LE SCHISME AV SCRVTIN
d'après les règles ordinaires de la politique, on commet- ' trait une grande erreur. Ce n'était pas l'esprit politique qui agissait sur elle dans les circonstances les plus importantes; Mirabeau lui-même t'avait dit bien souvent, et il le redira avant de mourir'.
Quand on déclarait publiquement, dans le sein de cette Assemblée que le costume ecclésiastique était odieux aa peuple, et qu'on en proposait la suppression, comment n'aurait-on pas préparé, volontairement ou inv(dontairement une situation où cette impopularité, que l'on attribuait au clei^é, deviendrait un titre de persécution et de prosCTiption ? Était-ce cependant ainsi qu'on pouvait établir un gouvernement et organiser une société? Et, è la place de la tradition religieuse qu'on attaquait, quelle tradition allait-on fonder?
Ce qu'il y a de certain, c'est que la situation extraordinaire, où le clergé de France devait subir une véritable persécution, était venue. Après le serment qu'on avait voulu imposer au clergé de l'Assemblée, il s'agissait, en effet, d'y contraindre les curés, le clergé de Paris et celui de la France entière, de faire sortir, de celte France
* Dans la séance du 15 septembre 90 le comité, spécialement consacré au clergé, proposa la suppression du costume ecclésiastique et religieux en dehors des fonctions de l'élise, parce que ce costume était devenu odieux au peuple.
. C'était le mo^en asaurémeni de le lui rendre odieux et de donner raison aux ennemis du clergé, A d'éloquentes et énergiques paroles de l'évêque de Clennont, les rapporteurs du comilé répondirent qu'on ne Toulait imposer aucune contrainte au clergé ; cependant l'Assemblée décréta que • les costumes particuliers de tous les ordres élaienl abolis, et qu'en conséquence chaque religieux pourrait se vêtir comme bon lui semblerait. • Or, l'insistance qu'elle mettait h s'immiscer ainsi dans la vie et les régies du cloître montrait bien Tesprit de l'Assemblée.
4» CH&PITRK Vm.
'catholique, un schi^ne voté au scrutin, comme on s'effondit d en faire une monarchie su nom de la souveraineté du peuple, mais avec celte diiTérence que c'était à l'Ëglise qu'il fallait imposer maintenant une telle souveraineté, que c'était la foi qu'il fallait soumettre, le surnaturel qui aurait à s'incliner devant le naturel, le dogme devant la théorie, l'Evangile devant les Droits de l'homme et lu Constitution.
L'autorité municipale, à Paris et dans les départements, avait reçu la mission d'appliquer le décret de l'Assemblée.
. Nous ne pouvons entrer dans le détait des scènes violentes el scandaleuses qui signalèrent dans toutes les paroisses de Paris l'installation du schisme : il suflira de les indiquer.
Et, d'abord, le vénérable archevêque de Paris, M. de Juigné, fut destitué pour refus de serment comme un fonctionnaire public : c'était là la pensée théologique de la majorité de l'Assemblée. Elle ne comprenait pas qu'un évéque ou qu'un curé fût autre chose qu'un fonctionnaire soumis à l'ordre civil et humain qui dominait la société entière'.
Un évêque intrus étail prêt, c'était Gobel, qui, après avoir prêté le serment à l'Assemblée, n'aspirait qu'à recevoir ie prix de son apostasie.
Il reçut l'institution canonique de M. de Talleyrand, après se l'être vu refuser par Loménie de Brienne luimême, ce prélat dont les mœurs et les idées étaient un sujet de douleur pour le clergé, l'ami de d'Alembert, cet ancien archevêque de Toulouse, maintenant archevêque
' C'était là ce qu'on appelait)» liberté, et la liberté de conscience.
GOBBL. 4TS
de Sens, dont le ministère impuissant avait précédé la «onvocaiion des états généraux et contribué à la précipiter.
Lomènie de Brienne, qui avait prêté le sermentecclésiaslique, fut forcé de se démettre de la dignité de cardinal, aprês une lettre que lui adressa le Bouverain pontife, où déjà la constitution civile du clergé et le serment étaient condamnés avant te bref qui formula le jugement rendu parle Saint-Siège.
L'archevêque de Sens n'avait point osi^ cependant partidper comme évéque & la consécration de Gobe) et à l'expulsion de M. de Juigné ; et, parmi le petitnombre de prélats, qui acceptaient une telle apostasie, il n'y eut que H. de Taltejrand, qui, déjà, en esprit, étranger à l'Église, avait pu se prêter, non sans quelque hésitation cependant, à l'institution de Gobel.
