‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 2)Chapitre 72 sur 86 · SITUATION DU ROI. — VARESKES. MI · texte numérisé non relu

SITUATION DU ROI. — VARESKES. MI

laliberléd'aller à Saint-Cloud ni d'entendre )a messe d'un prêtre orthodose. Et, quoique l'Assemblée eût voulu qu'it jouit au moins d'une liliertè, celle de sortir un instant (le Paris, de respirer à Sainl-Cloud, et que le roi qui se rendit dans son sein, réclamât cette dernière liberté, elle' se tut et recula devant la crainte de l'émeute, devant la volonté des clubs qui la provoquaient à leur gré.

A dater de ce jour, de même que l'Assemblée avait mis la main sur la religion, la populace de Paris mit la main sur k personne du roi .

Comment s'étonner que Louis XVI eût, depuis assez longlemps, formé le projet d'échapper à un joug qui devenait intolérable, et que naturellement il eût prêté l'oreille à divers projets de délivrance, celui de Mirabeau, celui du baron de Breteuil, qui tous deux, du reste,, avaient pour base le dévouement de M. de Bouille, qui avait déjà heureusement comprimé la sédition de Nancy, et s'appuyaient sur les forces militaires dont il disposait.

Le roi n'avait pas pour but de sorUr de France, mais, . s'il avait mis h exécution le plan de Mirabeau, de faire une constitution nouvelle, en convoquant une autre Assemblée, en fout cas de réformer dans le sens d'un i-égime légal et régulier l'état anarchique où le royaume se trouvait précipité de plus en plus ',

Nous n'entrerons pas ici dans les détails de ce voyage de Varennes, de celte dernière tentative du pouvoir royal

* Le club des Cordeliers, qui avait excité l.i dernière émeute, avait fait afdcher une dénonciation contre le roi, où il allaquait aussi l'Assemblée. Il couronna un garde national qui avait insulté le roi à la portière de sa voiture. L'Assemblée soulTniit tout et reculait devant le pouvoir supérieur des clubs, qui avaient la populace à leur dispo« sition, [RisL parlent; t. IX, p. 413.)

5ta CHAPITRE VIII.

pour échappera la captivité d'où l'Assemblée constituante ne voulait ni ne pouvait le faire sortir, puisqu'elle n'osait ou ne pouvait lui ouvrir la route de Saint-Cloud.

On sait comment le roi et sa famille furent arrêtés par l'ordre de l'Assemblée. Qui ne connait,ce second 6 octobre, ce triste retour à Paris ? On sait que cette même Assemblée, qui prétendait maintenir une monarchie en France, tandis qu'elle affectait de ne blâmer en rien le prince, qu'elle faisait interroger cependant comme un coupable par ses propres membres, vota la suspension du pouvoir royal jusqu'à ce que la Constitution fût présentée à l'acceptation de ce roi prisonnier.

Quelleétait donccette monarchie nouvelle, sortie en effet de la souveraineté du peuple, où le pouvoir royalj auquel on reconnaissait cependant le droit d'accepter la Constitution, pouvait être ainsi suspendu au gré d'une Assemblée, où il y avait un roi et pas de roi ? Un mot le dira, celui d'Alexandre bameth, c'est que le pouvoir exécutif étant par te fait suspendu dans les mains du roi, ce pouvoir n'étant plus qu'une abstraction depuis que l'Assemblée s'était déclarée constituante, il n'y avait rien de nouveau dans la proclamation de ce fait à l'occasion du voyage de Varennes et de l'exercice complet des deux pouvoirs exécutif et législatif, dont l'Assemblée venait seulement de s'emparer d'une manière onicielle.

Cette fiction d'un roi, dont on avait supprimé l'autorité pour mieux la reconstituer, suivant les principes nouveaux et auquel maintenant on notifiaitsa déchéance provisoire, parce qu'il avait voulu se soustraire à la captivité où il était retenu et au joug intolérable de l'émeute qui voulait asservir sa conscience elle-même, caractérisait bien la majorité de l'Assemblée constituante, et ce romariy

LE ROX&N DE LASSBIBLËE. 5t9

comme disait Mirabeau, qu'elle avait entrepris de mener jusqu'à la fin ', roman qui n'élait autre d'ailleurs que celui du Contratsoeial de Rousseau ', où il afBwue que,lor3que le peuple est légitimement assemblé en corps souveverain, la puissance executive est par le fait suspendue. Qu'arrîvait-il? Cette royauté fictive, suspendue, qu'elle avait faite, cette abstraction de pouvoir royal qu'elle s'était efforcée de créer, tandis que, par ses comités, qui administraient, elle attirait à elle toute l'autorité, étouffait sous la pression qu'il lui fallait subir, et tout passif qu'on avait rendu le pelit-fds de Louis XIV, un jour, qu'on nous permette le- mot, il lui devint impossible d'y tenir : alors la vérité de la situation éclata, au

