'avaient rien changé à la situation; elle avait continué à se développer telle que nous l'avons vue, ouplulôtrillusionélaitdevenueun instant plus forte; mais le roi, à mesure qu'il se rapprochait de plus en plus de l'Assemblée, donnait toujours sans jamais recevoir.
Il faut le croire, dans une situation si nouvelle, le sen. timent monarchique, qui avait été si puissant en France^ et dont les racines étaient plus profondes qu'on ne pouvait le croire, devait contribuer à entretenir dans les cœurs une confiance , un espoir que le roi lui-même pouvait partager jusqu'à un certain point : il semblait que cette royauté antique, qui avait été si forte, qui semblait toujours riche de son vieux pouvoir, avait toujours quelque chose à donner, tandis que la Constitution nouvelle, qui n'était pas même achevée, avait toujoui-s quelque chose à recevoir, et qu'en présence d'une royauté dotée d'un si long passé, le présent, qui rompait avec lui, restât toujours faible, étroit, pauvre et impuissant, maU gré toutes ses conquêtes. Lors donc que lé roi adhérait solennellement aux actes de l'Assemblée, à sa Constitution, on ,eût dit que cette impression se communiquait if
' Droz, ni' vol., p. 95.
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l'Assemblée, .à Paris, h la France; c'est que le passé, ce qui manquait le plus à là Révolution nouvelle, venait de se donner à celte Révolution : impression vive, naturelle, mais passagère, qui s'était bientât dissipée au milieu des réalités toujours plus graves de la situation, en "face d'un esprit qui était toujours le même et que rien ne pouvait satisfaire.
C'était M. Neckcr qui avait conseillé au roi la démarclie qu'il venait àe faire auprès de l'Assemblée, un nouvel elfort pour obtenir son concours, on pourrait dire son appui. Il y avait certes, dans de telles tentatives de ta part du roi et deîiccker, une grande persistance, dont la loyauté était manifeste; mais la formule môme des rapports du roi et de l'Assemblée était plus que jamais la nullité des ministres, conséquence logique de l'effacement du pouvoir royal qu'ils représentaient. Ces ministres, que l'Assemblée n'écoutait plus, à commencer par Necker, étaient en butte à de perpétuelles attaques '■ « Je ne conçois pas, dit un jour Necker à M. de Montmorin, comment M. de Saint-Priesl ne quitte pas le ministère, au point de défiance publique où il se trouve. — Mais vous avez aussi votre bonne part, s lui répondit M. de Montmorin '. Cette opposition sans relâche étaitelle de la force? On pourra bientôt en juger.
C'élaitune situation étrange que celle du pouvoir ainsi désarmé et attaqué quoiqu'il fut désarmé; ceux mêmes qui, par leurs idées ou leurs actes, avaient le plus contribué à cet état de choses, voulaient maintenant se concerter pour y porter remède et ne pouvaient y parvenir.
1 NolUx sur M. le comte de Sattit-Priesl par H. de Barante, p. ciin,
' /(fcm, idem.