‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 108 sur 183 · CONFISCATION DES BIENS DU CLERGÉ. 3SY · texte numérisé non relu

CONFISCATION DES BIENS DU CLERGÉ. 3SY

rituelle dont les ordres religieux, ces ordres qui ont civilisé l'Europe, sont le foyer même, et de s'emparer de leurs biens. *

C'était ce que le protestantisme avait fait.

Le protestantisme était la première partie de la grande révolte, résumant celles de toutes les sectes qui avaient déjà surgi, révolte contre le catholicisme, révolte intérieure, nous l'avons dit; nous assistons maintenant à l'insurrection de l'esprit humain qui veut passer aux actes pour sortir du christianisme même, mais au milieu des ruines qu'il va entasser et sur lesquelles ils prétend construire I Nous avons caractérisé déjà celte insurrection dans le monde des idées ; voici maintenant qu'elle monte à l'assaut de la société religieuse.

Attaquer les moines^ c'était surtout ce que Voltaire conseillait à Frédéric de Prusse ; et ces mots d'une de ses lettres nous Ireviennent en ce moment : a attaquer par les moines la superstition christicole est d'un grand capitaine ^ x> : :

On voit que le programme du maître était suivi exactement.

. Une bonne fms donc il fallait en finir avec les ordres religieux^ la philosophie du dix-huitième siècle l'avait recommandé, et l'Assemblée constituante* «cette assemhlée de philosophes, élève du dix-huitième siècle, » comme l'a si bien nommée Si. Mignet, devait s'en charger.

La philosophie du dix-huitième siècle avait commencé par l'expulsion des jésuites, à laquelle elle avait eu la plus grande part ; c'est dans sa voie que l'Assemblée

* Correspondance de Yollaire avec le roi de Prusse. > On verra que M. Thiers n'a pas été, après 1848, deFayisde TAssemblée constituante.

constituante allait marcher, c'est elle que cette assem* blée allait continuer; c'est elle, véritablement, nous pouvons le répéter ici, que cette assemblée représentait.

Mais avant d'indiquer la manière dont fut accomplie la suppression des ordres religieux revenons à la question des biens du clergé.

Le droit de propriété du clergé fut victorieusement établi. Les premiers titres de la propriété sont l'antiquité et la perpétuité même de la possession : celle du clergé datait de quatorze cents ans. C'est ce que l'abbé de Montesquieu démontrait ainsi à TAssemblée dont il était membre : « Nous possédions déjà avant l'invasion de Clovis ; le clergé a pour lui le titre originaire et la possession de plus de dix siècles pendant lesquels il a aliéné, hypothéqué, changé et traité de mille manières. Vous ne pouvez contester ce titre sans rejeter tous les autres ^ »

« Expliquez-vous donc, s'écriait l'abbé Maury, car avec vos principes je vais prouver que vous nous conduisez à la loi agraire. En eflet, toutes les fois que vous remontez à l'origine des propriétés, la nation y remontera avec vous. Elle se placera à Tépoque où elle sortit des forêts de la Germanie et demanda un nouveau partage \ Dites-moi quelles sont les propriétés antérieures aux conventions sociales ; est-ce le droit du premier occupant? Eh bieni le clergé vous oppose ce droit. Poovez-vous lui enlever des biens qu'il possédait avant que vous existassiez '. »

« Nous avons acquis nos biens par les défrichements^

* Moniteur, séance du 31 octobre.

* ibid,, Séance du 13 octobre.

^ Ibia.f séance du 30 octobre.

* Ibid., séance du 13 octobre.

Page 1