* On peut se souvenir que Raliaut Sainl-Etienne, autre membre de l'Assemblée constituante, exprime dans son Histoire absolument la même pensée qu'Alexandre de Lamelh et dit que l'on avait eusoin de ne pas proclamer cette vérité de la suspension du pouvoir royal : maintenant, elle était proclamée, et le roi onidellement suspendu, prisonnier aux Tuileries, où l'Assemblée conslituante le faisait garder rigoureusement, pour lui soumettre plus tard la Constitution, où la royauté était déclarée inviolable.

L'Assemblée était sincère dans cette incroyable gageure avec la théorie dont beaucoup de ses membres dévident être victimes, nous le croyons, et les faits le démontrent; mais il y avait des révolutionnaires meilleurs logiciens qu'elle et qui jugeaient ainsi l'œuvre de l'Assemblée constituante longtemps avant le voyage de Varennes. « On a laissé â la France le nom de monarchie, disait Camille Desmoulins, pour ne pas efrarouclier ce qui est caget, idiot, rampant. animal d'habitude; mais, à part cinq ou six décrcis contradictoires avec les autres, on nous a constitués en république. *

Que sera cette république dont il ne manquait déjà que le nom, suivant Camille Desmoulins, avant que l'Assemblée constituante eût achevé de réformer ou de refaire la monarchie en France? Kous le verrons bientôt.

* Conirof ïoewi, chap. XIV, p. 151.

milieu du roman philosophique et métaphysique de l'Assemblée, dans le Iraitenient même que cette Assemblée, arrachée à la fiction et au rêve de sa théorie, se crut forcée d'infliger à la royauté, comme pour la punir d'avoir troublé ce rêve : la suspension du pouvoir royal ne fut plus un des mystères de la nouvelle Constitution, mais un fait patent, notoire; la captivité que le roi subissait par le fait des journées d'octobre el d'un état de choses qui les avait rendues possibles, devint ofScielle '. ,

' El cependant la majorité de l'Assemblée, nous ne disons pas feitrême gauclie, où se trouvait Robespierre, ne pouvait sorlir de ce rêve où elle croyait trouver la nionarchie. Le général la Fajeite, qui envoya un de ses aides de camp arrêter le roi pour le ramener à celle lâche impossible de subir la Constitution de 91 , partageait celle extraordinaire- bonne foi ; mais, sous l'emiiire des idées américaines, il lui suRisait de lire certains mots dans la Constitution pour èlre snlisrait et tran9uille, et il était toujours prèl à se contenter de Ihéories el de maximes; dés que cette Constitulion déclarait que le roi était le chef du pouvoir exécutif, que l'administration lui était soumise, qu'il devait être obéi, c'était assez, quoique l'Assemblée gouvernât et aduiijiistrât par ses comités et que l'autorité du roi !ùl devenue nominale. Cela parut bien dans les rapports secrets de Louis XVI el de H. de la Fayette. Aussi s'explique-t-on facilement celle phrase du roi quand, se voyanl arrêté à Varennes, il se rappela les 5 et I) octol)re et qu'il résuma ainsi la silualion : • U n'y a plus de roi I voila donc H. de la Fayette qui me fait arrêter une seconde foi:i pour établir sa république! » Quelques aulres paroles du roi dans le Kémûire qu'il avait laissé à Paris en parlant pour Varennes, caraclérisent aussi la situation avec beaucoup de vérité el dans tes mêmes termes à peu près que Mirabeau quand il parlait du roman de l'Assemblée et de sa milapkyiique. C'était des clubs alors si puissants que parlait le roi. • Si les clubs, disait-ii, laissent apercevoir quelques dispositions à revenir sur quelque chose, c'est pour détruire les restes de la royauté et établir uii gouvernement métaphysique et pkiltisophique', inipossd)le dans son exécution. ■ Ces mots si justes

lonfl auiïier à L'^puquâde la CÔjiveatiOQ, tT'^^ "= ■-—- ■■- *»-' =

tomitt i» Solul public.

