‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 11 sur 183 · LE SEUNEM DU JEU DE PAUME. M · texte numérisé non relu

LE SEUNEM DU JEU DE PAUME. M

$*indignent de la mesure qui ajourne leurs séances au 22 juin. Comme le dit Rabai^t Saint-Éiienne, Tun d'entre eux, A ils se demandent lesuns aux autres quelle puissance a le droit de suspendre les délibérations des représentâtes de la nation? Ils parlent de s'assembler sur la place même, ou d'aller sur la terrasse de Marly offrir au roi le spectacle des députés du peuple^ de Tinviter à se réunir à eux dans une séance vraiment royale et paternelle, plus digne de son cœur que celle dont il les menace. On permet à Bailly, leur président, d'entrer dans la salle avec quelques membres pour y prendre des papiers; et là il proteste contre les ordres arbitraires qui la tiennent fermée. Enfui il rassemble les députés dans le jeu de paume de Versailles, devenu célèbre à jamais par la courageuse résistance des premiers représentants de la nation fiançaise. On s'encourage en marchant; on se promet de ne jamais se séparer et de résister jusqu'à la mort. »

« On arrive; on fait appeler ceux des députés qui ne sont pas instruits de ce qui se passe. Un député malade s'y fait transporter. Le peuple qui assiège la porte, couvre ses représentants de bénédictions. Des soldats désobéissent pour venir garder l'entrée de ce nouveau satwtuaire de la liberté. Une voix s'élève; elle demande que chacun prête le serment de ne jamais se séparer et de se rassembler partout, jusqu'à ce que la constitution du royaume et la régénération publique soient établies. Tous le jurent, tous le signent, hors un; et le procès-verbal fait mention de cette circonstance remarquable*. »

* Rabaut Saint-Élienne, Précis historique sur la Révolution française, p. 135.

5i CHAPITRE PREMIER.

Nous avons voulu reproduire ce ncit de la séance et du stH ment du jeu de {mume^fait par un témoin oculaire, par un acteur, par un de ces députés qui avaient signé et jurtf. Rien ne pouvait donner une idée plus juste de Télat des esprits dans la chambre bourgeoise que la sincérité d'un tel récit. H est évident que la majorité des députés du tiers nVst pas formée de politiques qui calculent, mais d^cnthousiastes, pi^nant au sérieux le titre de rei)réseutauts de la nation^ d'Assemblée nationale; qu'ils se sont dorme, même en l'absence des autres députés, c'est-à-dire de la moitié numérique des états généraux; il est permis de révoquer en doute la franchise de Sieyès 4»l celle de Mirabeau, de ceux-là mêmes qui spéculent sur les impressions de leurs collègues et sur la situation des esprits, de ceux pour qui les idées peuvent être des moyens d'action et les théories des machines de j^ucrre; mais il osi évident que la plupart des députés, Bailly en tête, sont convaincus et de leur droit et de ce qu*un historien appelle la sainteté de leui- mission * .

En constatant ce fait nous voulons d'alwrd rendre hommage à la vérité historique; nous ajouterons qu'il a une grande portée, et qu'il jette une lumière très-vive sur la situation qui va se développer de plus en plus.

D'après les anciennes traditions politiques qui avaient prévalu en France, jusqu'en 1789, il y avait certes des factieux dans l'Assemblée, il y avait Mirabeau et Sieyès, et quelques autres: mais, quand on lit le ivcit deRabaut Saint-Étienne, quand on voit une assemblée se déclarer seule nationale^ parce qu'elle n'a pu imposer à deux autres chambres, qui, d'après tout le passé delà monaix^hie, sont

* M. Mi^'net, Hi:itoircdela Htix>lutiafi f^-ancaist', p. 7i.

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