‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 2)Chapitre 70 sur 86 · FUNÉRAILLES DE HIRABB&U. —APOTHÉOSE DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

FUNÉRAILLES DE HIRABB&U. —APOTHÉOSE DE VOLTAIRE

railles magnlûques furent décernées à celui-ci par l'Assemblée S et comme si les cimetières n'eussent pas été dignes de recevoir tes restes de Mirabeau, en vertu de son autorité souveraine, elle transforma Sainte-Geneviève, sous le nom païen de pantbéon, en temple des « grands hommes, )> nouveaux dieux, dont Mirabeau allait être te premier, dans ce mouvement, toujours en progrès, de l'orgueil humain, dont le dix-bnitième siècle avait été et restait le principe.

Avant que l'Assemblée ne se sépare, elle décrétera l'a.pothéose de Voltaire et celle de Rousseau, die ouvrira le Panthéon à ces autres dieux du dix-huitième siècle, au moment où l'anarchie Fera de nouveaux progrès, ou, quelques jours après l'apothéose de Voltaire, le club des Cordeliers, plus hardi même que celui des Jacobins, proposera la République *.

1 (hi n'a pas-oublié ce que Mirabeau disait de cette Assemblée qui le reconnaissait comme le plus éminent de ses membres : ce conti^aste est assez remarquable. Mirabeau pensait que l'Assemblée était un obstacle à tout, un âne rétif. L'assemblée sembla le regretter comme celui qui aurait pu tout sauver. Cette Assemblée, qui avait tant détruit, commençait-elle à se déRer d'elle-même, et aurait-elle été tentée de se mettre derrière un homme, derrière celui qu'elle avait empêché d'être ministre?

■Ce fut le 11 juillet 91 qu'eut lieu l'apothéose de Voltaire, le 17 du même mois que le club des Cordeliers proposa de supprimer le poavoir royal.

Ce qu'il y a de bien remarquable, c'est qu'en ce moment même la Constituante, qui après Varennes avait suspendu le roi et par conséquent la royauté, repoussait en principe la république, quand elle Tenait de la commencer par le fait et qu'elle ouvrait la voie à la Convention dont la Législative, placée entre cette première assemblée et la Cousliluanle, ne fut que l'intermédiaire.

Ce lut le 38 août de la même année 91 que Rousseau reçut les honneurs du Panthéon. Une statue lut avait déjà été votée p;ir l'Assemblée. '

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su CIIAPITAE VI11.

Mais, avant de suivre jusqu'à la fin l'histoire de l' Assemblée constituante, nous avons à indiquer l'enclialnement rapide des circonstances qui amenèrent le voyage de Varennes, en mettant un terme aux efforts du roi pour sortir d'une situation chaque jour plus difficile el, à dire vrai, plus impossible.

Mirabeau, qui exprimait souvent deux opinions : l'une en public pour les anarchistes qu'il voulait ou tialler ou tromper, jeu plein de périls, l'autre en secret, quand il s'agissait de reconstituer le pouvoir, avait dit, on s'en souvient, malgré la part qu'il eut au serment ecclésiastique et au schisme, que « l'anarchie religieuse était la pire. » Jamais il n'avait proclamé une aussi grande vérité.

C'était la phase même où l'Assemblée constituante venait d'entrer résolument, et sans comprendre cette vérité que Mirabeau n'aurait pas dû lui cacher.

L'esprit antireligieux, provoqué par les propres actes del'Assemblée, prit, en effet, un développement extraordinaire, et devint la forme la plus intolérable et la plus dure de l'anarchie, en excitant la populace, par la plus terrible des licences, à poursuivre de ses outrages tous les catholiques, depuis le roi très-chrétien jusqu'à la plus humble des sœurs de charité.

A Paris et en province, la partie de ce peuple qui, à son tour, reniait la foi de ses pères fit subir des traitements indignes aux femmes qui entendaientla messe dans quelque chapelle restée aux prêtres catholiques, l'immense majorité avait refusé le serment, qu'au nom du principe des majorités on excluait de leurs églises : la populace insultait les femmes et les fouettait; à Paris, on arracha une femme du confessionnal. Les faits abondent ici, el

PEBSÉCUTIOH PHllOSOPplQUE. - D'ALEICBERT, 513

nous pourrions en dresser la longue et déplorable lisle '.