C'était là d'ailleurs une conséquence de l'état des idées qui avait précédé la Révolution : la philosophie du dix-huiliémesiècleavaiteusesprêlats, bien peu nombreux, il est vrai, ses prêtres incrêdules et immoraux, il arrivait naturellement qu'avec des jansénistes, vieux sectaires, ils étaient en lële du mouvement qui se prononçait contre l'Ëglise et qui entraînait les corrompus, les faibles, les hommes dont la vocation n'avait pas -été sérieuse.
On avait vu une situation analogue, è l'époque du protestantisme, quand Martin Luther, ce moine immoral, avait pris l'initiative d'une réforme qui ouvrait le cloître aux religieux et aux religieuses, en se mariant luimême avec une religieuse, lui prêtre et moine.
Après le dix-huitième siècle, une seconde révolte avait atteint quelques membres de l'èpiscopat français ; mais ils faisaient jusdce d'eux-mêmes en se séparant de
416 ClIiPlTRB VIII.
l'Eglise, dont ils étaient indignes; or, cette sëparalion était la base de l'Église constitutionnelle, inventée par l'Assemblée constituante, qui réunissait, en même temps, l'espritde sectede l'hérésie jaD3énienne,ce protestantisme menteur qui n'avait pas le courage de son scliisme et de son hérésie, etla corruption, l'incrédulité du dis-huitième siècle'.
Le vrai clergé de France, le clergé fidèle, pur, intrépide rachètera, par son courage et par son sang, les fautes et la honte de ceux de ses membres qui auront failli, et c'est ce clergé qui vaincra, c'est lui dont la constance admirée de l'Europe entière renouvellera la mémoire de cette primitive %lise que l'on affichait la prétention de rétablir avec des évoques comme M. de Talleyran'd, Loménie de Brienne, Jarente et Gobel, en persécutant et en supprimant le christianisme lui -même, en s'eiTorçant, œuvre impossible, de créer, par décret, en France, une église philosophique, instituée par des évéques philosophes, par des déserteurs sans M, dont le serment n'était qu'une trahison et qu'une lâcheté sans l'excuse de l'erreur, et qui ne pouvaient pas même faire ce que le protestantisme avait fait, carie protestantisme croyait encore à quelque chose, et ses plagiaires ne croyaient plus à rien 1 Le protestant se séparait en gardant une partie du christianisme, et ceux qui affectaient de se dire catholiques, d'être en communion avec Rome, ne voyaient plus dans la religion qu'un instrument politique, n'avaient plus aucune communion. Au fond, d'accord avec Voltaire et ses disciples, ils traitaient le christianisrae comme une sorte de paganisme, bon pour le
' Le mandement de Gobe), après la mort de Hîrabeaii, est un docuinénl à cet égni ; nous le reproduirons en partie.
LES PRÉLATS COHSninnOElHELS. 417
peuple, pour les cordonniers eLles tervantes, mais dont tel prélat, immoral et conslitutionnel, pouvait rire comme les augures de Cicéron.
C'est dans ces termes que la question était posée, et c'est dans ces termes que la lutte allait s'engager : la philosophie du dix-huitième siècle n'avait pas compté sur les martyrs. Elle n'avait pas compté, non plus, sur l'esprit catholique, sur la civilisation catholique de ce pays, sur la toute-puissance de cette vérité qu'elle méconnaissait, sur la lumière qui n'était pas sortie en vain de l'Ëvangile, et que la corruption humaine, que l'orgueil humain ne pouvaient éteindre !
Quand on anive aux événements qui vont se dérouler devant nous, il est difficile de ne pas éprouver une émotion bien vive et de ne pas l'exprimer, mais cette impression que nous regretterions de cacher ou d'atténuer en rien, dans la forme de ce récit, ne nous empêchera pas de suivre, avec la même exactilude, l'histoire des idées, des faits qui en sont la conséquence : nous dirons plus, la foi, la véritable foi renferme la véritable, la seule complète analyse des événements ; elle seule peut écrire l'histoire de notre époque.
L'installation de Gobel à Notre-DamesufGra pour caractériser l'avéncment de l'Église constitutionnelle & Paris.
