‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 9 sur 183 · LE BUT DU PASSÉ · texte numérisé non relu

LE BUT DU PASSÉ

traordinaire où Ton ail jamais vu un gouvernement.

Si, depuis la dernière tenue desétals généraux en 1 61 4, r impôt a été illégalement perçu, s il dépend de la nouvelle assemblée de le refuser maintenant, si elle ne l'accorde que par grâce, pour ainsi dire, si la royauté n*a pas le droit de dissoudre l'assemblée qu elle a convoquée, il est certain que tout son passé est mis en question, et que le pouvoir usurpé par elle a dû toujours résider de droit dans les assemblées générales de la nation ; mais ces assemblées n'ont pris, sous ce nom d'états généraux, qu'une part très-secondaire et très-irrégulière, nous Pavons fait observer, au gouvernement du pays, mais ce ne sont pas elles qui ont développé la richesse, la puissance du tiers état, qui ont créé la bourgeoisie; les parlements, les universités où les hommes du tiers ont acquis la science et d'où sont sortis les légistes, ces terribles ennemis de la féodalité, sont l'œuvre de la royauté; c'est elle en un mot qui a gouverné, c'est par elle que l'assemblée du tiers, maintenant Assemblée nationale^ siège à Versailles, ce sont là des faits qu'on ne peut contester; or, c'est ici précisément que triomphe l'esprit de théorie, devant lequel la tradition, les précédents politiques, lorganisation antérieure d'un pays ne sont rien, dès qu'on leur oppose certains principes : tout le passé n'a eu qu'un but, c'est d'amener une situation où la royauté ne fût rien et où le tiers état qu'elle avait créé fût tout, afin que les idées du dix-huitième siècle pussent triompher. C'est ce qui explique parfaitement toute la marche de la nouvelle Assemblée qui serait autrement inexplicable. Nous ne discutons pas, nous racontons.

Cette Assemblée est convaincue, elle est sous l'eniRire d'une idée et elle la suit; il est évident qu'elle tolère l'an-

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cien gouvernement du pays, mais à une condition, c'est qu'il se soumettra aux conditions qu'elle lui fait et qu'elle voudra lui faire ^ C'est que, nous l'avons dit et nous aurons plus d'une fois l'occasion de le répéter, elle obéit non pas aux règles politiques ordinaires, mais à des théories qu'à peine réunie elle a hâte d'appliquer.

L'Assemblée nouvelle a tellement la conviction de son droit au gouvernement de l'Etat, qu'au moment où elle vient de se déclarer souveraine au point de vue législatif, Me intervient même dans l'administration et nomme un comité des subsistances. Impôts, approvisionnements, c'est elle qui répond de tout au pays : elle n'en efface que plus l'ancien pouvoir, dont chacun de ses actes proclame ou l'usurpation ou l'insuffisance.

On ne peut être surpris du double effet produit par les actes de l'assemblée unique qui agissait ainsi en dehors du gouvernement, qui ne voulait pas être dissoute, et qui venait, par le fait, de dissoudre les états généraux.

Le tiers acquérait ainsi une grande popularité parmi les enthousiastes des idées nouvelles et inspirait au gouvernement le désir d'une résistance qui semblait pour lui une question de vie ou de mort.

Nous n'avons pas à examiner en ce moment, s'il eût été habile pour la cour, comme on appelait alors l'ancien pouvoir, de se prononcer aussitôt en faveur du tiers contre le clergé et la noblesse; nous ferons seulement observer que cela était impossible et que pour prendre alors une telle détermination, eiU-elle été la meilleure, il au-

^ Rabaut Saint-Étienne reconnaît, dans son Prêds historique y qu'on est arrivé à un interré^me.

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