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Si l'Assemblée coBStiluante n'a pu voter qu'une Constitution qui est la ruine même de la monarchie qu'elle voulait conserver ', si, en détinitive, comme le disait Camille Desmoulins, elle a voté une sorte de république, où une seule Assemblée gouverne sous le coatrdie des clubs et du peuple de Paris, comment la législative, élue ellemême par les clubs, serait-elte monarchique, et n'iraitelle pas jusqu'au bout de l'abstraction qu'elle représente en livrant le roi à la souveraineté du peuple, à la république métaphysique, comme on va voir que l'appelait Brissot?
Que l'on donne si l'on veut le nom de constitutionnels à la minorité de ses membres qui, dans une Constitution où le roi est sans pouvoir, voudraient maintenir au moins l'idée de la monarchie ', leur impuissance n'en sera pas moins égale à leur minorité. Feront-ils ce que les Meunier, les Lally, les Malouet, les Maury, les Cazalès n'ont pu faire?
Qu'on distingue les Girondins et les Montagnards comme deux partis qui ont commencé à lutter dans la Législative pour se faire une guerreàmortdans la Convention, nous croyons qu'il sufiitde consulter les faits pour voir, par les
Jûurdan Coupe-Tète, qui avait fait creuser des tombes pour ceux qui dans la quesLon d'annexion voteraient en faveur du pape, s'apprêtait à les remplir.
' Dans cette destruction générale, il ne faut pas ouUier i'aiseignetaeol : non-seulement l'Assemblée constituante avait siq)priiné tous les collèges des ordres religieux, tout l'enseignement catholique, mais l'Université elle-même. Tout était donc rompu entre le passé et l'avenir, et l'éducation de la jeunesse elle-même devait être entièrement renouvelée comme le reste 1
* Ces constitution nds élaient, dans la Législative, Vaublanc, Dumas, Beugnot, etc., comme il y avait eu Cazalès, Maury, Ualonet, el d'abord Monnier, Lally-Tollendal dans la Constituante.
EXAMEN DE QUELQUES OBJECtlONS. &3ft
termes mêmes etle but du combat, quedesidéesetdes passions, sans application possible à cette politique régulière et sociale qui fait un gouvernement, ont animé les combattants.
Les Taits olTriront la dernière formule de ces idées et de ces passions.
Ainsi on a prétendu que la guerre et l'émigration les avaient surexcitées, et que, sans celte exaltation des esprits qui va devenir sanguinaire, la France n'aurait pu résister à l'invasion ; c'est là une excuse imaginée pour le besoin de la cause et un voile de gloire jeté sur les massacres de septembre comme sur tout le rôle de la Convention qui va succéder à la Législadve.
11 est bien facile de comprendre l'importance de la question: si, en effet, la révolution a été provoquée, comme on l'a prétendu, soit à l'origine par les fautes de la Cour, vieux thème que l'on connaît, soit ensuite par l'émigration et par l'étranger, si ce n'est pas elle qui a pris une première et lerible offensive, quand le roi, le clergé et la noblesse lui avaient fait les plus grandes concessions ', si ce n'est pas elle qui, par une sanglante anarchie, a rendu, dés l'origine, le régime légal impossible*;
< Le doublement du tiers accordé par le rot avant la réunion de l'Assemblée, l'abandon de tout recours h la force après la prise de la Bastille, quand le roi avait une armée de &0,000 hommes à ses ordres, la réunion de la majorité du clergé à l'assemblée du tiers, la nuit du 4 août de la part de la noblesse et du clergé, la renonciation aux droits Féodaux et aux dîmes, etc., etc. Les concessions du roi sont immenses, tout son régne n'est qu'une concession,' et jamais la révolution n'a été salisfaite.
* Parlant du r^me de la Terreur, Lally-Tollendal s'exprime ainsi : t Je vous ai prouvé qu'il fallait le dater des assassinats impunis de Launaj, de Flesselles, de Foulon, de Bertbier, de Beisunce, du
si ce n'est pas elle qui, sous la Législative, a'jeté la France dans la guerre qui ne devait plus se terminer qu'en 1814 par l'invasion du territoire, on pourra attribuer à cette révolution des causes politiques relatives, et non pas une cause absolue, théorique, générale, elle n'aura pas son développement logique, et on ne la jugera point comme il importe de la juger, question capitale plus que jamais, parce qu'on perdra de vue sa cause véritable et dominante, ce principe de négation qui lui appartient, l'esprit même du dix-huitième siècle qui lui est inhérent, et auquel elle a emprunté toute son origine, comme toutes ses conséquences.