Gobet était un abbé Cliatel, reconnu et patronné par l'Assemblée constiluante, autorisé par l'Ëtat tel qu'il était alors. Or, la forme même de celte étrange installation du premier évèque constitutionnel, à ta suite de l'émeute qui, à Sainl-Sulpice, avait menacé la vie du vénérable curé de cette paroisse, M. de Pansement, montra bien dans quelle voie entrait l'Assemblée,
Bappelons d'abord ce qui se passa h Saint-Sulpice, pa-
Vn CHiPITEIB Tin.
roisse qui comprenait alors tout le feobourg SainIrGer
main.
Le curé, H, de Pansement, dont la charité bien connue avait eu à s'exercer pendant le rigoureux hiver de 1788 b 1789, venait de terminer te piAne et descendait desa chaire, lorsqu'au milieu de la messe deux commissaires accompagnés d'hommes armés, qui pouvaient appartenir h ce personnel de l'émeute soldée, signalé par Dupunt de Nemours, ou à celui des envahisseurs <iu château de Versailles, pendant les journées d'octobre, entrèrent dans l'église et contraignirent le curé à remonter en chaire pour lui faire dire la formule du serment.
Voilà comme on revenait à la primitive Église, et c'était les armes à la main, au nom sans doute de la liberté de conscience, que des estafiers de la nouvelle réforme, sortie du dix7huitième siècle et de la souveraineté do peuple, criaient au curé de Saint-Sulpice : « le serment ou la lanterne ! » le même cri qui avait retenti pendant la discussion du serment.
Au milieu de violentes clameurs, le saint curé ne put faire entendre que ces mots qui pouvaient être pour lui un arrêt de mort: « La conscience mêle défend^. »
Où l'hommage le plus vrai el le plus courageux était-41 rendu à la liberté de conscience? ËtaiUce dans l'Assemblée ou dans l'église de Saint Sulpice?
La horde qui' avait pénétré dans l'église se précipita sur H. de Pansement pour le massacrer. Quarante ecclésiastiques lui ûrenl un rempart de leurs corps ; au milieu de la constemalion des paroissiens et de leur épouvante
• Mémoires d'Attribeau cilés par H. l'abbé lager, l. H, p. 134 de son Bi$toire de rËglùe de France pendatU la HéwbUion.
LB CURÉ DE SltRT-SOLPICG. 419
la garde nationale, qu'on appela, arriva à temps pourempétiher un assassinat; avec le concours de quelques paroisûens elle réussit, non sans une lutte périlleuse^ à conduire le curé de Sainl-Sulpice à la sacristie. Il était meurtri de coups ; de graves blessures lui avaient été Taites à la lëte ; un homme l'avait saisi par les cheveux comme pour lui donner la mort.
Au milieu de cet affreux tumulte, bien des personnes avaient été renversées et meurtries.
Tous les prêtres de la communauté ' suivirent l'exemple du curé ; aucun ne prêta le serment *.
Si la famille royale fit demander des nouvelles de M. de Pansemont, si des personnes de tout rang le visitèrent et le lëlicil^ent de sa noble conduite, qui avait mis sa vie dans un si grand péril, aucune poursuite ne
> Le d^é de Saint-^lplce fonnaît alors une communauté de quarante-trois prêtres.
» Mémoires d'Auribeau. Ce qui\ y a de bien remarquable c'est que des écrivains ont accusé le tlergé d'.ivoir provoqué le schisme dont il éUiil victime, pour se venger de la spoliation dont il avait été l'objet : roais il suRit de suivre les débats même de l'Assemblée, et la formule du serment proposée par l'évèque de Oermoni pour reconiutitre la faussi^lé d'une telle assertion. Il est très-certain qu'en présence d'un état linancier, qui ne pouvait plus se soutenir que par la désastreuse mesure des assignats, le clergé avait bien le droit de douter qu'il fût longl«nps pourvu par I État au mamtieu du culte et i l'eiistence de ses ministres ; mais il n'«i (dirait pas moins, par l'organe de M. de Boisgelin, les 400 millions dont l'Assemblée avait besoin. Pour accuser le clergé des malheurs qui suivirent, du schisme que décrétait l'Assemblée constituante, et de tons les eicès qui en furent la conséquence, il faut faire i, la vérité historique une violence qui ne prouve qu'une chose, le désir qu'on a de laver la Révolution qui marche à ses plus trîsles et i ses plus sanglants résultats. (Hisioire de l'Eglise de France par H. l'aldié Jag». p. 156.)
