‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 106 sur 183 · LE CLERGÉ. — LA GAUCHE · texte numérisé non relu

LE CLERGÉ. — LA GAUCHE

d'Alembert et de Diderot, ne tenait aucunement compte de l'esprit de conciliation qu'avait montré le clergé, dès rouverture des états généraux, des sacrifices qu'il avait faits et de la manière dont la majorité de ses membres s'était promptement réunie au tiers état, quand le tiers l'en avait adjuré « au nom du Dieu de paix. »

Il n'est pas rare que ceux qui ont eux-mêmes figuré au milieu de grands événements les attribuent à certaines causes dont ils ont eu connaissance ou auxquelles ils ont pris part ; mais ces causes, quoique particulières en apparence, peuvent se rattacher à une origine très-générale.

Voici à cet égard un passage de Beaulieu, historien contemporain, qui est curieux, rapproché de la spoliation du clergé, à laquelle la gauche de TAssemblée eut tant de part, et de la conslitulion civile, qui en fut la conséquence presque immédiate : « Le député Malouet, s entretenant un jour, dit Beaulieu , avec son collègue CoroUer, membre du club Breton \ lui disait : « Mais la Révolution ne se fût point effectuée si les poissardes et la canaille de Versailles n'avaient pas poursuivi à coups de pierres M. l'archevêque de Paris ^ » — C'était nous qui les faisions agir « répliqua Coroller... Celle conversation, qui embrasse plusieurs autres faits importants qui se trouvent liés à d'autres époques de cette histoire, est extraite

* Le club qui avait été fondé par Adrien Duport et qui devint, comme on sait, le club des Jacobins.

* Cette scène avait eu lieu au moment où l'archevêque sortait d'une séance de la minorité du clergé (25 juin 89), qui ne s'était pas encore réunie au tiers élat : un ecclésiastique fut blessé aux côtés de l'archevêque, et il ne dut peut-être la vie qu'à la vitesse de ses cV.evaux.

de la fameuse procédure du Châtelet sur les évèneinents qui eurent lieu les 5 et 6 octobre 1789^ »

Il est facile de se rendre compte des sentiments de ceux qui, dès Torigine, pour obtenir des résultats politiques, ameutaient la populace contre le clergé et lui enseignaient déjà ce système de terreur et de mort qui devait plus tard dominer la société entière * ; mais, on le voit, lorsque les états généraux existent encore, déjà des membres de l'Assemblée constituante n'hésitent pas à se servir de tels moyens, et à prendre pour point de mire le vénérable chef du clergé de Paris : c'est pour eux évidemment un système qui se formule dans Tinsulte et la violence faites à un archevêque.

La réunion du clergé a lieu, la Révolution suit son cours et fait triompher, à llravers deux insurrections, celles de juillet et d'octobre 89, le principe de la souveraineté du peuple, dont la base est la souveraineté de la raison humaine, proclamée par la philosophie du dixhuitième siècle : Sieyès applique, sous le nom du tiers état, nom élastique qui renferme tout et qui ne renferme

' Essais historiques sur les causes et les effets de la Révolution de France, parC. F. Beaulieu, I" vol., p. 279.

* «Parmi les misérables qui le poursuivaient, dit J. Droz (P'yoL, p. 191), il s'en trouvait sans doute que ses immenses charités avaient nourris pendant Thiver. Sa maison fut attaquée : des détachements de troupes s'y portèrent ; mais la multitude, persuadée qu'elle n'avait rien à craindre "de leurs armes, devint plus furieuse. Des gens, qui n'appartenaient point à la populace, criaient qu'il fallait que Tarchevêque promît de se réunir à l'Assemblée nationale, et le tumulte ne s'apaisa que lorsque le prélat eut fait connaître l'engagement qu'il prenait d'obéir à cet ordre étrange. Quelques députés, gens delaUe du club BretOYiy et quelques autres agitateurs de la populace, avaient excité ce mouvement dans le dessein de forcer l'entière réuni<»i de l'ordre. »

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rien, les idées de Rousseau empruntées à la première révolution d'Angleterre ; l'Assemblée constituante s'empare de ces idées pour supprimer bientôt Tautorilé royale et fonder, si elle le peut, son propre pouvoir, car Famour de la domination est toujours au fond de ces déchaînements de la liberté humaine, qui n'attaque avec tant de violence l'autorité établie que pour faire prévaloir la sienne.

Puis, que se passe-t-il?

On a vu toute la marche de la philosophie du dixhuitième siècle, d'abord, en apparence, uniquement hostile à la religion qu'elle veut détruire ; ensuite, quand elle croit son succès assuré, qu'elle se regarde comme à la tète des idées, qu'elle règne dans les salons, qu'elle a mis la littérature française à ses ordres, qu'elle a enrôlé les princes à sa suite*, elle arrive à cette phase de l'athéisme qui éclate en 1770; puis vient cette nouvelle secte philosophique, les économistes, qui, à côté des abstractions politiques de Rousseau, annoncent un nouvel avenir de prospérité matérielle, de bonheur complet dans ce monde, au nom toujours de cette raison comme de cette liberté humaine bans limites et sans barrières : ils vont transformer la France et le monde en laissant faire et en laissant passer^ en jetant l'infinie liberté de l'homme, à laquelle rien n'est impossible, dans l'avenir de cette race mortelle et bornée !

Les -économistes ont ainsi fait la préface politique de 89 ; ils ont été, on l'a déjà vu, la transition qui devait mener la société française à une révolution nouvelle, mettre la main de cette Révolution sur la société au nom de l'utopie et de ses promesses les plus séduisantes, en même temps que l'esprit humain ferait la conquête définitive de la terre promise de Tintelligence, où, seul maître et

indépendant, il ne tolérerait peut-être un jour le nom de Dieu que par habitude.

Cet esprit inspire FAssemblée constituante, l'entraîne; elle brise le ressort de Tancien pouvoir, le suspend, l'arrête; c'est le plus pressé dans cette carrière d'innovation où, pour amener le triomphe de Thumanilé, qui, affranchie déjà de toute soumission envers une loi divine et surnaturelle, se hâte d'assurer son pouvoir sur la terre et de supprimer tous les obstacles matériels qui peuvent en relarder l'avènement ; ne faut-il donc pas abattre d'abord l'influence antique d'une royauté dont l'Assemblée doit prendre la place et plus que la place? Avant de marcher sur le catholicisme, ne faut-il pas marcher sur le roi très-chrétien, et, débarrassé delà tradition temporelle qu'il représenle, effacer ensuite la première des traditions, rendre à jamais, en remontant ainsi à la source, toute tradition impossible, appliquer tout ce qui a été pensé par le dix-huitième siècle?

Le moyen de Tidée philosophique est une forme de démagogie à laquelle la démocratie des républiques païennes n'avait point rêvé, nous avons déjà dit pourquoi : la glorification de l'intelligence humaine, devenue son arbitre unique et souverain, la populace, en vertu de cette souveraineté qu'on proclame et des droits de Thomnoe qui en sont les attributs, appelée, dès l'origine, à intervenir même à coups de pierres contre les évêques, et par des membres de l'Assemblée qui préludent ainsi au club des Jacobins, pour imposer des solutions quand elles ne se présentent pas d'elles-mêmes !

On a vu la route parcourue et la situation à laquelle l'ancien pouvoir est réduit.

C'est ainsi qu'après cette attaque systématique livrée

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