‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 2)Chapitre 69 sur 86 · LA THEORIE. — LE DOUTE. — LAFFIRHATIOH · texte numérisé non relu

LA THEORIE. — LE DOUTE. — LAFFIRHATIOH

ne s'était pas servi do la force pour arrêter les idées nouvelles, qui, lui, avait toujours eu horreur de la violence et de l'effusion du sang, que signifient donc toutes ces appréhensions de hardis théoriciens qui reculent, qui, découragés, sortent delà mêlée, ou qui se trouvent forcés d'en sortir '7 N'est-ce point là, aussi, de l'hésitation et du doute? Le petU-élre de d'Âlemberl, lorsqu'il disait que, dans des questions comme celle de l'existence de. Dieu, le doute était ce qu'il y avait de mieux, ce doute, ce peut-être,- ne sont-ils point passés dans la politique? Mais élait-il possible que l'humanité restât sur un tel doute ? Si elle n'affirmait Dieu, nous croyons l'avoir déjà dit, ne fallaît-il pas qu'elle s'affirmât elle-même? Et ne devait-elle pas le faire avec un suprême et terrible eHbrt, comme pour regagner tout ce qu'elle avait perdu ? Lors donc que successivement tous doutent et hésitent, et que la négation absolue commence à frapper l'Église catholique en France, comment s'étonner que le pouvoir royal et ministériel, incessamment ébranlé par une théorie constituante qui, niant toute tradition, ne laisse debout que l'humanité, que la multitude qui la représente, dépouillé de toute puissance, de toute initiative, ne dispute que faiblement et avec hésitation les dernières apparences d'une autorité qu'on lui an-ache chaque jour et dont il ne restera plus bientôt qu'à lui Ater le nom ? Beaucoup s'indignent, comme Cazalès, qu'il en soit ainsi ; et la droite

' Mounier lui-même, on s'en souvienl, avail été un des instigateurs du serment du jeu de paume : le chemin avait été rapide du jeu de paume qui mettait l'Assemblée au-dessus du roi, au serment ecclésiastique qui la mettait au-dessus de t'ËgUse, deux résolutions qui n'allaient rien moins qu'à la reconstitution complète de la société religieusement et politiquement.

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attaque les ministres comme la gauche, lenr reprochant non pas, comme celle-ci, ce qu'ils font, accusation injuste dans l'impuissance à laquelle la gauche contribue tant à les réduire, maïs ce qu'ils ne font pas, ce qui n'est pas plus juste.

C'est dans ces circonstances que M. de Saint-Priest, qui avait donné au roi le seul conseil de politique pratique qu'il j eût à suivre à Versailles, au moment des journées d'octobre, après élre resté, par dévouement, auprès du roi, le dernier de tousses collègues, à pari M, deMontmorin, qui avait conservé quelque appui dans l'Assemblée, se retira aussi du ministère. Necker, qui avait repoussé l'avis de M. de Saint Priest à Versailles, et qui, après les journées d'octobre, croyait encore à sa popularité et à son influence sur le peuple de Paris, qui avait conseillé au roi le discours du 4 février 90, où il s' efforçait de se rapprocher de l'Assemblée, avait eu le temps de perdre sa dernière erreur et de renoncer à sa dernière utopie. Il n'était certes pas le seul, d'ailleurs, qui eût espéré presque jusqu'au dernier moment ; mais son tour était venu un des premiers, parce qu'un des premiers il avait joui de la popularité et de ses illusions, et que sa déchéance, dans le mouvement d'opinion qui entraînait hommes et choses, devait précéder d'autres déchéances.

Un des ministres que Mirabeau, exclu lui-même du pouvoir par le vote jaloux de l'Assemblée qui l'interdisait à tous ses membres ', avait le plus attaqué, était M. de

■ C'est en celte occasion que Hirabeau arait demandé ironiquement que i'ëxdusion du ministère, décrétée d'une manière générale contre tous les membres de l'Assemblée, le fût uniquement contre lui,' puisqu'il eii était seul l'objet.

