UOTIFS ET RÉSULTATS DU 10 AOUT. S4S
tiea ne put vaincre, le bonnel i-ouge mis sur sa tête, la tardive intervention de Pétion comme maire dans cet immense désordre: les Tuileriesétaient devenues, on le sait, un vaste club, Pélion monta sur une chaise et harangua la .{lopulace qui se relira.
Les pétitionnaires du 20 juin avaient défilé devant l'Assemblée avant de se présenter au château, et la majoritëdc cette Assemblée les avait admis aux honneurs delà séance; ces dernières paroles résumaient la harangue insurrectionnelle prononcée devant la Législative par l'orateur des pétitionnaires du 20 juin : « Nous nous plaignons, messieurs, de l'inaction de nos armées; nous demandons que vous en pénétriez la cause; si elle dérive du pouvoir exécutif, qu'il soit anéanti I »
Tandis que les futurs membres de la Gironde parlaient et attaquaient le roi dans l'Assemblée, avec l'intenlion de décréter sa déchéance, les futurs Montagnards, qui voulaient serendre maîtres du pouvoir, agirent. Danton et son parti firent le 10 août : le club des Jacobins en prit l'initiative : tout s'était préparé publiquement, ouvertement.
On sait comment, lorsque le siège en règle des Tuileleries était formépar l'insurrection, le roi refusa cette fois encore défaire verser le sang pour sa défenseet comment le conseil lui fut donné de se rendre à l'Assemblée avec la famille royale,- comment cette Assemblée elle-même, sous le joug des insurgés et de la commune de Paris, renouvelée par l'insurreclion, le livra à cette insurrection triomphante et à cette commune révolutionnaire qui était le gouvernement.
Tout ce qui peut encore surprendre ici, c'est que de tels résultats n'aient pas suivi plus promplement les 5 et
6 octobre, et qu'une seconde assemblée, dans «la capitale de la révolution» et des clubs, sous lefeu d'une presse que l'on apu apprécier, aient été nécessaires pour amener la chute définitive de la royauté.
Si l'on recherche les causes de cette lente destruction de la monarchie, hâtée cependant, au 10 août, par a les chefs de la multitude, Danton, Robespierre, Camille-Desmoulins, Maral ', » noms qui résument le lOaoûtenannonçantle 2septembre et le 21 janvier, il est impossible de ne pas reconnaître que cette antique et chrétienne monarchie française, en face de l'esprit de théorie implacable qui la démolissait, d'une Constitution qui la renversait, quoique chancelante sur sa base, semblait ne pouvoir tomber, comme si, dans ses vieux prin- ■cipes de vie et de durée, il y avait encore une force qui étonnât e1 qui arrêtât ses destructeurs, une si ancienne réalité qu'elle faisait reculer encore cette théorie furieuse qui, pour détruire la royauté, alla jusqu'à tuer le roi.
< H. M^net, Hùloin de ta Bévolttlwn, 1. 1', p. 353. i Celait, dit U. Hignet, une faction déplacée à laquelle il fallait une révolulion qui la portât du milieu du peuple dans l'Assemblée et dans la munidpalilé. Ils étaient du reste les véritables chefs du nouveau mouvement qui allait se faire au moyen de la classe inférieure de Ir société contre la classe moyenne, à laquelle appartenaient lés Girondins par leur position et leurs habitudes. •
C'étaient l'insurrection et l'anarchie qui arrivaient au pouvoir, ou qui, au moins, venaient se disputer le pouvoir 6pTès l'avoir fait tomber, et cela était logique; Harat lui-même n'était plus un fou furieux, mais un logicien, le 2 septembre va le prouver; mais un personnage de la situation politique qui continuait à se développer, si .cette situation était vraiment politique'.
N'a-t'OD pas vu qu'à la suite même des 5 et 6 octobre, des membres de l'Assemblée constituante, les lameth, avaient organisé l'émeute, et que la Fayette s'en plaint dans ses Mémoires? N'a-t-on pas entendu dire à Dupont de Nemours comment, sous la Constituante, l'émeute était payée, l'anarchie organisée, et ne se souvient-on pas que Necker avait été forcé par l'émeute, quand h son tour il reculait devant l'uiopie et les désastres du papier-monnaie, de quitter le pouvoir ou plutôt l'image du pouvoir? C'est un tel état de choses qui avait préparé et
* La manière dont le 10 août s'était accompli le rendait tout à fait digne de Marat : nous dirons bientôt un mot des barbaries qui le signalèrent.
fait Je 10 août. Après le minisli-e élait venu le roi, dont il fallait se débarrasser par le même moyen.
Qu'on ne parle pas du 10 août comme d'une nouvelle révolution ', comme s'il y avait dans le 10 août quelque chose d'imprévu, comme si l'intervention de la populace dans les événements ne datait pas du 14 juillet 89, comme si le râle de la Législative, au 10 août, n'avait pas été exactement, à l'égard de l'insurrection populaire, ce que celui de la Constituante était au 1 4 juillet , aux 5 et 6 octobre, comme si cette dernière Assemblée n'avait pas suspendu le roi, dont la Législative vota la déchéance et livra la personne à la commune insurgée; comme si, dernier commentaire de la Constitution qu'elle venait de voter, la Constituante n'avait pas déclaré, sur l'observalion de M. de la Fayette, que le peuple, en vertu des droits de l'homme, pourrait changer sa Constitution quand il lui plairait.
Sans doute l'Assemblée constituante, qui avait commencé la Révolution, qui n'en sortait pas, mais qui l'avait ')ile, avait pu quelquefois se défendre elle-même, comme à l'époque de l'émeute militaire de Nancy, où elle avait vu clairement la ruine de tout ordre matériel el la sienne propre, comme dans les derniers moments de son existence devant l'émeute démagogique, mais pai^ tielle, devant le coup de main du Champ de Mars; mais elle n'avait ni réprimé ni supprimé les clubs qui étaient derrière celte émeute, ni été la parole à une presse anarchique, ni empêché les déclamations furibondes dont le roi était l'objet, ni fait arrêter Danton, Marat ou Robespierre, ni rien changé à une Constitution qui désarmait
' C'est l'opinion de N. Mignet.
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