^ .oogic
4M CHAMTRB Tilt,
fut exercée contre ses assassins : Bailly, qui présidait comme maire à toiite cette tyrannie du serment, qu'on laissait ou qu'on faisait exiger par des ronctionnaires avec UQ tel cortège et de telles voies de fait, vint aussi le voir et se contenta de lui dire philosophiquement qu'il « était fôché qu'il n'eût pas prêté le serment, et que son refus était la cause de tout. »
Les ordres de l'Assemblée, car c'était elle qui agissait, par la municipalité de Paris, comme par toutes celles du royaume, étaient exécutés avec une grande persistance, et provoquèrent, dans un grand nombre de localités, des scènes analogues : le curé de Sept-Saux, en Cliampagne, fut tué en chaire d'un coup de fusil, tandis qu'il expliquait son refus de serment, et il ne fut pas la seule vietimede cegenre.'
On tenta tous les moyens pour séduire le curé de Saint- Sulpice, on alla même jusqu'à lui offrir l'archevêché de Paris. On lui envoya de nouveaux commissaires, mais cette fois sans cortège et sans violence, ce qui prouve bien qu'on pouvait éviter des démonstrations de cette nature; mais l'autorité municipale et l'Assemblée, qui attachaient la plus grande importance à l'exemple d'un clergé comme celui de Saint-Sulpice, d'une paroisse qui était un modèle pour Paris tout entier, ne purent rien obtenir de la communauté de Saint-Sulpice, ni du curé, ni de ses quarante-trois prêtres; il fallut leur laisser l'administration de la paroisse jusqu'à ce qu'on les eût remplacés par des intrus, par ceux dont on acceptait le sennent quels qu'ils fussent ' .
' C'est ainsi que tes nouveaux commissaires, enToyés poar demander le serment au curé de Saint-Sulpice et Ji son clergé, i-eçnrent arec joie le serment d'un prêtre du diocèse de Saintea, chatii
U GOnSTITDlIO!) CIVILE DU GLCnGË APPUQDËE. Ml
Tandis que l'Assemblée etl'autorité municipale expulsaient les prêtres les plus vénérablesde leurs paroisses, elles installaient solennellement les intrus. C'est ainû qu'une dépntation de l'Assemblée et de la municipalité de Paris présida à l'inslallalion de Gobel, sans parler du canon que l'on tira, de toutes les cloches des églises qui furent mises en branle, pour annoncer à Paris le Iriomphe du schisme devenu officiel.
Le légitime archevêque de Paris, M. de Jiiigné, protesta contre cette scandaleuse intrusion. Qui aurait pu supposer, quelques mois auparavant, qu'un homme, ayant le caractère ecclésiastique épiscopal, oserait s'y prêter et occuper un siège qui n'était pas vacant, en vertu d'une élection faite par l'aut^trité civile ?
Avant de compléter, d'une manière aussi générale que possible, ce que nous avons déjà dît des premiers effets de la constitution civile du clergé dans les autres provinces, nous rappellerons les résultats principaux de cette désor* ganisalion du culte catholique à Paris, qui commençait par la nomination d'un évoque intrus : il fallait, ou que le clergé cédât et subit le décret de l'Assemblée en prêtant le serment qu'elle avait imposé, ou qu'il se retirât de toutes les paroisses. Chaque paroisse eut donc à traverser la même épreuve que celle de Saint-Sulpice.
Et tel fut le résultat de cette épreuve : a D'après les pièces authentiques et ofTicielles, sur six cent soixante-six prêtres employés an -ministère de cette grande cité, quatre cent trente, dont vingt-six cui'és et quatre-vingtdix vicaires, honorèrent l'Église par leur inébranlable
el interdit depuis jiusieurs annéex. (Voir VHuUnre du clergé dt Francependanl la Révolution, par M. t'abbé Ji^ter. t- It, p.lSS et 1S9. )
lidëlité. Hais deux cent trente-sii prêtres, dont vingt-trois curés et trenle-quatre vicaires, la déshonorèrent par leur apostasie ou leur faiblesse'. »
Un fail, si cela était nécessaire, prouverait bien l'esprit des hommes qui présidaient à cette mesure, et des plus modérés de l'époque, de ceux qui devaient être eux-mêmes victimes des passions populaires : Bailly, le même membre de la Constituante, qui, plan de respect pour la souveraineté de l'Assemblée, disait, quand M. de Brézé transmettait à cette Assemblée l'ordre de se séparer, que le souverain ne pouvait recevoir d'ordres, tint au vénérable curé de Saint-Roch, H. Mardnel, un langage qui caractérise de la manière la plus complète le degré d'exaltation théorique des constituants de la majorité, de ceux que 1 extrême gauche va hientdl persécuter et décimer: « Il est donc bien vrai, disait Bailly à l'abbé MardueU'Curé de Sainl-Rodi, que les décrets sur la constitution civile du clei^é sont contraires h la religion catholique? — Oui, cela est bien vrai, répliqua le curé. — Eh bien, en ce ras, reprit Bailly, s'il dépendait de moi, demain la religion catholique n'existerait plus en France*. » Pour Bailly, comme pour la majorité dont il faisait partie, le seul souverain, le peuple, représenté par l'Assemblée, n'était pas seulement au-dessus de toule tradition politique et sociale, mais au-dessus de toute tradition reUgieuse : il était souverain absolu de la foi, de la religion, et il fallait qu'elles s'inclinassent devant la souveraineté du peuple, expression et organe de la
' Histoire de VE^Ue de France pendant la lUvoittHo», par M. l'abbé Jager, t. It, p. 135.