Mais à côté de la déclaration de guerre ' à laquelle Louis XVI futenlraîné par le ministère jacobin ou gironrondin, comme on voudra, qu'on lui avait imposé ', il y
maire de Saint4)ei)i3, des gardes du ci»^, elc. {Défense des Émigrés,
' La guerre fut provoquée par les Girondins et les Monlagnards, qui ne faisaient alors qu'un même parti. L'empereur d'Allemagne, Léopold, et Louis SVI avaient a cœur de réviler. L'empereur avait f dispersé tout rassembleinenl de Français dans ses États, leur avait interdit tout achat, loute démonstralion militaire*. ■ Quant à l'émigralion armée, voilà à quoi elle se réduisait : * 1^ 2 janvier 1793, le prince de Condê quittait Worms avec sa famille et sa troupe, que les récils les plus eiagérés portaient à onze cents hommes.... Vous me direz qu'ailleurs élaient de pins gi-ands rassemblements. Oui, les frèi'es du roi pouvaient bien avoir à celte époque trois fois le nombre d'hommes qu'avait le prince de Condé, c'est-à-dire trois mille six cents hommes, les uns réunb à Gobtenlz, tes autres dispersés dans le Brabant "....»
< Ce ministère était composé de Roland à l'intérieur, de Dumouriez ans affaires étrangères, de Servan à ta guerre, de Ctavière aux finances, de Lacoste à la marine et de Duranlhon à la juslke. La déclaralign de guerre eut lieu le 20 avril 1 792.
LA REVOLUTION N'EST PAS CN AWIDEM. su
a les aveux mêmes de ceux qui ont réellement provoqué la guerre : Nota l'avons fait déclarer la guerre^ disait le girondin Brissot, en parlantde Louis XVI, four l'éprouver, et Collot-d'Uerbois commentait ainsi cette phrase de Brissot : Nous avons ttju/u la guerre, parce que la guerre devait tuer la Royauté '.
Or,Ies aspirations de ceux qui voti/atCTilJaguerreétaient assezévidentesavant latin delà derniéreAssemblée,et la nature de ces aspirations doit fitre ici indiquée : Brissot, luimême, le futur girondin, même avant le voyage de Varennes, n'avait-il pas proclamé dans son journal, au mois de mai 91, la supériorité delà république sur la monarchie, dans les termes suivants: « On me calomnie en m'accur saut de ne pas vouloir de roi ; non que je ne croie pas que la royauté est un fléau, mais parce qu'avoir celte opinion métaphysique et rejeter le roi, adopté par la ConstituEion, sont deux choses différentes^ » On ]e voit, regarder la royauté comme un lléau, n'était pas rejeter le roi, mais, pour parler la langue, cette fois très-logique de Brissot, la république métaphysique, proclamée en i770 par le livre du baron d'Holbacli, celle que Brissot adoptait, ce système préconçu qu'il soutenait contre la monarchie devaient triompher par une ^luation violente, à laquelle la. guerre, comme moyen, aurait sa part. La révolution, toute son histoire le prouve, n'est pas un fait accidentel régi par telle ou telle circonstance, c'est une idée arrêtée, on le verra de plus en plus, qui se développe et qui marche à ses résultats.
Hais comment y marche-t-elle? le club des Cordeliers
i Lalty-ToUendal (Défente des Émigrés], p. 198. la Fayette, dans sa Jettre à l'Assemblée législatiTe, en date du 30 juin 92, accuse ta tecle (ttâle des Jacobins) d^avoir provoqué la guerre.
n- I SCioOgIc
nous le dira : « La société pense, disait ce dub, après le voyage de Varennes, qu'il ne doit exister aucun emploi dùm l'État qui ne soit accessible il tous les membres de VÊ- (ai '. ■ C'est le pouvoir qu'il faut à Danton, à Robespierre et à leurs amis; évidemment, voilà ce que va signifier le mot de république.
Que l'esprit dethéories'ymôle, certes nous ne le contestons pas, qu'il agisse sur beaucoup d'intelligences, nous l'avons reconnu et nous le reconnaissons, mais il s'y mêle encore autre chose, une passion, celle du pouvoir, précisément au nom de la théorie, cette généralité qui devient le marche-pied, comme elle a été le mobile, de l'orgueil individuel.
Là, à vrai dire, est toute l'histoire de la Révolution.
Jamais on ne vit un rapport si intime entre les idées et les passions : n'est-ce point parce que le mobile est le même? N'est-ce point parce que la Révolution est d'abord l'orgueil de l'homme dogmatisé, systématisé, comme il ne l'avait jamais été? N'est-ce point parce que les mêmes hommes, qui ne reconnaissent aucune autorité religieuse, qui vont jusqu'à l'athéisme, aspirent à remplacer néces* sairemenl, à supprimer aussi le pouvoir temporel, et s'afiirment d'autant plus eux-mêmes qu'ils nient tout le reste? Orgueil sans mesure de théoriciens qui n'ont rien respecté du passé, orteil impitoyable d'ambitieux qui s'apprêtent à en disputer et à en déchirer l'héritage, qui, è tout pris voudront se l'arracher et le posséder, daos les assemblées, dans les clubs, dans la rue, oi^eil de «la populace souveraine,» comme Droz l'a dit avec tant de rai-
* Club des Cordeliers, séance du 23 juin 91, HiU. parlent., t. V, p. 278.