LE aiHISTERE. - V. DE SÀIST-PRIEST. 5UJ

Saint-Priest, « peul-être, fait observer M. de Baranle, parce qu'il lui savait plus de hardiesse et de résolution qu'aux autres. »

On se souvient que,' le 6 octobre, M. de Saint-Priest avait dit au roi te mot vrai, le mot de la situation ; « qu'il était prisonnier.» Il avait voulu rester, jusqu'au dernier moment, auprès du prince qu'il avait servi, et bien servi, dans des temps plus heureux ; il se retira quand il s'aperçut qu'impopulaire comme les autres ministres, et plus qu'eux peut-être, par la raison qu'a donnée M. de Baranle, il ajoutait aux embarras du roi et à ses périls, sans que son loyal cœur, son esprit si ferme et si élevé, pussent lui être utiles dans de telles circonstances où il fallait, comme Mirabeau le conseilla, rompre avec l'Assemblée qui avait abaissé le pouvoir à ce point, ou tout subir'.

Quelques noms nouveaux et peu connus, à côté de celui de M. deMontmorin, ne changèrent rien à la situation du ministère, ni à celle de la royauté, ni à celle du pays.

Ce qui dominait maintenant cette situation, nous l'avons dit, c'était l'état d'anarchie religieuse dans lequel ce pays était jeté, et que Mirabeau appréciait avec tant de vérité, quoiqu'il n'eât pas craint d'y ajouter une parole irritante et impie, comme si ce n'eût été rien de jeter dans la flamme l'aliment d'une telle parole.

' La présence de Necker au pouvoir, comme premier minisire, avait rendu lôule tentalivfde résistance, toute réaction impossible, et la retraite de M. 6e Saint-Priest suivit de près la sienne. Après " avoir été le fidèle et sage ministre de Louis XVIII dans l'exil, le comte de Saint-Priest mourut pair de France, en 18^1, à l'âge de quatrevingt-sin ans. (Voir la Notice de M. de. Bavante sur M. le comte de SaintrPrieU.)

SOB ' GUADTRE VIII.

Si l'on avait eu besoin de savoir ce que c'élaît que l'Église conslitutionnelie, l'espèce de mandement que ÛL Gobet, après la mort de Mirabeau, l'aurait dil assez haut. Nous reproduirons en note, unepa^'lie d'un document oà, dés les premières lignes, cet èvèque de -l' Assemblée cod< slituante proclamait le schisme et l'incrédulité'. Il par-

■ Voici les passages principaux du mandement de Gobel : c lean- Bapliste Josepli Gobel, ci^devant, par la misérieorde diifine et la grâce du Saint-Stége apostolique, éïêque de Lydda ; maintenant, par l'effet de la Constitution, la grâce des électeurs et la sentence d'un tribunal, évêque de Paris.

< A Uius les citoyens de notre diocèse salut et brâiêdiction de par la toi, la nation el le roi :

■ Tandis que nous étions occupé, nos Irès-chers frères, de-rinstruclion pastorale que nous avions le projet de tous adresser, un événement afTreui est venu troubler nos niâjilations et cbanger l'ordre de notre travail.

• Aux chants de triomphe et d'allégresse, que nous nous préparions à vous faire entendre, ont succédé tout à coup les accents plaintifs de la douleur ; el le cantique nation(d Ça ira, ça ira *, qu'il nous eût été si doux de répéter avec vous, est remplacé par ce cri funèbre: // n'est plus, iln'est plus. Non, il n'esl plus cet homme incomparable qui semblait avoir élé formé pour notresiècle, qui en avait adopté tous les principes et qui en propageait si merveilleusement la doctrine et les lumières. Hélas ! la mort a frappé sans pîlié ce clicf ardent de la plus belle des révolutions... Quelle perte pour vous et pour nous, nos très-chers frères ! Pour nous surtout qu'il honorait d'une protection particulière si convenable à notre nouveau ministère!... Sivous lui devez d'élre parvenus à cef^fol de repos, de prospérité, de gloire el de richesse, qui ne fera que s'accroître chaque jour davantage, et qui vous distingue entre tou? les peuples de l'univers ; nous, nos très-chers frères, nous lui devons de pouvoir contempler au milieu devons tant de prodiges ; nous lui devons à'exercer canoniquenunt, sur les bords fleuris de la Seine, le minblère que nous exercions si tristement el sans gloire dans les rochers et les n.tiges éternelles de la Suisse. Oui, nous aimons h le publie!-, c'est

* Noos n'aioBi pis lie»in <Jr rappeler ce qui mil.

loit ensuite du patronage de Mirabeau, dont il se louait comme évèque, en même temps qu'il rendait hommage

