‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 2)Chapitre 74 sur 86 · CARACTÈRE IRRELIGIEUX DU STHI SIÈCLE. Ï · texte numérisé non relu

CARACTÈRE IRRELIGIEUX DU STHI SIÈCLE. Ï

On n'a pas oublié ces paroles de Voltaire ; « Je n'ai dans ma retraite, ni roi, ni parlements, ni pbëtres, j'en souhaite aiUanl à tout le genre humain.

On a pu voir à quel point ce programme qui résume tout l'esprit du dix-huitième siècle a été suivi par l'Assemblée constituante et en quoi a consisté sa Constitution même : la destruction à peu prés accomplie de la royauté, elTacée, suspendue, prisonnière, qu'elle va livrer à la Législative et à la Convention, la suppression de l'ancienne magistrature, enfîn, la Constitution civile et la persécution du clergé, appliquant ce dernier mot de Voltaire ni prêtres, qui va recevoir bien d'autres application, ""mot qui a été le premier dans le mouvement d'idées, dont il se rend ici l'organe et qui est le dernier; celui auquel ]a philosophie du dix-huitième siècle et la révolution qu'elle a faite reviennent toujours, et par une raison qu'il n'est que trop facile de comprendre, c'est que le lien religieux une fois brisé, l'esprit de l'homme se croit arfranchi de tout lien et en possession d'une souveraine indépendance, c'est que cette aspiration à l'indépendance absolue en matière de religion, a pour premier terme Le déisme, pour second terme l'athéisme : comment la politique ne serait-elle pas ici purement accessoire?

Ni prêtres, par conséquent ni christianisme; par conséquent puissance indéQnie et illimitée de la raison de l'homme, de sa volonté, sans culte qui lui serait une * limite quelconque, voilà le mot d'ordre que la majorité de l'Assemblée constituante avait reçu de la philosophie du dix-huitième siècle pour le transmettre à l'Assemblée législative et à la Convention '.

' Voirie 1" ïolume de cet ouvrage, p. 67. Voltaire et ses disciples avaient nié, ceux-ci jusqu'à l'athéiEnie.

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Maintenant, passons ans faits qui ne sont, dans une telle histoire, que les jalons des idées.

Rousseau, nous l'avons déjà fait observer, avait voulu afiirmer, organiser : or la constitution civile du clergé, qui précédait de peu les massacres de septembre 92, où le mol ni prêtres va être écrit en lettres de sang, comme le mot ni roi le fut quelques mois après, le 31 janvier 95, cette Constitution, qui prétendait faire de la religion la servante de la philosophie et de la raison humaine, était toute préparée> toute rédigée d'avance dans quelques phrases du Contrat social de Rousseau, où ce sophiste s'efforçait de démontrer, tout en lémoignant de l'admiration pour l'Évangile et le christianisme, qu'il faut substituer à lareliçionchrétienne une RELIGION CIVILE*. A l'entendre, cedevraëtra désorigjs la base de la société', non pas que • chacun ne puisse avoir -ses opinions particulières dés qu'il est bon citoyen, > mais parce que, suivant Rousseau, le christianisme, avec sa patrie qui n'est pas de ce mondé, est contraire à l'esprit social. Qu'est-ce donc que cet esprit qui veut se rendre mattre de la société et en exclure le christianisme, parce qu'il rapproclie l'homme de Dieu? N'est-ce pas toujours la raison humaine, la volonté tiumaine dans soa indépendance et son isolement? C'est au nom de cette raison et de cette volonté que Rousseau réclame une religion civile comme lien de la sodété, une dernière sécularisation de cette Société après le protestantisme ; pourquoi ne pas dire une religion humaine, philosophique, qui donne la première place, le sacerdoce intellectuel à des génies comme celui de Rousseau et qui proclame certains dogmes d'État? C'est ce que nous verrons bientôt : la constitution civile du clei^é, calquée sur les idées de Rousseau, tentative d'organisation pour la négation du dix-tiuiliéme siècle, menait aii culte de l'Être suprême inventé par Robespierre, à ces abstractions érigées en dogme, liberté, égalité, fraternité, dans lesquelles devaient se formuler l'expériènctt d'une société philosophique, et les aspirations de la franc-inaçonnerie comme derilluininisme.

Hais à côté du spiritualisme civil, officie], du déisme humain de Rousseau et de Robespierre, se montrera logiquement l'athéisme malérialisle du baron d'Holbach et de Chaumette, le culte de la Rai^n, la prostituée, le corps, ou, pour mieux dire, le cadavre sur l'autel de Notre-Dame!

On a reproché à M. Thiers d'avoir méconnu précisément le carao-

* Ctulrét tacitl, livr« IV, cb>p. tiu.

KiRCHE FATALE DE U LÉGISLATIVE VERS LA RÉPUBLIQUE. 531

Les ciubs, en particulier celui des Jacobins, avaient exercé la plus grande influence sur la nomination de l'Assemblée législative.

On a vu de qu'ils étaient à la Un de l'Assemblée constituante et ce qu'on osait y dire contre le roi et la royauté.

Est-il bien nécessaire d'entrer ici dans les différentes dénominations et dans les systèmes des partis qui s'agitent sur le terrain que leur a fait l'Assemblée constituante ou pluIAt celte marche des idées qui Ventraine, et qui semble ne pouvoir plus s'arrêter, tant elle se précipite *?

tére de la conslilulion civile du dei^è eii prétendant qu'elle n'attaquait en rien la rdipon * . Certes , nous partageons bien l'svis A cet égard de H. l'abbé flohrbacher, et il serait digne de l'historien, qui, pendant la dernière république, a si bien compris la nécessité de la liberté de l'enseignement, d'étudier cette question religieuse qui, dans la révolution de 89, domine toute la question politique et sociale; mais ce qui explique le système historique suivi jusqu'à présent par H. Thiers, c'est que précisément il a ?oulu voir dans la révolution de 89 un fait surtout politique, et qu'il a écarté, bien plus que H. de Tocquevifle lui-même, tout c»qui est étranger ï la poli- 'ique dans cette révolution, tout ce qui Ta oDpècbée d'entrer dans ces voies régulières, où tes gouvernements peuvent se fonder et se maintenir, tout ce qui l'a condamnée àjn'être qu'une résolution théorique, philosophique, antichrétienne avant tout, bien qu'au moment du consulat il constate avec une entière franchise les ruines qu'ell9 avait accumulées et le bouleversement dont elle était la première cause".

* L'Assemblée consliiuante avait fini d'ailleurs avec le même esprit d'antagonisme qu'elle avait montré contre ta religion en votant la constitution civile du clergé : sur la proposition de Pétion, elle avait proQté des désordres sanglants qui avaient été suscités dans le comtat d'Avignon par ta faction démocratique pour annexer le comtat ils France, sous prétexte que le pape ne pouvait ; maintenir la paix.

: l'È0lUi',f»i H, l'ohlié nohibaclur, 1. 17, p. 176. , Thieri, l. 1, p. IK.

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