PAROLES DE DCPORT. »S1

{■t si vrais se complètent par les paroles de Duport que nous avons déjà citées : • On nous rassasiff de principes, t paroles proDoncées peu (le temps avant la fin de l'Assemblée constituante, résumé aussi de la situation présenté par un député de la gauche dans les mêmes termes que le roi et Mirabeau.

Leclergé accuse de la fuite du roi. — Fin de l'Assemblée conBlituante: Paris après le retour deLonis XVI. — Les clubs, — Le roi fonctioDDure public : on peut l'interroger comme ud simple ciloïen, suiTant Robespierre. — Danton. — Avant-coureurs du 21 janvier. — La République. — Fin de l'Assemblée constituante. — La Législative,

Tandis que la situation, qui s'est formulée dans la Constitution civile du clergé, marche à son résultat, qui doit être la suppression du catholicisme en Fiance, de tout chrisfianisme môme, et la tentative d'y substituer des cultes d'invention philosophique, dans une grande partie du royaume la persécution contre les évoques et les prêtres fidèles se propage avec une violence qui ne fait que suivre l'impixlsion donnée à Paris par la populace et ses meneurs, tolérés, comme on l'a vu, par l'Asseinb^lée. Et comme si, d'une extrémité de la France à l'autre, l'évasion du roi eût pu être concertée avec le clergé, ce fut lui surtout qu'on en rendit responsable. Beaucoup d'évêques et de prêtres furent alors forcés de s'expatrier : l'émigration religieuse commença ' et vint s'ajouter à l'émigration politique.

■ On arrêtait de tous c6tés les prêtres qu'on accusait de conspiration et on les faisait marcher entourés de gardes nationaux, l^ séminaire de Nantes fut transformé en prison, t Vadmtnùlration dépar-

SCHISME OFFICIEL. — BËVOLtinON PHILOSOPDIOUE. iSS C'est dans de telles circonstances que l'Assemblée allait terminer la mission qu'elle s'était donnée.

D'un côté, le schisme était officiellement établi; de l'autre, en attendant que la persécution religieuse, ardemment propagée par les prêtres constitutionnels, eût porté tous ses fruits, la destruction de la monarchie, la perte du roi et de la famille royale se préparaient par les outrages dont la royauté était l'objet, que la majorité de l'Assemblée n'osait repousser, et auxquels on 8 liu qu'elle participait à sa manière; mais, par une logique qu'il est impossible de méconnaître, coreime dans la longue campagne où la philosophie du dix-huitième siècle avait attaqué l'ancienne société française, la religion avait été frappée la première, directement au moins, par la Constitution civile du clergé : c'est au moment qu'elle venait de l'être, que l'effacement du pouvoir royal, que sa mise en question arrivaient à leur dernier terme i bientôt il ne sera plus permis de se dire royaliste ; déjà il est prescrit au clergé de ne plus être catholique. Par le schisme officiel, la rupture de la révolution philosophique avec la religion était consommée, elle le sera bientAl avec la royauté.

Un tel mouvement marche à ses dernières consé-

temenlale avait donné l'ordre de transférer à Nantes tous les prêtres arrêtés.... Si les prisonniers avaient à traverser quelque ville ou quelque bourg, ils trouvaient sur leur passage une populace insolente qui faisait retentir l'air de ce cri féroce : A la lanterne! â la laniemet ce tant des traUres, des aristocrates! il faut les faire mourir!... On faisait monter deux prêtres sur un même âne, et on les y plaçait dos à dos afm d'eiciter contre eux la risée du peuple. A d'autres on tirait les clieveiii ; plusieurs eurent la tète meurtrie de coups.! (Voir VHistoirede l'ËglisedeFratwe pendant la Bivûlulion, par H. l'abbé lager, t. Il, p. 547.)

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quences sous !a Législative et la Convention ; mais déjà il se inanifesle clairement dans la personne des légitimes évêquea expulsés de leurs sièges, déchus, et des prêtres orthodoxes, chassés de leurs paroisses, arrêtés, menacés, emprisonnés, livrés à toute espèce de mauvais traitements, sans protection de la pari des pouvoirs publics, forcés de quitter la France ; c'est la religion ellemême qui est mise sous l'inlerdit philosophique, la reli- ^on qu'on persécute et qu'on expulse, la religion dont on décrète la déchéance avant celle du roi, comme la populace 'de Paris avait déjà brûlé le Pape en effigie avant le voyage de Varennes, quand elle voulait imposer au roi lui-même le schisme philosophique décrété par l'Assemblée.

Les mêmes hommes, d'ailleurs, qui vont régner par la proscription de la foi religieuse et par les massacres sysématiques où le clergé catholique versera son sang,' commencent à réclamer la mise en jugement du roi et la république.

