‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 104 sur 183 · LA DIVISION DÉPARTEMENTALE · texte numérisé non relu

LA DIVISION DÉPARTEMENTALE

et plus de poids dans la balance de ses propres destinées, le faire plus petit pour qu'il fût mieux représenté.

Serait-ce donc de ces petites castes départementales, inventées par Sieyés le théoricien, que sortiraient de grandes et fortes intelligences habituées aux affaires publiques par une large administration des provinces? Cela était-il possible? Et cette France en raccourci, où l'opération nouvelle aurait partout retranché quelque membre utile, nécessaire, serait-elle bien propre au mouvement, à l'initiative? Serait-ce par l'amputation qu'on formemt une représentation de la France? Ce pays découpé en lanières départementales ne resterait-il pas, au contraire, sans force et sans action? On pourra en juger quand il s'agira des Girondins.

Telle était la question qu'on posait évidemment avec ces petites assemblées de départements substituées aux Assemblées provinciales, dont sans doute l'inexpérience avait d^abord été grande et qui avaient exagéré la puissance élective, mais qui, au moins, laissaient au pays toute sa force ; quand l'Assemblée constituante, au contraire, prétendait réformer l'ancien régime par les subdivisions de la représentation départementale, ne fermait-elle pas la grande porte au gouvernement représentatif, pour ouvrir la petite, qui serait facilement fermée dès que la centralisation en aurait donné la clef?

Lorsque nous avons dit qu'il n'existait plus de centre, plus de lien administratif pour la France provinciale ou plutôt départementale, puisque l'élection présidait partout à l'administration nouvelle sans que le pouvoir y eût aucune part, nous avons, à l'égard de ce pouvoir, constaté un fait ; mais si l'administration fut ainsi désorganisée et bientôt à peu près détruite en France, la Révo-

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lotion s'organisa de plus en plus par les clubs, qui, au milieu de la diTisîoo départementale, partout établis et afBiiés à la Société parisienne des Jacobins, devenaient de plus en plus puissants, à mesure que l'ancienne société, l'ancien gouvernement, jusqu*aux provinces, qui, pendant tant de siècles, avaient porté leurs noms historiques, étaient frappés de la même dissolution par une assemblée de philosophes et de théoriciens.

Ce qui nous semble le plus extraordinaire dans Tentrèprise formée par TAssemblée constituante, c'est que, voulant fonder un nouveau régime politique, elle supprimât, pour ainsi dire, la matière première de ce régime et que, pour le triomphe de la théorie d'où ]a France représentative devait sortir, elle ne lui laissât à peu prés plus rien à représenter. Paris, en présence de cette France amoindrie, réduite en poussière départementale, ne serait-il pas, d'ailleurs, toujours maître de modifier, d'exagérer ou de détruire une forme théorique sans base réelle dans les mœurs, dans les institutions, dans la répartition même du territoire, et Paris, après tout, ne resterait-il pas en définitive le seul grand et véritable électeur? De même qu'on allait voir un système de guerre qui aurait toujours pour but de prendre la capitale pour s'emparer d'un pays, n'en serait-il pas de même en politique pour la France, et le reste de cette France ne ressemblerait-il pas aux wagons entraînés par une même locomotive? Ou le gouvernement représentatif allait-il se tenir debout sur l'abstraction de la souveraineté du peuple et la trop grande réalité des clubs?

Mais nous ne voulons pas anticiper ici sur les événements : si l'Assemblée n'avait pas été sous l'empire de

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