* Barruel. Bittoiredu clergé, 1. 1, p. 74.
U COHSnTDTION OTILE DU GL8RGË APPLIQUÉE. 48S
raison humaine, dont lo règne prédit par Voltaire était arrivé, et qui ne pouvait se tromper, suivant Rousseau.
Au moment où le curé de Sainl-Roch, du haut de la chaire, refusait avec courage le serment qu'on vouiaîl lui imposer, l'église étail remplie de perturbateurs envoyés par le club voisin des Jacobins, et quand il dit que les évèques étaient seuls juges de la foi, ces cris se firent entendre : « Plus d'évéquesl Plus d'évéques! A bas! ou le serment Mu
Partout le même désordre éclata où le clergé opposa la même résistance, et l'émeute devint à Paris anlireli- ^euse de simplement révolutionnai l'e qu'elle avait été jusqu'alors.
C'était la conséquence de ta théorie absolue que suivait l'Assemblée constituante, et dont la populace des clubs faisait l'application.
La même rencontre qui s'étaîf faite entre les iilées du dix-huiliéme siècle et l'ancienne France sociale et politique, se faisait raainlenant entre ces idées et l'ancienne France religieuse, entre le catholicisme, dansson exercice même, et la philosophie du dix-huitième siècle.
C'était là, nous l'avons déjà indiqué, la question qui dominait toutes les autres ; les faits le démontreront de plus en plus. Cette guerre n'avait pas été déclarée en France seulement, elle avait, nous l'avons vu en étudiant les principes et le but de la philosophie du dix-huitième siècle, un caractère universel comme celui de ta religion qu'elle attaquait, et c'était aussi celui que voulait prendre, qu'a toujours tendu à prendre, ainsi que l'a reconnu M. Tocqueville, la révolution qui a éclaté en 89.
' Voir les ouvrages ci-dessus dtés.
m CHAPITRE TIII.
Maigre toutes les viol»ices, toutes les ruses, toutes les fausses nouvelles répandues à dessein pour séduire le clergé des provinces, tes faux brefe, en attendant le Jugement de Rome , qui n'avait pas encore été prononcé , « plus de cinquante mille ecclésiastiques, » c'est-à-dire l'immense majorité du clergé français, opposèrent une invincible résistance au mouvement qui tendait à absorber la religion comme il absorbait la monarchie. Si de scandaleuses défections vinrent afiliger l'Église de France, lejansénisme, une des causes principales de ces défections , celte rouille, qui l'avait attaquée sans pouvoir l'envâiiir, se faisait justice à lui-môme, en se séparant, au moment d'une grande et terrible épreuve, au moment dé la lutte avec la philosophie devenue persécutrice, du clergé fidèle qui allait encore montrer au monde comment les disciples du Christ savaient mourir! Toute l'influence aussi que la philosophie du dis-huitième siècle avait exercée sur le clergé lui-jnême, les progrès qu'elle avait pu y faire, se formulaient dans une situation où le schisme vint, en déchirant l'Église de France, la dégager d'éléments corrompus : quelques mauvais évèques, qui avaient appris d'elle à pécher avec raison, se trouvèrent tout d'un coup retranchés d'un corps dont ils étaient l'affliction, et la philosophie du dix-huitiéme siècle, qui triomphait dans les-lois de l'Assemblée constituante, put compter, en face de ses conquêtes, sans doute toujouis trop grandes, le nombre bien supérieur, les vertus, la scienre, l'honneur, le désintéressement, l'esprit de véritable indépendance et de liberté chrétienne qui appartenaient à ses adversaires '.