Il y a ici, entre l'esprit irréligieux du dix-huitième siècle et la révolution extrême, un rapport intime, comme entre lê principe et la conséquence qui ne cessera plus d'exister, parce qu'il est dans la nature même des choses.

L'Assemblée, par le fait, a décrété que la religion était civile, puisqu'elle l'a mise sous la dépendance du pouvoir civil, de sa propre autorité qui est souveraine et constituante, et que l'administration, les gardes-nalîo* naux qui dépendent d'elle, traitent les évêques et les prêtres catholiques comme des criminels, plus mal même que des criminels, qu'on juge mais qu'on n'outrage pas. On ne peut doue s'étonner que Robespierre, dans la séance où l'on décida comment le roi serait inlen'ogé

LE nOI FONCTIONNAIRE PUBLIC. 536

après son retour de Varennes', déclare que le roi n'est que le premier fonctionnaire publie, et qu'un tribunal ordinaire, celui de l'arrondissemeitt des Tuileries, peut l'interroger'.

On avait déjà émis en principe, dans l'Assemblée, que tes membres du clergé étaient des fonctionnaires, et on les destituait suivant la manière dont on décidait qu'ils avaient rempli leurs fonctions.

Le roi n'était plus lui-même qu'un fonctionnaire public; d'après une logique qui remontait à la souveraineté du peuple, base de toute société, il était évident qu'on pouvait le destituer aussi et le juger.

Robespierre raisonnait très-logiquement au point de vue même de l'Assemblée, puisqu'elle suspendit le roi... , sans doute en sa qualité de fonctionnaire ; mais l'Assemblée ne s'apercevait pas qu'elle votait ainsi la République, et qu'elle préparait les voies à la Convention.

Cependant les avertissements ne lui manquèrent pas; mais n'est-il pas juste de dire de cette Assemblée, si orgueilleusement naïve, comme de ces idoles de l'Écriture, qu'elle avait des yeux et qu'elle ne voyait pasî

Gel aveuglement était logique, et le nom d'idole ne convenait que trop à une Assemblée qui avait voué un tel culte à sa propre raison et à son propre pouvoir.

Danton, cependant, commenta au club des Jacobins, de la manière la plus outrageante pour le roi et la royauté, la moins équivoque quant au but qu'il indiquait, tes paroles de Robespierre'.

'Séance du 26ium Si.

* Des membres de l'Assemblée conslituaDte se rendirent aui Tuileries pour interroger le m, avec de bonnes intentions sans doute, mab le fait était le fait.

■Danton, le Tutur ministre du 10 aoAt, qui était clief du club des

Danton demandait comme curateur au roi, qu'il appelait iir^écite, un conseil électif, choisi par les départements.

Il est bien remarquable que le club des Jacobins luimême, avec des illusions égales à celles de l'Assemblée, repoussa d'abord l'avis de Danton ; au point de vue politique où l'on se croyait placé, on était loin de songer à ta République, situation dont on était si près. Mais déjà Danton et Robespierre s'offrent comme les avantcoureurs d'un avenir prochain, comme les derniers termes d'une proposition que l'Assemblée avait entrepris de résoudre, celle d'une monarchie sans roi; au moment où elle achevait de fonder cette monarchie, en suspendant l'autorité royale, la République se présentait, la République de Robespierre «t de Danton * formule de la situation qui se développe de plus en plus.

11 importe de la suivre dans les faits.

Le mot et l'idée de la République commençaient à se

Cordeliers, parut dans celui des Jacobins où cependant la république avait été repoussée en principe, et s'y exprima ainsi à l'égard du roi : t L'individu déclaré roi des Français a signé un écrit (le mémoire laissé par le roi au raoment de son départ pour Vaiennes) par lequel il déclare qu'il va chercher les moyens de détruire la Constitution. L'Assemblée nationale doit déployer toute la force publique pour pourvoir à sa sArelé. Il faut ensuite qu'elle lui présente son écrit : s'il l'avoue, certes! il est criminel, à moins qu'on ne le répute imbécile.... L'individu royal ne peut plus être rm dès qa'tl est imbécile; et ce n'est pas un régent qu'il taut, c'est un conseil à l'interdiclion. Ce conseil ne peut être pris dans le corps l^slatif ; il faut que les déparlements s'assemblent, que chacun d'eux nonune un électeur, qu'ils nomment ensuite diï ou douze membres qui devront composer ce conseil et qui seront cliangés, comme les membres de la L^slative, tous les ans. > (Club des Jao^ins, 35 juin : hUtoin parlementaire, t. V, p. 281.) ' Au reste, i peu près en présence du roi lui-ménie, la question

LA ItSPDBLIQIlE SST

répandre partout'. L'insulie au roi et à la royauté les accompagnait : une afiiche placardée sur tous les murs de Paris, provoqua le peuple au renversement de la monarchie, en proclamant l'inutilité^ les vices et les abus de la royauté.

