‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 100 sur 183 · LE SABBAT. — L'ANARCHIE · texte numérisé non relu

LE SABBAT. — L'ANARCHIE

extraordinaires étaient adoptées; l'assemblée du district des Cordeliers n'en était-elle pas venue à transformer cette partie de Paris en une république particulière où les autorités légales étaient méconnues, ce qui effrayait Chapelier, mais pas encore Bamave '? Et la Fayette ne dit-il pas dans ses Mémoires qu'Alexandre deLameth, comme si les éléments de troubles ne suffisaient pas dans Paris, avait ajouté à cette organisation des clubs, qu'en novembre et décembre 89 Duport avait su étendre à toute la France, une association particulière sur laquelle il s'exprime ainsi : « C'était ce que les Lameth appelaient eux-mêmes le sabbat^ c'est-à-dire une association de dix hommes dévoués à eux, et qui prenaient l'ordre tous les jours, que chacun ensuite donnait à dix hommes appartenant aux divers bataillons de Paris, de manière que tous les bataillons et toutes les sections recevaient à la fois la même proposition d'émeute, la même dénonciation contre les autorités constituées, le président, le maire et le commandant général *. »

Ainsi l'émeute et Tanarchie étaient organisées dans Paris par des membres mêmes de l'Assemblée.

L'état des provinces, depuis les 5 et 6 octobre, avait suivi l'impulsion donnée par la capitale, comme après le 14 juillet.

A Marseille, à Valence, à Nimes éclatèrent des désordres sanglants, de nouveaux meurtres furent commis,

Hais si là étaient ceux qui reculaient devant les développements trop rapides de la Révolution de 89, ceux qui lui étaient opposés après les journées d'octobre, lorsque Rabaut Saint-Étienne donne sa définition du mot d* aristocrate, il y a, certes, un enseignement historique dans ceUe seule définition qu'il est impossible de négliger.

* Droz, t. m, p. 84.

• Mémoires de la Fayette, t. II, p. 371.

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auxquels vint se mêler bientôt Tindiscipline militaire et rinsurrection des soldats contre leurs officiers^

En face d*une telle situation, à laquelle TAssemblée ne portait aucun remède, le roi, dépouillé lui-même de tout pouvoir pour rétablir l'ordre, crut devoir faire tenter, d'après le conseil de Necker, un nouvel effort auprès de l'Assemblée a6n de se créer avec elle des rapports plus intimes, et de faire naître une conformité de vues qui devint une garantie d'union et d'ordre pour la France, qui lui donnât peut-être le gouvernement qu'elle n'avait pas.

Le roi, s'étant rendu sans apparat à l'Assemblée, suivi seulement de deux officiers de la garde nationale, prononça le 4 février le discours suivant :

« Messieurs, la gravité des circonstances où se trouve la France m'attire au milieu de vous ; le relâchement pn^ressif de tous les liens de l'ordre et de la subordination, la suspension ou rinaetivité de la justice *, les mécontentements qui naissent des privations particulières, les oppositions, les haines malheureuses qui sont la suite inévitable des longues dissensions, la situation critique des finances et les incertitudes sur la fortune publique ; enfin l'agitation générale des esprits, tout semble se réunir pour entretenir l'inquiétude des véritables amis de la prospérité et du bonheur du royaume.

> M. de la Tour du Pin s^xprimait ainsi, à cet égard, devant FAssemblée: c On Toit dans ptusieurs régiments les liens de la discipline relâchés ou brisés, les ordonnances mécannoes, les caisses et les drapeaux enlerés, les officiers méprisés et maltraités ; et, pour oomMe d'horrrur, des commandants égor^gés sons les yeux de leurs soldats.

* Les parlements étaient suspendus en attendant qu'ion les suppriuiàt.

« Un grand but se présente à vos regards; mais il faut y atteindre sans accroissement de trouble et sans nouvelles convulsions. C'était, je dois le dire, d une manière plus douce et plus tranquille que j'espérais vous y conduire, lorsque je formai le dessein de vous rassembler et de réunir pour la félicité publique les lumières et les volontés des représentants de la nation ; mais mon bonheur et ma gloire ne sont pas moins étroitement liés au succès de vos travaux.

« Je les ai garantis, par une continuelle vigilance, de rinfluence funeste que pouvaient avoir sur eux les circonstances malheureuses au milieu desquelles vous vous trouviez placés. Les horreurs de la disette, que la France avait à redouter Tannée dernière, ont été éloignées par des soins multipliés et des approvisionnements immenses. Le désordre que l'ancien état des finances, le discrédit, l'excessive rareté du numéraire et le dépérissement graduel des revenus devaient naturellement amener; ce désordre, au moins dans son éclat et dans ses excès, a été jusqu'à présent écarté. J'ai adouci partout, et principalement dans la capitale, les dangereuses conséquences du défaut de ti^vail ; et, nonobstant l'affaiblissement de tous les moyens d'autorité, j'ai maintenu le royaume, non pas, il s'en faut bien, dans le calme que j'eusse désiré, mais dans un état de tranquillité sufQsant pour recevoir le bienfait d'une liberté sage et bien ordonnée*; enfin, malgré notre situation intérieure, généralement connue, et malgré les orages politiques qui agitent d'au-

• C'était le désir du roi, et l'on peut voir avec quelle persistance il travaillait à cette oeuvre^ qu'il avait voulu partager avec TÂssemblée.

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