■(te rapporte que madame de la Fayette, voulaot ramener son
L\ GORSTmJTIOH CIVILE DANS L'OUEST ET LE HIDI. 48» Quant à t'Âssemblée, qui croyait d'abord marclier à tin but certain, et dont l'incrédulité, chez les plus modérés de ces voltairiens, pensait pouvoir diriger le culte catholique comme une branche de l'administration, elle était entrée dans une voie inconnue où elle devait, Ji chaque pas, rencontrer des obstacles : un des premiers fut la division énorme qu'elle avait jetée dans lé pays, l'opposition qu'elle excita aussitftt dans l'Ouest et dans le Midi, la ré,sistance énei^que au schisme, qui bienl6t allait devenir de la guerre civile.
Comment n'en aurail-ii pas été ainsi? Quoiqu'il y eût, particulièrement en Bretagne et en Vendée, une grande union entre les populations et les seigneurs, reconnue par tous les historiens, et que cette union tint aux mœui-s mêmes de ces contrées, aux rapports qu'elles avaient établis entre les propriétaires et les métayers, à un esprit religieux, profond et sincère, les changements opérés dans le gouvernement et la société n'avaient point jus- . que-là agité ces populations; mais la constitution civile du clergé, le serment imposé aux prêtres, remuèrent aussitôt ces paisibles provinces, y provoquèrent la plus vive opposition, comme ils divisaient et agitaient toute la France'.
mari à la religion, lui disait que la liberté véritable était dans le ctuîstianisine, et elle avait raison.
* Dans la paroisse d' Algues-Mortes, département du Gard, les habitants forcèrent la municipalité à éconduire leur curé qui avait prêté le serment, lorsque ses vicaires l'avaient noblement refusé. A Lunet, le peuple saisit toutes les affiches qui prescrivaient le serment, el en fit un feu de joie sur la place publique, malgré la muniapalité... La loi du serment avait alarmé les catholiques de Strasbourg : à peine y fut^elle connue, que deux mille citoyens s'assemblèrent pour demander l'eiéculion du traité de Westphalie, vraie
480 GHAPlTItE Vlll.
Il ne pouvait en être autrement.
Et fait remarquable cependant qui suffit bien pour distinguer l'esprit qui les animait de celui qui les persécutait, il fallut les derniers eicès de ceux, qui violaient la liberté de conscience en la proclamant, pour mettre aux cattiotiques les armes à la main.
Il ya, à l'égard des dispositions des provinces de l'Ouest, après la constitution civile du clergé et en présence de la violence que l'on voulait y faire aus consciences catholiques, un document très-important, c'est le rapport de Gensoniié et de Gallois, commissaires envoyés dans 1 Ouest par l'Assemblée constituante. Voici ce rapport de témoins certes, peu favorables aux idées qui inspiraient une résistance aus^ légitime que modérée. « L'époque de la prestation de serment ecclésiastique a été pour le dépars
charte de leurs droits, et la révocation des décrets concernant le
clergé... Les trois commissaires envoyés en Alsace trouvèrent une grande irritalion dans te peuple. Ils furent mal reçus à Strasboui^, et faillirent être assommés k Colmar. Une société d'union qui s'était formée à Strasbourg, composéede quinie cents citoyens se donnant le nom de calhatiques, apostoliques et romains existait toi^ours, quoi qu'elle eût été suspendue et dénoncée par l'accusateur public... Son but était, comme on le disait, de s'opposer, mèmepar la violence, à l'exécution des décrets de l'Assemblée relatif au clergé... Les mouvements de l'Ouest ont commencé comme en Alsace par des pétitions faites daijs des réunions populaires et au milieu d'une grande effervescence; mais ces pétitions sont plus pressantes et plus énergiques. On y déclare franctiement l'iniention de s'opposer à l'eiécution de la loi du serment et de repousser tout prêtre assermenté. Ces déclarations partent à la fois d'un ^rand nombre de communes et font pressentir une opposition générale et énergique. Les directoires des déparlements en sont alarmés et demandent aux comilés de l'Assemblée nationale des commissaires et des troupes. [Histoire de CE~ glise de France pendant la Révolution, par H. l'abbé Jager, t. D, p. 174, 175, 178 61179.