L'Assemblée passa à l'ordre du jour sur celte Rffiche. Le nom de cette république, qui était librement disculée et prêchée dans la classe ouvrière, retentit de plus en

de la déchéiuice et de rétablissement de sa république se discutait à l'amiable entre collègues de l'Assemblée constiluante connus par leur modération , entre membres du dub de 89, M. de la Rochefoucauld, ancien grand seigneur, Dupont de Nemours, cet ami de Turgot el cet adversaire de l'émeute, la Fayette, qui, malgré sa préréreûce pour une république fiiture, soutint provisoirement la mouarcltie dana une conlérence qui eut lieu chez H. de la Rocliefoucault. Dupont de Nemours avait' posé la question, et la Fayette con dut en affirmant que l'immense majorité du pays ne voulait point de la république. C'était, au reste, comme moyen de mettre un terme aux aniiétés et aux périls de la situation, et pour prévenir une république sanglante, qu'après le retour de Varennes, un ancien homme de cour comme H. de la Rochefoucauld, fort épris des idées américaines, proposait à un autre homme de cour, H. de la FayeUe, de prendre les devants et de travailler sans doute à une utopie de république comme on venait de travailler à une utopie de monarchie.

■ Au club des Jacobins un démocrale qui s'appelait Antoine et qui joua un rôle au 1 0 août, avait donné au roi les noms de parjure, de lâche, de irtiel el de traitre. Il avait appelé la reine VhoTrew de la nalùm. {Hisloire parlementaire, t. V, p. 5*0,) On criait au Palais- Royal : Plus de roi. soyons ripublicams! L'abbé Fauchet, évêque constitutionnel du Calvados, s'exprimait ainsi dans le journal qu'il publiait, la Bouche de fer : « Il n'y a plus à délibérer : le peuple libre et seqverain s'est couvert en regardant avec mépris te ci-devanl roi. » Voilà enfin un plébiscite, et la république est sanctionnée. (Histoire parlementaire, t V, p. 537.) L'Assemblée constituante tolérait tout et ne faisait rien pour s'opposer à de telles manifestations pas plus qu'elle ne l'avait fait aux déclamations et aux fureurs de Harat. H paraît que c'était là de la liberté.

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plus. Cnndorcet, un des disciples les plus aimés de Voltaire, l'annonçait, la proclamait dans un discours public, au CereU sodal. Parmi beaucoup d'autres brochures qui demandaient la déchéance du roi, on en remarqua une qui avait pour litre : Le grand jugement rendupar le peuple contre Louis XVI.

Enfin, la question de la déchéance de la royauté et de la République fut discutée à l'Assemblée elle-même.

C'est alors que Barnave, en présence des partisans delà Itépublique, comme Pétion, Robespierre et Grégoire, qui ne se cachaient plus, demanda à l'Assemblée a si elle allait terminer la révolution, ou si elle allait la recommencer.»

Il est remarquable qu'une acclamation de l'immense majorité de l'Assemblée répondit à la question de Barnave : cette Assemblée croyait terminer la révolution en maintenant ce qu'elle r^ardait comme une monarchie, et ce qui n'en était que l'apparence; elle n'en souffrait pas moins l'injure publique au roi dans tout Paris, et la négation de la monarchie dans son propre sein : c'était sans doute pour elle la conséquence nécessaire du droit de libre discussion ; mais, au milieu de ce culte de la théorie qu'elle pratiquait jusqu'à la fin, une émeute violente éclata, celle du Champ de Mars, provoquée par le club républicain des Cordeliers. Danton et Robespierre avaient l'un et l'autre contribué à cette émeute. Il s'était agi de forcer la main à l'Assemblée par une pétition , qu'on aurait envoyée aux sociétés des départements, dont le club des Jacobins était le centre, et de contraindre, par le fait, l'Assemblée à prononcer sur le sort du roi autrement qu'elle ne l'avait fait en cherchant à ne point le juger; aux Cordeliers, on agit plus vile, et on organisa l'émeute du Champ de Mars, afin d'y recueillir, parmi

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