‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 103 sur 183 · RUINE. — MORCELLEMENT. — PARIS · texte numérisé non relu

RUINE. — MORCELLEMENT. — PARIS

Ce qu'il y. avait de bien remarquable, c'est que le premier cri des états généraux était parti du sein même du parlement, et que c'était un conseiller du parlement, membre de ces états généraux, Adrien Du port, qui était maintenant le promoteur de la suppression de la magistrature, sous rinfluence d'idées qui, on le verra de plus en plus, ne voulaient rien laisser debout de Tancienne société française, ni royauté, ni clergé, ni noblesse, ni magistrature, ni provinces, ni tradition, ni organisation.

Ces idées avaient pris un tel empire, que des membres du parlement, comme des membres du clergé, comme des membres de la noblesse, prenaient alors Tinitialive de la ruine commune, indice extraordinaire et bien digne d*une sérieuse attention de Tétat des esprits, mouvement qui devenait presque irrésistible quand ceux qui, naturellement, auraient dû y mettre obstacle, étaient les premiers à donner l'impulsion.

Dans cette invention, pour ainsi dire, d'une nouvelle France, où tout devenait électif, nouveau, dans ces mille et une nuits philosophiques, où tous les changements , se faisaient à vue pour que tout passât sous le niveau du présent, cette souveraineté du jour qui se substituait à celle du passé, l'Assemblée ne se borna point à la division départementale qui effaçait l'histoire, elle n'offrit aucun lien, aucun centre à tous ces membres séparés, et chaque département, chaque morcellement, avec son administration complètement élective, conseil administratif de trente-six membres, directoire exécutif de cinq membres, fut une petite république isolée de toutes les autres, contribuant ainsi à former les cases , d'un même damier, où Ton ne pouvait aller à dame qu'à Paris.

ol4 CHAPITRE Vlil

Toute radininistration fut donc bouleversée en même temps que Tautorité royale paralysée : nous verrons, à Té* poquedu Consulat, les conséquences d'une telle organisation quand il fallut, au moins, revenir sur l'exagération du système électif, si rien ne fut changé à la division départementale, et rétablir un centre administratif pour cette France éparpillée et désunie.

Ce qu*il ne faut pas oublier, c'est qu'une réforme toute récente, celle des Assemblées provinciales dont nous venons de parler, était entraînée dans la démolition générale et que par là, surtout, T Assemblée constituante semblait enlever une base réelle au gouvernement représentatif qu'il s'agissait de fonder.

Car, avec des Assemblées qui auraient pu acquérir une véritable importance, qui auraient participé à l'administration de provinces comme la Normandie, la Bretagne, le Languedoc, sans que l'autorité centrale déléguée à un intendant eût été' effacée, il est évident que le système électif et représentatif lui-même aurait eu une autre .force, une autre cohésion, une autre indépendance qu'au milieu d'un fractionnement général du pays.

Nous nous souvenons qu'il y a quelques années, dans une réunion d'électeurs du Comté de Buckingham, la question départementale fut posée ironiquement par M. d'Israêli, et qu'il demanda à cette réunion politique si elle voudrait qu'on formât un département de la Tamise: cette proposition, qui était une satire, fut accueillie avec des rires moqueurs dans un pays où le gouvernement représentatif est traditionnel, et où l'on n'a cru devoir le tracer ni au compas, ni au cordeau, ni diviser, amoindrir un pays d'autant plus qu'il était plus grand, pour lui donner une plus libre disposition de lui-même

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