D'Alemberl avait exprimé le vœu, on s'en souvient,

< Nous nous bornerons à la cilatiou suivante, que nous empniiilons au livre de H. l'abbé Jager ; • On fit des motions au Palais-Royal, dans les carrefours el dans les marchés.... Une émeute se prépara, se fonna, se grossit, pour ainsi dire, sous les yeux de l'autorité, sans que personne y mit obstacle. Le samedi 0 avril, dans les diiTérenls quartiers de la ville, à la même heure, une foule de femmes, parmi lesquelles se trouvaient des liommes d^uisés*, se porta sur les monastères et les communautés de lilles et de sœurs de charité, tn enfonça les portes et se livra à des actes odieux , tels qu'il ne s'en commet pas chez les peuples barbares. Des vierges consacrées à Dieu, sans distinction d'âge, des dames respectables ^'blontairement recluses, furent dépouillées de leurs vêtements, battues de verges, poursuivies dans cet état dans tous les coins de leurs maisons et de leurs jardins, terrassées, meurtries de coups, accablres d'injures plus cruelles que la mort' même. Les pieuses filles de Saint-Vincent de Paul, dont le dévouement est si héroïque, l'humilité si profonde, se virent fustiger, ensanglanter par les maîos de ces femmes et de ces hommes dont elles avaient si souvent noum la misère, couvert la nudité, soigné les plaies.... Elles passèrriit plusieurs heures dans ces affreux tourments.... La garde nationale prit les armes et accourut; mais elle resta l'arme au bras, faute d'ordres.... Ënlin, après plusieurs heures, la rage des bourreaux élant épuisée, les profanateurs des couvents défilèrent à travers tes haias de soldats, sans être troublés te moins du monde dans leur marclie triomphale. L'impunité inspira plus de hardiesse : ce qu'on avait (ait dans l'intérieur des couvents se pratiqua dans la rue. Trois sœurs de Saint-Vincent de Paul, aUadiéesàla paroisse Sainte-Marguerite, quartier des pauvres, moururent à la suite de ces indignes traitciiienls. > {Histoire de l'Église de France pendant la Révolution, par M. l'abbé Jager, t> 11, p. 274 el 275), L'Assemblée constituante , loin de provoquer des poursuites contre les auteurs de pareils crimes, ne voulut pas même entendre la lecture de la lettre de la supérieure générale des sœurs de Saint-Vincent de Paul, où elle invoquait son appui et son intervention". A Paris, le même supplice étaij infligé par la populaca

' Comme aui S el 6 octobre.

" Voir Is MmtttMr du « ntïil nw. ' ■

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que « la confession fût abolie, » on voitque la populace de Paris procédait à celte réforme; Voltaire, celui qu'on écrasât l'infâme. Tandis qu'on portait au Panthéon les cendres du philanthrope, onflagellailles sœui'sde charité, lesliUes de Jésus-Christ, les amies des pauvres, et, une populace barbare, en les faisant périr, s'essayait à effacer de noire civilisation cet Évangile qu'elles représentent si fidèlement sur la ferre.

Quand le Souverain Ponlife, par deux brefs successifs, condamna de la manière lapins formelle la constitution civile du clergé, un fait qui montra bien l'esprit de la populace parisienne et de ses meneurs ' avait résumé le sentiment de haine et d'impiété violente qui s'emparait de la populace : le Pape fut brûlé en effigie au Palais- Royal*.

Un tel fait se place naturellement à côté de l'apothéose de Voltaire et de Rousseau, décrétée par l'Assemblée constituante. Cette assemblée, pas plus que la municipalité de Paris, à qui le maintien del' ordre public était spécialement dévolu, ne mit obstacle à une telle démonstration ni ne chercha à punir ceux qui s'en étaient rendus coupables. On ne gardait pas même envers le Pape les égards que l'on doit à un prince étranger avec lequel on n'est point en guerre, et une assemblée, qui avait la prétention de faire une monarchie, livrait un prince, celui

aux femmes qui se rendaient aux chapelles encore laissées au calholici^me dans ce pays catholique. On vit les mêmes scènes dans les provinces, à Marseille, à Montpellier, à Nîmes, à Bordeaux, etc.

' En date du 10 mars et du 13 avril 91-

' Le 4 tuai 91 . La violence txpulsa bientôt après les évêques l^itimes de leurs diocèses, soit que Tautorité intervint, soit qu'eile laissât faire l'émeute. Tl en fut de même des prêtres qui avaient refusé le serment. (Voir M. l'abbé Jager, 1. 111, p. 256.)

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