LA RESISTANCE. U
rait fallu jouir presque du don de prophétie, et voir d'un seul coup d'œil la Révolution telle qu'elle devait se développer tout entière.
Tandis que le tiers s'appuyait sur le vif enthousiasme de la population parisienne, le roi écoute les conseils de ceux qui regardent la résistance comme une nécessité.
Necker, qui aurait voulu une transaction avec le tiei^ état, ne put faire triompher son plan qui consistait à accepter le vote par tête quand il s'agissait de l'impôt, et le vote par ordre dans les questions de privilèges où les premiers ordres étaient intéressés'; mais après les décrets du tiers, les moyens termes offraient peu de chances de succès, et il n'était pas probable qu'il consentit à transiger.
Déjà, au reste, un grand nombre de curés avaient porté leurs pouvoirs à véritier dans Y Assemblée tiationale et il devenait évident que le tiers état, même sans le coup d'État qu'il venait de faire, pouvait compter sur la majorité du clergé qui était sorti de ses rangs, lorsque le conseil du roi, dont Necker se sépara en cette ocx^asion, crul qu'une séance royale où Louis XYI accorderait lui-même toutes les réformes demandées par les cahiers des états généraux, en maintenant les trois ordres, et en cassant les décrets du tiers état, imposerait à la Chambre qui venait de se déclarer Assemblée nationale et de placer le gouvernement dans la position la plus fausse et la plus difficile.
11 est certain que si le tiers eût cédé, le roi conservait la puissance souveraine, et que le maintien des trois or-
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dres par Finlervenlion royale, quelques changements qui auraient pu s'opérer plus tard, avec leur concours mutuel, arrêtait la Révolution. Car le propre de toute révolution est d'abord de détruire le passé pour s'emparer du présent.
Le gouvernement, qui avait des raisons de craindre la réunion de la majorité du clergé à rassemblée du tiers, et qui pouvait difficilement se rendre un compte exact des dispositions de cette assemblée, pensa qu'en faisant fermer la salle des états généraux jusqu'à la séance royale annoncée pour le 22 juin, il empêcherait toute démonstration nouvelle de la part du tiers, en même temps qu'il mettrait obstacle au projet qu'on attribuait à la majorité du clergé. En effet, pendant la nuit du 20 juin, le président de V Assemblée nationale j Bailly, reçut du garde des sceaux, M. de Barentin, l'avis officiel que la salle des états généraux, où le -tiers s'assemblait, serait fermée le lendemain à cause des préparatifs occasionnés par la séance royale. Ce jour-là même, une proclamation faisait part de cette décision aux états généraux.
Bailly, président du tiers, donna le premier exemple de la résistance à cette proclamation, en se présentant à la salle des états qui était fermée et gardée par des soldats. Un grand nombre de députés qui arrivèrent successivement*, se trouvèrent bientôt réunis à leur président qui avait protesté contre la clôture momentanée de la salle des séances. Les députés du tiers, sans paraître se rendre compte de la portée même des décrets qu'ils ont votés, s'étonnent de la résistance de la royauté et
* Rabaut Saint-Élienne, Précis historique, p. 132: