L'ÉMIGRATION. — LES ASSEMBLÉES PROVINCIALES
li y a eu, en effet, parmi les émigrés, des hommes de toute classe, des prêtres, des nobles, des bourgeois, même des hommes du peuple ; sous la Restauration, il restait encore en Angleterre des représentants de toute celte population française qui s'était élevée à trente mille personnes dans la seule ville de Londres.
Or rémigration, de quelque manière qu'on l'envisage, fait partie, comme résultat, de cette situation intérieure dont nous avons encore à parler en suivant les débats et le vote de la Constitution de 91 .
Les journées d'octobre n'avaient pu avoir lieu sans provoquer, dans plusieurs provinces % des manifestations feciles à comprendre : la noblesse et le parlement du Languedoc, dont Tancienne et belle organisation provinciale est connue de nos lecteurs, avaient formé une assemblée à Toulouse, qui venait de voter une protestation contre tout ce qui s'était fait à Paris, contre le traitement qu'avait subi le roi le plus vertueux et le plus infortuné^ engageant les autres provinces à se concerter de même pour rendre au monarque son autorité légitimej sa liberté.
C'est alors que l'Assemblée constituante, effrayée d'un mouvement provincial qui aurait pu servir au moins de point d'arrêt contre les désordres et l'anarchie qui, de Paris, s'étaient répandus dans la France entière, interdit toute convocation de provinces et d'États jusqu^à ce que r Assemblée eût déterminé, avec Vacceptation du roi, le mode de leur convocation, ce qui était déjà supprimer les assemblées provinciales.
C'est alors qu'au milieu de la discussion même de la
' En Dauphiné, en Bretagne, en Languedoc.
Constitution qu'il s'agissait de terminer, TAssemblée, sous l'empire des circonstances, improvisa un changement énorme, la division départementale : c'était donner à la Constitution nouvelle une base encore inattendue et à Paris révolutionnaire un ascendant à peu près certain.
Quelque opinion qu'on puisse avoir aujourd'hui sur cetle disisiondu territoire, il est incontestable qu'elle fut opérée dans un esprit anliprovincial et pour assurer la domination d'une Assemblée qui, soumise à tous les mouvements parisiens, voulait que sa propre souveraineté fût sans contrôle dans le pays; Malouet, qui n'avail pas quitté l'Assemblée avec les constitutionnels, ses amis, aurait voulu au moins qu'au lieu de morceler la France en quatre-vingt-trois parties inférieures à Paris, on créât quarante départements qui servissent de contrepoids à cette capitale déjà immense, et où le désordre éclatait avec une si déplorable facilité.
Mais, avant d'indiquer la forme administrative également improvisée par l'Assemblée constituante, et sans entrer dans des détails auxquels l'étendue de notre œuvre ne suffirait pas, nous devons signaler ici la destruction de l'ancienne magistrature, maintenant accomplie, et l'inamovibilité de cette magistrature, de ces parlements, la grandeur, Forganisalion, la force, comme on lésait, de la bourgeoisie, qui les' remplissait, qui, par eux, avec les Mathieu Mole, les l'Hôpital avaient égalé les nomsles plus illustres de la noblesse militaire, remplacée par une magistrature élective : effacement et ruine de l'ancien ordre judiciaire, de tout ordre judiciaire jusqu'à ce qu'on revint, par la force des choses, à Tinamovi- Inlité.