Mirabeau, c'est cet homme vertueux à qui la religion, et l'honneur étaient si chers, qui nous a cotislitué voire évêque légitime : c'est lui dont ta viain pure nous s placé sur le siège de la capitale; et jannais, non jamais, ni nos principes, ni notre conduite ne.démenlironl une si ioinle origine... Nous-mème avons eu besoin d'être formé par ses conseils et dirigé par ses letons. De misérables préjugés nous avaient accompagné jusqu'ici et pouvaient alarmer notre foi et elTrayer notre conscience. Nourri de l'étude de la théologie, nous n'avions attaché que de fausses idées à ces mois de communion catholique, d'autorité ecclésiastique, de chaire apostolique et romaine : peut-éire même avons-nous à nous reprocher, nos Irès-chers frères, d'avoir osé publier jusque dans la tribune nationale, et dans un temps où l'avenir ne pouvait se découvrir i nos regards, une doctrine si contraire i celle que nous professons aujourd'hui... ■ Laissei~nous, I s'écriail-il (Mirabeau) dans une occasion plus récente, décréter

< ce serment qui n'est bon que pour vous, et ne vous oblige à riffli. H

< nous faut des prêires civiques, des curés civiques, des évéques cif vtqueê, une nELicion todte civique ; et vous dont le civisme est connu, « vous jeret placés, sans effort, sur Us sièges abandonnés de ceux qui

< nele prêteront pas... ) Quelle grâce touchante, quelle douce persuasion accompagnait ces paroles onctueuses ! Et que l'efTet en a été brillant et rapide 1 Paris, Blois, Soissons, Autun, vous toutes cités épiscopales. vous nous avei reconnus pour vos pontifes. Élevez main> tenant vos têtes orgueilleuses, et réjouissez-vous de posséder dans votre sein des prélats crééspar Mirabeau, sectateurs zélés de sa doctrine, imiialeuTS fidèles de ses vertus... »

Gobel terminait ainsi ce mandement tout philosophique : s A ces causes, nos fidèles cuopérateurs assemblés, et le serment civique renouvelé, nous ordrainons que le présent mandement sera envoyé à chaque département, cliaque district, chaque section, chaque canton, chaque municipalité, cliaque tribunal, chaque juge de paix, cliaque corps de garde nationale et chaque prêtre assermenté de notre diocèse; que l'original, signé de nous, sera déposé dans tes archives de notre métropole, et qu'en tête de l'ouvrage ces mots seront inscrits en gros caractères :

• K HIRABEAV, PÈRE DE NOTRE ÉCLISE *. ■ • maoln paclemcnlaire, l. IX, p. 402.

h l'esprit peligieux de celui qui avait annoncé, peu de temps auparavant, la fin du christianisme en pleine Assemblée : dérision qui était une însuile de plus pour la religion dont Gobel se présentait comme le ministre. . Le teste raémc de ce mandement, accepté par la ina> jorité de l'Assemblée constituante dontfiobel faisait partie, suffit pour donner son vérilable nom à cette Église, non pas constitutionnelle seulement et livrée à l'autorité civile, mais philosophique, placée effrontément sons le patronage des vertus, des mœurs sans doute et de la doctrine de Mirabeau, qui venait de mourir incrédule en disant h son ami Cabanis, comme un païen, mais comme un païen qui paraiœail même n'avoir aucune idée d'une autre vie : « Mon ami, je mourrai aujourd'hui ; quand on en est là, il ne reste plus qu'une chose à faire, c'est de se parfumer, de se couronner de fleurs et de s'environner de musique, afin d'entret- agréablement dam le sommeil dont on ne se réveille plus *, »

Pour achever de caractériser une situation dont le développement logique ne peut que frapper tous les esprits, à quelque point de vue qu'ils se placent, quand la -constitution civile du clergé et le serment ecclésiastique venaient d'être votés et mis à exécution, quand le mouvement antireligieux, sorti du dix-huitième siècle, avait déjà fait monter sur le siège de Paris un évêque comme Gobel, qui appelait Mirabeau le père de la nouvelle Église, des (uné-

■ > En matière de reli^on, dit Droz (t. III, p. 332), la philosophie de Mirabeau élait un triste mélange de scepticisme et d'incrédulité. Cependant il crut devoir aux convenances de passer trois quaiis d'heure seul avec un ecctésiasLque.i El Droz ajoute en note: »L>mourelfe, évêque consliiuliontiel de Lyon. > Celait sans doute pour cela que Gobel l'appelait le Père de l'Ëglise conslitutioiinelle.

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